Communiqué Isranet
août 2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 94 • vendredi le 29 août 2003

Pouce...on avait dit"pouce" !
Albert Capino
Primo Europe, 25 août 2003

L'Autorité palestinienne rend Israël responsable de la rupture de la trêve.

Au lendemain de l'attentat suicide exécuté et revendiqué par le Hamas le 19 août dernier, qui a fait 20 morts parmi les civils israéliens dont 6 enfants et 3 nourrissons et 127 blessés dont 40 enfants, Israël avait décidé de laisser un « temps de latence » aux Palestiniens pour réagir et leur permettre de réprimer les auteurs de l'attentat.

Les médias, tels que les agences de presse Reuters ou le quotidien français « Le Monde » n'ont pas considéré toutefois que cet ignoble attentat marquait une rupture de la « trêve » de la part des factions radicales qui l'avaient décrétée le 29 juin dernier.

Il faut en effet attendre le jeudi 21 août pour que ces médias annoncent que la trêve est « définitivement morte » et que c'est Israël qui l'aurait tuée, en tirant plusieurs missiles depuis un hélicoptère entraînant la mort d'Ismaïl Abou Chanab, dirigeant du Hamas, présenté au public comme " un père de famille, modéré et ingénieur diplômé d'une Université américaine".

Cela le rendrait-il incapable de commanditer ou d'exécuter des massacres ? En quoi devrait-ce être antinomique avec une pulsion de mort ? Raed Abdel-Hamed Mesk, qui s'est fait sauter le 19 août au milieu de ces femmes enfants et bébés dans un bus à Jérusalem, était lui-même père de famille et imam dans une mosquée !

Singulière hémiplégie de la vision dont souffrent nos diffuseurs de l'information, détenteurs auto-proclamés de la vérité. Ils s'arrogent le droit de nous l'asséner de manière partiale et partielle, selon des critères qui leurs sont propres. Pour France 2 par exemple, les enfants israéliens victimes d'une indicible barbarie deviennent des « personnes ».

Reuters utilise la même désignation pour les assassins et, tout en s'interdisant de porter des jugements de valeur, stigmatise Israël sur la base des dépêches qui leur parviennent directement de source palestinienne, sans recoupement ou vérification ! Les commanditaires d'assassinats de masse n'en sont pas moins affublés de leur titre, comme les "Docteurs" (Rantissi) "Chefs spirituels" (Yassine), "Ingénieurs" ou encore "Pères de famille" (Chanab), quand ils ne sont pas "Président-légitimement-élu-du-peuple-palestinien" (Arafat).

Et Idi Amin Dada, le « Docteur-Maréchal-Président-à-vie », serait-il devenu un ange du paradis depuis son décès, le 16 août ?

Mais ça n'est pas tout.

On atteint le summum de l'absurde avec « Le Monde », où l'on peut lire que « L'Autorité palestinienne venait d'interdire tout acte hostile à Israël. », pour mieux dénoncer le raid israélien sur Gaza qui a fait 4 victimes parmi les « Brigades Ezzedine Al-Qassam », responsables de nombreux attentats meurtriers en Israël.

On avait dit pouce !

Non seulement Israël est qualifié d'assassin par ces médias, eux qui se sont fixés comme règle de ne jamais utiliser le terme "terroristes" pour désigner les « activistes » et pour lesquels des assassins en puissance sont des « personnes », mais encore l'Etat hébreu est-il accusé de « non-respect des règles », dans la mesure où il violerait la trêve !

Oui, bon, d'accord, les factions radicales palestiniennes ont rompu la trêve, ont commis des atrocités, tué et mutilé de jeunes civils, des vieillards, des femmes enceintes, des enfants, des bébés, rallumé la violence, mais... Elles avaient dit pouce !

Rantissi (le bon docteur du Hamas) a beau déclarer que « les rues de Tel-Aviv, de Haïfa et de Jérusalem se rempliront de sang » et utiliser les attentats comme argument de négociation: « Quand nous les contacterons (les Israéliens) par des opérations-suicides ils parleront différemment »: pour le Hamas et pour Arafat ce sont les Israéliens les responsables. Rantissi persiste et signe: « Les sionistes ont tué le cessez-le-feu. Nous invitons toutes nos cellules de combattants en Palestine à frapper dans chaque coin de l'Etat juif ».

Les médias reprennent donc la rhétorique palestinienne, celle placée sous l'autorité d'Arafat, en inversant la réalité et la chronologie des faits, et en se faisant l'écho du rejet de la responsabilité des violences sur Israël.

Arafat tente de paralyser son Premier ministre et son Chef de la Sécurité, qui ont tous deux exprimé leur volonté de s'attaquer aux structures terroristes. Il est parfaitement conscient du fait que les Israéliens ne resteront pas les bras croisés, ce qui lui permet de les accuser d'escalade, en même temps qu'il bride Abbas et Dahlan qu'il désigne à leur tour comme collaborateurs et traîtres.

Accessoirement, Arafat a décidé d'une mesure d'urgence concernant une vingtaine de membres des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa qui avaient été mis aux arrêts le 2 août sous la pression des Etats Unis. L'Autorité palestinienne, qui s'était engagée à les transférer à Jéricho a fait marche arrière, sous la pression du Fatah, mouvement dont elles sont le "bras armé".

La vingtaine de terroristes activement recherchés par Israël pour leur implication dans la préparation et l'exécution d'attentats contre des civils, à qui Arafat avait donné refuge dans ses propres locaux à Ramallah, ont donc quitté vendredi dernier - en catimini - son quartier général de la Muqata'a, dans la crainte d'un raid israélien. Arafat nous refait le coup des 13 exfiltrés vers Chypre après la crise de Bethléhem, mais plus 'discretos' cette fois.

Arafat, obsédé par ses lubies, ne parvient même plus à cacher sa duplicité: il ne poursuit ni même ne freine le Hamas, pas plus que le Jihad islamique. Au contraire: il met des bâtons dans les roues de ceux qui voudraient agir contre leurs infrastructures. Il tente aussi de diviser pour régner, en exigeant de son Premier ministre le départ du responsable de la Sécurité, Mohamed Dahlan, au profit de l'un de ses fidèles (on parle de Jibril Rajoub, après avoir évoqué Nasser Youssouf). Puis il en appelle à la médiation internationale en poussant des cris d'orfraie et accuse les Israéliens de ne « pas favoriser un climat propice à une retour au calme, alors que l'Autorité palestinienne 'venait d'interdire' tout acte hostile à Israël ».

À ce train, nul besoin de s'étonner si, dans le jeu de cartes qui circule depuis peu, représentant les principaux responsables du terrorisme palestinien à l'instar de celui qui est diffusé en Irak, Yassine le « Chef spirituel du Hamas » est l'as de coeur et Arafat apparaît sur la carte du « fou ».

Qu'Arafat manoeuvre ainsi en toute connaissance de cause, dans l'espoir de reprendre la main, on l'aura compris. Mais les médias...

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La malédiction du statut de réfugié
Daniel Pipes
New York Post, 19 août 2003
(Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org)

Voici une devinette : En quoi les réfugiés palestiniens sont-ils différents des 135 millions d’autres réfugiés du XXe siècle?

Réponse: Dans tous les autres cas de figure, la peine causée par l’expropriation, la privation de patrie, et la pauvreté a diminué avec le temps. En fin de compte, les réfugiés soit ont été réinstallés ailleurs, soit sont retournés chez eux, ou sont morts. Leurs enfants – qu’ils vivent en Corée du Sud, au Vietnam, au Pakistan, en Israël, en Turquie, en Allemagne, ou aux Etats-Unis – ont abandonné le statut de réfugié et ont intégré la condition commune.

Ce n’est pas le cas des Palestiniens. Chez eux, le statut de réfugié se perpétue, d'une génération à l’autre, créant un terrain générateur de plus en plus d’angoisse et de mécontentement.

Plusieurs facteurs expliquent cette anomalie, mais la composante-clé de cette situation est la structure bureaucratique des Nations unies. L’ONU a deux organisations spécialisées dans les problèmes des réfugiés, chacune ayant sa propre définition du "réfugié":

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (U.N. High Commission for Refugees) applique ce terme, partout dans le monde, à quiconque "vit en dehors du pays dont il a la nationalité, par crainte – fondée – d’être persécuté". Le fait de vivre hors du pays dont on a la nationalité implique que les descendants des réfugiés ne sont pas des réfugiés. Les Cubains qui fuient le régime de Castro sont des réfugiés, mais ce n’est pas le cas de leurs enfants, nés en Floride, qui sont privés de la nationalité cubaine. Les Afghans qui fuient leur patrie sont des réfugiés, mais pas leurs enfants, qui sont nés Iraniens. Et ainsi de suite.

L’Agence de Secours et d’Actions de l’ONU (U.N. Relief and Works Agency, UNRWA), organisation fondée, en 1949, uniquement pour les réfugiés palestiniens, définit ces derniers différemment de tous les autres. Ce sont des personnes ayant habité en Palestine "entre juin 1946 et mai 1948, et qui ont perdu leurs deux maisons et leurs moyens d’existence en raison du conflit arabo-israélien de 1948". Fait particulièrement important : l’UNRWA étend le statut de réfugié "aux descendants des personnes qui sont devenues des réfugiés en 1948". Cette organisation considère même les enfants d’un parent palestinien de réfugié, comme étant des réfugiés.

La définition du Haut-Commissariat fait disparaître la population des réfugiés au fil du temps; celle de l’UNRWA l’accroît sans limite. Appliquons chaque définition aux réfugiés palestiniens de 1948, qui, d’après les statistiques onusiennes (gonflées) atteindraient le nombre de 726.000. (Les évaluations des experts vont de 420.000 à 539.000.)

La définition du Haut-Commissariat limiterait le statut de réfugié aux 726.000 d’entre eux alors en vie. Selon un démographe, environ 200.000 de ces réfugiés de 1948 vivent encore aujourd'hui.

