Decembre 2003 

Numéro 112/Numéro 111/
Numéro 110/ Numéro 109/ Numéro 108/


          Numéro 112                                          Mercredi, 31 decembre 2003

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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Les Débordements du Fondamentalisme Islamique

 David Bensoussan

 

    Les dures réalités de l'extrémisme islamique dont l'on commence à prendre conscience depuis l'attentat du 11 septembre contre les tours du World Trade Center nous forcent à contempler les rapports entre la chrétienté et l'islam sous un angle plus global. Il convient également de cerner les foyers de tension entre populations musulmanes et chrétiennes et de repérer ceux dans lesquels le militantisme islamiste extrémiste constitue un facteur de déstabilisation.

 

Qui a dit que les guerres de religion étaient terminées ?

   Il aura peut-être fallu que les fanatiques islamistes exportent leur action contre l'Amérique pour que l'on réalise qu'il existe un problème dont l'ampleur est inquiétante. Il va sans dire que les islamistes militants ont, chacun dans leur pays, des raisons différentes de se lancer dans le terrorisme. C'est la raison pour laquelle on pourrait avancer que les insatisfaits de tout bord se sentent libres de reprendre à leur compte avec grande facilité la lecture des textes islamiques selon une vision totalitaire afin de justifier leur action. La chrétienté a eu son mouvement de réforme protestant qui a relativisé certains des dogmes de l'église. Le judaïsme a eu également un mouvement de réforme qui a conservé essentiellement le message humanitaire de la Bible. Ces mouvements ont appris à coexister ensemble et non sans peine. Dans l'islam, un seul mouvement de réforme profonde a pris place en Turquie, mais il n'a pas fait tâche d'huile. Bien qu'il existe des courants dans l'islam, tout comme la division entre sunnites et chiites qui remonte aux discordes historiques relatives à la succession du Prophète, il n'y a pas dans les temps présents de pensée critique qui ne soit automatiquement traitée d'hérésie. 

 

   Le silence des élites intellectuelles, politiques, et  économiques quant à la dérive actuelle de l'Islam a de quoi inquiéter. Dans de nombreuses dictatures et démocraties contrôlées des pays islamiques, la majorité modérée du monde islamique ne s'exprime pas ouvertement ou a peine à s'opposer au discours des extrémistes qui prétendent s'exprimer au nom de la foi absolue. Mais il n'en demeure pas moins que dans de nombreux pays islamiques, il existe une répression féroce des polices et services secrets contre les militants islamiques extrémistes et cet état de choses accentue encore plus l'absence de dialogue et le manque de confiance entre modérés et extrémistes. Le militantisme islamique est loin d'être éteint et il semble qu'il soit encore difficile pour beaucoup de populations musulmanes de séparer politique et religion. D'où la facilité relative de la manipulation et de la dérive des animosités envers des facteurs périphériques à l'islam. La différence entre musulmans de Dar el islam et les non musulmans de Dar el harb est parfois sous-jacente et parfois cause de sérieux conflits dont il est crucial d'en connaître les tenants et les aboutissants. Dans bien des cas, il semble que la cohabitation des religions soit à réinventer. 

 

Une rivalité séculaire

   La rivalité entre l'islam et la chrétienté n'est pas nouvelle. St-Paul propagea le message d'amour du christianisme et cette religion finit par devenir religion d'état dans l'Empire romain. Depuis, politique et religion n'ont fait qu'un dans le monde chrétien pendant plusieurs siècles. Quant à l'islam, il s'est imposé d'emblée par la force, mettant fin au règne des Byzantins au Moyen Orient et à une Afrique du Nord partiellement christianisée. Les peuples conquis avaient alors le choix entre l'épée ou la conversion. Durant plusieurs siècles, chrétienté et islam s'affrontèrent sur plusieurs fronts. L'Espagne fut l'un d'entre eux: Après sept siècles d'occupation musulmane, elle tomba aux mains des chrétiens en 1492 et ces derniers finirent par en chasser les Maures. Les Croisades durèrent près de deux siècles, soit de 1095 à 1291 et les Croisés durent se replier de la Terre Sainte après les victoires de Saladin. Pour sa part, l'Empire Ottoman se lança à l'assaut de l'Europe sud-orientale: En 1453, Constantinople tomba aux mains des Ottomans et Vienne fut assiégée par eux en 1529. Toutefois, après un dernier assaut Ottoman contre Vienne en 1683, l'Empire ottoman commença par céder du terrain. Les Russes avancèrent alors et finirent par atteindre la Mer Noire et le Caucase.

 

   La Renaissance allait lancer l'Europe sur la voie du progrès culturel et technologique. La majorité des pays arabes passèrent sous contrôle ottoman et, pour la plupart, sombrèrent dans une longue léthargie. Le contact avec l'Occident fut souvent marqué par d'âpres négociations de rançons de captifs chrétiens avec les pirates de la Méditerranée. Au XIXe siècle, avec  l'avènement des forces coloniales françaises, britanniques et italiennes, les pays arabes se virent confrontés à la supériorité technologique de l'Occident. Le ressentiment contre l'occupation coloniale, l'envie de rattraper l'Occident et la confrontation à la réalité du modèle occidental de séparation de l'église et de l'état, et à celle des valeurs laïques par rapport aux valeurs religieuses allaient engendrer tout un bouleversement dans ces pays dans lesquels la foi se veut absolutiste. La décolonisation fut l'occasion de se  confronter à la vie moderne et cette transition ne se fit pas sans heurts.      

 

Les foyers de guerre à la périphérie de l'islam

   Cette analyse ne serait pas complète si l'on ne tenait pas compte des différents foyers de guerre à la périphérie de l'islam de par le monde de nos jours, mettant en cause musulmans et non musulmans. Les luttes d'influence dans le monde musulman sont la source d'interventions de régimes puissants: la Turquie laïcisée, l'Arabie saoudite qui finance l'érection de milliers de mosquées de par le monde, le Pakistan qui veut avoir son mot à dire en Afghanistan et ailleurs, l'Iran qui veut exporter sa révolution islamique et l'Indonésie qui constitue le plus important des pays musulmans. Dans plus d'un cas, des conflits sont alimentés par trois facteurs majeurs: l'argent d'Arabie saoudite, les armes et les conseillers de l'Iran de même que les anciens combattants de l'Afghanistan.

