Communiqué Isranet
juillet
2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 89 •
vendredi le 25 juillet 2003
Europe et Israël, des partenaires
pour la paix
Sylvain Shalom
Le Monde, 19 juillet 2003
Israël considère l'Europe
comme un partenaire naturel dans son effort d'obtenir une paix véritable
et durable pour notre région. Les Européens et les Israéliens
ont en commun un héritage social et culturel, des valeurs semblables
et une multitude d'intérêts dans tous les domaines.
Notre proximité géographique,
nos étroites relations commerciales et notre fidélité
aux valeurs et institutions démocratiques ; notre désir
mutuel d'obtenir la sécurité d'Israël et la transformation
du Proche-Orient d'une région de guerre et de violence en une
région de paix, de prospérité et de stabilité,
tout cela crée un objectif commun, bien plus profond encore et
plus durable que tout différend politique.
L'espoir semble enfin renaître
au Proche-Orient pour la vie des citoyens juifs et arabes après
bientôt trois années de violence et de terrorisme palestinien
incessants.
Une nouvelle atmosphère
plus accommodante, qui est sûrement le résultat direct
des nouvelles réalités stratégiques mondiales,
a placé le terrorisme sur la défensive, alors que les
forces de modération et de stabilité commencent à
regagner du terrain après tant d'années de tyrannie et
de peur.
Dans le cadre des efforts israéliens,
l'objectif de ma rencontre avec mes homologues européens, la
semaine prochaine, sera de promouvoir ce calendrier commun.
Israël est persuadé
que l'Europe peut et doit constituer un vrai partenaire dans l'effort
de paix mené actuellement par les Etats-Unis et qu'elle a beaucoup
à offrir ainsi que beaucoup à gagner de la réussite
de cet effort. Comment exploiter ce potentiel ?
Tout d'abord, il faut accepter
le fait qu'il n'y a pas de raccourcis sur la route de la paix. L'expérience
des dix dernières années nous a enseigné qu'aucun
accord de paix n'est viable si des éléments hostiles poursuivent
librement leurs actes de haine et de destruction. C'est pourquoi, l'exigence
de démantèlement des organisations terroristes palestiniennes
constitue l'obligation majeure des Palestiniens dès la première
phase de la "feuille de route" élaborée par
le Quartet (Union européenne, Etats-Unis, Russie, ONU).
Les implications politiques pour
l'Europe, parrain de la "feuille de route", sont claires :
il s'agit de veiller à ce que l'Autorité palestinienne
respecte son engagement de confisquer les armes et de démanteler
les organisations terroristes. Il s'agit aussi de prendre des mesures
sur son propre territoire afin de mettre hors la loi le Hamas et le
Djihad islamique, ainsi que les autres mouvements terroristes palestiniens,
en coupant court à tous leurs moyens de financement. C'est en
travaillant avec le nouveau gouvernement palestinien que l'Europe pourra
renforcer ces mesures en établissant des infrastructures sociales
viables qui pourront servir le peuple palestinien au lieu de la campagne
de haine dirigée contre Israël.
La récente diminution
d'attentats terroristes contre les Israéliens, consécutive
au cessez-le-feu unilatéral des Palestiniens, a conduit certains
à penser qu'il est superflu de suivre à la lettre la "feuille
de route". Permettez-moi de dire qu'ils se méprennent. Laisser
intacts le Hamas et les autres organisations terroristes reviendrait
à remettre les vies de nos citoyens, ainsi que tout l'effort
de paix, entre les mains des terroristes eux-mêmes.
En second lieu, il faudra également
lutter contre les Etats et autres éléments qui financent
et donnent leur aval au terrorisme. Il est insoutenable que des Etats
tels que l'Iran et la Syrie, ainsi que des éléments notoires
émanant des rangs de l'Autorité palestinienne, puissent
continuer à jouir de la légitimité internationale
tandis qu'ils poursuivent activement leur politique destinée
à faire échouer la "feuille de route". Il n'y
a pas de place pour l'occupation syrienne au Liban, dans le nouvel environnement
régional au Proche-Orient. Pas de place non plus pour le refuge
accordé par la Syrie aux organisations terroristes palestiniennes
ou pour sa protection du Hezbollah. On ne saurait non plus tolérer
la protection active et continue de l'Iran envers les actions terroristes
dirigées contre Israël ni sa volonté de développer
des armes de destruction massive qui menaceraient non seulement Israël,
mais tout le Proche-Orient ainsi que l'Europe.
Cependant, certains signes récents
nous encouragent et nous laissent à penser que la position européenne
traditionnelle sur ces sujets est en train d'évoluer, mais beaucoup
reste encore à faire.