La définition de l’UNWRA inclut les enfants des réfugiés, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants, y compris les Palestiniens qui ont abandonné leurs maisons en 1967, l’ensemble atteignant, par cumul, 4,25 millions de réfugiés.

Les 200.000 réfugiés correspondant aux critères de la définition globale représentent moins de 5 pour cent des 4,25 millions correspondant aux critères de l'UNRWA. Selon les normes internationales, ces 95 autres pour cent ne sont pas du tout des réfugiés. En conférant faussement le statut de réfugié à ces Palestiniens qui n’ont jamais fui nulle part, l’UNRWA condamne un peuple créateur et entreprenant [les Palestiniens] à une vie d'exclusion, d’apitoiement sur soi et de nihilisme.

Les politiques des gouvernements arabes ne font donc qu’empirer la situation en maintenant des Palestiniens enfermés dans le statut, fossile en quelque sorte, de réfugié. Au Liban, par exemple, 400.000 Palestiniens apatrides ne peuvent fréquenter l'école publique, ni accéder à la propriété, ni même améliorer leur parc de logements.

Il est grand temps d'aider ces générations de non-réfugiés à échapper au statut de réfugié pour qu’ils puissent devenir des citoyens, assumer leurs responsabilités individuelles et l’édification de leur avenir. Le mieux pour eux serait que l’UNRWA ferme ses portes et que le Haut-Commissariat de l’ONU absorbe le nombre décroissant de véritables réfugiés palestiniens.

Cela ne se produira que si le gouvernement des Etats-Unis reconnaît le rôle joué par l’UNRWA dans la perpétuation de la misère palestinienne [1]. Dans un esprit peu judicieux "de profonde implication dans le bien-être des réfugiés palestiniens", Washington assume actuellement 40 pour cent du budget de l’UNRWA's, qui s’élève à 306 millions de dollars par an, alors qu’il devrait être réduit à zéro.

Heureusement, le Congrès américain se réveille. Chris Smith, un membre républicain de la Commission des Relations Internationales de la Chambre, a récemment exigé d’approfondir l’enquête du Service Général de la Comptabilité sur le financement américain de l’UNRWA.

Tom Lantos, membre démocrate de haut rang dans la dite Commission, va plus loin. Critiquant "la manière privilégiée et prolongée" dont on s’occupe des réfugiés palestiniens, il appelle à la fermeture de l’UNRWA et au transfert de ses responsabilités au Haut Commissariat [de l’ONU pour les Réfugiés (U.N. High Commission for Refugees)].

D'autres gouvernements occidentaux devraient se joindre à Washington pour résoudre le problème des réfugiés palestiniens en supprimant l'autorisation accordée à l’UNRWA, lors de la prochaine échéance de son renouvellement, en juin 2005.

Le temps est venu de préparer le terrain pour éliminer cette institution, sa définition malfaisante [du statut de réfugié], et ses activités monstrueuses.

(Daniel Pipes est directeur de Campus Media Watch)
(Mis en ligne le 20 août 2003 sur le site http://www.upjf.org)

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Numéro 93 • vendredi le 22 août 2003

Israël, le mur et les Palestiniens
Eric Marty
Le Monde, 12 août 2003

Etienne Balibar et Henri Korn publient, dans Le Monde du 9 août, un long point de vue intitulé "Il faut abattre le mur de l'apartheid en Palestine". La construction d'une barrière provisoire de protection entre Israël et les Territoires palestiniens, dont le destin est celui de l'autonomie nationale, ne va certes pas de soi ; elle est d'ailleurs, en Israël même, l'objet d'intenses débats et de nombreuses critiques, et qui ne viennent pas seulement de quelques "courageuses associations de défense des droits de l'homme", mais de groupes ou d'individus très divers tant, en effet, issus du mouvement de la Paix que venant du Likoud, de groupes de droite ou de gauche.

Il n'est nul besoin d'être courageux pour critiquer cette construction, car Israël est un pays de liberté, et il n'y a nul besoin de défendre les droits de l'homme car, dans son principe comme dans sa réalisation, cette barrière ne remet nullement en cause ces droits. Faut-il rappeler, ce que MM. Balibar et Korn semblent ignorer, que cette initiative revient au Parti travailliste et qu'elle n'a jamais eu qu'une fonction, celle de protéger des vies innocentes de civils des attentats sanglants émanant des milices palestiniennes.

Cette initiative est partie également, à la suite du déclenchement de la seconde Intifada de septembre 2000 et du refus par Arafat et des Palestiniens des offres de paix d'Ehoud Barak, du constat que la paix entre Israéliens et Arabes de Palestine devait peut-être en passer par là et que, au fond, ces derniers ne pourraient peut-être gagner leur autonomie qu'à la condition d'une désolidarisation des territoires respectifs. D'ailleurs, parmi les plus farouches opposants à cette barrière de protection, il y a, bien plus que les pacifistes, les habitants des implantations juives dans les Territoires palestiniens de Judée, de Samarie et de Gaza, qui craignent, à juste titre, que cette barrière ne les isole de la Mère patrie et ne consacre finalement l'indépendance réelle de la Palestine.

On le voit, le scénario véritable de cet événement est bien différent de celui que Balibar et Korn présentent. Si l'on peut, en effet, être opposé à la construction de cette barrière, qui n'est sans doute pas, à elle seule, une solution aux actions fanatiques des milices palestiniennes, si l'on peut également critiquer son tracé qui pose de nombreux problèmes, il est en revanche scandaleux de l'identifier à un système d'apartheid, ou encore d'écrire : "Il n'y a de précédents pour une construction de ce genre que dans l'histoire des régimes totalitaires." On ne fera pas remarquer que M. Balibar, comme militant du Parti communiste, n'a jamais écrit une seule tribune pour dénoncer le mur de Berlin et qu'aujourd'hui même on ne le voit guère, avec son cosignataire, protester avec la même véhémence contre ce véritable mur de la mort qui a condamné à l'exécution capitale les Cubains qui ont voulu fuir un "régime totalitaire".

On dira qu'en effet cette barrière de sécurité est sans équivalent dans le monde démocratique, car aucun Etat démocratique n'est aujourd'hui l'objet d'une volonté de destruction comparable à celle dont Israël est victime, venant d'une armée par définition insaisissable puisqu'elle utilise des hommes ou des femmes conditionnés, fanatisés et prêts à participer par leur propre mort à l'impératif, sans aucune limite, de tuer. De nombreux Etats démocratiques, face à des menaces venant d'armées régulières, n'ont pas hésité à transformer provisoirement leurs frontières en ligne fortifiée de défense, que ce soit la France lors du conflit avec l'Allemagne nazie, ou la Corée du Sud aujourd'hui face à la dictature communiste de la Corée du Nord.

Enfin, même si, en effet, la chose n'est nullement comparable en droit, l'actuelle frontière en principe hermétique entre le Mexique et les Etats-Unis ressemble fort - au moins matériellement - à ce qui va peut-être séparer Israël des Territoires palestiniens.

La critique de la barrière de sécurité émanant de Balibar et Korn n'est pas seulement erronée comme on vient de le voir, elle est perverse, notamment par les manipulations lexicales qui y sont faites et qui sont indignes de quelqu'un qui se prétend philosophe et d'un membre de la prestigieuse Académie des sciences. Qu'on appelle cette barrière de protection "mur de séparation", c'est le droit de nos deux auteurs, mais qu'on accole à cette expression "Security Fence" comme pour faire croire qu'il s'agit de la traduction d'une expression officielle, est pitoyable : M. Balibar et M. Korn croient peut-être que certains lecteurs du Monde ignorent que fence signifie "barrière" et que security ne signifie pas "séparation"...

Comment osent-ils parler de "construction meurtrière" alors que précisément cette construction ne vise qu'à éviter les meurtres dont on a si souvent vu le terrible spectacle depuis la signature des accords d'Oslo ? Mais c'est bien sûr par l'emploi du mot "apartheid" pour qualifier cette "Security Fence" qu'ils transgressent tout respect de la vérité. Le mot apartheid n'a qu'un sens, celui qu'il a pris en Afrique du Sud, de l'exclusion d'une population fondée sur le concept de supériorité raciale, et il suppose l'interdiction de relations sexuelles, l'interdiction faite aux Noirs de vivre dans des quartiers réservés aux Blancs, de prendre les mêmes moyens de transport qu'eux...

Il y a un million et demi de "Palestiniens" qui vivent sur le même sol que les juifs d'Israël et qui ont les mêmes droits politiques qu'eux : relations sexuelles, don de sang et d'organes, mixité ethnique des universités... ; cela dans une société pourtant sous la pression de la haine et de la mort fait qu'il est inadmissible de parler d'apartheid, surtout à partir du territoire français qui ne brille pas par son respect à l'égard des Arabes ou des Noirs qui y vivent. Si cette barrière de sécurité a été construite, ce n'est nullement dans un projet de discrimination raciale, qui est un non-sens en Israël où le cosmopolitisme est une donnée vitale, mais c'est pour ne pas être tué.

Il est possible que cette barrière de protection n'ait pas l'efficacité rêvée contre les meurtriers, il est possible aussi qu'elle provoque de nombreuses nuisances pour les deux peuples, car les protestations israéliennes, répétons-le, manifestent le désir de toujours de cette société de la liberté et sa phobie de l'enfermement. Aujourd'hui, les juifs qui circulent dans les Territoires sont dans un danger de mort permanent et, en ce sens, s'il y a bien une société qui est culturellement prête pour l'apartheid, c'est sans doute davantage, hélas, la société palestinienne, soumise à l'obscurantisme intégriste, à une propagande d'Etat souvent haineuse et à des traditions historiques de domination sur les juifs, que la société israélienne dont l'idéologie égalitaire a accompagné la naissance.

Cette société peut faire des erreurs, mais si la barrière de protection en est peut-être une, je ne suis pas certain qu'il soit facile d'en juger.

(Eric Marty est professeur de littérature française à Paris-VII
et auteur de Bref séjour à Jérusalem [Gallimard, 2003].)