 

En Asie:

   La guerre des Moujahiddine afghans contre l'occupation russe de l'Afghanistan se solda par une victoire sans précédent contre une superpuissance. Cette victoire fut obtenue grâce à la ferveur des islamistes, les fonds saoudiens et la technologie américaine. Les États Unis étaient alors fort heureux de bloquer l'Union soviétique qui était le rival à contrer à tout prix pendant la guerre froide. L'Afghanistan fut par la suite abandonné à son sort. Livrés à eux-mêmes, les combattants afghans endurcis allaient se retrouver dans différents points chauds de la planète.

 

   Dans les anciennes républiques communistes soviétiques d'Asie Centrale, la compétition d'influence est féroce entre la Turquie dont l'affinité avec les populations est grande, l'Arabie Saoudite et l'Iran dont le régime soutient l'islamisme chiite différent de l'islamisme saoudien wahhabite. Les islamistes du Tadjikistan se sont livrés à une guerre sanguinaire contre les partisans de Moscou.

 

   Au Proche-Orient, le conflit israélo-arabe a donné lieu à quatre guerres majeures. La guerre civile au Liban a opposé musulmans et chrétiens. Durant les cinq dernières décennies, l'Inde et le Cachemire se sont livrés à trois guerres. Au Bengladesh, les Bouddhistes se plaignent de discrimination de la part de la majorité musulmane.

Il y eut de nombreuses émeutes de  musulmans contre les Chinois dans la Malaisie et l'Indonésie à majorité musulmane, ce qui n'a pas été le cas en Thaïlande (pays à majorité bouddhiste) et aux Philippines (pays à majorité catholique) où les Chinois sont nombreux . Des groupes musulmans du Sud de la Thaïlande sont en révolte contre le gouvernement bouddhiste. Aux Philippines, ce sont les Moros musulmans qui luttent contre les Philippins catholiques dans ce pays. En Indonésie même, les Timoriens catholiques luttent contre le gouvernement musulman.

 

En Europe:

   La Bosnie mit les musulmans contre les catholiques croates et les serbes orthodoxes. Les Croates étaient soutenus par l'Allemagne et les Serbes par la Russie.  La couverture aérienne américaine permit de mettre fin aux atrocités qui s'y déroulaient et ce fut également l'occasion de faire appel aux ressources financières des saoudiens, aux conseillers iraniens et à d'autres groupuscules tels les Hezbollah.

 

   Les musulmans de la Tchétchènie se révoltèrent contre la Russie en 1995 et furent écrasés dans un grand bain de sang. Dans le Caucase, Arméniens chrétiens et Azéris musulmans se sont livrés à des guerres jusqu'à épuisement.

 

En Afrique:

   En Éthiopie, les Oromos musulmans sont en guerre contre les Amharis chrétiens et l'Éthiopie à majorité chrétienne est engagée dans une longue guerre contre l'Érythrée à majorité musulmane. Le gouvernement soudanais se livre à une guerre de génocide dans le Sud du Soudan chrétien et animiste. Au Nigeria, les tribus Fulani-Haussas musulmanes qui sont majoritaires dans le pays, sont en conflit avec les tribus chrétiennes du Sud.  Par ailleurs, la tension est grande entre l'île de Zanzibar à majorité musulmane et la population de Tanzanie du continent.

 

   Ce tableau serait incomplet si l'on ne précisait pas l'énorme ampleur des pertes en vies humaines dans ces guerres de religion depuis les deux dernières décennies : 50 000 à 200 000 en Bosnie, 50 000 en Croatie, 30 à 50 000 en Tchétchènie, 100 000 au Tadjikistan, 20 000 au Cachemire, 200 000 au Timor oriental,  100 000 au Liban et un demi million à 2 millions au Soudan.

 

   Parmi les nombreux conflits inter musulmans des dernières décennies, la guerre irako-iranienne a fait près d'un million de morts. Le massacre des Kurdes d’Irak sous la présidence de Saddam Hussein fit près de 100 000 victimes kurdes. L'invasion du Koweït par l'Irak se solda par 50 000 morts. Les troupes jordaniennes tuèrent près de 20 000 Palestiniens quand l'OLP voulut y faire la loi. La répression du gouvernement syrien contre ses propres citoyens extrémistes à Hama a fait 25 000 morts. En Algérie, la guerre civile a fait plus de 150 000 morts et l'opposition du front islamique a recruté un nombre important d'anciens combattants de l'Afghanistan. Cette liste est loin d'être exhaustive…

 

Les alliés des Occidentaux

   Les relations entre l'Occident et l'islam ne sont pas systématiquement antagonistes. Il existe de nombreux pays modérés qui entretiennent d'excellents contacts avec l'Occident. Mais il reste que des problèmes de surpopulation, d'absence de démocratie et le manque d'infrastructures pour donner espoir aux générations manquantes font qu'il se trouve beaucoup de frustrés qui ne voient aucun espoir d'avenir et qui versent dans l'extrémisme.

Il arrive même que des pays arabes se rallient à l'Occident. Ainsi, la guerre du Golfe rassembla une coalition qui incluait des pays arabes  : Il faut préciser cependant que, en échange à leur ralliement à la coalition anti-irakienne, la dette extérieure de l'Égypte fut effacée et la Syrie se vit en mesure de continuer à contrôler le Liban. Quand Saddam Hussein fut acculé au pied du mur, il chercha à faire diversion en tentant de rallier d'autres à sa cause. Il lança des missiles contre Tel Aviv et de plus, alla jusqu'à identifier son régime jusque là fort séculier à la cause de l'islam. Mais il ne fut pas suivi. Après l'attentat contre le World Trade Center, une nouvelle coalition se forma. Le Pakistan jusque là protecteur des Talibans se rallia à l'Occident et les sanctions économiques qui avaient été imposées par les États Unis en raison du développement d'armes atomiques par ce pays furent levées. En outre, force est de constater que lorsque les dirigeants des pays arabes ont condamné les agissements de Bin Laden qui ne s'est pas gêné pour déclarer ouvertement la guerre sainte contre les chrétiens, ils l'ont fait du bout des lèvres seulement.

