Communiqué Isranet
août
2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 94 •
vendredi le 29 août 2003
Pouce...on avait dit"pouce"
!
Albert Capino
Primo Europe, 25 août 2003
L'Autorité palestinienne
rend Israël responsable de la rupture de la trêve.
Au lendemain de l'attentat suicide exécuté et revendiqué
par le Hamas le 19 août dernier, qui a fait 20 morts parmi les
civils israéliens dont 6 enfants et 3 nourrissons et 127 blessés
dont 40 enfants, Israël avait décidé de laisser un
« temps de latence » aux Palestiniens pour réagir
et leur permettre de réprimer les auteurs de l'attentat.
Les médias, tels que les agences de presse Reuters ou le quotidien
français « Le Monde » n'ont pas considéré
toutefois que cet ignoble attentat marquait une rupture de la «
trêve » de la part des factions radicales qui l'avaient
décrétée le 29 juin dernier.
Il faut en effet attendre le jeudi 21 août pour que ces médias
annoncent que la trêve est « définitivement morte
» et que c'est Israël qui l'aurait tuée, en tirant
plusieurs missiles depuis un hélicoptère entraînant
la mort d'Ismaïl Abou Chanab, dirigeant du Hamas, présenté
au public comme " un père de famille, modéré
et ingénieur diplômé d'une Université américaine".
Cela le rendrait-il incapable de commanditer ou d'exécuter des
massacres ? En quoi devrait-ce être antinomique avec une pulsion
de mort ? Raed Abdel-Hamed Mesk, qui s'est fait sauter le 19 août
au milieu de ces femmes enfants et bébés dans un bus à
Jérusalem, était lui-même père de famille
et imam dans une mosquée !
Singulière hémiplégie de la vision dont souffrent
nos diffuseurs de l'information, détenteurs auto-proclamés
de la vérité. Ils s'arrogent le droit de nous l'asséner
de manière partiale et partielle, selon des critères qui
leurs sont propres. Pour France 2 par exemple, les enfants israéliens
victimes d'une indicible barbarie deviennent des « personnes ».
Reuters utilise la même désignation pour les assassins
et, tout en s'interdisant de porter des jugements de valeur, stigmatise
Israël sur la base des dépêches qui leur parviennent
directement de source palestinienne, sans recoupement ou vérification
! Les commanditaires d'assassinats de masse n'en sont pas moins affublés
de leur titre, comme les "Docteurs" (Rantissi) "Chefs
spirituels" (Yassine), "Ingénieurs" ou encore
"Pères de famille" (Chanab), quand ils ne sont pas
"Président-légitimement-élu-du-peuple-palestinien"
(Arafat).
Et Idi Amin Dada, le « Docteur-Maréchal-Président-à-vie
», serait-il devenu un ange du paradis depuis son décès,
le 16 août ?
Mais ça n'est pas tout.
On atteint le summum de l'absurde avec « Le Monde », où
l'on peut lire que « L'Autorité palestinienne venait d'interdire
tout acte hostile à Israël. », pour mieux dénoncer
le raid israélien sur Gaza qui a fait 4 victimes parmi les «
Brigades Ezzedine Al-Qassam », responsables de nombreux attentats
meurtriers en Israël.
On avait dit pouce !
Non seulement Israël est qualifié d'assassin par ces médias,
eux qui se sont fixés comme règle de ne jamais utiliser
le terme "terroristes" pour désigner les « activistes
» et pour lesquels des assassins en puissance sont des «
personnes », mais encore l'Etat hébreu est-il accusé
de « non-respect des règles », dans la mesure où
il violerait la trêve !
Oui, bon, d'accord, les factions radicales palestiniennes ont rompu
la trêve, ont commis des atrocités, tué et mutilé
de jeunes civils, des vieillards, des femmes enceintes, des enfants,
des bébés, rallumé la violence, mais... Elles avaient
dit pouce !
Rantissi (le bon docteur du Hamas) a beau déclarer que «
les rues de Tel-Aviv, de Haïfa et de Jérusalem se rempliront
de sang » et utiliser les attentats comme argument de négociation:
« Quand nous les contacterons (les Israéliens) par des
opérations-suicides ils parleront différemment »:
pour le Hamas et pour Arafat ce sont les Israéliens les responsables.
Rantissi persiste et signe: « Les sionistes ont tué le
cessez-le-feu. Nous invitons toutes nos cellules de combattants en Palestine
à frapper dans chaque coin de l'Etat juif ».
Les médias reprennent donc la rhétorique palestinienne,
celle placée sous l'autorité d'Arafat, en inversant la
réalité et la chronologie des faits, et en se faisant
l'écho du rejet de la responsabilité des violences sur
Israël.
Arafat tente de paralyser son Premier ministre et son Chef de la Sécurité,
qui ont tous deux exprimé leur volonté de s'attaquer aux
structures terroristes. Il est parfaitement conscient du fait que les
Israéliens ne resteront pas les bras croisés, ce qui lui
permet de les accuser d'escalade, en même temps qu'il bride Abbas
et Dahlan qu'il désigne à leur tour comme collaborateurs
et traîtres.
Accessoirement, Arafat a décidé d'une mesure d'urgence
concernant une vingtaine de membres des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa
qui avaient été mis aux arrêts le 2 août sous
la pression des Etats Unis. L'Autorité palestinienne, qui s'était
engagée à les transférer à Jéricho
a fait marche arrière, sous la pression du Fatah, mouvement dont
elles sont le "bras armé".
La vingtaine de terroristes activement recherchés par Israël
pour leur implication dans la préparation et l'exécution
d'attentats contre des civils, à qui Arafat avait donné
refuge dans ses propres locaux à Ramallah, ont donc quitté
vendredi dernier - en catimini - son quartier général
de la Muqata'a, dans la crainte d'un raid israélien. Arafat nous
refait le coup des 13 exfiltrés vers Chypre après la crise
de Bethléhem, mais plus 'discretos' cette fois.
Arafat, obsédé par ses lubies, ne parvient même
plus à cacher sa duplicité: il ne poursuit ni même
ne freine le Hamas, pas plus que le Jihad islamique. Au contraire: il
met des bâtons dans les roues de ceux qui voudraient agir contre
leurs infrastructures. Il tente aussi de diviser pour régner,
en exigeant de son Premier ministre le départ du responsable
de la Sécurité, Mohamed Dahlan, au profit de l'un de ses
fidèles (on parle de Jibril Rajoub, après avoir évoqué
Nasser Youssouf). Puis il en appelle à la médiation internationale
en poussant des cris d'orfraie et accuse les Israéliens de ne
« pas favoriser un climat propice à une retour au calme,
alors que l'Autorité palestinienne 'venait d'interdire' tout
acte hostile à Israël ».
À ce train, nul besoin de s'étonner si, dans le jeu de
cartes qui circule depuis peu, représentant les principaux responsables
du terrorisme palestinien à l'instar de celui qui est diffusé
en Irak, Yassine le « Chef spirituel du Hamas » est l'as
de coeur et Arafat apparaît sur la carte du « fou ».
Qu'Arafat manoeuvre ainsi en toute connaissance de cause, dans l'espoir
de reprendre la main, on l'aura compris. Mais les médias...
--------------------------------------------------------------------------------
La
malédiction du statut de réfugié
Daniel Pipes
New York Post, 19 août
2003
(Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org)
Voici une devinette : En quoi
les réfugiés palestiniens sont-ils différents des
135 millions d’autres réfugiés du XXe siècle?
Réponse: Dans tous les autres cas de figure, la peine causée
par l’expropriation, la privation de patrie, et la pauvreté
a diminué avec le temps. En fin de compte, les réfugiés
soit ont été réinstallés ailleurs, soit
sont retournés chez eux, ou sont morts. Leurs enfants –
qu’ils vivent en Corée du Sud, au Vietnam, au Pakistan,
en Israël, en Turquie, en Allemagne, ou aux Etats-Unis –
ont abandonné le statut de réfugié et ont intégré
la condition commune.
Ce n’est pas le cas des Palestiniens. Chez eux, le statut de réfugié
se perpétue, d'une génération à l’autre,
créant un terrain générateur de plus en plus d’angoisse
et de mécontentement.
Plusieurs facteurs expliquent cette anomalie, mais la composante-clé
de cette situation est la structure bureaucratique des Nations unies.
L’ONU a deux organisations spécialisées dans les
problèmes des réfugiés, chacune ayant sa propre
définition du "réfugié":
Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés
(U.N. High Commission for Refugees) applique ce terme, partout dans
le monde, à quiconque "vit en dehors du pays dont il a la
nationalité, par crainte – fondée – d’être
persécuté". Le fait de vivre hors du pays dont on
a la nationalité implique que les descendants des réfugiés
ne sont pas des réfugiés. Les Cubains qui fuient le régime
de Castro sont des réfugiés, mais ce n’est pas le
cas de leurs enfants, nés en Floride, qui sont privés
de la nationalité cubaine. Les Afghans qui fuient leur patrie
sont des réfugiés, mais pas leurs enfants, qui sont nés
Iraniens. Et ainsi de suite.
L’Agence de Secours et
d’Actions de l’ONU (U.N. Relief and Works Agency, UNRWA),
organisation fondée, en 1949, uniquement pour les réfugiés
palestiniens, définit ces derniers différemment de tous
les autres. Ce sont des personnes ayant habité en Palestine "entre
juin 1946 et mai 1948, et qui ont perdu leurs deux maisons et leurs
moyens d’existence en raison du conflit arabo-israélien
de 1948". Fait particulièrement important : l’UNRWA
étend le statut de réfugié "aux descendants
des personnes qui sont devenues des réfugiés en 1948".
Cette organisation considère même les enfants d’un
parent palestinien de réfugié, comme étant des
réfugiés.
La définition du Haut-Commissariat fait disparaître la
population des réfugiés au fil du temps; celle de l’UNRWA
l’accroît sans limite. Appliquons chaque définition
aux réfugiés palestiniens de 1948, qui, d’après
les statistiques onusiennes (gonflées) atteindraient le nombre
de 726.000. (Les évaluations des experts vont de 420.000 à
539.000.)
La définition du Haut-Commissariat
limiterait le statut de réfugié aux 726.000 d’entre
eux alors en vie. Selon un démographe, environ 200.000 de ces
réfugiés de 1948 vivent encore aujourd'hui.
La définition de
l’UNWRA inclut les enfants des réfugiés, les petits-enfants
et les arrière-petits-enfants, y compris les Palestiniens qui
ont abandonné leurs maisons en 1967, l’ensemble atteignant,
par cumul, 4,25 millions de réfugiés.