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La vérité au sujet de Daniel Pipes
Charles Krauthammer
The Washington Post, 15 août 2003

(Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org)

Le président a nommé l’expert en Islam, Daniel Pipes, au conseil d'administration de l'Institut Américain pour la Paix, ce qui a eu pour conséquence une vilaine explosion de maccarthysme. La nomination de Pipes a été accueillie par des accusations d'islamophobie, d’intolérance et d'extrémisme. Trois sénateurs démocrates (Ted Kennedy, Christopher Dodd et Tom Harkin) ont honteusement donné leur signature à cette campagne, à laquelle le quasi démocrate Jim Jeffords a apposé sa griffe.

Qui est Daniel Pipes? Pipes a été professeur à l’Institut Américain de Guerre Navale. Il a enseigné l'histoire et les études islamiques à Harvard et à l'Université de Chicago. C’est un spécialiste, auteur de 12 livres, dont quatre consacrés à l'Islam. À la différence de la majeure partie de l’establishment académique en sciences du Moyen-Orient – autosatisfait, sans imagination et spécialisé en fraternité envers l'homme et en déloyauté envers les Etats-Unis -, Pipes a, des années durant, mis en garde contre le fait que l'élément radical dans l'Islam constituait une menace sérieuse et grandissante pour les Etats-Unis.

Dans les décennies durant lesquelles l'Amérique dormait, Pipes fut parmi les tout premiers à comprendre les dangers du radicalisme islamique. Dans ses nombreux écrits, il l'a identifié, a expliqué ses racines – parmi lesquelles, tout spécialement, le Wahhabisme, tel qu’il est pratiqué et favorisé par l'Arabie Saoudite - ; il a averti de ses projets d'infiltration et de guerre contre les Etats-Unis eux-mêmes.

Les événements du 11 septembre 2001, ont confirmé sa prescience. Comme la plupart des prophètes, il est à présent puni pour avoir eu raison. L’accusation principale à son endroit est qu'il est anti-musulman. Ce qui est faux. Pipes fait très scrupuleusement la distinction entre l'Islam radical et l'Islam modéré. Il dit, en effet : "L'Islam militant est le problème, l'Islam modéré, la solution".

La difficulté, pour une société libre, est que l'Islam radical vit au sein de l'Islam modéré. L’ensemble de la communauté islamique est un endroit propice au déguisement et au camouflage des éléments radicaux. Les mosquées sont des institutions dont ils peuvent se servir pour promouvoir leur cause. Ce sont là des vérités évidentes. Mais quand Pipes les énonce, il est accusé d’intolérance. Par exemple, les critiques tonnent contre Pipes lorsqu’il affirme qu'"il faut soumettre les mosquées à un examen plus minutieux que celui qu’on applique aux églises et aux temples."

Est-ce de l’intolérance? Y a-t-il même matière à controverse? Les Wahhabites et autres Islamistes radicaux ont construit des mosquées et d'autres institutions religieuses dans des dizaines de pays. Certains d’entre eux – tout spécialement le Pakistan – sont devenus le lieu d’une activité non pas simplement radicale, mais terroriste. Où croyez-vous que Richard Reid, l’homme à l’explosif dans la chaussure, a été fanatisé et recruté? Dans un monastère bouddhiste? Il a été initié dans la désormais célèbre mosquée de Finsbury Park, à Londres. Cela signifie-t-il que toutes les mosquées, la majorité ou même beaucoup d’entre elles accueillent une telle activité? Non. Mais cela signifie que telle mosquée est davantage susceptible d’accueillir une activité de cette nature que telle synagogue ou telle église.

L'attaque que Pipes a subie pour avoir énoncé cette vérité évidente n’est qu’un autre symptôme de l’absurde correction politique envers le radicalisme islamique. C'est la même correction politique qui interdit le 'profilage' sur base de critères ethniques dans les avions. Nous sommes tous censés faire croire que nous soupçonnons des mêmes intentions terroristes, et devons examiner minutieusement de manière identique, une nonne irlandaise septuagénaire, un étudiant de yeshiva quinquagénaire, et un ressortissant d'Arabie Saoudite de trente ans. Votre fille voyage à bord de cet avion : qui voulez-vous que les officiers de sécurité surveillent?

Le Président Bush envisage de passer outre au Sénat et de profiter des vacances parlementaires pour nommer Pipes. Ce serait de sa part un acte de principe et de courage caractérisé. Toutefois, le problème est qu'un tel procédé conférerait à cette nomination un caractère furtif. Pire, elle mettrait trop facilement les maccarthystes hors-circuit.

La nomination de Pipes serait extrêmement bénéfique à l'Institut Américain pour la Paix. Mais elle serait encore plus bénéfique au pays en ce qu’elle révélerait au grand jour la soumission des démocrates au politiquement correct. Laissez-les se démarquer eux-mêmes. Laissez le pays constater que, pour certains démocrates haut placés, dire la vérité sur le radicalisme islamique, c’est se disqualifier pour l’obtention d’un poste sérieux.

La nomination de Pipes a été approuvée, entre autres, par Fouad Ajami, Walter Berns, Donald Kagan, Sir John Keegan, Paul Kennedy, Harvey Mansfield et James Q. Wilson.

Qui allez-vous croire? Ces universitaires sans reproches et indépendants, ou un quarteron de lâches sénateurs?

(Mis en ligne le 15 août 2003 sur le site http://www.upjf.org)

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Numéro 92 • vendredi le 15 août 2003

Entretien avec le Premier Ministre Israélien
Ariel Sharon

Charles Lambroschini
Le Figaro, 13 août 2003

Le premier ministre israélien critique l'attitude velléitaire de Mahmoud Abbas et estime que les Américains auraient dû exercer des pressions encore plus dures sur la Syrie... Alors qu'Israël a subi hier [12 août] deux attentats suicides qui montrent la fragilité du processus de paix international, le premier ministre israélien a accordé hier un entretien au Figaro. Ariel Sharon estime notamment que les combattants palestiniens profitent du cessez-le-feu pour se réarmer. Il réaffirme en outre sa volonté de voir Yasser Arafat écarté du contrôle de l'argent public et de toute position d'influence sur les services de sécurité.

Le Figaro – En pleine trêve, Israël a encore été la cible de deux attentats suicides. Quelle est votre première réponse?

Ariel Sharon – Ces deux attaques confirment que l'Autorité palestinienne ne fait rien pour combattre le terrorisme. Nos interlocuteurs se refusent à tenir leurs engagements, à démanteler les infrastructures des organisations terroristes, à confisquer les armes. Les responsables palestiniens doivent bien comprendre que s'ils ne font pas ce qu'ils sont supposés faire, toute avancée dans le processus politique deviendra impossible.

Que gagnerait Israël à une rupture?

Nous ne pouvons pas accepter que le terrorisme devienne partie intégrante de la vie quotidienne des Israéliens. Et les Etats-Unis ne l'accepteront pas non plus. Tout en regrettant que l'Autorité palestinienne refuse de mener ce combat de façon sérieuse, Israël, lui, continuera de lutter contre les terroristes. Mais si Israël, qui aimerait pourtant continuer sur la voie politique, est obligé de constater qu'il n'y a plus de progrès à espérer, le diagnostic sera clair. Les Palestiniens, aussi, ne pourront plus obtenir ce qu'ils veulent.

Trois jours avant ce double attentat, l'aviation israélienne avait détruit la batterie de DCA du Hezbollah qui venait de bombarder la Galilée et de tuer un jeune Israélien. Puisque vous accusez la Syrie d'être derrière le Hezbollah, envisagez-vous de frapper aussi la Syrie?

Ce n'est sûrement pas la première fois que le Hezbollah nous prenait pour cible. Ces derniers mois, les tirs contre Israël n'ont jamais cessé. Nous avons averti le Hezbollah à plusieurs reprises. Les Etats-Unis ont mis la pression sur la Syrie. Mais les tirs ont continué. Alors nous avons décidé que chaque fois qu'une de ces batteries de DCA ouvrira le feu, elle sera aussitôt détruite. Israël veut le calme sur sa frontière nord et c'est pourquoi nous essayons de faire preuve de la plus grande retenue. Mais nous n'accepterons jamais que la sécurité de nos citoyens soit menacée. C'est le message que, de nouveau, nous avons adressé à nos adversaires.

L'an dernier, vous n'aviez pas hésité à lancer vos avions contre un radar syrien au Liban, un radar qui faisait partie d'une chaîne couvrant les approches vers Damas. Etes-vous prêts à frapper aussi fort si votre message de dimanche n'est pas entendu?

Je prendrai toutes les mesures nécessaires pour protéger mes concitoyens. Je veux éviter l'escalade parce que, je le répète, je tiens à ce que notre frontière avec le Liban reste tranquille, mais nous ne nous laisserons pas faire. En face, il y a suffisamment de cibles disponibles. Tout de suite après la chute de Bagdad, les Américains ont soumis la Syrie à de très fortes pressions. Au début les Syriens étaient inquiets et ils ont choisi le profil bas. Mais, au bout de quelques semaines, ils sont revenus à leur politique de soutien aux organisations terroristes. De nouveau, ils font la sourde oreille aux exigences de Washington. Ils continuent de permettre que le Hamas et le Djihad islamique entraînent leurs poseurs de bombes sur le territoire syrien. Ils acceptent que les états-majors de ces organisations terroristes aient pignon sur rue à Damas.

Cette attitude ne signifie-t-elle pas que plus personne n'a peur des Américains maintenant que les GI semblent enlisés en Irak?

Je crois plutôt qu'il faut dénoncer une erreur de méthode. Au Proche-Orient, il ne faut jamais se contenter de promesses, de beaux discours, de déclarations ronflantes. Si on veut aboutir, il faut fixer des buts très précis, avec le détail des étapes pour arriver à l'objectif et des dates butoirs. Les pressions sur les Syriens auraient dû être encore plus dures. Les Américains auraient dû leur dire: les organisations terroristes qui sont installées en Syrie devront être expulsées tel jour à telle heure.