 

Les minorités juives et chrétiennes

   Il faut mentionner que les problèmes existant à la périphérie de l'islam ne signifient pas qu'il n'en est point au sein même des pays pratiquant l'islam.  Ainsi, dans beaucoup de pays arabes, bien des minorités religieuses ont disparu: Les Juifs qui durant plusieurs siècles durent vivre dans un état d'insécurité quasi-permanent et qui devaient se soumettre au statut humiliant de dhimmis quittèrent les pays arabes lorsque les puissances coloniales qui avaient aboli dans les faits ce statut réservé aux non-musulmans se retirèrent de ces mêmes pays. Suite à la guerre civile au Liban, des centaines de milliers de chrétiens libanais se sont exilés. Par ailleurs, des incidents sporadiques viennent montrer que le sort des chrétiens coptes en Égypte n'est pas des plus enviables.

 

Une cohabitation à redéfinir

   La présence de nombreuses minorités musulmanes en Occident force ces dernières à se confronter à la modernité. Le choc des cultures est parfois tel que l’on assiste à des replis sur une certaine orthodoxie religieuse, voire même au retour à un certain discours politique d’intolérance, celui qui a souvent été un facteur non négligeable dans la décision d’émigrer de son pays d’origine. La liberté peut donner le vertige. Partagés entre un manque de désir d’intégration réel de leurs minorités musulmanes et la tentation de récupérer politiquement le vote musulman, les pays d’Europe tiennent souvent un langage qui, à prime abord, se veut complaisant envers ledit discours d’intolérance mais qui en fait résulte ultimement en un rejet des valeurs libérales, voire même à la remise en question de la fondation même des démocraties occidentales. Trop souvent, les modérés de l’islam se retrouvent pris en étau entre les extrémistes musulmans et la complaisance du discours occidental envers ces derniers. C’est aux musulmans qu’il revient de redéfinir leur propre auto-émancipation dans un monde en mutation, à l’abri des slogans simplistes ou des manipulations politiques et de se faire une place dans la société. Le succès de leur intégration pourrait déminer le message des intégristes islamistes.

 

L’auteur est vice-président de la Communauté sépharade du Québec.

 
 
 

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          Numéro 111                                          Mercredi, 24 decembre 2003

COMMUNIQUÉ ISRANET
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Discours du Premier Ministre Ariel Sharon
upjf.org, 18 décembre, 2003
 
   …Tous nous avons tous la tâche de modeler le visage de l'Etat juif et démocratique d'Israël--un Etat dans lequel le fardeau est réparti de manière égale, et où les droits et les devoirs sont partagés par toutes les couches de la population, au moyen des différentes formes de service national. Un Etat doté d'un système d'éducation excellent et efficace, qui forme une jeune génération imprégnée des valeurs et de la fierté nationales, capable d'affronter les défis du monde moderne. Un pays dont l'économie est adaptée au marché global moderne du XXIe siècle, où le produit par habitant dépasse les 20.000 dollars, à égalité avec celui de la plupart des pays européens développés. Un Etat qui accueille les immigrants, un centre national et spirituel pour tous les Juifs du monde et un pole d'attraction pour les milliers d'entre eux qui immigrent chaque année…
 
   Comme tous les citoyens israéliens, j'aspire à la paix. J'attache une importance suprême à la prise de toutes les mesures qui permettront de progresser vers la résolution du conflit avec les Palestiniens. Cependant, à la lumière des autres défis auxquels nous sommes confrontés, si les Palestiniens ne font pas un effort identique pour la solution du conflit--je n'ai pas l'intention de les attendre indéfiniment.
 
   Il y a sept mois, mon gouvernement a approuvé la 'Feuille de Route' vers la paix, basée sur le discours du Président George Bush, en juin 2002. C'est un programme équilibré pour un progrès par étapes vers la paix, à laquelle Israël et les Palestiniens se sont engagés. Une totale et honnête exécution du programme est la meilleure manière de réaliser une paix véritable. La 'Feuille de Route' est le seul plan politique accepté par Israël, les Palestiniens, les Américains et la majeure partie de la communauté internationale. Nous sommes disposés à procéder à son exécution: deux Etats--Israël et un Etat palestinien--vivant côte à côte dans la tranquillité, la sécurité et la paix.
 
   La 'Feuille de Route' est un plan clair et raisonnable, et il est donc possible et impératif de le mettre en application. La conception sur laquelle repose ce plan est que seule la sécurité mènera à la paix. Et dans cet ordre-là. Sans l'établissement d'une totale sécurité--dans le cadre de laquelle les organisations de terreur seront démantelées--il ne sera pas possible de réaliser une paix véritable, une paix pour des générations. C'est l'essence même de la 'Feuille de Route'. La conception opposée, selon laquelle la signature d'un accord de paix créera la sécurité à partir de rien, a été déjà testée dans le passé et a lamentablement échoué. Et tel sera le sort de tout plan qui favorise cette conception. Ces plans trompent le public et suscitent de faux espoirs. Il n'y aura pas de paix avant l'éradication de la terreur.
 