Les 200.000 réfugiés correspondant aux critères
de la définition globale représentent moins de 5 pour
cent des 4,25 millions correspondant aux critères de l'UNRWA.
Selon les normes internationales, ces 95 autres pour cent ne sont pas
du tout des réfugiés. En conférant faussement le
statut de réfugié à ces Palestiniens qui n’ont
jamais fui nulle part, l’UNRWA condamne un peuple créateur
et entreprenant [les Palestiniens] à une vie d'exclusion, d’apitoiement
sur soi et de nihilisme.
Les politiques des gouvernements arabes ne font donc qu’empirer
la situation en maintenant des Palestiniens enfermés dans le
statut, fossile en quelque sorte, de réfugié. Au Liban,
par exemple, 400.000 Palestiniens apatrides ne peuvent fréquenter
l'école publique, ni accéder à la propriété,
ni même améliorer leur parc de logements.
Il est grand temps d'aider ces générations de non-réfugiés
à échapper au statut de réfugié pour qu’ils
puissent devenir des citoyens, assumer leurs responsabilités
individuelles et l’édification de leur avenir. Le mieux
pour eux serait que l’UNRWA ferme ses portes et que le Haut-Commissariat
de l’ONU absorbe le nombre décroissant de véritables
réfugiés palestiniens.
Cela ne se produira que si le gouvernement des Etats-Unis reconnaît
le rôle joué par l’UNRWA dans la perpétuation
de la misère palestinienne [1]. Dans un esprit peu judicieux
"de profonde implication dans le bien-être des réfugiés
palestiniens", Washington assume actuellement 40 pour cent du budget
de l’UNRWA's, qui s’élève à 306 millions
de dollars par an, alors qu’il devrait être réduit
à zéro.
Heureusement, le Congrès américain se réveille.
Chris Smith, un membre républicain de la Commission des Relations
Internationales de la Chambre, a récemment exigé d’approfondir
l’enquête du Service Général de la Comptabilité
sur le financement américain de l’UNRWA.
Tom Lantos, membre démocrate de haut rang dans la dite Commission,
va plus loin. Critiquant "la manière privilégiée
et prolongée" dont on s’occupe des réfugiés
palestiniens, il appelle à la fermeture de l’UNRWA et au
transfert de ses responsabilités au Haut Commissariat [de l’ONU
pour les Réfugiés (U.N. High Commission for Refugees)].
D'autres gouvernements occidentaux devraient se joindre à Washington
pour résoudre le problème des réfugiés palestiniens
en supprimant l'autorisation accordée à l’UNRWA,
lors de la prochaine échéance de son renouvellement, en
juin 2005.
Le temps est venu de préparer le terrain pour éliminer
cette institution, sa définition malfaisante [du statut de réfugié],
et ses activités monstrueuses.
(Daniel Pipes est
directeur de Campus Media Watch)
(Mis en ligne le 20 août 2003 sur le site http://www.upjf.org)
Début
de la page
Numéro
93 • vendredi le 22 août 2003
Israël,
le mur et les Palestiniens
Eric Marty
Le Monde, 12 août 2003
Etienne Balibar et Henri Korn
publient, dans Le Monde du 9 août, un long point de vue intitulé
"Il faut abattre le mur de l'apartheid en Palestine". La construction
d'une barrière provisoire de protection entre Israël et
les Territoires palestiniens, dont le destin est celui de l'autonomie
nationale, ne va certes pas de soi ; elle est d'ailleurs, en Israël
même, l'objet d'intenses débats et de nombreuses critiques,
et qui ne viennent pas seulement de quelques "courageuses associations
de défense des droits de l'homme", mais de groupes ou d'individus
très divers tant, en effet, issus du mouvement de la Paix que
venant du Likoud, de groupes de droite ou de gauche.
Il n'est nul besoin d'être
courageux pour critiquer cette construction, car Israël est un
pays de liberté, et il n'y a nul besoin de défendre les
droits de l'homme car, dans son principe comme dans sa réalisation,
cette barrière ne remet nullement en cause ces droits. Faut-il
rappeler, ce que MM. Balibar et Korn semblent ignorer, que cette initiative
revient au Parti travailliste et qu'elle n'a jamais eu qu'une fonction,
celle de protéger des vies innocentes de civils des attentats
sanglants émanant des milices palestiniennes.
Cette initiative est partie également,
à la suite du déclenchement de la seconde Intifada de
septembre 2000 et du refus par Arafat et des Palestiniens des offres
de paix d'Ehoud Barak, du constat que la paix entre Israéliens
et Arabes de Palestine devait peut-être en passer par là
et que, au fond, ces derniers ne pourraient peut-être gagner leur
autonomie qu'à la condition d'une désolidarisation des
territoires respectifs. D'ailleurs, parmi les plus farouches opposants
à cette barrière de protection, il y a, bien plus que
les pacifistes, les habitants des implantations juives dans les Territoires
palestiniens de Judée, de Samarie et de Gaza, qui craignent,
à juste titre, que cette barrière ne les isole de la Mère
patrie et ne consacre finalement l'indépendance réelle
de la Palestine.
On le voit, le scénario
véritable de cet événement est bien différent
de celui que Balibar et Korn présentent. Si l'on peut, en effet,
être opposé à la construction de cette barrière,
qui n'est sans doute pas, à elle seule, une solution aux actions
fanatiques des milices palestiniennes, si l'on peut également
critiquer son tracé qui pose de nombreux problèmes, il
est en revanche scandaleux de l'identifier à un système
d'apartheid, ou encore d'écrire : "Il n'y a de précédents
pour une construction de ce genre que dans l'histoire des régimes
totalitaires." On ne fera pas remarquer que M. Balibar, comme militant
du Parti communiste, n'a jamais écrit une seule tribune pour
dénoncer le mur de Berlin et qu'aujourd'hui même on ne
le voit guère, avec son cosignataire, protester avec la même
véhémence contre ce véritable mur de la mort qui
a condamné à l'exécution capitale les Cubains qui
ont voulu fuir un "régime totalitaire".
On dira qu'en effet cette barrière
de sécurité est sans équivalent dans le monde démocratique,
car aucun Etat démocratique n'est aujourd'hui l'objet d'une volonté
de destruction comparable à celle dont Israël est victime,
venant d'une armée par définition insaisissable puisqu'elle
utilise des hommes ou des femmes conditionnés, fanatisés
et prêts à participer par leur propre mort à l'impératif,
sans aucune limite, de tuer. De nombreux Etats démocratiques,
face à des menaces venant d'armées régulières,
n'ont pas hésité à transformer provisoirement leurs
frontières en ligne fortifiée de défense, que ce
soit la France lors du conflit avec l'Allemagne nazie, ou la Corée
du Sud aujourd'hui face à la dictature communiste de la Corée
du Nord.
Enfin, même si, en effet,
la chose n'est nullement comparable en droit, l'actuelle frontière
en principe hermétique entre le Mexique et les Etats-Unis ressemble
fort - au moins matériellement - à ce qui va peut-être
séparer Israël des Territoires palestiniens.
La critique de la barrière
de sécurité émanant de Balibar et Korn n'est pas
seulement erronée comme on vient de le voir, elle est perverse,
notamment par les manipulations lexicales qui y sont faites et qui sont
indignes de quelqu'un qui se prétend philosophe et d'un membre
de la prestigieuse Académie des sciences. Qu'on appelle cette
barrière de protection "mur de séparation",
c'est le droit de nos deux auteurs, mais qu'on accole à cette
expression "Security Fence" comme pour faire croire qu'il
s'agit de la traduction d'une expression officielle, est pitoyable :
M. Balibar et M. Korn croient peut-être que certains lecteurs
du Monde ignorent que fence signifie "barrière" et
que security ne signifie pas "séparation"...
Comment osent-ils parler de "construction
meurtrière" alors que précisément cette construction
ne vise qu'à éviter les meurtres dont on a si souvent
vu le terrible spectacle depuis la signature des accords d'Oslo ? Mais
c'est bien sûr par l'emploi du mot "apartheid" pour
qualifier cette "Security Fence" qu'ils transgressent tout
respect de la vérité. Le mot apartheid n'a qu'un sens,
celui qu'il a pris en Afrique du Sud, de l'exclusion d'une population
fondée sur le concept de supériorité raciale, et
il suppose l'interdiction de relations sexuelles, l'interdiction faite
aux Noirs de vivre dans des quartiers réservés aux Blancs,
de prendre les mêmes moyens de transport qu'eux...
Il y a un million et demi de
"Palestiniens" qui vivent sur le même sol que les juifs
d'Israël et qui ont les mêmes droits politiques qu'eux :
relations sexuelles, don de sang et d'organes, mixité ethnique
des universités... ; cela dans une société pourtant
sous la pression de la haine et de la mort fait qu'il est inadmissible
de parler d'apartheid, surtout à partir du territoire français
qui ne brille pas par son respect à l'égard des Arabes
ou des Noirs qui y vivent. Si cette barrière de sécurité
a été construite, ce n'est nullement dans un projet de
discrimination raciale, qui est un non-sens en Israël où
le cosmopolitisme est une donnée vitale, mais c'est pour ne pas
être tué.
Il est possible que cette barrière
de protection n'ait pas l'efficacité rêvée contre
les meurtriers, il est possible aussi qu'elle provoque de nombreuses
nuisances pour les deux peuples, car les protestations israéliennes,
répétons-le, manifestent le désir de toujours de
cette société de la liberté et sa phobie de l'enfermement.
Aujourd'hui, les juifs qui circulent dans les Territoires sont dans
un danger de mort permanent et, en ce sens, s'il y a bien une société
qui est culturellement prête pour l'apartheid, c'est sans doute
davantage, hélas, la société palestinienne, soumise
à l'obscurantisme intégriste, à une propagande
d'Etat souvent haineuse et à des traditions historiques de domination
sur les juifs, que la société israélienne dont
l'idéologie égalitaire a accompagné la naissance.
Cette société peut
faire des erreurs, mais si la barrière de protection en est peut-être
une, je ne suis pas certain qu'il soit facile d'en juger.
(Eric Marty est professeur de littérature française
à Paris-VII
et auteur de Bref séjour à Jérusalem [Gallimard,
2003].)