En somme, vous voulez exporter le processus de la "feuille de route" que vous appliquez dans vos relations avec les Palestiniens.

Pourquoi pas? La feuille de route est un plan fondé sur des résultats et un calendrier. Soyons concrets. Je veux deux choses: la démocratisation des institutions palestiniennes, pour que Yasser Arafat soit écarté de toute position d'influence, et le démantèlement d'organisations terroristes comme le Hamas, le Djihad islamique, le Front populaire, le Front démocratique. Mes interlocuteurs doivent comprendre que s'ils restent immobiles sur ces deux points, je n'avancerai pas non plus. Sans progrès sur ces deux points, ce sera la fin du processus politique.

A en juger par vos reproches au premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, votre technique de négociation n'a guère eu de succès.

Pour la sécurité au jour le jour, je le crédite d'efforts indéniables. Mais le fait que le terrorisme ait baissé d'intensité est très important. Mais rien n'a été entrepris pour arracher les racines du terrorisme. Encore une fois, mes demandes sont très concrètes. Il s'agit d'arrêter les chefs qui ordonnent les assassinats, de les interroger, de les punir. Il faut ensuite interdire les organisations extrémistes. Enfin, il faut confisquer leurs armes et les remettre à un tiers, par exemple les Etats-Unis, pour qu'elles soient exportées loin du territoire de l'autorité palestinienne et détruites. En plus, je veux l'arrêt total des attentats et l'arrêt de l'incitation à la violence. Même si, pour ce dernier cas, il faudra du temps, la solution passant par une réforme de l'école et la sensibilisation à une éducation de la paix.

Mais votre armée a tué tellement d'hommes des forces de sécurité palestiniennes, détruit tellement d'équipements et d'installations que Mahmoud Abbas n'a pas forcément les moyens de s'attaquer à la nébuleuse terroriste. Ni même assez d'argent.

Vous plaisantez! L'Autorité palestinienne aligne 60 000 hommes répartis entre douze services de sécurité différents. Malheureusement, 60% de ces forces se trouvent toujours sous le contrôle de Yasser Arafat alors qu'elles devraient relever d'un responsable unique, le chef du gouvernement Mahmoud Abbas. La première réforme que Mahmoud Abbas doit mettre en œuvre c'est de s'attaquer au monopole d'Arafat sur les services de sécurité. Dans la foulée, il devra le priver du contrôle de l'argent et donc de la distribution des salaires. Selon nos estimations, Arafat a placé à travers le monde quelque deux milliards de dollars: plus qu'il n'en faut pour financer les réformes.

Mahmoud Abbas ne veut peut-être pas prendre le risque de déclencher une guerre civile entre Palestiniens...

Je crois que le plus grand danger c'est celui qui pèse sur sa tête. Et il restera menacé tant que les organisations terroristes n'auront pas été démantelées. Or, plus le temps passe plus il deviendra difficile d'agir. Si les mouvements terroristes ont accepté un cessez-le-feu, c'est à cause de l'efficacité de l'armée israélienne, de nos services de renseignement, de notre police. Maintenant ils profitent du calme pour recréer leurs réseaux et pour reconstituer leurs stocks d'armes. Au point que leur industrie militaire tourne à plein: ils sont en train de fabriquer des missiles kassem par centaines d'exemplaires et même d'allonger leur portée jusqu'à, je crois, une douzaine de kilomètres.

Mais comment Mahmoud Abbas peut-il imposer son autorité à 60 000 soldats et policiers sans s'exposer à une explosion générale?

Prenons l'exemple de Gaza. L'Autorité palestinienne dispose de 20 000 hommes en armes. En face, le Hamas et le Djihad islamique totalisent un maximum de 500 à 1 000 militants. Ce qui manque à l'autorité palestinienne ce ne sont pas les effectifs. C'est la volonté. Alors, comment les Israéliens pourraient-ils lui insuffler cette volonté s'il ne la trouve pas tout seul? En appliquant la méthode de la "feuille de route": nous ne passerons pas à l'étape suivante si l'étape précédente n'est pas terminée.

Mahmoud Abbas se plaint que les arrestations faites par l'armée israélienne dans les territoires palestiniens mettent en danger la trêve qu'il tente de faire respecter. Allez-vous poursuivre ces opérations?

Le partage des responsabilités est sans ambiguïté. Dans les zones qui ont été remises à l'Autorité palestinienne, c'est à elle de faire la police. Dans les zones dont nous avons conservé le contrôle, nous restons actifs, c'est vrai, mais nous retenons nos coups. Nous essayons de nous comporter avec modération. En revanche, si les mouvements terroristes poursuivent leurs actions contre Israël et si l'Autorité palestinienne ne se décide pas à porter un coup d'arrêt à ces organisations, eh! bien Israël fera le nécessaire!

Aidez-vous Mahmoud Abbas à lutter contre le terrorisme?

Absolument. D'abord, nous l'aidons en aidant la population. Nous avons libéré des prisonniers, environ 700. Nous avons augmenté le quota des permis de travail pour que les Palestiniens puissent être plus nombreux à venir gagner de l'argent chez nous. Nous avons enlevé un certain nombre des barrages sur les routes qui gênaient les déplacements. Nous aidons aussi Mahoud Abbas en montrant que, pour obtenir la paix, Israël est prêt à faire des compromis douloureux. Ces gestes que je vous ai énumérés, nous les avons consentis alors que le terrorisme continue, que, contrairement à nos espoirs, il n'a jamais vraiment cessé. Pour arriver à une paix authentique et durable, Israël est prêt à aller loin, très loin, même si cela doit lui coûter beaucoup.

Sous la pression de l'opinion palestinienne, la poursuite de la libération des prisonniers est devenue pour Mahmoud Abbas une priorité absolue. Envisagez-vous de vider les prisons? Jusqu'au dernier des 6 000 détenus?

Israël a prouvé sa bonne volonté en relâchant quelque 700 prisonniers. Mais il est exclu de libérer des assassins, de pardonner aux terroristes qui ont du sang sur les mains. Il n'est pas question de libérer des gens qui avaient déjà été libérés et qui, à peine rentrés chez eux, ont recommencé à se livrer à des attentats. Depuis la reprise de l'intifada, il y a trois ans, le terrorisme a tué 818 Israéliens et en a blessé 5 629. J'ai sur mon bureau un document qui démontre qu'en proportion de la population, ce serait l'équivalent en France de 8 000 morts et de 56 000 blessés. Pour l'Union européenne de 62 000 morts et 427 000 blessés. Pour les Etats-Unis, qui ont eu 3 000 victimes dans l'attaque contre les tours de Manhattan, de 45 000 morts et de 312 000 blessés. Je ne crois pas que la France accepterait de telles pertes sans réagir. Ni aucun des pays européens. Alors, je peux vous dire que ce fut très difficile de convaincre mes ministres d'ouvrir les portes des prisons.

Sur ce sujet, les tensions au sein du gouvernement ne sont-elles pas le reflet des interrogations dans l'opinion?

La libération des prisonniers n'a pas été une décision populaire. Car le bilan du terrorisme ne se limite pas aux chiffres horribles que je vous ai cités. Il y a aussi l'impact psychologique: des familles de cinq ou six enfants qui n'ont plus ni père ni mère, des parents qui perdent d'un coup tous leurs enfants. Les gens accepteraient plus facilement les libérations si l'Autorité palestinienne avait montré plus de détermination contre les terroristes.

Face au terrorisme, Israël trouve donc que les Palestiniens n'en font pas assez tandis que Mahmoud Abbas trouve qu'Israël en fait trop. On n'en sortira jamais!

Les Palestiniens, notamment Yasser Arafat, ont cru que, grâce au terrorisme, ils parviendraient à briser la volonté de la nation israélienne. Je pense que les Palestiniens sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à réaliser qu'il est impossible de vaincre Israël par la terreur. Quant à Mahmoud Abbas, il y a déjà plusieurs années qu'il a compris deux choses. Un, qu'il ne réussira à s'entendre avec Israël que par la négociation. Deux, que les souffrances de la population palestinienne ont pour cause essentielle la stratégie terroriste de Yasser Arafat.

Mahmoud Abbas dénonce la poursuite de l'expansion des colonies de peuplement dans les Territoires palestiniens. C'est ainsi qu'un appel d'offres a été lancé pour la construction de 22 logements à Névé Dékalim dans la bande de Gaza. Comment pouvez-vous justifier ce genre d'initiative alors que la "feuille de route" a décrété le gel des implantations?

Ecoutez, il faut distinguer entre les implantations illégales et les autres. Parmi celles qui n'étaient pas autorisées, nous en avons démantelé 26 et 12 le seront bientôt. Pour les implantations autorisées, le dossier n'est pas facile. Au total, 240 000 habitants sont concernés. Pour certains, ils en sont à la troisième génération: ce sont leurs grands-parents qui étaient venus s'installer. Et ils continuent, ils se marient, ils font des enfants. Que dois-je faire, les déporter? Pour l'instant, tout ce que je puis dire c'est que l'on peut ajouter des constructions dans un périmètre déjà bâti mais qu'il n'y a pas d'expropriation pour de nouvelles installations ni de subventions particulières pour les financer. De toute façon, il est entendu que le sort définitif de ces implantations sera discuté dans la phase finale des négociations de paix.

Autre sujet qui fâche: le mur de sécurité que vous êtes en train d'édifier pour empêcher le passage des terroristes entre la Cisjordanie et Israël mais qui aboutit souvent à couper les paysans palestiniens des champs derrière leur ferme. Ce n'est plus seulement Mahmoud Abbas qui s'inquiète à l'idée que les Israéliens dessinent unilatéralement la future frontière. Le président Bush juge que ce mur crée un "problème" dans la mesure où il rendra extrêmement difficile la création d'un Etat palestinien au territoire continu. Quelle est votre réponse?