   Le gouvernement que je dirige ne fera pas de compromis sur la réalisation de toutes les phases de la 'Feuille de Route'. Il incombe aux Palestiniens d'extirper les groupes terroristes et de créer une société respectueuse des lois, qui lutte contre la violence et la provocation…Le monde est aujourd'hui unanime à demander clairement aux Palestiniens d'agir pour mettre un terme au terrorisme et réaliser des réformes. Seule une transformation de l'Autorité palestinienne en une autorité différente permettra de progresser dans le processus politique. Les Palestiniens doivent remplir leurs obligations. Leur pleine et complète execution--à la fin du processus--mènera à la paix…
 
   Concurremment à la demande faite aux Palestiniens d'éliminer les organisations de terreur, Israël prend--et continuera à prendre--des mesures pour améliorer, de manière significative, les conditions de vie de la population palestinienne. Israël supprimera les interdictions d'accès à certaines zones et les couvre-feu, et réduira le nombre de barrages routiers; nous améliorerons la libre circulation de la population palestinienne, en ce compris le passage des personnes et des marchandises; nous augmenterons le nombre d'heures durant lesquelles ils sera possible de franchir la frontière internationale; nous permettrons à un grand nombre de négociants palestiniens de nouer des relations commerciales et économiques normales et régulières avec leurs partenaires israéliens, etc. Toutes ces mesures on pour but de permettre circulation meilleure et plus libre de la population palestinienne non impliquée dans la terreur. En outre, sous réserve de coordination sécuritaire, nous transférerons aux Palestiniens la responsabilité de la sécurité de villes palestiniennes. Israël fera tous les efforts pour aider les Palestiniens et faire progresser le processus.
 
   Israël honorera les engagements qu'il a pris. Je me suis engagé envers le Président des Etats-Unis à ce qu'Israël démantèle les avant-postes non autorisés. J'ai l'intention de mettre en application cet engagement. L'Etat d'Israël est un Etat de droit, et la question des avant-postes ne fait pas exception… Israël honorera tous ses engagements en ce qui concerne la construction dans les implantations. Il n'y aura pas de construction au-delà de la ligne des constructions existantes, aucune expropriation de terre pour la construction, aucun avantage économique particulier, ni création de nouvelles implantations.
 
   Je saisis cette occasion pour lancer un appel aux Palestiniens et répéter, comme je l'ai dit à Aqaba: il n'est pas dans notre intérêt de vous gouverner. Nous aimerions que vous régissiez vous-mêmes votre pays. Un Etat palestinien démocratique, en contiguïté territoriale avec la Judée et la Samarie, et viable sur le plan économique, qui aura des relations normales de tranquillité, de sécurité et de paix avec Israël. Abandonnez le chemin de la terreur et, ensemble, arrêtons l'effusion de sang. Avançons ensemble vers la paix…
 
   Nous espérons que l'Autorité palestinienne fera sa part. Toutefois, si, dans quelques mois, les Palestiniens continuent encore à négliger ce qui leur incombe dans la mise en oeuvre de la 'Feuille de Route', alors, Israël procédera à une mesure unilatérale de sécurité en se séparant des Palestiniens.
 
   Le but du «Plan de Désengagement» est de réduire la terreur…et de donner aux citoyens israéliens un niveau maximum de sécurité. Le processus de désengagement mènera à une amélioration de la qualité de la vie et contribuera à renforcer l'économie israélienne… Les mesures unilatérales qu'Israël prendra, dans le cadre du «Plan de Désengagement», seront entièrement coordonnées avec les Etats-Unis… Ces étapes renforceront la sécurité pour les résidents d'Israël et allègeront la pression sur Tsahal et les forces de sécurité, dans l'accomplissement des tâches difficiles auxquelles ils sont confrontés. Le «Plan de Désengagement» a pour but d'assurer une sécurité maximum et de réduire au minimum les frictions entre Israéliens et Palestiniens.
 
   Nous sommes intéressés à mener des négociations directes, mais nous n'avons pas l'intention de laisser les Palestiniens prendre en otage la société israélienne. Je l'ai déjà dit--nous ne les attendrons pas indéfiniment.
 
   Le «Plan de Désengagement» inclura le redéploiement des forces de Tsahal sur de nouvelles lignes de sécurité et un changement de déploiement des implantations, pour réduire autant que possible le nombre d'Israéliens qui se trouvent en plein coeur de la population palestinienne. Nous tracerons des lignes temporaires de sécurité et Tsahal sera déployé le long de ces lignes. La sécurité sera assurée par le déploiement de Tsahal, la clôture de sécurité et d'autres obstacles matériels…
 
   Cette réduction des frictions passera par l'étape extrêmement difficile qui consistera à modifier le déploiement de certaines implantations. Je voudrais répéter ce que j'ai dit dans le passé: Dans le cadre d'un futur accord, Israël ne restera pas dans tous les lieux où il se trouve aujourd'hui. La relocalisation des implantations se fera, en premier lieu, pour tracer la ligne de sécurité la plus efficace possible, créant de la sorte cette déconnexion entre Israël et les Palestiniens. Cette ligne de sécurité ne constituera pas la frontière permanente de l'Etat d'Israël; toutefois, tant que l'exécution de la 'Feuille de Route' ne sera pas reprise [par les Palestiniens], Tsahal sera déployé le long de cette ligne. Les implantations qui seront délocalisées sont celles qui ne seront pas incluses dans le territoire de l'Etat d'Israël dans le cadre de tout accord permanent à venir. En même temps, dans le cadre du «Plan de Désengagement», Israël renforcera son contrôle sur les secteurs du Territoire israélien qui feront indissociablement partie de l'Etat d'Israël dans tout futur accord…
 
   Israël va accélérer considérablement la construction de la barrière de sécurité. Aujourd'hui, nous pouvons déjà la voir se dessiner. La réalisation rapide de la barrière de sécurité permettra à Tsahal de supprimer des barrages routiers et d'alléger la vie quotidienne de la population palestinienne non impliquée dans la terreur.
 
   Afin de permettre aux Palestiniens de développer leurs secteurs économiques et commerciaux, et pour garantir qu'ils ne dépendront pas exclusivement d'Israël, nous envisageons, dans le cadre du «Plan de Désengagement», de permettre--en coordination avec la Jordanie et l'Egypte--un passage plus libre des personnes et des marchandises par des franchissements de la frontière internationale, tout en prenant les précautions de sécurité nécessaires.
 
   Je voudrais souligner que le «Plan de Désengagement» est une mesure de sécurité et non une mesure politique. Les mesures qui seront prises ne changeront pas la réalité politique entre Israël et les Palestiniens, et ne leur ôteront pas la possibilité de revenir à l'implémentation de la 'Feuille de Route', ni de parvenir à un règlement [mutuellement] consenti.
 