En troisième lieu, Israël
souhaite maintenant que l'Europe montre l'exemple en élaborant
un nouveau langage d'acceptation sur la scène palestinienne ainsi
que dans un contexte régional et international plus large. Si
nos efforts de paix ont une quelconque chance de réussite, cette
culture de la haine doit être remplacée par une culture
de la paix. Le nouveau gouvernement palestinien s'est solennellement
engagé à mettre un terme à
l'incitation officielle contre Israël. La récente baisse
de l'incitation à la haine est encourageante, mais il y a encore
beaucoup à faire. Nous attendons de l'Europe qu'elle assiste
l'Autorité palestinienne dans ces efforts.
Il serait temps également
que l'Europe agisse en vue de débarrasser l'ONU de ses comités
anti-israéliens et des résolutions unilatérales
qui ne servent qu'à perpétuer le conflit.
La volonté de l'Europe
d'oeuvrer pour une paix viable et durable au Proche-Orient doit passer
aussi par son engagement à la reprise des liens diplomatiques
entre Israël et les pays arabes, où l'incitation rampante
contre Israël doit prendre fin. L'instauration d'un climat international
dans lequel les citoyens apprennent, à l'image de leurs dirigeants,
non pas à haïr mais à accepter leurs voisins, est
un élément essentiel dans la transformation des modèles
destructeurs du passé pour construire l'avenir.
Finalement, l'Europe peut contribuer
à la paix par le biais de la coopération bilatérale
et multilatérale dans la sphère civile. Des projets européens
pour promouvoir la création d'emplois, encourager les investissements
étrangers et construire des capacités stratégiques,
économiques et sociales dans des domaines essentiels tels que
la gestion des ressources de l'eau, de la santé et de l'éducation
-- autant de charnières critiques pour un avenir meilleur auquel
nous aspirons.
Israël est prêt à
faire de son mieux pour promouvoir ce calendrier de paix. Nous souhaitons
travailler de concert avec nos partenaires européens afin de
s'assurer que l'opportunité actuelle de paix ne nous échappe
pas. Si nous réussissons, tous les peuples du Proche-Orient et
d'Europe en seront bénéficiaires.
(Sylvain Shalom est ministre
des affaires étrangères d'Israël.)
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La
Vérité sur la Trève
Ehud Ya'ari
Jerusalem Report, 14 juillet
2003
Un cessez-le-feu est une mauvaise
formule pour combattre le terrorisme. Il donne à un ennemi meurtrier
l'immunité, un statut et l'occasion de regrouper ses forces et
de se réarmer. Il n'implique pas un aboutissement décisif,
encore moins une victoire, mais au mieux un genre de mise en suspens,
une reconnaissance d'une possibilité de mettre un terme au le
conflit.
C'est précisément
ce qui est offert à Israel par "Le Commandement National
Unifié Par Intérim," qui unit l'Autorité Palestinienne
au Fatah, au Hamas et aux autres organisations réjectionistes.
C'est une sorte de supra-structure qui servira de source suprême
d'autorité pour la conduite de la période de trêve.
Elle est entièrement en dehors de l'AP, et même en dehors
du Fatah. Cela en fait un leadership qui est, ab initio, exempt du joug
des engagements de l'AP, y compris de ceux auxquels cette dernière
s'engagera dans tout nouvel accord susceptible d'être atteint
avec l'Israel par la médiation américaine.
En dépit de tous ces vices
de forme, le cessez-le-feu est la seule et unique méthode permettant
de pacifier la cruelle confrontation. Malheureusement mais également
indiscutablement, il n'y a tout simplement aucune autre manière
d'arrêter la violence.
Ainsi la recherche d'un cessez-le-feu
stable est actuellement la seule option, et même ceux qui tempêtent
contre cette idée le comprennent. Car en effet, tout bien pesé,
sans cessez-le-feu, l'armée devrait accomplir, sous la guidance
du Shin Bet, quelque chose que personne en Israel ne souhaite entreprendre
: réoccupez la bande de Gaza et ses 1.2 million de résidants,
afin de briser les réseaux du Hamas et de ses alliés comme
cela a été fait en Cisjordanie avec un succès certains,
mais, comme nous le savons, incomplet.
Concrètement parlant :
Quelles seront les règles de ce cessez-le-feu entre le Hamas
et Israel, avec la médiation de l'AP, sous le patronage égyptien
et avec le consentement américain ?
Le Premier Ministre Ariel Sharon
insiste sur le fait que le cessez-le-feu ne soit qu'un intermède
sans plus d'une durée de quelques semaines, préalable
au désarmement du Hamas. Ainsi que le directeur du Shin Bet Avi
Dichter l'a dit à Condoleezza Rice, le Hamas et le Jihad islamique
dans la bande de Gaza ont un total de 600 à 1.000 hommes armés.