Je l'ai dit maintes et maintes fois. Je ne transigerai pas sur la sécurité de mes concitoyens. Ces barrières n'ont rien de politique. Leur construction correspond à des objectifs de sécurité. Premièrement, il s'agit de décourager les terroristes de venir commettre leurs crimes au cœur même d'Israël. Deuxièmement, nous voulons stopper la pénétration par les Palestiniens de la communauté des Arabes israéliens. Notre pays compte 5,4 millions de juifs et un million d'Arabes qui sont citoyens israéliens. Il y a des dizaines de milliers de Palestiniens qui sont venus vivre clandestinement aux côtés des Arabes israéliens. Ils participent à des actes terroristes et ils essaient de convaincre les Arabes israéliens de se joindre à eux. Cela dit, je veux que ces barrières causent le moins de dommages possibles aux paysans palestiniens. Etant un paysan moi-même je comprends leurs difficultés et je vais faire un effort. Mais si ces barrières permettent de réduire la menace terroriste, on s'apercevra vite qu'elles ne sont pas un obstacle à la paix. Au contraire.

Vous avez applaudi l'intervention américaine en Irak. Mais devant le chaos actuel, n'avez-vous pas des doutes?

Je continue d'approuver cette guerre. Saddam Hussein était très dangereux. Comme il l'avait démontré en utilisant des armes chimiques contre son propre peuple, en gazant des dizaines de milliers de gens. Et il a failli avoir la bombe. Pour le malheur du monde, il aurait réussi à doter l'Irak de l'arme nucléaire sans la courageuse décision du gouvernement Begin d'aller bombarder le réacteur de Tamouz. Maintenant, en ce qui concerne la situation actuelle, je crois que les Américains doivent poursuivre leurs efforts pour établir à Bagdad un gouvernement dont la stabilité ne pourra que rendre plus sûr l'ensemble du Moyen-Orient. Quant à savoir si un pays arabe peut devenir un pays démocratique, c'est le cœur du problème. Dans toute la région, il n'y a qu'une seule démocratie: Israël. Si Israël avait été entouré de voisins démocratiques, nous aurions sûrement pris plus de risques que nous n'en prenons aujourd'hui.

George W. Bush insiste désormais sur un autre danger nucléaire: celui que représente Téhéran. Seriez-vous favorable à une opération préventive des Etats-Unis qui répéterait contre la centrale iranienne de Bouchir, par exemple, celle de l'aviation israélienne contre l'Irak?

Je n'ai pas qualité pour recommander les mesures qui devraient être prises. Mais je crois que la priorité ce doit être d'exercer des pressions économiques et politiques les plus fortes possible. Dans cette perspective, je pense que l'Europe a un rôle très important à jouer.

Face à Téhéran, vous êtes quand même en première ligne puisque vous reprochez à l'Iran une double manipulation anti-israélienne. Celle du Hezbollah chiite à la frontière libanaise, celle des organisations islamistes dans les Territoires palestiniens.

Les Iraniens ne peuvent rien nier de tout cela. Sur la frontière libanaise, Téhéran a envoyé ses Gardiens de la révolution pour encadrer les hommes du Hezbollah. C'est aussi l'Iran qui fournit au Hezbollah la plupart des missiles qui sont maintenant capables d'atteindre Haïfa. Même si, de leur côté, les Syriens en ont livré des centaines. Les armes iraniennes sont débarquées sur les aéroports syriens par des avions venus de Téhéran. Depuis l'interception du Karin A par la marine israélienne, les cargos affrétés par l'Iran ont renoncé au canal de Suez. Ils n'arrivent dans les ports syriens qu'après avoir fait le tour de l'Afrique. Mais ils continuent de venir.

Et dans les territoires palestiniens?

L'Iran fait passer des armes clandestinement. Et il donne de l'argent à tout le monde. Au Hamas et au Djihad, bien sûr, mais aussi au Fatah d'Arafat et même au parti d'Mahmoud Abbas. L'Iran est à la tête d'un réseau terroriste qui est simultanément régional et mondial puisque ce pays dispose de missiles balistiques d'une portée de 1 300 kilomètres. C'est bien ce qu'ont compris les Américains quand ils dénoncent les projets nucléaires de Téhéran. Au Moyen-Orient, c'est l'Iran qui constitue désormais la plus grande menace.

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Numéro 91 • vendredi le 8 août 2003

Israël, un État juif et démocratique
Julien Bauer
Le Devoir, 4 août 2003

Le Canada a comme chef d'État la Reine qui est aussi chef de l'Église anglicane. La constitution évoque Dieu. Les privilèges des Églises catholiques et protestantes sont enchâssés dans la Charte des droits et libertés et confirmés par la Cour suprême. Les prêtres font fonction d'officiers d'état civil pour les mariages. Le système politique impose des coutumes religieuses spécifiques comme la fermeture des entreprises à Noël.

Auteur des ouvrages : Les partis religieux en Israël, Que sais-je ? (1991 et 1998), Politique et religion , Que sais-je ? (1999) et Le système politique israélien, Que sais-je ? (2000).

Chaque point de cette énumération que l'on pourrait continuer est exact. Se limiter à elle serait donner une image tronquée de la réalité. C'est pourtant ce que présente Louis Gill (Le Devoir, 29 juillet) lorsqu'il parle d'Israël.

Israël, un État juif
Israël juif n'est pas plus étonnant que Québec français, Russie russe ou Italie italienne. Accuser Israël d'être juif, c'est interdire au peuple juif, et au seul peuple juif, le droit à l'autodétermination. Le fait qu'Israël soit un État juif a été voulu par les Juifs eux-mêmes mais, ce qu'oublie ou ignore Louis Gill, a été reconnu par le droit international.

Le mandat sur la Palestine attribué par la Société des Nations à la Grande-Bretagne, en 1922, est une reconnaissance internationale du lien historique du peuple juif avec sa terre d'origine et comprend l'expression : foyer national juif.

La Résolution 181 de l'Assemblé générale de l'ONU du 29 novembre 1947 est également explicite : elle vise à créer deux États, un arabe et un juif. Reprocher à Israël d'être ce qu'il est, un État juif, est non seulement suspect -- reproche-t-on aux États musulmans, y compris ceux à fortes minorités non-musulmanes d'être musulmans ? -- un bel exemple de révisionnisme où près d'un siècle de droit international est récusé. Bien plus, l'article 7 du Mandat prévoyait que des dispositions seraient prises pour faciliter aux Juifs qui immigreraient de façon permanente en Palestine l'acquisition de la citoyenneté.

La citoyenneté
La citoyenneté israélienne s'acquiert de quatre façons : naissance, résidence, Loi du retour, naturalisation.

Naissance et résidence signifient qu'une personne née en Israël ou qui y résidait lors de la création de l'État est ipso facto citoyen israélien.

La Loi du Retour est l'expression juridique du lien entre peuple juif et Israël. Tout immigrant juif qui en fait la demande acquiert la citoyenneté, à de rarissimes exceptions près comme les collaborateurs avec les nazis. L'objectif est à la fois idéologique et humanitaire : donner immédiatement des droits de citoyens aux immigrants pour la plupart apatrides, que ce soit des survivants de la Shoah, les Juifs expulsés des pays arabes ou ceux qui, en quittant l'URSS, perdaient leur citoyenneté soviétique.

Les Juifs qui émigrent des pays démocratiques ne demandent généralement pas à profiter de la Loi du Retour. Ils préfèrent passer par la loi sur la naturalisation qui stipule qu'un immigrant reçu peut acquérir au bout de cinq ans, dont trois de résidence en Israël, la citoyenneté israélienne. Cette loi est également utilisée par les immigrants reçus non-juifs depuis le père Dubois, prêtre catholique français devenu citoyen israélien et professeur de philosophie à l'Université jusqu'aux réfugiés de la mer vietnamiens.

Pour les raisons évoquées plus haut, Israël encourage une immigration juive. Malgré ce qu'en dit Gill, l'Allemagne, qui a sa propre loi du retour pour les descendants d'Allemands, même si le lien physique avec l'Allemagne a été coupé pendant des siècles, et le Québec, qui favorise une immigration francophone, ont des lois similaires. Au passage, l'envolée lyrique de Gill sur l'immigration au Québec «sans considération de langue» et autres nous montre qu'il n'a jamais lu les documents publics à ce sujet : le Québec et le Canada accordent un traitement privilégié aux francophones et... aux détenteurs de capitaux qui investissent au pays.

Selon Gill, que des députés arabes soient membres de la Knesset n'est pas une preuve de démocratie car tout candidat doit reconnaître qu'Israël est l'État du peuple juif. Là encore, Gill a des trous de mémoire. La Cour suprême d'Israël a déjà interdit des partis politiques juifs extrémistes mais a autorisé des partis politiques arabes extrémistes. Lorsque le Parti progressiste pour la paix de Miari a non seulement indiqué qu'il était aux ordres d'Arafat, un ennemi d'Israël, qu'il souhaitait la victoire des armées arabes, donc la défaite d'Israël, qu'il rejetait dans son programme électoral tout lien entre Israël et peuple juif, la Cour suprême a néanmoins jugé que ce parti pouvait se présenter aux élections. Autoriser un parti qui souhaite la victoire de l'ennemi est une manifestation de démocratie peu banale.

Israël, un État religieux ?
Dans la mesure où les notions de peuple juif et de religion juive sont inextricablement liées, parler de l'un sans l'autre n'a aucun sens. Il y a plus de 25 ans, Léo Moulin avait déjà remarqué que «le facteur religieux peut être et a été un facteur puissant de conscience politique» (Res Publica, 1975, p270). Les Juifs, chassés de leur pays et vivant en exil (en hébreu, on ne dit pas diaspora, dispersion mais galout, exil) se sont raccrochés au judaïsme au point où le terme juif signifie à la fois membre du peuple juif et adepte du judaïsme.