   Le «Plan de Désengagement» n'empêche pas l'exécution de la 'Feuille de Route'. C'est plutôt une mesure qu'Israël prendra, à défaut d'autre option, afin d'améliorer sa sécurité. Le «Plan de Désengagement» ne sera mis en ouvre qu'au cas où les Palestiniens continueraient à traîner les pieds et à remettre à plus tard l'exécution de la 'Feuille de Route'. Évidemment, du fait du «Plan de Désengagement», les Palestiniens recevront beaucoup moins qu'ils n'auraient reçu par le biais des négociations directes prévues par la 'Feuille de Route'…
 
   Ces trois dernières années, les organisations terroristes palestiniennes nous ont imposé une dure épreuve. Leur projet de briser le moral de la société israélienne n'a pas réussi. Les citoyens israéliens ont réussi à colmater les brèches, à se soutenir l'un l'autre et à s'épauler, à se porter volontaires et à collaborer… J'ai confiance que, tout comme nous sommes parvenus à surmonter les défis du passé, nous ferons bloc et réussirons aujourd'hui.
 
   Nous serons toujours guidés par les mots du premier ministre David Ben Gourion, qui déclarait, au lendemain de la Déclaration d'Indépendance: «En ces jours, notre but est seulement de construire l'Etat d'Israël avec amour et foi, dans la fraternité juive, et de le défendre de tout notre coeur, et aussi longtemps que ce sera nécessaire. Nous sommes encore au fort d'une bataille difficile, qui se déroule sur deux fronts: politique et militaire… Ce que nous avons réalisé, c'est montés sur les épaules des générations précédentes que nous l'avons fait, et en préservant notre précieux héritage, celui d'une petite nation qui a supporté la douleur et les tribulations--une petite nation qui n'en est pas moins grande et éternelle par son courage, sa vision d'avenir, sa foi et sa vertu.»
 
   Je crois aussi beaucoup à la résistance de cette petite nation courageuse, qui a supporté la douleur et les tribulations. J'ai confiance que, cimentés par la puissance de notre foi, nous sommes en mesure de réussir, quelle que soit la voie que nous aurons choisie…
 
(Merci a Menahem Macina de l' l'UPJF pour sa traduction.)
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Israël-Palestine, au-delà des illusions
Nissim Zvili
Le Figaro, 20 décembre, 2003
 
   Les Palestiniens continuent de piétiner dans le terrorisme. Et ce, malgré les apparences. On pourrait croire que le Djihad et le Hamas ont cessé de lancer leurs attaques, or il n'en est rien. Depuis octobre, une vingtaine d'attentats suicides auraient pu être perpétrés en Israël, ils ont été déjoués.
 
   Dans les médias internationaux, lorsqu'un attentat ne réussit pas, on n'en parle pas. Pourtant les Israéliens sont loin d'être tranquilles. Le calme apparent est superficiel: il n'est pas dû à une décision stratégique palestinienne qui serait d'abandonner la politique du massacre. De toute façon, même si l'Autorité palestinienne reconnaît que cette politique est désastreuse pour son intérêt, elle n'est pas prête à s'imposer pour changer de cap. Au Caire, le premier ministre palestinien n'est pas parvenu à obtenir des organizations terroristes qu'elles renoncent à commettre des attentats contre la population israélienne. L'Autorité palestinienne a donné au Hamas et au Djihad islamique un droit de veto sur la paix au Proche-Orient.Ils en ont usé. Ils ont dit non.
 
   Ils ont dit non parce que le but d'un terroriste n'est pas de faire la paix, mais d'assassiner des civils. Demander leur avis au Hamas et au Djihad, les consulter plutôt que les combattre, c'est pécher par naïveté ou même par inertie: demander à un terroriste s'il faut arrêter de commettre des attentats, c'est pour lui abandonner sa raison d'être.
 
   Ils ont dit non, ensuite, parce qu'ils ne sont pas libres de dire oui. Pourquoi taire ce que chacun sait? Pourquoi feindre de croire que les organisations terroristes tirent toute leur puissance de la colère de la rue palestinienne, et tout leur argent de dons et de legs d'ordre caritatif? Ils ont dit non, parce que le Hamas est contrôlé et financé par l'Iran, le Djihad islamique par la Syrie. L'Iran et la Syrie veulent continuer d'utiliser le terrorisme pour atteindre des buts politiques. Une des raisons, si ce n'est la raison essen-tielle, qui nous empêche de parvenir à la paix.
 
   J'entends l'objection: la seule façon de contrôler les terroristes serait de les convaincre par la négociation de cesser leurs crimes. On aimerait bien. Mais à cette objection, je réponds que, même si le premier minister palestinien était parvenu à un accord avec les terroristes, ils ne l'auraient pas respecté. A preuve, pendant la fameuse hudna (la trêve qu'ils avaient acceptée au début de l'été) Israël a subi de nombreux attentats, et en a déjoué plus de soixante!
 
   La vérité est que, pour faire la paix, il faut être deux, et qu'aujourd'hui Israël est seul à la vouloir mais n'a pas d'interlocuteur. Car enfin, de deux choses l'une: ou bien l'Autorité
palestinienne peut empêcher les attentats, et alors, pourquoi ne le fait-elle pas? Ou bien elle ne le peut pas, et alors comment Israël pourrait s'en remettre à elle pour faire la paix? La sécurité des citoyens israéliens est et restera la condition sine qua non; seule la paix enfin restaurée donnera à la région l'état ultime de sécurité dont elle a besoin.
 
   Impuissante ou complice? Peu importe, le constat reste le même: l'Autorité palestinienne s'est montrée incapable d'imposer quelque loi que ce soit aux terroristes. Elle aurait pu le
faire. Elle a sous ses ordres 43000 hommes en armes. Où sont-ils? Que font-ils? A quoi servent-ils? On ne peut pas attribuer constamment à Israël la responsabilité de cette tyrannie anarchique qui régit les territories palestiniens: si l'Autorité palestinienne est indigne de son nom, c'est d'abord à elle d'en tirer les conclusions.
 