--------------------------------------------------------------------------------
La
vérité au sujet de Daniel Pipes
Charles Krauthammer
The Washington Post, 15 août
2003
(Traduction française
de Menahem Macina pour upjf.org)
Le président a nommé
l’expert en Islam, Daniel Pipes, au conseil d'administration de
l'Institut Américain pour la Paix, ce qui a eu pour conséquence
une vilaine explosion de maccarthysme. La nomination de Pipes a été
accueillie par des accusations d'islamophobie, d’intolérance
et d'extrémisme. Trois sénateurs démocrates (Ted
Kennedy, Christopher Dodd et Tom Harkin) ont honteusement donné
leur signature à cette campagne, à laquelle le quasi démocrate
Jim Jeffords a apposé sa griffe.
Qui est Daniel Pipes? Pipes a
été professeur à l’Institut Américain
de Guerre Navale. Il a enseigné l'histoire et les études
islamiques à Harvard et à l'Université de Chicago.
C’est un spécialiste, auteur de 12 livres, dont quatre
consacrés à l'Islam. À la différence de
la majeure partie de l’establishment académique en sciences
du Moyen-Orient – autosatisfait, sans imagination et spécialisé
en fraternité envers l'homme et en déloyauté envers
les Etats-Unis -, Pipes a, des années durant, mis en garde contre
le fait que l'élément radical dans l'Islam constituait
une menace sérieuse et grandissante pour les Etats-Unis.
Dans les décennies durant
lesquelles l'Amérique dormait, Pipes fut parmi les tout premiers
à comprendre les dangers du radicalisme islamique. Dans ses nombreux
écrits, il l'a identifié, a expliqué ses racines
– parmi lesquelles, tout spécialement, le Wahhabisme, tel
qu’il est pratiqué et favorisé par l'Arabie Saoudite
- ; il a averti de ses projets d'infiltration et de guerre contre les
Etats-Unis eux-mêmes.
Les événements
du 11 septembre 2001, ont confirmé sa prescience. Comme la plupart
des prophètes, il est à présent puni pour avoir
eu raison. L’accusation principale à son endroit est qu'il
est anti-musulman. Ce qui est faux. Pipes fait très scrupuleusement
la distinction entre l'Islam radical et l'Islam modéré.
Il dit, en effet : "L'Islam militant est le problème, l'Islam
modéré, la solution".
La difficulté, pour une
société libre, est que l'Islam radical vit au sein de
l'Islam modéré. L’ensemble de la communauté
islamique est un endroit propice au déguisement et au camouflage
des éléments radicaux. Les mosquées sont des institutions
dont ils peuvent se servir pour promouvoir leur cause. Ce sont là
des vérités évidentes. Mais quand Pipes les énonce,
il est accusé d’intolérance. Par exemple, les critiques
tonnent contre Pipes lorsqu’il affirme qu'"il faut soumettre
les mosquées à un examen plus minutieux que celui qu’on
applique aux églises et aux temples."
Est-ce de l’intolérance?
Y a-t-il même matière à controverse? Les Wahhabites
et autres Islamistes radicaux ont construit des mosquées et d'autres
institutions religieuses dans des dizaines de pays. Certains d’entre
eux – tout spécialement le Pakistan – sont devenus
le lieu d’une activité non pas simplement radicale, mais
terroriste. Où croyez-vous que Richard Reid, l’homme à
l’explosif dans la chaussure, a été fanatisé
et recruté? Dans un monastère bouddhiste? Il a été
initié dans la désormais célèbre mosquée
de Finsbury Park, à Londres. Cela signifie-t-il que toutes les
mosquées, la majorité ou même beaucoup d’entre
elles accueillent une telle activité? Non. Mais cela signifie
que telle mosquée est davantage susceptible d’accueillir
une activité de cette nature que telle synagogue ou telle église.
L'attaque que Pipes a subie pour
avoir énoncé cette vérité évidente
n’est qu’un autre symptôme de l’absurde correction
politique envers le radicalisme islamique. C'est la même correction
politique qui interdit le 'profilage' sur base de critères ethniques
dans les avions. Nous sommes tous censés faire croire que nous
soupçonnons des mêmes intentions terroristes, et devons
examiner minutieusement de manière identique, une nonne irlandaise
septuagénaire, un étudiant de yeshiva quinquagénaire,
et un ressortissant d'Arabie Saoudite de trente ans. Votre fille voyage
à bord de cet avion : qui voulez-vous que les officiers de sécurité
surveillent?
Le Président Bush envisage
de passer outre au Sénat et de profiter des vacances parlementaires
pour nommer Pipes. Ce serait de sa part un acte de principe et de courage
caractérisé. Toutefois, le problème est qu'un tel
procédé conférerait à cette nomination un
caractère furtif. Pire, elle mettrait trop facilement les maccarthystes
hors-circuit.
La nomination de Pipes serait
extrêmement bénéfique à l'Institut Américain
pour la Paix. Mais elle serait encore plus bénéfique au
pays en ce qu’elle révélerait au grand jour la soumission
des démocrates au politiquement correct. Laissez-les se démarquer
eux-mêmes. Laissez le pays constater que, pour certains démocrates
haut placés, dire la vérité sur le radicalisme
islamique, c’est se disqualifier pour l’obtention d’un
poste sérieux.
La nomination de Pipes a été
approuvée, entre autres, par Fouad Ajami, Walter Berns, Donald
Kagan, Sir John Keegan, Paul Kennedy, Harvey Mansfield et James Q. Wilson.
Qui allez-vous croire? Ces universitaires
sans reproches et indépendants, ou un quarteron de lâches
sénateurs?
(Mis en ligne le 15 août 2003 sur le site http://www.upjf.org)
Début
de la page
Numéro
92 • vendredi le 15 août 2003
Entretien
avec le Premier Ministre Israélien
Ariel Sharon
Charles Lambroschini
Le Figaro, 13 août 2003
Le premier ministre israélien
critique l'attitude velléitaire de Mahmoud Abbas et estime que
les Américains auraient dû exercer des pressions encore
plus dures sur la Syrie... Alors qu'Israël a subi hier [12 août]
deux attentats suicides qui montrent la fragilité du processus
de paix international, le premier ministre israélien a accordé
hier un entretien au Figaro. Ariel Sharon estime notamment que les combattants
palestiniens profitent du cessez-le-feu pour se réarmer. Il réaffirme
en outre sa volonté de voir Yasser Arafat écarté
du contrôle de l'argent public et de toute position d'influence
sur les services de sécurité.
Le Figaro – En pleine
trêve, Israël a encore été la cible de deux
attentats suicides. Quelle est votre première réponse?
Ariel Sharon –
Ces deux attaques confirment que l'Autorité palestinienne ne
fait rien pour combattre le terrorisme. Nos interlocuteurs se refusent
à tenir leurs engagements, à démanteler les infrastructures
des organisations terroristes, à confisquer les armes. Les responsables
palestiniens doivent bien comprendre que s'ils ne font pas ce qu'ils
sont supposés faire, toute avancée dans le processus politique
deviendra impossible.
Que gagnerait Israël
à une rupture?
Nous ne pouvons pas accepter
que le terrorisme devienne partie intégrante de la vie quotidienne
des Israéliens. Et les Etats-Unis ne l'accepteront pas non plus.
Tout en regrettant que l'Autorité palestinienne refuse de mener
ce combat de façon sérieuse, Israël, lui, continuera
de lutter contre les terroristes. Mais si Israël, qui aimerait
pourtant continuer sur la voie politique, est obligé de constater
qu'il n'y a plus de progrès à espérer, le diagnostic
sera clair. Les Palestiniens, aussi, ne pourront plus obtenir ce qu'ils
veulent.
Trois jours avant ce double
attentat, l'aviation israélienne avait détruit la batterie
de DCA du Hezbollah qui venait de bombarder la Galilée et de
tuer un jeune Israélien. Puisque vous accusez la Syrie d'être
derrière le Hezbollah, envisagez-vous de frapper aussi la Syrie?
Ce n'est sûrement pas la
première fois que le Hezbollah nous prenait pour cible. Ces derniers
mois, les tirs contre Israël n'ont jamais cessé. Nous avons
averti le Hezbollah à plusieurs reprises. Les Etats-Unis ont
mis la pression sur la Syrie. Mais les tirs ont continué. Alors
nous avons décidé que chaque fois qu'une de ces batteries
de DCA ouvrira le feu, elle sera aussitôt détruite. Israël
veut le calme sur sa frontière nord et c'est pourquoi nous essayons
de faire preuve de la plus grande retenue. Mais nous n'accepterons jamais
que la sécurité de nos citoyens soit menacée. C'est
le message que, de nouveau, nous avons adressé à nos adversaires.
L'an dernier, vous n'aviez
pas hésité à lancer vos avions contre un radar
syrien au Liban, un radar qui faisait partie d'une chaîne couvrant
les approches vers Damas. Etes-vous prêts à frapper aussi
fort si votre message de dimanche n'est pas entendu?
Je prendrai toutes les mesures
nécessaires pour protéger mes concitoyens. Je veux éviter
l'escalade parce que, je le répète, je tiens à
ce que notre frontière avec le Liban reste tranquille, mais nous
ne nous laisserons pas faire. En face, il y a suffisamment de cibles
disponibles. Tout de suite après la chute de Bagdad, les Américains
ont soumis la Syrie à de très fortes pressions. Au début
les Syriens étaient inquiets et ils ont choisi le profil bas.
Mais, au bout de quelques semaines, ils sont revenus à leur politique
de soutien aux organisations terroristes. De nouveau, ils font la sourde
oreille aux exigences de Washington. Ils continuent de permettre que
le Hamas et le Djihad islamique entraînent leurs poseurs de bombes
sur le territoire syrien. Ils acceptent que les états-majors
de ces organisations terroristes aient pignon sur rue à Damas.
Cette attitude ne signifie-t-elle
pas que plus personne n'a peur des Américains maintenant que
les GI semblent enlisés en Irak?
Je crois plutôt qu'il faut
dénoncer une erreur de méthode. Au Proche-Orient, il ne
faut jamais se contenter de promesses, de beaux discours, de déclarations
ronflantes. Si on veut aboutir, il faut fixer des buts très précis,
avec le détail des étapes pour arriver à l'objectif
et des dates butoirs. Les pressions sur les Syriens auraient dû
être encore plus dures. Les Américains auraient dû
leur dire: les organisations terroristes qui sont installées
en Syrie devront être expulsées tel jour à telle
heure.
En somme, vous voulez exporter
le processus de la "feuille de route" que vous appliquez dans
vos relations avec les Palestiniens.
Pourquoi pas? La feuille de route
est un plan fondé sur des résultats et un calendrier.