Israël est un État multiconfessionnel. Le judaïsme n'est pas la religion de l'État. Que quatorze religions, dont le judaïsme, soient reconnues par l'État est, selon Gill, la preuve de discrimination contre les autres. On croit rêver. Si Gill tient réellement à ce que tous les groupes religieux soient reconnus, qu'attend-il pour lancer une croisade afin que toutes les religions au Canada, y compris les chrétiens ni catholiques ni protestants, jouissent des mêmes privilèges que les deux églises supérieures ? Sait-il que le 21 novembre 1996, la Cour suprême a réaffirmé les droits et privilèges des «Écoles séparées», catholiques et protestantes, au détriment de toutes les autres écoles religieuses ?

Un système différent
Le système israélien est fort complexe et très différent du nôtre. Cela n'en fait pas automatiquement un système mauvais en soi. Il s'inspire du millet ottoman qui donnait à chaque minorité ethno-religieuse une autonomie reconnue par l'État, le chef de la communauté religieuse étant considéré comme leader politique de la communauté.

En Israël, à côté des tribunaux civils existent des tribunaux religieux, incorporés à l'État, qui ont juridiction sur le statut personnel, c'est-à-dire les mariages et, dans une moindre mesure, les divorces. Le système impose une identification religieuse à tous car le mariage civil n'existe pas. La Loi fondamentale sur la justice, une de ces lois qui jouent le rôle de constitution -- ce qui soulève l'ire de Gill -- dit explicitement qu'au nom de la «justice naturelle», la Cour suprême peut réviser les décisions des tribunaux religieux. Ce système hybride est contestable mais s'explique par l'histoire, le droit et la politique. Les seuls qui le remettent en cause sont les Juifs. En effet, pour les minorités en Israël, chrétiennes, musulmanes, bahaie, druze et autres, ces tribunaux religieux publics sont une officialisation de leur autonomie. Tous ces groupes religieux, conscients de la réalité au Proche-Orient, craignaient qu'un système unique, juif religieux ou israélien laïc, ne devienne un instrument d'assimilation à la majorité de la société, donc aux Juifs. Au nom d'une conception éthérée de la laïcité, Louis Gill propose ni plus ni moins que de restreindre les droits des minorités en Israël.

La multiconfessionnalité se trouve également au niveau municipal. Les municipalités ont le droit de respecter le calendrier religieux de leurs habitants. Toute municipalité chrétienne ou musulmane, au lieu d'appliquer de façon obligatoire la loi sur le repos hebdomadaire qui, en Israël, fait du Chabbat, le samedi, un jour chômé, offre des services le samedi mais ferme ses portes soit le dimanche, soit le vendredi. Imaginez que Côte Saint-Luc décide d'ouvrir ses bureaux le jour de Noël et de les fermer à Kippour, Louis Gill parlerait d'atteinte inadmissible à la laïcité, laïcité qui, en fait, permet à la majorité chrétienne d'imposer son calendrier aux minorités religieuses. Gill devrait se souvenir qu'à la très laïque Université du Québec à Montréal, Vendredi et Lundi de Pâques sont fériés. Là encore, la logique laïque à la Gill, non content de mépriser les coutumes religieuses autres que catholiques au Québec, diminuerait les droits des minorités religieuses en Israël.

Les relations entre État et société, religion et politique, laïcité et Églises posent des problèmes pour toutes les sociétés. Aucun État n'a encore découvert la solution parfaite. Israël, malgré un environnement hostile, continue à consolider la réalité d'un État à la fois juif et démocratique.

(Julien Bauer est Professeur au département de science politique de l'Université
du Québec à Montréal et membre du conseil universitaire de ICRJ.)

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Les prémisses du "nouvel" antisémitisme
Raphaël Lellouche
Metula News Agency, 5 août 2003

J'ai lu récemment deux articles de Michel-Louis Lévy, publiés sur le site de Primo-europe.org, qui sont les compte-rendus de deux livres importants:

  • Pierre Hebey, Les disparus de Damas (Gallimard, 2003);
  • Emmanuel Todd, Après l'Empire, essai sur la décomposition du système américain (Gallimard, 2002).

Je voudrais exprimer mon accord profond avec ces deux comptes-rendus (qui sont publiés sur le site de Primo), qui ont le mérite de souligner, très justement à mes yeux, deux points importants concernant certaines continuités et permettent de comprendre des évolutions récentes: la fonction du ciment idéologique anti-américain dans la nouvelle idéologie de l'Europe (Todd), et le rôle ancien du catholicisme dans la diplomatie française au Proche-Orient (Hebey).

Pour en prolonger l'esprit, les réflexions suivantes, que ces commentaires m'inspirent, soutiennent la thèse selon laquelle ces deux points ont partie étroitement liée l'un à l'autre, et qu'ils sont, de conserve, fondamentaux à la compréhension de notre situation actuelle, celle d'une "planification idéologique" (des médias) visant à construire une certaine "identité culturelle européenne":

D'abord, l'attitude profonde de la France n'est pas une nouveauté. Ce n'est pas une "nouvelle judéophobie" d'essence anti-sioniste d'extrême gauche, qui serait sans rapport avec l' "ancien antisémitisme" de droite, comme on l'entend souvent dire. Elle fait fond avec le vieil antisémitisme catholique français (et même par-delà le nazisme). Elle est d'autre part indémêlable d'une tradition diplomatique de la France vis-à-vis de l'Orient. Elle s'inscrit en effet dans une tradition ininterrompue qui s'est aussi bien exprimée dans le pétainisme anti-anglo-saxon (celui des années 40 ou ‹ C’est le même › celui du conflit sur la dernière guerre d'Irak), de rivalité avec les "empires" maritimes (Grande-Bretagne et Etats-Unis) pour l'influence sur le Proche-orient (et, plus anciennement, sur l'Inde mais ça, C’est dépassé). La conjonction que l'on observe aujourd'hui dans la volonté pro arabe française de "paix" avec le monde islamique, contre Israël et les Etats-Unis, accusés d'être des "fauteurs de guerre" (vieille thématique pétainiste), et dans l'axe de laquelle la France voudrait construire "l'Europe-puissance", se révèle avoir des racines anciennes dans la culture coloniale de la diplomatie française, essentiellement liée au "protectorat" des chrétiens d'Orient dans un compromis très ancien avec l'Islam. Et cela, sur le dos des juifs d'Orient, comme le montre cette célèbre affaire de "crime rituel" à Damas en 1840.

Bernard Lewis l'avait déjà longuement analysée, et il avait montré que C’est bien par l'intermédiaire des Français, et à Damas (!) que, pour la première fois à l'époque moderne, les thématiques fondamentales de l'antisémitisme chrétien allaient être transplantées dans l'Orient musulman, où elles n'avaient pas de racines (car le crime rituel et l'usage du sang par les juifs sont un mythe chrétien qui n'ont aucun fondement religieux dans l'Islam), mais où, comme on le sait, elles ont fait florès depuis. Toute la propagande de l'Intifada est basée là-dessus (Tsahal, armée tueuse d'enfants !). Ainsi, C’est la France qui est initialement, dès 1840, responsable de la nouvelle synthèse (non nazie) d'un vieil antisémitisme catholique et de l'hostilité arabo-islamique contre les communautés juives du Proche-Orient, puis évidemment contre celle qui, depuis, s'est constituée en État souverain sous le nom d'Israël. Une nouvelle synthèse idéologico religieuse antisémite s'élabore donc, et non pas simplement une nouvelle "source" de l'antisémitisme en France sans rapport avec l'ancien !! Je pense effectivement, comme Michel-Louis Lévy, que le Vatican est impliqué dans cette résurgence européenne d'une vieille modalité d'antisémitisme, et qui est le prix de ce que les forces politiques et religieuses, en Europe, appellent le "dialogue des cultures" (Cf. le long texte de Chirac, dans Le Monde, au lendemain du 11 Septembre), qui n'est au fond que la confirmation du pacte entre le Catholicisme et l'Islam, gage culturel du pacte politique de l'Europe avec le monde arabe. C’est une des dimensions de ce que j'appelle la "nouvelle identité européenne".

Le protectorat de « Grande Syrie » est toujours dans l’axe (traditionnel) de la politique néo-coloniale française au Proche-Orient. Il implique l’effacement discret de l’indépendance libanaise, une politique délibérée de « tension » régionale par le maintien des milices du Hezbollah à la frontière israélienne (la France est le seul État européen a avoir refusé d’inclure le Hezbollah dans la liste des organisations terroristes qualifiées), et des « pressions » pour affaiblir autant que possible le « robuste » petit État hébreu, qui ne s’inscrit pas dans la sphère d’influence française de ce concept de Grande Syrie, initialement étendue à un soutien à l’Irak de Saddam. La politique d’influence française s’accommode de soutenir des dictatures sanglantes tout en invoquant l’alibi du « dialogue des cultures », qui n’a pas d’autre signification qu’un relativisme culturel permettant de faire litière des droits de l’homme, C’est-à-dire de toute défense de la validité universelle des principes démocratiques libéraux. Ce soi-disant « dialogue » n’est-il, aussi, que la couverture idéologique d’une realpolitik de « conciliation » se parant seulement d’attributs « humanistes » de façade. Et lorsqu’il invoque le « droit international», il est indifférent à la nature des régimes. Question de la nature des régimes qui, étrangement, n'a plus l'air de faire partie de la philosophie politique française, qui cherche plutôt à casser le "camp démocratique". On comprend alors qu'elle reproche amèrement aux États-Unis leur « messianisme » démocratique ! Ce n’est certes ni la démocratie ni la liberté que la France exporte en "Grande Syrie", pour ne pas parler d'un messianisme des droits de l’homme, qui paraît bien éloigné de ses horizons dits « humanistes ».