   L'intérêt de mon pays n'est pas, comme certains le croient, d'avoir affaire à une société palestinienne morcelée, divisée, sans structure, sans autorité, sans police… Nous aurions ardemment préféré avoir en face de nous une Autorité véritablement constituée, avec un gouvernement digne de ce nom, capable de combattre les groupes d'assassins, et désireux de travailler avec nous pour assurer notre paix à tous.
 
   Au début de son histoire, Israël a eu à relever un défi du même ordre: il a dû démanteler les groupes armés juifs incontrôlés. Mais la différence était que nous avions, à notre tête, non pas un chef de guerre corrompu, mais un homme d'Etat, David Ben Gourion, déterminé à exiger et à obtenir que quiconque portait une arme devait rejoinder l'armée régulière.Ben Gourion était convaincu qu'il s'agissait là d'une question de survie pour un Etat naissant de ne laisser aucune place à des milices armées. Sa profonde détermination l'amena même au point de donner l'ordre de faire couler un navire (l'Altaléna) qui s'apprêtait à livrer des armes à ces milices. C'est dire.
 
   Le jour où l'Autorité palestinienne cessera d'organiser ou de tolérer la livraison illégale d'armes, nous pourrons lui faire confiance. Mais ce jour semble loin. Dans la réalité actuelle, nous nous trouvons face à une inaction totale palestinienne qui bloque le chemin vers la paix.
 
   Comme dans n'importe quelle démocratie qui se respecte, jamais nous ne transi-gerons sur la sécurité de nos citoyens: pour notre sécurité mais aussi pour leur tranquillité, leur dignité et pour la prospérité de part et d'autre. Nous voulons que les Palestiniens deviennent un peuple souverain, c'est-à-dire responsable des actes de ses dirigeants.
 
   Si l'autorité palestinienne continuait de n'accepter ni l'indépendance de son peuple, ni l'existence du nôtre, Israël serait amené à agir unilatéralement et se défendrait avec la conscience de lutter pour sa survie. Pour les Israéliens, autant que pour les Palestiniens, ce serait une libération. La véritable paix sera le résultat d'un accord.
 
   La feuille de route, approuvée par les gouvernements palestinien et israélien et par la communauté internationale, demeure pour nous le seul document capable d'ouvrir la voie à une négociation sérieuse. Or, elle prévoyait, comme première étape, le désarmement des milices palestiniennes et le gel des implantations, ce qui serait un signe de bonne volonté de la part des deux gouvernements.
 
   En attendant, à moins qu'enfin l'Autorité palestinienne ne consente à respecter la feuille de route et à désarmer les terroristes, Israël est seul responsable des moyens de protéger ces citoyens. En sachant, au demeurant, qu'une paix stable et durable est le meilleur bouclier de defense qui soit.
 
(Nissim Zvili est l’Ambassadeur d'Israël en France.)
 
Joyeuse fête a tous!
 
 
 

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          Numéro 110                                          Vendredi, 19 decembre 2003

COMMUNIQUÉ ISRANET
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La vraie bataille commence aujourd'hui
ANTOINE BASBOUS 
Le Figaro, 16 décembre 2003
 
 
   Un Nuremberg du baassisme s'impose. Pour la paix du monde, pour servir de précédent régional et pour la paix des vingt-cinq millions d'Irakiens usés par trente-cinq années de dictature. Naturellement, c'est au peuple irakien lui-même qu'il reviendra de juger Saddam. Mais comme les Irakiens n'ont ni l'expérience ni l'expertise nécessaires à la bonne tenue des débats, le Conseil de sécurité de l'ONU devra désigner des juges internationaux pour venir à leur secours. Mais, en tout état de cause, le verdict final devra être irakien, car il importe que le jugement de ce dictateur, les concernant en premier chef, ne leur échappe point. C'est, pour le peuple irakien, le seul moyen de recouvrer la paix intérieure et la sérénité.

   Oui, il faut qu'un procès ait lieu afin que les Irakiens puissent enfin exorciser le traumatisme consécutif à des années de terreur et de violences sanguinaires et bénéficier d'une thérapie de choc élargie au niveau national. Ce procès public, équitable, devra soumettre tous les dignitaires de l'ancien régime à la loi internationale. Le peuple irakien doit enfin pouvoir comprendre les rouages et la dynamique du pouvoir saddamien, les mécanismes de la tyrannie et de la répression féroce qui se sont abattues sur lui.

   Pour comprendre les mécanismes d'un tel tyran, son instinct prédateur, les experts devront se pencher du côté de sa petite enfance. Orphelin battu et malmené par son beau-père, recueilli par son oncle maternel et soumis à une pauvreté inouïe dans son village de al-Oja, à proximité de Tikrit, l'ambitieux Saddam a commencé à se faire respecter dès lors qu'il sut rendre coup pour coup aux autres enfants. Toute sa vie s'est jouée sur un rapport de force exercé sans limites ni aménité, sans aucun sens de la justice, éliminant tous ceux qui pourraient s'attaquer à lui, à ses proches, à ses institutions. Ce mécanisme de cruauté préventive et permanente a hélas fait des émules, essaimé parmi ses proches et son armée de seconds.

   C'est pourquoi il est fort à craindre que les saddamiens ne pourront jamais se satisfaire de l'humiliante reddition sans résistance de leur chef si redouté. Celui qui faisait trembler un peuple entier n'a tiré aucune balle, n'a pas même tenté de se battre pour se défendre. Il n'a pas même eu l'élémentaire dignité de se suicider. Le découvrir ainsi clochardisé avec sa barbe et ses cheveux hirsutes, se laissant docilement examiner la tête et la denture par un médecin américain va dégoûter et décourager tous ces hommes qui, si longtemps, ont suivi le dictateur tant par crainte que par appât du gain et du pouvoir. Les baasistes vont enfin comprendre que ce chef, redouté de toutes leurs fibres, n'était qu'une hyène, s'acharnant sur les faibles sans pour autant faire preuve de courage au moment critique. Que vont-ils faire désormais ? Il est fort à parier qu'ils chercheront à quitter l'Irak. Les fortes sommes d'argent dont ils disposent auront du mal à faciliter un exil d'autant plus délicat qu'aucun État, en ce moment, ne prendra le risque de défier les Américains ragaillardis par la capture de Saddam.