Soyons concrets. Je veux deux choses: la démocratisation des
institutions palestiniennes, pour que Yasser Arafat soit écarté
de toute position d'influence, et le démantèlement d'organisations
terroristes comme le Hamas, le Djihad islamique, le Front populaire,
le Front démocratique. Mes interlocuteurs doivent comprendre
que s'ils restent immobiles sur ces deux points, je n'avancerai pas
non plus. Sans progrès sur ces deux points, ce sera la fin du
processus politique.
A en juger par vos reproches
au premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, votre technique de négociation
n'a guère eu de succès.
Pour la sécurité
au jour le jour, je le crédite d'efforts indéniables.
Mais le fait que le terrorisme ait baissé d'intensité
est très important. Mais rien n'a été entrepris
pour arracher les racines du terrorisme. Encore une fois, mes demandes
sont très concrètes. Il s'agit d'arrêter les chefs
qui ordonnent les assassinats, de les interroger, de les punir. Il faut
ensuite interdire les organisations extrémistes. Enfin, il faut
confisquer leurs armes et les remettre à un tiers, par exemple
les Etats-Unis, pour qu'elles soient exportées loin du territoire
de l'autorité palestinienne et détruites. En plus, je
veux l'arrêt total des attentats et l'arrêt de l'incitation
à la violence. Même si, pour ce dernier cas, il faudra
du temps, la solution passant par une réforme de l'école
et la sensibilisation à une éducation de la paix.
Mais votre armée a
tué tellement d'hommes des forces de sécurité palestiniennes,
détruit tellement d'équipements et d'installations que
Mahmoud Abbas n'a pas forcément les moyens de s'attaquer à
la nébuleuse terroriste. Ni même assez d'argent.
Vous plaisantez! L'Autorité
palestinienne aligne 60 000 hommes répartis entre douze services
de sécurité différents. Malheureusement, 60% de
ces forces se trouvent toujours sous le contrôle de Yasser Arafat
alors qu'elles devraient relever d'un responsable unique, le chef du
gouvernement Mahmoud Abbas. La première réforme que Mahmoud
Abbas doit mettre en œuvre c'est de s'attaquer au monopole d'Arafat
sur les services de sécurité. Dans la foulée, il
devra le priver du contrôle de l'argent et donc de la distribution
des salaires. Selon nos estimations, Arafat a placé à
travers le monde quelque deux milliards de dollars: plus qu'il n'en
faut pour financer les réformes.
Mahmoud Abbas ne veut peut-être
pas prendre le risque de déclencher une guerre civile entre Palestiniens...
Je crois que le plus grand danger
c'est celui qui pèse sur sa tête. Et il restera menacé
tant que les organisations terroristes n'auront pas été
démantelées. Or, plus le temps passe plus il deviendra
difficile d'agir. Si les mouvements terroristes ont accepté un
cessez-le-feu, c'est à cause de l'efficacité de l'armée
israélienne, de nos services de renseignement, de notre police.
Maintenant ils profitent du calme pour recréer leurs réseaux
et pour reconstituer leurs stocks d'armes. Au point que leur industrie
militaire tourne à plein: ils sont en train de fabriquer des
missiles kassem par centaines d'exemplaires et même d'allonger
leur portée jusqu'à, je crois, une douzaine de kilomètres.
Mais comment Mahmoud Abbas
peut-il imposer son autorité à 60 000 soldats et policiers
sans s'exposer à une explosion générale?
Prenons l'exemple de Gaza. L'Autorité
palestinienne dispose de 20 000 hommes en armes. En face, le Hamas et
le Djihad islamique totalisent un maximum de 500 à 1 000 militants.
Ce qui manque à l'autorité palestinienne ce ne sont pas
les effectifs. C'est la volonté. Alors, comment les Israéliens
pourraient-ils lui insuffler cette volonté s'il ne la trouve
pas tout seul? En appliquant la méthode de la "feuille de
route": nous ne passerons pas à l'étape suivante
si l'étape précédente n'est pas terminée.
Mahmoud Abbas se plaint que
les arrestations faites par l'armée israélienne dans les
territoires palestiniens mettent en danger la trêve qu'il tente
de faire respecter. Allez-vous poursuivre ces opérations?
Le partage des responsabilités
est sans ambiguïté. Dans les zones qui ont été
remises à l'Autorité palestinienne, c'est à elle
de faire la police. Dans les zones dont nous avons conservé le
contrôle, nous restons actifs, c'est vrai, mais nous retenons
nos coups. Nous essayons de nous comporter avec modération. En
revanche, si les mouvements terroristes poursuivent leurs actions contre
Israël et si l'Autorité palestinienne ne se décide
pas à porter un coup d'arrêt à ces organisations,
eh! bien Israël fera le nécessaire!
Aidez-vous Mahmoud Abbas
à lutter contre le terrorisme?
Absolument. D'abord, nous l'aidons
en aidant la population. Nous avons libéré des prisonniers,
environ 700. Nous avons augmenté le quota des permis de travail
pour que les Palestiniens puissent être plus nombreux à
venir gagner de l'argent chez nous. Nous avons enlevé un certain
nombre des barrages sur les routes qui gênaient les déplacements.
Nous aidons aussi Mahoud Abbas en montrant que, pour obtenir la paix,
Israël est prêt à faire des compromis douloureux.
Ces gestes que je vous ai énumérés, nous les avons
consentis alors que le terrorisme continue, que, contrairement à
nos espoirs, il n'a jamais vraiment cessé. Pour arriver à
une paix authentique et durable, Israël est prêt à
aller loin, très loin, même si cela doit lui coûter
beaucoup.
Sous la pression de l'opinion
palestinienne, la poursuite de la libération des prisonniers
est devenue pour Mahmoud Abbas une priorité absolue. Envisagez-vous
de vider les prisons? Jusqu'au dernier des 6 000 détenus?
Israël a prouvé sa
bonne volonté en relâchant quelque 700 prisonniers. Mais
il est exclu de libérer des assassins, de pardonner aux terroristes
qui ont du sang sur les mains. Il n'est pas question de libérer
des gens qui avaient déjà été libérés
et qui, à peine rentrés chez eux, ont recommencé
à se livrer à des attentats. Depuis la reprise de l'intifada,
il y a trois ans, le terrorisme a tué 818 Israéliens et
en a blessé 5 629. J'ai sur mon bureau un document qui démontre
qu'en proportion de la population, ce serait l'équivalent en
France de 8 000 morts et de 56 000 blessés. Pour l'Union européenne
de 62 000 morts et 427 000 blessés. Pour les Etats-Unis, qui
ont eu 3 000 victimes dans l'attaque contre les tours de Manhattan,
de 45 000 morts et de 312 000 blessés. Je ne crois pas que la
France accepterait de telles pertes sans réagir. Ni aucun des
pays européens. Alors, je peux vous dire que ce fut très
difficile de convaincre mes ministres d'ouvrir les portes des prisons.
Sur ce sujet, les tensions
au sein du gouvernement ne sont-elles pas le reflet des interrogations
dans l'opinion?
La libération des prisonniers
n'a pas été une décision populaire. Car le bilan
du terrorisme ne se limite pas aux chiffres horribles que je vous ai
cités. Il y a aussi l'impact psychologique: des familles de cinq
ou six enfants qui n'ont plus ni père ni mère, des parents
qui perdent d'un coup tous leurs enfants. Les gens accepteraient plus
facilement les libérations si l'Autorité palestinienne
avait montré plus de détermination contre les terroristes.
Face au terrorisme, Israël
trouve donc que les Palestiniens n'en font pas assez tandis que Mahmoud
Abbas trouve qu'Israël en fait trop. On n'en sortira jamais!
Les Palestiniens, notamment Yasser
Arafat, ont cru que, grâce au terrorisme, ils parviendraient à
briser la volonté de la nation israélienne. Je pense que
les Palestiniens sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à
réaliser qu'il est impossible de vaincre Israël par la terreur.
Quant à Mahmoud Abbas, il y a déjà plusieurs années
qu'il a compris deux choses. Un, qu'il ne réussira à s'entendre
avec Israël que par la négociation. Deux, que les souffrances
de la population palestinienne ont pour cause essentielle la stratégie
terroriste de Yasser Arafat.
Mahmoud Abbas dénonce
la poursuite de l'expansion des colonies de peuplement dans les Territoires
palestiniens. C'est ainsi qu'un appel d'offres a été lancé
pour la construction de 22 logements à Névé Dékalim
dans la bande de Gaza. Comment pouvez-vous justifier ce genre d'initiative
alors que la "feuille de route" a décrété
le gel des implantations?
Ecoutez, il faut distinguer entre
les implantations illégales et les autres. Parmi celles qui n'étaient
pas autorisées, nous en avons démantelé 26 et 12
le seront bientôt. Pour les implantations autorisées, le
dossier n'est pas facile. Au total, 240 000 habitants sont concernés.
Pour certains, ils en sont à la troisième génération:
ce sont leurs grands-parents qui étaient venus s'installer. Et
ils continuent, ils se marient, ils font des enfants. Que dois-je faire,
les déporter? Pour l'instant, tout ce que je puis dire c'est
que l'on peut ajouter des constructions dans un périmètre
déjà bâti mais qu'il n'y a pas d'expropriation pour
de nouvelles installations ni de subventions particulières pour
les financer. De toute façon, il est entendu que le sort définitif
de ces implantations sera discuté dans la phase finale des négociations
de paix.
Autre sujet qui fâche:
le mur de sécurité que vous êtes en train d'édifier
pour empêcher le passage des terroristes entre la Cisjordanie
et Israël mais qui aboutit souvent à couper les paysans
palestiniens des champs derrière leur ferme. Ce n'est plus seulement
Mahmoud Abbas qui s'inquiète à l'idée que les Israéliens
dessinent unilatéralement la future frontière. Le président
Bush juge que ce mur crée un "problème" dans
la mesure où il rendra extrêmement difficile la création
d'un Etat palestinien au territoire continu. Quelle est votre réponse?
Je l'ai dit maintes et maintes fois. Je ne transigerai pas sur la sécurité
de mes concitoyens. Ces barrières n'ont rien de politique. Leur
construction correspond à des objectifs de sécurité.
Premièrement, il s'agit de décourager les terroristes
de venir commettre leurs crimes au cœur même d'Israël.
Deuxièmement, nous voulons stopper la pénétration
par les Palestiniens de la communauté des Arabes israéliens.