L’Europe a toujours été agacée par les prétentions de l’idéalisme et de l’exemplarisme moraliste américain, lui opposant la patine de sa vieille culture, faisant les choses en douceur, donnant du « temps au temps » et parvenant finalement à ses fins par la diplomatie, à force de ruse, de réalisme et de négociations. Le Quai d'Orsay se targue d'avoir le réseau diplomatique le plus étendu du monde ! Mais curieusement, désormais, il faut y prêter attention, la tonalité des valeurs a changé, et ce n’est plus un réalisme que l’on oppose au messianisme démocratique américain, c’est un « humanisme ». Et ce n’est plus simplement au style « idéaliste » du messianisme américain qu’on prétend opposer cet humanisme, mais à sa supposée agressivité d’ « Empire » (voir Joxe, Todd, Negri, Védrine). À l’opposition idéalisme-réalisme, s’est substituée une nouvelle opposition messianisme-humanisme, considérée comme l’affrontement de deux valeurs culturelles fondamentalement antagonistes. Un antagonisme supposé plus profond que le partage historique en commun, depuis les Déclarations de 1776 et de 1789, de la culture politique démocratique. C’est cela la nouvelle chanson de l'idéologie européenne !! C’est elle qui informe la structure de base des messages politico culturels des médias dominants. Et elle trouve des échos jusque chez des intellectuels européens jusqu'ici très radicaux dans la défense des valeurs démocratiques (Cf. le "Plaidoyer pour une politique extérieure commune" de Habermas, co-signé par Derrida, dans Libération du 31 Mai dernier).

Le livre d'Emmanuel Todd est parmi les plus représentatifs de la nouvelle idéologie des constructeurs de l'Europe-Puissance anti-atlantiste. Et le compte-rendu de Michel-Louis Lévy en est pertinent et perspicace. Accuser les États-Unis de double insuffisance, dans le domaine social économique (en tant que puissance économique improductive, et en tant qu'État non social) et, surtout, sur le plan d'un déficit d'universalisme (!!), est tout a fait caractéristique de la nouvelle idéologie européenne, et vaut d'être relevé. D'abord Michel-Louis Lévy a raison de souligner que la seule base théorique sur laquelle prétende se fonder Todd est son anthropologie de la famille. Or celle-ci est hautement conjecturale. Pour avoir moi-même pas mal travaillé sur les problèmes de l'anthropologie de la famille, je peux dire que les hypothèses de Todd, sur ces questions, lui sont très personnelles, pour ne pas dire arbitraires. Qu'en tout cas, elles ne recueillent pas le moindre consensus dans la communauté scientifique, et elle relève d'un "déterminisme socio-anthropologique" peu acceptable. Quant à ses affirmations sur les limites de l'universalisme américain du fait de son supposé "racisme anti-arabe", elles sont proprement choquantes et absurdes. Il est clair que s'y mêle une pointe d'antisémitisme.

Mais il est surtout important de repérer dans ce genre de littérature l'un des concentrés les plus exemplaires de la nouvelle idéologie européenne en construction. Ses traits principaux sont: (a) la dénégation de la menace islamiste liée à la défense apologétique du monde arabe; (b) un patriotisme politico-économique européen anti-atlantiste, fondé sur la prospérité économique et le compromis social de l'État-providence; (c) un antiaméricanisme virulent, rénovant les thèses marxistes sur le "Capital financier" improductif et parasitaire. Sur ce point, Todd partage avec Alain Joxe et Noam Chomsky l'idée que C’est l'impérialisme américano sioniste qui constitue en fait la seule véritable menace s'exerçant sur le monde ‹ et notamment sur les "nations arabes" ›, et qui a intérêt à y entretenir le "chaos" de la guerre perpétuelle (autant de thèses que l'on retrouve à l'identique chez tous les rédacteurs du Monde et du Monde Diplomatique). Le mot d'ordre central de la "Paix" est censé être la valeur de regroupement de cette nouvelle idéologie, laquelle s'appuie essentiellement sur deux autres valeurs-clé, "l'Humanisme" et le "Dialogue" culturel. J'explique plus bas leur économie. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si l'on nomme du même nom "camp de la paix", ceux qu'on suppose, en "Palestine-Israël" s'opposer aux "généraux sionistes" et, en Europe, aux "faucons" américains. Ce soi-disant "camp de la paix" dessine une alliance stratégique incluant l'Europe, la Russie, le monde arabe (terroristes, dictatures, et islamistes charitablement et euphémiquement incorporés). N'ayant pas de moyens militaires ad hoc, ce "camp" se construit essentiellement par l'arme d'une propagande médiatique massive et mondiale.

On a intérêt à approfondir ce que dissimule cette nouvelle théorie de l’« Humanisme diplomatique », car C’est autour de cette nouvelle doctrine que cherche à se redéfinir l’identité européenne tournant le dos à l’atlantisme. Car C’est bien ainsi que les stratèges français désignent l'Europe qu'ils veulent construire. Ils appellent ça "L'Europe, Puissance humaniste" !! Il l'opposent à l’idée de « messianisme américain », où C’est désormais le messianisme qu’on souligne, en insistant de plus en plus fortement sur sa nature non plus morale, mais, curieusement, « religieuse ». Or qu’y a-t-il derrière cette allusion au messianisme, à une « religion du Messie » ? Il n'y a pas de doute que ce soient des tendances anti-judaïsantes.

Ce sont ces accusations fondamentales que, dans une fusion entre l'anti-impérialisme de la gauche et l'antiaméricanisme traditionnel pétainiste-catholique, les nouveaux idéologues de l'Europe-Puissance, tels Emmanuel Todd, Alain Joxe, et toute une lignée d'intellectuels (bien plus dangereux que le ridicule Boniface, qui a le désavantage de l'inculture et la candeur de trahir les intentions trop ouvertement et vulgairement) orchestrent dans les médias les plus influents des élites françaises (le groupe de presse Le Monde et toutes ses déclinaisons, Le Monde Diplomatique, Le Courrier International, etc. y occupent une place centrale).

Aussi, je tiens absolument à signaler, comme éminemment symptomatique de ce qui se cache derrière ce glissement, cette extraordinaire page publiée dans le Courrier International ‹ Cf. n° 652, 30 avril 2003, extraits choisis par la rédaction d’Enric Juliana, dans La Vanguardia, de Barcelone › sur « Le Dieu de vengeance de George W. Bush » (C’est le titre de l'article) dans le cadre d’un Choc des christianismes (C’est le surtitre, allusion au « choc » de Huntington entre les civilisations). Je cite :

« Les leçons que nous pouvons tirer de la tragédie irakienne que, de l’autre côté de l’Atlantique, les gens ont une conception de Dieu très différente de la nôtre. Une idée qui refait en sens inverse le chemin de Paul de Tarse pour retomber sur l’irascible Jéhovah de l’Ancien Testament, qui avait fait égorger tous les premiers-nés d’Égypte pour que son peuple élu entre à nouveau dans l’Histoire ».

Tous les ingrédients de la suggestion antisémite sont là. Qu’est-ce que « refaire en sens inverse le chemin de Paul de Tarse », à savoir le chemin de sa conversion du judaïsme au christianisme, sinon régresser au judaïsme ? Le Courrier International suggère donc à ses lecteurs que George W. Bush n’est pas vraiment chrétien, mais qu’il s’est en quelque sorte reconverti à rebours à une sorte de judaïsme ! Contrairement à Chirac, en effet, il préfère le chemin de Jérusalem à celui de Damas. Et quelle vision du judaïsme le magazine appartenant au groupe Le Monde nous offre-t-il là ? L’antijudaïsme se colore nettement d’antisionisme avec cette phrase hallucinante aujourd’hui, dans un magazine contemporain, pour déchiffrer la politique proche orientale des Etats-Unis : « faire égorger tous les premiers-nés d’Égypte pour que son peuple élu entre à nouveau dans l’Histoire » ! Quand on sait combien les médias insistent quotidiennement sur l’image d’une armée israélienne « tueuse d’enfants », cette conjonction terrible de la notion de « peuple élu » (Israël), « d’entrer à nouveau dans l’Histoire » (sionisme), et « d’égorger les enfants d’Égypte » (ou de Palestine peut-être, comme Mohamed Al-Dura), est transparente au sujet des transferts de l’imagerie antisémite sur l’antisionisme contemporain qui se projette sauvagement dans l’américanophobie des médias.

Si je tiens à relever cet exemple empesté entre tous, C’est qu’il ne s’agit là en aucun cas d’un antisémitisme populaire des « banlieues ». Il s’agit là d’un antijudaïsme pernicieux qu’on peut relever aujourd’hui dans une presse très branchée et progressiste, supposée être d’un haut niveau intellectuel, et appartenant au groupe de presse qui fait idéologiquement la pluie et le beau temps dans les élites cultivées de la nation. Et qu'il émane quasi-directement de l'Église catholique (il s'agit de la communauté de Sant'Egidio, vouée à la diplomatie du "dialogue" évangélique). Il trahit du même coup le véritable sens de cet axe de communication stratégique des médias français, insistant infatigablement sur le thème de la mort des « enfants palestiniens ». De cet antijudaïsme politique (néo-marcionite), réanimant les clichés meurtriers du vieil antisémitisme chrétien, on peut relever mille occurrences égrenées dans les médias français aujourd’hui. L’article du Courrier International se conclut ainsi.

Je cite : « Elle oblige aussi à s’interroger sur la vigueur du catholicisme, sur sa capacité à véhiculer le message universaliste du Nouveau Testament et ses potentialités comme "cadre de référence" d’un humanisme capable de dessiner des horizons mondiaux, face aux élans diviseurs de la "destinée manifeste" ».

Cette chute nous confirme, s’il en était besoin, à propos du sens véritable de l’« humanisme » et du « dialogue des cultures » sur lesquels Chirac prétend construire l’axe idéologique de son Europe anti-atlantiste depuis l'après 11 Septembre. Ce genre de prose nous donne en effet une idée des fondements sur lesquels, consciemment ou inconsciemment, repose l’« humanisme » antiaméricain que l’Europe veut opposer aux « choc des civilisations ».

La rupture et le déni des liens civilisationnels évidents qui rattachent l’Europe et l’Amérique passent en effet par une nouvelle construction idéologique exigeant, que l’on accentue des différences internes au christianisme en le présentant comme un abîme plus profond que ce qui pourrait séparer l’humanisme catholique de l’Europe et la Oumma arabo-islamique.