   Ce coup de force ne doit pas nous faire oublier l'enjeu principal du conflit, l'islamisation du Moyen-Orient. Certes, cette capture, aboutissement de huit mois de traque, va momentanément donner une bouffée d'oxygène aux Américains. Cet élan de joie provisoire partagé par le peuple irakien enfin libéré de la peur du tyran ne doit pas faire oublier que les partis islamistes ont toujours le vent en poupe. Leur doctrine continue de fonctionner. Ben Laden aurait ordonné le transfert de 350 combattants d'Afghanistan vers l'Irak, les candidats au suicide kamikaze ne manquent pas, toutes les opérations ciblant les forces américaines en Irak furent vraisemblablement perpétrées par des hommes de Ben Laden.

   La composante irakienne de l'opposition armée va certes décliner, mais l'autre frange de ce pôle combattant, s'inscrivant dans la durée et voulant faire de l'Irak une terre de djihad a de beaux jours devant elle. L'offensive de Ben Laden va se poursuivre et s'accélérer, peut-être même fédérer les mécontents qui disposent toujours de 4 000 km de frontières poreuses dans lesquelles pourront s'infiltrer de nouvelles vagues de kamikazes continuant à frapper les cibles américaines et alliées et faisant de l'Irak l'Afghanistan des États-Unis. Une perspective d'autant plus redoutable que le territoire irakien peut facilement recueillir les moujahidins de toutes origines, situé qu'il est au coeur du Moyen-Orient, non loin d'une Arabie Saoudite accessible non par une, mais six frontières peu contrôlées. L'Irak est en train de devenir une nouvelle terre de djihad. C'est tout l'enjeu de la véritable bataille qui commence au lendemain de la capture de Saddam.

(Antoine Basous  est le fondateur et directeur de l'Observatoire des pays arabes.)
 
 
 

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          Numéro 109                                          Vendredi, 12 decembre 2003

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Le discours de Mahathir
encourage l'ignorance parmi les musulmans

MEMRI, 8 decembre 2003

 
 
   «'Bien que relativement petite de taille, la communauté juive est devenue une force, et nous [musulmans] ne pouvons la combattre par la seule force, [mais devons aussi le faire] par notre intelligence (...) Nous avons aujourd'hui besoin de canons, de missiles, de bombes, d'avions de combat, de tanks et de destroyers pour nous protéger.'
 
   Tels sont quelques-uns des propos contenus dans le discours de [l'ancien] Premier ministre malais Mahathir Mohamad, prononcé à l'ouverture de la Conférence des pays islamiques, où il a demandé aux musulmans d' 'utiliser leur intelligence' et de 'recourir à la science et à l'éducation' pour mener la guerre contre les Juifs, dont il a affirmé qu'ils 'gouvernent le monde'. Les dirigeants des pays musulmans présents à la conférence se sont tous levés pour l'applaudir.
 
   Chacun ne peut qu'approuver l'appel de Mahathir à 'adopter la science et l'éducation', et nul, dans le monde libre et civilisé, ne désire voir un cinquième de l'humanité croupir dans l'obscurité de l'ignorance - vu que son ignorance cause plus de tort au monde qu'à [cette partie de l'humanité]. Le problème est que cette déclaration est venue de la bouche d'un homme qui ne comprend pas le sens du mot 'science' (...) Quand un dirigeant musulman (...) encourage les musulmans à adopter la science dans le seul but de devenir meilleurs et plus forts que les Juifs, les chrétiens, les bouddhistes et les autres, et d'anéantir les Juifs, il ne pousse pas les musulmans à se raccrocher à la science, mais bien à l'ignorance, dans un bond inconsidéré en arrière (...)
 
   Quand Louis Pasteur passait ses jours et ses nuits à chercher un remède contre la rage, il le faisait pour l'Homme, tous les hommes, et non pour prouver qu'il valait mieux que les Juifs ou les musulmans. Et cela est vrai de tous les chercheurs occidentaux, qu'ils soient chrétiens ou juifs, et il ne fait aucun doute que c'est également vrai de tous les chercheurs musulmans. En rédigeant ses ouvrages médicaux, Ibn Sina (...) n'a pas dit que son but était d'être supérieur aux Juifs, aux chrétiens ou aux Hindous (...) Et quand les présidents d'universités occidentales s'adressent à leurs étudiants, ils leur répètent que le niveau scientifique supérieur auquel ils vont accéder leur permettra [aux étudiants] de contribuer à la construction d'un monde meilleur - et non d'être supérieurs aux musulmans ou à d'autres.»
 
   Le complexe des musulmans face aux Juifs est né avec l'islam.
 
   «Les musulmans arabes ne sont pas les seules victimes de ce 'complexe juif' (...) Même un musulman vivant sur la plus lointaine des îles souffre de ce complexe, qui n'est pas né avec la formation du mouvement sioniste, ni avec la création de l'Etat d'Israël, mais avec de la création de l'islam lui-même.
 
   Pour être justes, nous devons souligner qu'en Occident aussi, ils ont souffert de cette maladie, mais avec une différence : les racines de la maladie, chez les Occidentaux, n'étaient pas religieuses, mais humaines, tandis que chez les musulmans elles étaient et demeurent d'ordre religieux et venant d'Allah. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait été plus facile aux Occidentaux qu'aux musulmans de se débarrasser de cette maladie. Chez ces derniers, elle est devenue maligne et ne peut plus être enrayée que par une injonction divine qui 'abrogera' l'ancienne injonction d'Allah (...)
 
   'Les Juifs dirigent le monde' est le refrain de tous ceux qui ne parviennent pas à suivre le courant et à utiliser leur esprit comme le font les Juifs. Les Juifs n'ont jamais dirigé le monde. Ils ont survécu dans ce monde, bien qu'étant minoritaires, et malgré les persécutions subies tout au long de l'histoire. Ils sont devenus marchands, chercheurs, médecins, avocats ; certains se sont enrichis tandis que d'autres gens ordinaires parmi eux ont travaillé dur pour gagner leur pain quotidien et subvenir à leurs besoins. Ils se sont entraidés, ont vécu en communauté, se regroupant, non dans le but de diriger le monde mais de continuer à vivre, en tant que minorité, face à une majorité qui n'a jamais cessé d'essayer de les détruire.
 