Notre pays compte 5,4 millions de juifs et un million d'Arabes qui sont
citoyens israéliens. Il y a des dizaines de milliers de Palestiniens
qui sont venus vivre clandestinement aux côtés des Arabes
israéliens. Ils participent à des actes terroristes et
ils essaient de convaincre les Arabes israéliens de se joindre
à eux. Cela dit, je veux que ces barrières causent le
moins de dommages possibles aux paysans palestiniens. Etant un paysan
moi-même je comprends leurs difficultés et je vais faire
un effort. Mais si ces barrières permettent de réduire
la menace terroriste, on s'apercevra vite qu'elles ne sont pas un obstacle
à la paix. Au contraire.
Vous avez applaudi l'intervention
américaine en Irak. Mais devant le chaos actuel, n'avez-vous
pas des doutes?
Je continue d'approuver cette
guerre. Saddam Hussein était très dangereux. Comme il
l'avait démontré en utilisant des armes chimiques contre
son propre peuple, en gazant des dizaines de milliers de gens. Et il
a failli avoir la bombe. Pour le malheur du monde, il aurait réussi
à doter l'Irak de l'arme nucléaire sans la courageuse
décision du gouvernement Begin d'aller bombarder le réacteur
de Tamouz. Maintenant, en ce qui concerne la situation actuelle, je
crois que les Américains doivent poursuivre leurs efforts pour
établir à Bagdad un gouvernement dont la stabilité
ne pourra que rendre plus sûr l'ensemble du Moyen-Orient. Quant
à savoir si un pays arabe peut devenir un pays démocratique,
c'est le cœur du problème. Dans toute la région,
il n'y a qu'une seule démocratie: Israël. Si Israël
avait été entouré de voisins démocratiques,
nous aurions sûrement pris plus de risques que nous n'en prenons
aujourd'hui.
George W. Bush insiste désormais
sur un autre danger nucléaire: celui que représente Téhéran.
Seriez-vous favorable à une opération préventive
des Etats-Unis qui répéterait contre la centrale iranienne
de Bouchir, par exemple, celle de l'aviation israélienne contre
l'Irak?
Je n'ai pas qualité pour
recommander les mesures qui devraient être prises. Mais je crois
que la priorité ce doit être d'exercer des pressions économiques
et politiques les plus fortes possible. Dans cette perspective, je pense
que l'Europe a un rôle très important à jouer.
Face à Téhéran,
vous êtes quand même en première ligne puisque vous
reprochez à l'Iran une double manipulation anti-israélienne.
Celle du Hezbollah chiite à la frontière libanaise, celle
des organisations islamistes dans les Territoires palestiniens.
Les Iraniens ne peuvent rien
nier de tout cela. Sur la frontière libanaise, Téhéran
a envoyé ses Gardiens de la révolution pour encadrer les
hommes du Hezbollah. C'est aussi l'Iran qui fournit au Hezbollah la
plupart des missiles qui sont maintenant capables d'atteindre Haïfa.
Même si, de leur côté, les Syriens en ont livré
des centaines. Les armes iraniennes sont débarquées sur
les aéroports syriens par des avions venus de Téhéran.
Depuis l'interception du Karin A par la marine israélienne, les
cargos affrétés par l'Iran ont renoncé au canal
de Suez. Ils n'arrivent dans les ports syriens qu'après avoir
fait le tour de l'Afrique. Mais ils continuent de venir.
Et dans les territoires palestiniens?
L'Iran fait passer des armes
clandestinement. Et il donne de l'argent à tout le monde. Au
Hamas et au Djihad, bien sûr, mais aussi au Fatah d'Arafat et
même au parti d'Mahmoud Abbas. L'Iran est à la tête
d'un réseau terroriste qui est simultanément régional
et mondial puisque ce pays dispose de missiles balistiques d'une portée
de 1 300 kilomètres. C'est bien ce qu'ont compris les Américains
quand ils dénoncent les projets nucléaires de Téhéran.
Au Moyen-Orient, c'est l'Iran qui constitue désormais la plus
grande menace.
Début
de la page
Numéro
91 • vendredi le 8 août 2003
Israël,
un État juif et démocratique
Julien Bauer
Le Devoir, 4 août 2003
Le Canada a comme chef d'État
la Reine qui est aussi chef de l'Église anglicane. La constitution
évoque Dieu. Les privilèges des Églises catholiques
et protestantes sont enchâssés dans la Charte des droits
et libertés et confirmés par la Cour suprême. Les
prêtres font fonction d'officiers d'état civil pour les
mariages. Le système politique impose des coutumes religieuses
spécifiques comme la fermeture des entreprises à Noël.
Auteur des ouvrages : Les partis religieux en Israël, Que sais-je
? (1991 et 1998), Politique et religion , Que sais-je ?
(1999) et Le système politique israélien, Que sais-je
? (2000).
Chaque point de cette énumération que l'on pourrait continuer
est exact. Se limiter à elle serait donner une image tronquée
de la réalité. C'est pourtant ce que présente Louis
Gill (Le Devoir, 29 juillet) lorsqu'il parle d'Israël.
Israël, un État juif
Israël juif n'est pas plus étonnant que Québec français,
Russie russe ou Italie italienne. Accuser Israël d'être juif,
c'est interdire au peuple juif, et au seul peuple juif, le droit à
l'autodétermination. Le fait qu'Israël soit un État
juif a été voulu par les Juifs eux-mêmes mais, ce
qu'oublie ou ignore Louis Gill, a été reconnu par le droit
international.
Le mandat sur la Palestine attribué par la Société
des Nations à la Grande-Bretagne, en 1922, est une reconnaissance
internationale du lien historique du peuple juif avec sa terre d'origine
et comprend l'expression : foyer national juif.
La Résolution 181 de l'Assemblé générale
de l'ONU du 29 novembre 1947 est également explicite : elle vise
à créer deux États, un arabe et un juif. Reprocher
à Israël d'être ce qu'il est, un État juif,
est non seulement suspect -- reproche-t-on aux États musulmans,
y compris ceux à fortes minorités non-musulmanes d'être
musulmans ? -- un bel exemple de révisionnisme où près
d'un siècle de droit international est récusé.
Bien plus, l'article 7 du Mandat prévoyait que des dispositions
seraient prises pour faciliter aux Juifs qui immigreraient de façon
permanente en Palestine l'acquisition de la citoyenneté.
La citoyenneté
La citoyenneté israélienne s'acquiert de quatre façons
: naissance, résidence, Loi du retour, naturalisation.
Naissance et résidence signifient qu'une personne née
en Israël ou qui y résidait lors de la création de
l'État est ipso facto citoyen israélien.
La Loi du Retour est l'expression juridique du lien entre peuple juif
et Israël. Tout immigrant juif qui en fait la demande acquiert
la citoyenneté, à de rarissimes exceptions près
comme les collaborateurs avec les nazis. L'objectif est à la
fois idéologique et humanitaire : donner immédiatement
des droits de citoyens aux immigrants pour la plupart apatrides, que
ce soit des survivants de la Shoah, les Juifs expulsés des pays
arabes ou ceux qui, en quittant l'URSS, perdaient leur citoyenneté
soviétique.
Les Juifs qui émigrent des pays démocratiques ne demandent
généralement pas à profiter de la Loi du Retour.
Ils préfèrent passer par la loi sur la naturalisation
qui stipule qu'un immigrant reçu peut acquérir au bout
de cinq ans, dont trois de résidence en Israël, la citoyenneté
israélienne. Cette loi est également utilisée par
les immigrants reçus non-juifs depuis le père Dubois,
prêtre catholique français devenu citoyen israélien
et professeur de philosophie à l'Université jusqu'aux
réfugiés de la mer vietnamiens.
Pour les raisons évoquées plus haut, Israël encourage
une immigration juive. Malgré ce qu'en dit Gill, l'Allemagne,
qui a sa propre loi du retour pour les descendants d'Allemands, même
si le lien physique avec l'Allemagne a été coupé
pendant des siècles, et le Québec, qui favorise une immigration
francophone, ont des lois similaires. Au passage, l'envolée lyrique
de Gill sur l'immigration au Québec «sans considération
de langue» et autres nous montre qu'il n'a jamais lu les documents
publics à ce sujet : le Québec et le Canada accordent
un traitement privilégié aux francophones et... aux détenteurs
de capitaux qui investissent au pays.
Selon Gill, que des députés arabes soient membres de la
Knesset n'est pas une preuve de démocratie car tout candidat
doit reconnaître qu'Israël est l'État du peuple juif.
Là encore, Gill a des trous de mémoire. La Cour suprême
d'Israël a déjà interdit des partis politiques juifs
extrémistes mais a autorisé des partis politiques arabes
extrémistes. Lorsque le Parti progressiste pour la paix de Miari
a non seulement indiqué qu'il était aux ordres d'Arafat,
un ennemi d'Israël, qu'il souhaitait la victoire des armées
arabes, donc la défaite d'Israël, qu'il rejetait dans son
programme électoral tout lien entre Israël et peuple juif,
la Cour suprême a néanmoins jugé que ce parti pouvait
se présenter aux élections. Autoriser un parti qui souhaite
la victoire de l'ennemi est une manifestation de démocratie peu
banale.
Israël, un État religieux ?
Dans la mesure où les notions de peuple juif et de religion juive
sont inextricablement liées, parler de l'un sans l'autre n'a
aucun sens. Il y a plus de 25 ans, Léo Moulin avait déjà
remarqué que «le facteur religieux peut être et a
été un facteur puissant de conscience politique»
(Res Publica, 1975, p270). Les Juifs, chassés de leur
pays et vivant en exil (en hébreu, on ne dit pas diaspora, dispersion
mais galout, exil) se sont raccrochés au judaïsme au point
où le terme juif signifie à la fois membre du peuple juif
et adepte du judaïsme.
Israël est un État multiconfessionnel. Le judaïsme
n'est pas la religion de l'État. Que quatorze religions, dont
le judaïsme, soient reconnues par l'État est, selon Gill,
la preuve de discrimination contre les autres. On croit rêver.
Si Gill tient réellement à ce que tous les groupes religieux
soient reconnus, qu'attend-il pour lancer une croisade afin que toutes
les religions au Canada, y compris les chrétiens ni catholiques
ni protestants, jouissent des mêmes privilèges que les
deux églises supérieures ? Sait-il que le 21 novembre
1996, la Cour suprême a réaffirmé les droits et
privilèges des «Écoles séparées»,
catholiques et protestantes, au détriment de toutes les autres
écoles religieuses ?