Du coup, le rejet simultané du « messianisme » démocratique américain et du sionisme juif prend tout son sens, assimilés comme expressions d’une religion du « Dieu violent ». C’est-à-dire qu’un antijudaïsme néo-marcionite va devenir la condition idéologique préalable d’un rapprochement avec le monde arabe. Pour reprendre le titre fabuleux du Courrier International, on choisit de privilégier un « choc des christianismes » à un « choc des civilisations » (avec l’islamisme) qu’on cherche à éviter à tout prix!

Ce qui reprend du service dans le cadre du "dialogue avec l'Islam", C’est le marcionisme, une hérésie chrétienne des premiers siècles qui séparait radicalement l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, comme étant les religions de deux Dieu distincts, le Dieu juif (Jéhovah), dieu de vengeance cruel et particulariste, et le Dieu chrétien (Jésus), Dieu d’amour universel. C’était une forme hérétique du christianisme dont l’antijudaïsme virulent est l’une des sources importantes de l’antisémitisme chrétien tout au long de son histoire. Mais l’Eglise catholique, depuis Saint Augustin, avait réaffirmé constamment l’ancrage et le lien inséparable du Nouveau et de l’Ancien Testaments, et évidemment l’identité de leur Dieu, contre cette hérésie marcionite. On voit qu’aujourd’hui, dans certains secteurs catholiques prônant le soi-disant « dialogue » universel, on assiste à une résurgence d’un christianisme hérétique libéré de la tradition judéo-chrétienne, aux nouvelles couleurs marcionites, parce que les impératifs du dialogue avec l’islam supposent une rupture avec le judaïsme "messianique".

Je crois que cette élaboration idéologique sur fond de judéophobie, c’est-à-dire dont les juifs vont derechef faire les frais, n’a pas seulement une base négative. Elle ne sert pas seulement à cimenter en creux un front d’opposition antiaméricain permettant de rallier à la politique étrangère néo-gaulliste de Chirac la gauche anti-impérialiste, anti-libérale et anti-mondialiste, avec l'anti-américanisme "continental" du bloc franco-germanique, au sens où elle désigne ‹ en négatif › un ennemi commun.

Je crois qu’elle a aussi une base positive, au sens où c’est une construction en cours, qui se cherche dans le monde catholique (la démocratie chrétienne est le courant politique majoritaire en Europe), pour bâtir un socle idéologico religieux à l’alliance politique de la vieille Europe catholique avec le monde arabe et musulman. Ma conclusion est donc que la "nouvelle" judéophobie n’a pas seulement sa source dans une contamination de l’islamisme des banlieues. Mais qu’elle a également sa source indépendante dans la doctrine française, d’inspiration néo-catholique, du très hypocritement nommé « dialogue des cultures ». C’est le socle idéologique de la conciliation avec l'islam radical. Je l’ai dit, cette doctrine est contestable aussi bien d'un point de vue catholique orthodoxe, parce qu’elle mutile le christianisme de son lien spirituel interne avec le judaïsme, que du point de vue du rationalisme des Lumières et de l’esprit démocratique, puisqu’au nom d’une « paix » opportuniste, elle nie, par son relativisme des valeurs, tous les principes d’universalité de la raison et des droits de l’homme qui fondent l’unité du monde démocratique, c’est-à-dire, le véritable socle de la communauté civilisationnelle de l’Europe avec l’Amérique, pour le briser en deux selon la ligne de fracture atlantique.

Ces courants sont assez puissants en France pour nourrir les médias de « curiosités » qui peuvent étonner et surprendre ponctuellement, mais qui font vite sens lorsqu’on les examine dans leur récurrence, et qu’on en découvre la cohérence discursive.

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Numéro 90 • vendredi le 1 août 2003

La signification de la paix
Bat Yeor
Primo Europe, 30 juillet 2003

Le mot « paix » est galvaudé. C’est pourquoi l’ U.S Institute of Peace (http://www.usip.org/) doit choisir avec soin, parmi ses membres du conseil, ceux qui comprennent l’approche américaine de la paix.

Beaucoup de guerres ravagent notre planète. Leur intensité, leurs motivations et leurs tactiques diffèrent. Mais le "Jihad" - annoncé triomphalement et envahissant le globe – est ce qui a tué le plus grand nombre d'Américains ces dernières années, aux Etats-Unis et à l'étranger. Et le nombre de victimes du Jihad aurait été considérablement multiplié si des mesures de sécurité comme en temps de guerre n'avaient pas été mises en application.

Le Jihad est une guerre islamique contre des non-Musulmans. Au septième siècle, les musulmans arabes ont mené des campagnes de Jihad pour contrôler toute la péninsule arabique - expulsant les chrétiens et les juifs indigènes du Hijaz, et en massacrant ou en forçant tous les Arabes païens à la conversion à l’Islam. Après un millénaire de guerres jihadiques, les musulmans ont conquis des terres s'étendant du Portugal à l’Inde et de la Pologne au Soudan. La stratégie et la guerre du Jihad s'appliquent toujours aujourd'hui, et peuvent être observées en Algérie, en Israël, au Soudan, au Cachemire, en Afghanistan, en Indonésie, aux Philippines et ailleurs.

Le Jihad est décrit dans d’innombrables traités musulmans, et dans des chroniques d'autres musulmans et non-Musulmans, particulièrement chrétiens. Pour les chrétiens, les Juifs, Les Hindous, les bouddhistes, Les Zoroastriens, et d'autres non-Musulmans, le Jihad était (et est) une forme cruelle de guerre, menant épisodiquement à la dévastation génocidaire.

Cependant, pour beaucoup de musulmans cette guerre signifie "paix" et "libération". La logique de cette conception a été élucidée par le disciple musulman contemporain respecté, Bassam Tibi, dans sa convaincante analyse du Jihad. Puisque le Jihad impose la vérité coranique, on le considère comme un acte de paix. Tibi explique: " En ce sens les musulmans croient que l'expansion par la guerre n'est pas une agression mais une réalisation de la commande coranique d’essaimer l'Islam en tant que vecteur de paix.

Le recours à la force pour disséminer l'Islam n'est pas la guerre (harb), un mot qui est employé pour décrire seulement l'utilisation de la force par non-musulmans. Par conséquent les guerres islamiques ne sont pas des guerres, mais des efforts méritoires pour libérer le monde de l'incrédulité (jahaliyya) par sa soumission à l'Islam. Seule la soumission apporte la paix, et c'est le refus du non-Musulman à se soumettre qui provoque la guerre.

Ainsi, nous avons là une différence saisissante d’interprétation de la guerre et de la paix qui doit être examinée avec grand soin par les responsables occidentaux de la résolution des conflits. Aujourd'hui de véhémentes objections se sont manifestées sur http://www.cair-net.org (Council on American-Islamic Relations [CAIR]) contre la nomination de Daniel Pipes au bureau de l’U.S Institute of Peace. Daniel Pipes est un spécialiste reconnu de la civilisation islamique passée et présente, ayant conduit la recherche séminale, par exemple à propos des origines du système militaire slave musulman au Moyen-Âge, en même temps qu’à celles des implications contemporaines de la fatwa sur Salman Rushdie lancée par l’Ayatollah Khomeiny.

L'animosité du CAIR pour Pipes vient en grande partie de son interprétation occidentale de la guerre du Jihad. Le CAIR, en revanche, adopte l'interprétation musulmane traditionnelle du Jihad, c'est à dire la paix "islamique", où les conflits sont provoqués seulement par "les politiques " d'obstruction occidentales mal disposées à la diffusion paisible de l'Islam et de la loi de la Charia.

La position du CAIR est partagée par beaucoup de non-Musulmans. L'Europe, par exemple, a adopté des vues similaires dans la conduite de sa politique étrangère. Dans les analyses européennes, le Jihad historique a été gommé de l'Histoire. Les conflits passés entre la chrétienté et l'Islam trouvent leur explication dans les Croisades, l’Inquisition catholique, et dans l'impérialisme et le colonialisme occidentaux. L'idéologie et l'histoire du Jihad sont délibérément occultées.

Cette adhésion européenne à l'interprétation islamique du Jihad, attribuant la cause du conflit à l’Occident, a déterminé la politique étrangère de l’UE pendant près de 30 ans. La négation du Jihad et de son terrorisme intrinsèque a conduit l'UE à nier les sources mêmes du terrorisme. Cette tentative désespérée de maintenir la paix sur le territoire de l’UE s’est caractérisée par une politique pusillanime d'auto culpabilité proclamée, et par des concessions incessantes aux organisations terroristes qualifiées de "mouvements de résistance".

Ainsi les villes européennes sont devenues des nids de terroristes jihadistes, puisque l'Europe ne reconnaît pas la notion même du caractère guerrier du Jihad. Des personnalités politiques européennes rapportent constamment dans les médias, avec insistance, le fait que les politiques américaines -- pas les jihadistes -- sont la source de terreur. Cette lâche dénégation de la réalité, basée sur des intérêts mercantiles, a offert à l'Europe une sécurité précaire, soutenue par des mesures d'apaisement et par des rétributions aux pays jihadistes.

Le déni de la terreur jihadiste en tant que guerre d'agression a conduit l'Europe à poursuivre une politique étrangère et domestique qui rend son futur incertain. Les Etats-Unis doivent examiner les conflits selon les critères occidentaux afin de préserver les valeurs et les pricipes de liberté occidentaux. Ces conflits ne seront jamais résolus en interprétant le Jihad comme une paisible libération. La nomination de Daniel Pipes à l’U.S Institute of Peace est la plus appropriée puisqu'il utilisera pour ces sujets cruciaux ses qualités de sagesse, de courage, et d’intégrité morale.

--Traduction : JP Chemla pour Primo-Europe

(Bat Yeor a beaucoup écrit sur les Juifs et les chrétiens
sous l'Islam. Son dernier livre, l'Islam et Dhimmitude :
Là où les civilisations se heurtent vient juste d’être réédité.)

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