   Si ce fondement de l'existence juive les avait conduits à diriger le monde (...), ils l'auraient bien mérité, parce qu'ils n'ont pas passé leurs jours et leurs nuits à se demander s'il est légitime qu'un musulman ou un chrétien les salue en premier, ou s'il est permis à un musulman d'exprimer ses voeux à un chrétien à l'occasion de festivités le concernant. [Au lieu de cela], les Juifs se sont consacrés à l'étude et au travail, et c'est grâce à ces fondements de leur existence qu'ils se sont maintenus.
 
   Mahathir Mohamad a exhorté les musulmans à se 'raccrocher à la science' afin de produire des canons, des missiles, des bombes, des avions de combat, des tanks et des destroyers pour se défendre - mais pour se défendre contre qui ? Contre quelques malheureux 14.000.000 [de Juifs] qui ont réussi, tout au long de l'histoire et par le seul moyen de leur esprit, à se protéger de la persécution et de l'extermination ?!
 
      Les musulmans n'ont pas besoin de missiles, de tanks et de canons pour se débarrasser de leur 'complexe juif'. Ce complexe se résoudra de lui-même quand les musulmans seront disposés à ne plus regarder le monde à travers un filtre religieux. La croyance musulmane qui veut que le monde entier forme un front contre l'islam est fondée (...) Et comment ne le serait-elle pas, quand les musulmans eux-mêmes posent sur le monde un regard exclusivement religieux ? »
 
   Les musulmans sont coupables d'avoir érigé une barrière de séparation culturelle.
 
   «Partout dans le monde, et en Israël aussi, des gens, des politiciens, des dignitaires religieux chrétiens et juifs manifestent pour témoigner leur solidarité envers les Palestiniens et les Arabes. En contrepartie, que se passe-t-il du côté arabe et islamique ?
 
   Ce ne sont pas les Israéliens qui ont élu Sharon Premier ministre israélien mais bien les Arabes et les musulmans.
 
   Le jour où l'on entendra parler de marches spontanées dans les rues des pays arabes et musulmans pour condamner les opérations-suicide et les attentats terroristes prenant pour cibles des innocents, en Israël et ailleurs, et pour demander que soient poursuivis ceux qui les encouragent, sera le jour où cette barrière s'effondrera, sans su'il soit nécessaire de recourir à la moindre hache.
 
   Le jour où nous entendrons [dire] qu'un dirigeant arabe a tenu un discours fervent devant son peuple pour lui dire que le temps est venu de se tourner vers les Israéliens et de coopérer avec eux à la création d'une paix juste dans la région, pour nous et pour eux, Sharon démissionnera pour aller ouvrir un café à Tel-Aviv.
 
   Le jour ou nous apprendrons qu'un imam a tenu dans une mosquée un sermon informant les fidèles que la forme de culte la plus élevée consiste à aller serrer la main de ses voisins juifs et chrétiens, ou à aller jeter des rameaux d'olivier [en direction des dits voisins], à la place des pierres, alors, la barrière de séparation tombera d'elle-même et les Israéliens transformeront leurs tanks en socs de charrues pour construire et Israël, et la Palestine.
 
   Et alors le souvenir de Mahathir et des gens de son espèce disparaîtra dans la poubelle de l'histoire.»
 
 

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Le bradage de Genève
Charles Krauthammer
Washington Post, 28 novembre 2003
[Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org]
 
   Lundi, un accord de paix sera signé par des Israéliens et des Palestiniens. Cet "accord de Genève" a fait l’objet de beaucoup d'attention. Et sa signature sera saluée avec grande sensation. Des journalistes sont acheminés, par avion, de plusieurs points du monde par le gouvernement suisse. Jimmy Carter sera à la tête d'une théorie de dignitaires étrangers. L'ambassade des Etats-Unis à Berne enverra un observateur.
 
   Chose tout à fait singulière: l'accord est signé non par des autorités israéliennes et palestiniennes, mais par deux personnes sans aucun mandat.
 
   Côté palestinien, le négociateur est l'ancien ministre de l'information, Yasser Abed Rabbo, dont on dit, au moins, qu’il a l'oreille de Yasser Arafat. Quant à la partie israélienne, elle est menée par Yossi Beilin, un homme dont la position politique dans son propre pays est si basse, qu’elle ne s’est pas traduite par un mandat de député. Après avoir contribué à la ruine de son parti travailliste, Beilin l'a abandonné pour le parti d’extrême gauche, Meretz, qui a causé ensuite tant de dégâts dans la dernière élection, que Beilin est désormais un simple citoyen.
 
   Il y a une raison au fait qu’il est l’un des politiciens israéliens les plus discrédités et critiqués. Il était l'idéologue et l'architecte principal de la "paix" surfaite qu'Israël s’est laissé refiler en 1993. Ces accords d'Oslo ont valu à Israël une décennie de la pire terreur qu’ait connue toute son histoire.
 
   Maintenant, Beilin remet ça. De son côté, le Secrétaire d'Etat, Colin Powell, a adressé une lettre à Beilin et à Rabbo exprimant sa satisfaction de leur effort, et il envisage maintenant de les rencontrer.
 
   C'est scandaleux. Israël est une démocratie, et cet accord a été négocié au mépris du gouvernement d'Israël, démocratiquement (et massivement) élu. Si un simple citoyen américain négociait un traité de son cru, il pourrait aller en prison en vertu du décret Logan [1]. Si un Israélien le fait, il a droit à une tape dans le dos de la part du Secrétaire d'Etat.
 
   D'ailleurs, cette "paix" est entièrement hallucinatoire. On en écrit comme si Oslo n’avait jamais eu lieu. La partie palestinienne réitère des engagements solennels de reconnaissance d’Israël, de renonciation à la terreur et à l'incitation anti-israélienne, etc. -- toutes choses déjà promises à Oslo. Ces promesses sont tellement lettre morte aujourd'hui, que la partie palestinienn