Un système différent
Le système israélien est fort complexe et très
différent du nôtre. Cela n'en fait pas automatiquement
un système mauvais en soi. Il s'inspire du millet ottoman qui
donnait à chaque minorité ethno-religieuse une autonomie
reconnue par l'État, le chef de la communauté religieuse
étant considéré comme leader politique de la communauté.
En Israël, à côté des tribunaux civils existent
des tribunaux religieux, incorporés à l'État, qui
ont juridiction sur le statut personnel, c'est-à-dire les mariages
et, dans une moindre mesure, les divorces. Le système impose
une identification religieuse à tous car le mariage civil n'existe
pas. La Loi fondamentale sur la justice, une de ces lois qui jouent
le rôle de constitution -- ce qui soulève l'ire de Gill
-- dit explicitement qu'au nom de la «justice naturelle»,
la Cour suprême peut réviser les décisions des tribunaux
religieux. Ce système hybride est contestable mais s'explique
par l'histoire, le droit et la politique. Les seuls qui le remettent
en cause sont les Juifs. En effet, pour les minorités en Israël,
chrétiennes, musulmanes, bahaie, druze et autres, ces tribunaux
religieux publics sont une officialisation de leur autonomie. Tous ces
groupes religieux, conscients de la réalité au Proche-Orient,
craignaient qu'un système unique, juif religieux ou israélien
laïc, ne devienne un instrument d'assimilation à la majorité
de la société, donc aux Juifs. Au nom d'une conception
éthérée de la laïcité, Louis Gill propose
ni plus ni moins que de restreindre les droits des minorités
en Israël.
La multiconfessionnalité se trouve également au niveau
municipal. Les municipalités ont le droit de respecter le calendrier
religieux de leurs habitants. Toute municipalité chrétienne
ou musulmane, au lieu d'appliquer de façon obligatoire la loi
sur le repos hebdomadaire qui, en Israël, fait du Chabbat, le samedi,
un jour chômé, offre des services le samedi mais ferme
ses portes soit le dimanche, soit le vendredi. Imaginez que Côte
Saint-Luc décide d'ouvrir ses bureaux le jour de Noël et
de les fermer à Kippour, Louis Gill parlerait d'atteinte inadmissible
à la laïcité, laïcité qui, en fait, permet
à la majorité chrétienne d'imposer son calendrier
aux minorités religieuses. Gill devrait se souvenir qu'à
la très laïque Université du Québec à
Montréal, Vendredi et Lundi de Pâques sont fériés.
Là encore, la logique laïque à la Gill, non content
de mépriser les coutumes religieuses autres que catholiques au
Québec, diminuerait les droits des minorités religieuses
en Israël.
Les relations entre État et société, religion et
politique, laïcité et Églises posent des problèmes
pour toutes les sociétés. Aucun État n'a encore
découvert la solution parfaite. Israël, malgré un
environnement hostile, continue à consolider la réalité
d'un État à la fois juif et démocratique.
(Julien Bauer est Professeur
au département de science politique de l'Université
du Québec à Montréal et membre du conseil universitaire
de ICRJ.)
-------------------------------------------------------------------------------
Les prémisses du "nouvel"
antisémitisme
Raphaël Lellouche
Metula News Agency, 5 août 2003
J'ai lu récemment deux
articles de Michel-Louis Lévy, publiés sur le site de
Primo-europe.org, qui sont les compte-rendus de deux livres
importants:
Je voudrais exprimer mon accord
profond avec ces deux comptes-rendus (qui sont publiés sur le
site de Primo), qui ont le mérite de souligner, très justement
à mes yeux, deux points importants concernant certaines continuités
et permettent de comprendre des évolutions récentes: la
fonction du ciment idéologique anti-américain dans la
nouvelle idéologie de l'Europe (Todd), et le rôle ancien
du catholicisme dans la diplomatie française au Proche-Orient
(Hebey).
Pour en prolonger l'esprit, les réflexions suivantes, que ces
commentaires m'inspirent, soutiennent la thèse selon laquelle
ces deux points ont partie étroitement liée l'un à
l'autre, et qu'ils sont, de conserve, fondamentaux à la compréhension
de notre situation actuelle, celle d'une "planification idéologique"
(des médias) visant à construire une certaine "identité
culturelle européenne":
D'abord, l'attitude profonde de la France n'est pas une nouveauté.
Ce n'est pas une "nouvelle judéophobie" d'essence
anti-sioniste d'extrême gauche, qui serait sans rapport avec l'
"ancien antisémitisme" de droite, comme on l'entend
souvent dire. Elle fait fond avec le vieil antisémitisme catholique
français (et même par-delà le nazisme). Elle est
d'autre part indémêlable d'une tradition diplomatique de
la France vis-à-vis de l'Orient. Elle s'inscrit en effet dans
une tradition ininterrompue qui s'est aussi bien exprimée dans
le pétainisme anti-anglo-saxon (celui des années 40 ou
‹ C’est le même › celui du conflit sur la dernière
guerre d'Irak), de rivalité avec les "empires" maritimes
(Grande-Bretagne et Etats-Unis) pour l'influence sur le Proche-orient
(et, plus anciennement, sur l'Inde mais ça, C’est dépassé).
La conjonction que l'on observe aujourd'hui dans la volonté pro
arabe française de "paix" avec le monde islamique,
contre Israël et les Etats-Unis, accusés d'être des
"fauteurs de guerre" (vieille thématique pétainiste),
et dans l'axe de laquelle la France voudrait construire "l'Europe-puissance",
se révèle avoir des racines anciennes dans la culture
coloniale de la diplomatie française, essentiellement liée
au "protectorat" des chrétiens d'Orient dans un compromis
très ancien avec l'Islam. Et cela, sur le dos des juifs d'Orient,
comme le montre cette célèbre affaire de "crime rituel"
à Damas en 1840.
Bernard Lewis l'avait déjà longuement analysée,
et il avait montré que C’est bien par l'intermédiaire
des Français, et à Damas (!) que, pour la première
fois à l'époque moderne, les thématiques fondamentales
de l'antisémitisme chrétien allaient être transplantées
dans l'Orient musulman, où elles n'avaient pas de racines (car
le crime rituel et l'usage du sang par les juifs sont un mythe chrétien
qui n'ont aucun fondement religieux dans l'Islam), mais où, comme
on le sait, elles ont fait florès depuis. Toute la propagande
de l'Intifada est basée là-dessus (Tsahal, armée
tueuse d'enfants !). Ainsi, C’est la France qui est initialement,
dès 1840, responsable de la nouvelle synthèse (non nazie)
d'un vieil antisémitisme catholique et de l'hostilité
arabo-islamique contre les communautés juives du Proche-Orient,
puis évidemment contre celle qui, depuis, s'est constituée
en État souverain sous le nom d'Israël. Une nouvelle synthèse
idéologico religieuse antisémite s'élabore donc,
et non pas simplement une nouvelle "source" de l'antisémitisme
en France sans rapport avec l'ancien !! Je pense effectivement, comme
Michel-Louis Lévy, que le Vatican est impliqué dans cette
résurgence européenne d'une vieille modalité d'antisémitisme,
et qui est le prix de ce que les forces politiques et religieuses, en
Europe, appellent le "dialogue des cultures" (Cf. le long
texte de Chirac, dans Le Monde, au lendemain du 11 Septembre), qui n'est
au fond que la confirmation du pacte entre le Catholicisme et l'Islam,
gage culturel du pacte politique de l'Europe avec le monde arabe. C’est
une des dimensions de ce que j'appelle la "nouvelle identité
européenne".
Le protectorat de « Grande Syrie » est toujours dans l’axe
(traditionnel) de la politique néo-coloniale française
au Proche-Orient. Il implique l’effacement discret de l’indépendance
libanaise, une politique délibérée de « tension
» régionale par le maintien des milices du Hezbollah à
la frontière israélienne (la France est le seul État
européen a avoir refusé d’inclure le Hezbollah dans
la liste des organisations terroristes qualifiées), et des «
pressions » pour affaiblir autant que possible le « robuste
» petit État hébreu, qui ne s’inscrit pas
dans la sphère d’influence française de ce concept
de Grande Syrie, initialement étendue à un soutien à
l’Irak de Saddam. La politique d’influence française
s’accommode de soutenir des dictatures sanglantes tout en invoquant
l’alibi du « dialogue des cultures », qui n’a
pas d’autre signification qu’un relativisme culturel permettant
de faire litière des droits de l’homme, C’est-à-dire
de toute défense de la validité universelle des principes
démocratiques libéraux. Ce soi-disant « dialogue
» n’est-il, aussi, que la couverture idéologique
d’une realpolitik de « conciliation » se parant seulement
d’attributs « humanistes » de façade. Et lorsqu’il
invoque le « droit international», il est indifférent
à la nature des régimes. Question de la nature des régimes
qui, étrangement, n'a plus l'air de faire partie de la philosophie
politique française, qui cherche plutôt à casser
le "camp démocratique". On comprend alors qu'elle reproche
amèrement aux États-Unis leur « messianisme »
démocratique ! Ce n’est certes ni la démocratie
ni la liberté que la France exporte en "Grande Syrie",
pour ne pas parler d'un messianisme des droits de l’homme, qui
paraît bien éloigné de ses horizons dits «
humanistes ».
L’Europe a toujours été agacée par les prétentions
de l’idéalisme et de l’exemplarisme moraliste américain,
lui opposant la patine de sa vieille culture, faisant les choses en
douceur, donnant du « temps au temps » et parvenant finalement
à ses fins par la diplomatie, à force de ruse, de réalisme
et de négociations. Le Quai d'Orsay se targue d'avoir le réseau
diplomatique le plus étendu du monde ! Mais curieusement, désormais,
il faut y prêter attention, la tonalité des valeurs a changé,
et ce n’est plus un réalisme que l’on oppose au messianisme
démocratique américain, c’est un « humanisme
». Et ce n’est plus simplement au style « idéaliste
» du messianisme américain qu’on prétend opposer
cet humanisme, mais à sa supposée agressivité d’
« Empire » (voir Joxe, Todd, Negri, Védrine). À
l’opposition idéalisme-réalisme, s’est substituée
une nouvelle opposition messianisme-humanisme, considérée
comme l’affrontement de deux valeurs culturelles fondamentalement
antagonistes. Un antagonisme supposé plus profond que le partage
historique en commun, depuis les Déclarations de 1776 et de 1789,
de la culture politique démocratique. C’est cela la nouvelle
chanson de l'idéologie européenne !! C’est elle
qui informe la structure de base des messages politico culturels des
médias dominants. Et elle trouve des échos jusque chez
des intellectuels européens jusqu'ici très radicaux dans
la défense des valeurs démocratiques (Cf. le "Plaidoyer
pour une politique extérieure commune" de Habermas, co-signé
par Derrida, dans Libération du 31 Mai dernier).
Le livre d'Emmanuel Todd est parmi les plus représentatifs de
la nouvelle idéologie des constructeurs de l'Europe-Puissance
anti-atlantiste. Et le compte-rendu de Michel-Louis Lévy en est
pertinent et perspicace. Accuser les États-Unis de double insuffisance,
dans le domaine social économique (en tant que puissance économique
improductive, et en tant qu'État non social) et, surtout, sur
le plan d'un déficit d'universalisme (!!), est tout
a fait caractéristique de la nouvelle idéologie européenne,
et vaut d'être relevé. D'abord Michel-Louis Lévy
a raison de souligner que la seule base théorique sur laquelle
prétende se fonder Todd est son anthropologie de la famille.
Or celle-ci est hautement conjecturale. Pour avoir moi-même pas
mal travaillé sur les problèmes de l'anthropologie de
la famille, je peux dire que les hypothèses de Todd, sur ces
questions, lui sont très personnelles, pour ne pas dire arbitraires.
Qu'en tout cas, elles ne recueillent pas le moindre consensus dans la
communauté scientifique, et elle relève d'un "déterminisme
socio-anthropologique" peu acceptable. Quant à ses affirmations
sur les limites de l'universalisme américain du fait de son supposé
"racisme anti-arabe", elles sont proprement choquantes et
absurdes. Il est clair que s'y mêle une pointe d'antisémitisme.
Mais il est surtout important de repérer dans ce genre de littérature
l'un des concentrés les plus exemplaires de la nouvelle idéologie
européenne en construction. Ses traits principaux sont:
(a) la dénégation de la menace islamiste liée à
la défense apologétique du monde arabe; (b) un patriotisme
politico-économique européen anti-atlantiste, fondé
sur la prospérité économique et le compromis social
de l'État-providence; (c) un antiaméricanisme virulent,
rénovant les thèses marxistes sur le "Capital financier"
improductif et parasitaire. Sur ce point, Todd partage avec Alain Joxe
et Noam Chomsky l'idée que C’est l'impérialisme
américano sioniste qui constitue en fait la seule véritable
menace s'exerçant sur le monde ‹ et notamment sur les "nations
arabes" ›, et qui a intérêt à y entretenir
le "chaos" de la guerre perpétuelle (autant de thèses
que l'on retrouve à l'identique chez tous les rédacteurs
du Monde et du Monde Diplomatique). Le mot d'ordre
central de la "Paix" est censé être la valeur
de regroupement de cette nouvelle idéologie, laquelle s'appuie
essentiellement sur deux autres valeurs-clé, "l'Humanisme"
et le "Dialogue" culturel. J'explique plus bas leur économie.
Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si l'on nomme du même nom "camp
de la paix", ceux qu'on suppose, en "Palestine-Israël"
s'opposer aux "généraux sionistes" et, en Europe,
aux "faucons" américains. Ce soi-disant "camp
de la paix" dessine une alliance stratégique incluant l'Europe,
la Russie, le monde arabe (terroristes, dictatures, et islamistes charitablement
et euphémiquement incorporés). N'ayant pas de moyens militaires
ad hoc, ce "camp" se construit essentiellement par l'arme
d'une propagande médiatique massive et mondiale.
On a intérêt à approfondir ce que dissimule cette
nouvelle théorie de l’« Humanisme diplomatique »,
car C’est autour de cette nouvelle doctrine que cherche à
se redéfinir l’identité européenne tournant
le dos à l’atlantisme. Car C’est bien ainsi que les
stratèges français désignent l'Europe qu'ils veulent
construire. Ils appellent ça "L'Europe, Puissance humaniste"
!! Il l'opposent à l’idée de « messianisme
américain », où C’est désormais le
messianisme qu’on souligne, en insistant de plus en plus
fortement sur sa nature non plus morale, mais, curieusement, «
religieuse ». Or qu’y a-t-il derrière cette allusion
au messianisme, à une « religion du Messie » ? Il
n'y a pas de doute que ce soient des tendances anti-judaïsantes.
Ce sont ces accusations fondamentales que, dans une fusion entre l'anti-impérialisme
de la gauche et l'antiaméricanisme traditionnel pétainiste-catholique,
les nouveaux idéologues de l'Europe-Puissance, tels Emmanuel
Todd, Alain Joxe, et toute une lignée d'intellectuels (bien plus
dangereux que le ridicule Boniface, qui a le désavantage de l'inculture
et la candeur de trahir les intentions trop ouvertement et vulgairement)
orchestrent dans les médias les plus influents des élites
françaises (le groupe de presse Le Monde et toutes ses
déclinaisons, Le Monde Diplomatique, Le Courrier
International, etc. y occupent une place centrale).
Aussi, je tiens absolument à signaler, comme éminemment
symptomatique de ce qui se cache derrière ce glissement, cette
extraordinaire page publiée dans le Courrier International ‹
Cf. n° 652, 30 avril 2003, extraits choisis par la rédaction
d’Enric Juliana, dans La Vanguardia, de Barcelone › sur
« Le Dieu de vengeance de George W. Bush » (C’est
le titre de l'article) dans le cadre d’un Choc des christianismes
(C’est le surtitre, allusion au « choc » de Huntington
entre les civilisations). Je cite :
« Les leçons que nous pouvons tirer de la tragédie
irakienne que, de l’autre côté de l’Atlantique,
les gens ont une conception de Dieu très différente de
la nôtre. Une idée qui refait en sens inverse le chemin
de Paul de Tarse pour retomber sur l’irascible Jéhovah
de l’Ancien Testament, qui avait fait égorger tous les
premiers-nés d’Égypte pour que son peuple élu
entre à nouveau dans l’Histoire ».
Tous les ingrédients de la suggestion antisémite sont
là. Qu’est-ce que « refaire en sens inverse le chemin
de Paul de Tarse », à savoir le chemin de sa conversion
du judaïsme au christianisme, sinon régresser au judaïsme
? Le Courrier International suggère donc à ses
lecteurs que George W. Bush n’est pas vraiment chrétien,
mais qu’il s’est en quelque sorte reconverti à rebours
à une sorte de judaïsme ! Contrairement à Chirac,
en effet, il préfère le chemin de Jérusalem à
celui de Damas. Et quelle vision du judaïsme le magazine appartenant
au groupe Le Monde nous offre-t-il là ? L’antijudaïsme
se colore nettement d’antisionisme avec cette phrase hallucinante
aujourd’hui, dans un magazine contemporain, pour déchiffrer
la politique proche orientale des Etats-Unis : « faire égorger
tous les premiers-nés d’Égypte pour que son peuple
élu entre à nouveau dans l’Histoire » ! Quand
on sait combien les médias insistent quotidiennement sur l’image
d’une armée israélienne « tueuse d’enfants
», cette conjonction terrible de la notion de « peuple élu
» (Israël), « d’entrer à nouveau dans
l’Histoire » (sionisme), et « d’égorger
les enfants d’Égypte » (ou de Palestine peut-être,
comme Mohamed Al-Dura), est transparente au sujet des transferts de
l’imagerie antisémite sur l’antisionisme contemporain
qui se projette sauvagement dans l’américanophobie des
médias.
Si je tiens à relever cet exemple empesté entre tous,
C’est qu’il ne s’agit là en aucun cas d’un
antisémitisme populaire des « banlieues ». Il s’agit
là d’un antijudaïsme pernicieux qu’on peut relever
aujourd’hui dans une presse très branchée et progressiste,
supposée être d’un haut niveau intellectuel, et appartenant
au groupe de presse qui fait idéologiquement la pluie et le beau
temps dans les élites cultivées de la nation. Et qu'il
émane quasi-directement de l'Église catholique (il s'agit
de la communauté de Sant'Egidio, vouée à la diplomatie
du "dialogue" évangélique). Il trahit du même
coup le véritable sens de cet axe de communication stratégique
des médias français, insistant infatigablement sur le
thème de la mort des « enfants palestiniens ». De
cet antijudaïsme politique (néo-marcionite), réanimant
les clichés meurtriers du vieil antisémitisme chrétien,
on peut relever mille occurrences égrenées dans les médias
français aujourd’hui. L’article du Courrier International
se conclut ainsi.
Je cite : « Elle oblige aussi à s’interroger sur
la vigueur du catholicisme, sur sa capacité à véhiculer
le message universaliste du Nouveau Testament et ses potentialités
comme "cadre de référence" d’un humanisme
capable de dessiner des horizons mondiaux, face aux élans diviseurs
de la "destinée manifeste" ».
Cette chute nous confirme, s’il en était besoin, à
propos du sens véritable de l’« humanisme »
et du « dialogue des cultures » sur lesquels Chirac prétend
construire l’axe idéologique de son Europe anti-atlantiste
depuis l'après 11 Septembre. Ce genre de prose nous donne en
effet une idée des fondements sur lesquels, consciemment ou inconsciemment,
repose l’« humanisme » antiaméricain que l’Europe
veut opposer aux « choc des civilisations ».
La rupture et le déni des liens civilisationnels évidents
qui rattachent l’Europe et l’Amérique passent en
effet par une nouvelle construction idéologique exigeant, que
l’on accentue des différences internes au christianisme
en le présentant comme un abîme plus profond que ce qui
pourrait séparer l’humanisme catholique de l’Europe
et la Oumma arabo-islamique.
Du coup, le rejet simultané du « messianisme » démocratique
américain et du sionisme juif prend tout son sens, assimilés
comme expressions d’une religion du « Dieu violent ».
C’est-à-dire qu’un antijudaïsme néo-marcionite
va devenir la condition idéologique préalable d’un
rapprochement avec le monde arabe. Pour reprendre le titre fabuleux
du Courrier International, on choisit de privilégier un «
choc des christianismes » à un « choc des civilisations
» (avec l’islamisme) qu’on cherche à éviter
à tout prix!
Ce qui reprend du service dans le cadre du "dialogue avec l'Islam",
C’est le marcionisme, une hérésie chrétienne
des premiers siècles qui séparait radicalement l’Ancien
Testament et le Nouveau Testament, comme étant les religions
de deux Dieu distincts, le Dieu juif (Jéhovah), dieu de vengeance
cruel et particulariste, et le Dieu chrétien (Jésus),
Dieu d’amour universel. C’était une forme hérétique
du christianisme dont l’antijudaïsme virulent est l’une
des sources importantes de l’antisémitisme chrétien
tout au long de son histoire. Mais l’Eglise catholique, depuis
Saint Augustin, avait réaffirmé constamment l’ancrage
et le lien inséparable du Nouveau et de l’Ancien Testaments,
et évidemment l’identité de leur Dieu, contre cette
hérésie marcionite. On voit qu’aujourd’hui,
dans certains secteurs catholiques prônant le soi-disant «
dialogue » universel, on assiste à une résurgence
d’un christianisme hérétique libéré
de la tradition judéo-chrétienne, aux nouvelles couleurs
marcionites, parce que les impératifs du dialogue avec l’islam
supposent une rupture avec le judaïsme "messianique".
Je crois que cette élaboration idéologique sur fond de
judéophobie, c’est-à-dire dont les juifs vont derechef
faire les frais, n’a pas seulement une base négative. Elle
ne sert pas seulement à cimenter en creux un front d’opposition
antiaméricain permettant de rallier à la politique étrangère
néo-gaulliste de Chirac la gauche anti-impérialiste, anti-libérale
et anti-mondialiste, avec l'anti-américanisme "continental"
du bloc franco-germanique, au sens où elle désigne ‹
en négatif › un ennemi commun.
Je crois qu’elle a aussi une base positive, au sens où
c’est une construction en cours, qui se cherche dans le monde
catholique (la démocratie chrétienne est le courant politique
majoritaire en Europe), pour bâtir un socle idéologico
religieux à l’alliance politique de la vieille Europe catholique
avec le monde arabe et musulman. Ma conclusion est donc que la "nouvelle"
judéophobie n’a pas seulement sa source dans une contamination
de l’islamisme des banlieues. Mais qu’elle a également
sa source indépendante dans la doctrine française, d’inspiration
néo-catholique, du très hypocritement nommé «
dialogue des cultures ». C’est le socle idéologique
de la conciliation avec l'islam radical. Je l’ai dit, cette doctrine
est contestable aussi bien d'un point de vue catholique orthodoxe, parce
qu’elle mutile le christianisme de son lien spirituel interne
avec le judaïsme, que du point de vue du rationalisme des Lumières
et de l’esprit démocratique, puisqu’au nom d’une
« paix » opportuniste, elle nie, par son relativisme des
valeurs, tous les principes d’universalité de la raison
et des droits de l’homme qui fondent l’unité du monde
démocratique, c’est-à-dire, le véritable
socle de la communauté civilisationnelle de l’Europe
avec l’Amérique, pour le briser en deux selon la ligne
de fracture atlantique.
Ces courants sont assez puissants en France pour nourrir les médias
de « curiosités » qui peuvent étonner et surprendre
ponctuellement, mais qui font vite sens lorsqu’on les examine
dans leur récurrence, et qu’on en découvre la cohérence
discursive.
Début
de la page
Numéro
90 • vendredi le 1 août 2003
La signification de
la paix
Bat Yeor
Primo Europe, 30 juillet 2003
Le mot « paix » est
galvaudé. C’est pourquoi l’ U.S Institute of Peace
(http://www.usip.org/) doit choisir
avec soin, parmi ses membres du conseil, ceux qui comprennent l’approche
américaine de la paix.
Beaucoup de guerres ravagent
notre planète. Leur intensité, leurs motivations et leurs
tactiques diffèrent. Mais le "Jihad" - annoncé
triomphalement et envahissant le globe – est ce qui a tué
le plus grand nombre d'Américains ces dernières années,
aux Etats-Unis et à l'étranger. Et le nombre de victimes
du Jihad aurait été considérablement multiplié
si des mesures de sécurité comme en temps de guerre n'avaient
pas été mises en application.
Le Jihad est une guerre islamique
contre des non-Musulmans. Au septième siècle, les musulmans
arabes ont mené des campagnes de Jihad pour contrôler toute
la péninsule arabique - expulsant les chrétiens et les
juifs indigènes du Hijaz, et en massacrant ou en forçant
tous les Arabes païens à la conversion à l’Islam.
Après un millénaire de guerres jihadiques, les musulmans
ont conquis des terres s'étendant du Portugal à l’Inde
et de la Pologne au Soudan. La stratégie et la guerre du Jihad
s'appliquent toujours aujourd'hui, et peuvent être observées
en Algérie, en Israël, au Soudan, au Cachemire, en Afghanistan,
en Indonésie, aux Philippines et ailleurs.
Le Jihad est décrit dans
d’innombrables traités musulmans, et dans des chroniques
d'autres musulmans et non-Musulmans, particulièrement chrétiens.
Pour les chrétiens, les Juifs, Les Hindous, les bouddhistes,
Les Zoroastriens, et d'autres non-Musulmans, le Jihad était (et
est) une forme cruelle de guerre, menant épisodiquement à
la dévastation génocidaire.
Cependant, pour beaucoup de musulmans
cette guerre signifie "paix" et "libération".
La logique de cette conception a été élucidée
par le disciple musulman contemporain respecté, Bassam Tibi,
dans sa convaincante analyse du Jihad. Puisque le Jihad impose la vérité
coranique, on le considère comme un acte de paix. Tibi explique:
" En ce sens les musulmans croient que l'expansion par la guerre
n'est pas une agression mais une réalisation de la commande coranique
d’essaimer l'Islam en tant que vecteur de paix.
Le recours à la force
pour disséminer l'Islam n'est pas la guerre (harb), un mot qui
est employé pour décrire seulement l'utilisation de la
force par non-musulmans. Par conséquent les guerres islamiques
ne sont pas des guerres, mais des efforts méritoires pour libérer
le monde de l'incrédulité (jahaliyya) par sa soumission
à l'Islam. Seule la soumission apporte la paix, et c'est le refus
du non-Musulman à se soumettre qui provoque la guerre.
Ainsi, nous avons là une
différence saisissante d’interprétation de la guerre
et de la paix qui doit être examinée avec grand soin par
les responsables occidentaux de la résolution des conflits. Aujourd'hui
de véhémentes objections se sont manifestées sur
http://www.cair-net.org (Council on American-Islamic Relations [CAIR])
contre la nomination de Daniel Pipes au bureau de l’U.S Institute
of Peace. Daniel Pipes est un spécialiste reconnu de la civilisation
islamique passée et présente, ayant conduit la recherche
séminale, par exemple à propos des origines du système
militaire slave musulman au Moyen-Âge, en même temps qu’à
celles des implications contemporaines de la fatwa sur Salman Rushdie
lancée par l’Ayatollah Khomeiny.
L'animosité du CAIR pour
Pipes vient en grande partie de son interprétation occidentale
de la guerre du Jihad. Le CAIR, en revanche, adopte l'interprétation
musulmane traditionnelle du Jihad, c'est à dire la paix "islamique",
où les conflits sont provoqués seulement par "les
politiques " d'obstruction occidentales mal disposées à
la diffusion paisible de l'Islam et de la loi de la Charia.
La position du CAIR est partagée
par beaucoup de non-Musulmans. L'Europe, par exemple, a adopté
des vues similaires dans la conduite de sa politique étrangère.
Dans les analyses européennes, le Jihad historique a été
gommé de l'Histoire. Les conflits passés entre la chrétienté
et l'Islam trouvent leur explication dans les Croisades, l’Inquisition
catholique, et dans l'impérialisme et le colonialisme occidentaux.
L'idéologie et l'histoire du Jihad sont délibérément
occultées.
Cette adhésion européenne
à l'interprétation islamique du Jihad, attribuant la cause
du conflit à l’Occident, a déterminé la politique
étrangère de l’UE pendant près de 30 ans.
La négation du Jihad et de son terrorisme intrinsèque
a conduit l'UE à nier les sources mêmes du terrorisme.
Cette tentative désespérée de maintenir la paix
sur le territoire de l’UE s’est caractérisée
par une politique pusillanime d'auto culpabilité proclamée,
et par des concessions incessantes aux organisations terroristes qualifiées
de "mouvements de résistance".
Ainsi les villes européennes
sont devenues des nids de terroristes jihadistes, puisque l'Europe ne
reconnaît pas la notion même du caractère guerrier
du Jihad. Des personnalités politiques européennes rapportent
constamment dans les médias, avec insistance, le fait que les
politiques américaines -- pas les jihadistes -- sont la source
de terreur. Cette lâche dénégation de la réalité,
basée sur des intérêts mercantiles, a offert à
l'Europe une sécurité précaire, soutenue par des
mesures d'apaisement et par des rétributions aux pays jihadistes.
Le déni de la terreur
jihadiste en tant que guerre d'agression a conduit l'Europe à
poursuivre une politique étrangère et domestique qui rend
son futur incertain. Les Etats-Unis doivent examiner les conflits selon
les critères occidentaux afin de préserver les valeurs
et les pricipes de liberté occidentaux. Ces conflits ne seront
jamais résolus en interprétant le Jihad comme une paisible
libération. La nomination de Daniel Pipes à l’U.S
Institute of Peace est la plus appropriée puisqu'il utilisera
pour ces sujets cruciaux ses qualités de sagesse, de courage,
et d’intégrité morale.
--Traduction : JP Chemla
pour Primo-Europe
(Bat Yeor a beaucoup écrit sur les Juifs et les chrétiens
sous l'Islam. Son dernier livre, l'Islam et Dhimmitude :
Là où les civilisations se heurtent vient juste d’être
réédité.)
Début
de la page
Conseil
editorial
Prof. Frederick Krantz,
Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ) |
Jean-Claude Léon
(Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ) |
Encouragez vos collègues, amis
et parents à consulter notre site Web pour obtenir de plus
amples informations sur le Communiqué Isranet. Pour vous
joindre à notre liste d’envoi ou pour vous désabonner,
contactez-nous à : http://www.isranet.org/.
Le Communiqué Isranet hebdomadaire est un service de l'ICRJ.
Nous espérons que vous le trouvez utile et que vous l'appuierez
et seconderez notre travail d'éducation pro-Israël,
en faisant une contribution déductible d'impôts d'un
minimum de 36.00 $ [veuillez envoyer un chèque ou votre
information VISA/Mastercard à l'ICRJ (voir l'en-tête
pour l'adresse)]. Tout don comprend un abonnement de membre à
notre périodique reconnu, ISRAFAX, qui vous sera livré
à domicile par la poste.
|