Ce n'est en aucune façon une milice de masse, et les 20 à
30.000 membres des diverses forces armées de l'AP devraient être
capables de s'en occuper rapidement et efficacement.
Cependant, les accords de cessez-le-feu
atteints entre le Premier Ministre de l'AP Mahmud Abbas (Abu Mazen)
et le Hamas sont basés sur le principe de la prévention
des désaccords intra-Palestiniens, sur la sanctification du "droit
à résister à l'ocupation" et à l'inclusion
du Hamas dans le processus décisionnel. En d'autres termes, du
point de vue palestinien, le cessez-le-feu serait une manière
de permettre au Hamas, comme le dit le Dr. Mahmoud Al-Zahar, un des
ses leaders : "De remettre l'épée dans son fourreau
sans la casser."
Tandis que les Palestiniens voient
le cessez-le-feu comme moyen de maintenir la menace de la terreur du
Hamas, la position israélo-américaine est que le cessez-le-feu
devrait être une étape sur la voie de la destruction du
potentiel terroriste du Hamas. Ce cap ne peut être franchi que
par une politique ferme de la part d'Abu Mazen, politique qui viserait
à inclure le Hamas et, simultanément, à le désarmer.
Ce qui signifie convertir le Hamas en un mouvement politique désarmé,
à la manière de ce que beaucoup avaient rêvé
et rêvent encore à propos du Hizballah au Liban.
Au stade où en sont les
choses :
A. Abu Mazen manque de la détermination
nécessaire à faire suivre ses déclarations par
des actes. Avec le chef de la sécurité Muhammad Dahlan,
ils deviennent rapidement plus faible, en dépit des coups de
pouces des Américains.
B. Le Hamas n'a aucune intention
de faciliter sa propre castration par un cessez-le-feu. Son plan est
d'exploiter celui-ci pour améliorer la portée de ses fusées
et la puissance de ses explosifs et pour reconstruire la structure de
commandement en Cisjordanie.
C. Israel n'a aucune intention
de détourner le regard de ce processus de réorganisation,
et s'il n'effectue pas "des frappes ciblées," il dénoncera
sûrement avec amèrtume et de sa voix la plus forte cette
exploitation du cessez-le-feu pour la préparation d'un autre
round de violence sanglante.
Il me semble que la conclusion
évidente peut se résumer comme ceci : Le cessez-le-feu
pourrait produire une nouvelle donne dans cette confrontation. Dès
le moment où les Palestiniens posent les armes, ou du moins enclenchent
les crans de sureté, il leur sera difficile de recommencer à
les employer de si tôt. L'effort lors de laprochaine étape
devra donc se concentrer sur la conservation du calme et sur la prévention
du carnage de la part des deux côtés, tout en contraignant
le Hamas et ses affidés. Un cessez-le-feu n'est rien de plus,
une trêve provisoire et pas un armistice, et certainement pas
un prélude à la paix.
Ce n'est pas non plus un prélude
à un état palestinien avec des frontières interimaires,
comme le réclame le "plan de route", mais plutôt
à une administration palestinienne qui aurait un authentique
effet sur le terrain. En d'autres termes, le cessez-le-feu décidera
du destin de l'AP longtemps avant que ses chances de devenir un état
ne soient même discutées.
(Traduction par le Centre d'Information
et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient à
Bruxelles. S'inscrire : CID-DemocratieMoyenOrient-subscribe@yahoogroupes.fr.
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Numéro
88 • vendredi le 18 juillet 2003
Aveugles
défenseurs occidentaux
de la cause palestinienne
Martin Peretz
Los Angeles Times, 23 juin 2003
Traduction française de Menahem Macina pour Union des Patrons
et des Professionnels Juifs de France (UPJF). Site internet: http://www.upjf.org
Aux temps modernes, chaque révolution
manquée a eu ses "compagnons de route", phénomène
difficile à définir, mais facile à reconnaître.
Picasso en fut un; Jean-Paul Sartre, un second; Henry Wallace, vice-président
de la FDR, un troisième. Deux ou trois décennies plus
tard, Susan Sontag [1] ira de sa diatribe contre les brutaux utilisateurs
de l'âme et de la société.
Il y a eu des dizaines de milliers de ces 'experts', aux Etats-Unis
et ailleurs en Occident. Et les révolutions de gauche n'avaient
pas le monopole du label "compagnon de route". Dans les années
30, il y avait bon nombre de "compagnons de route" du nazisme.
Trop: Charles Lindbergh, Ezra Pound, le duc de Windsor, et beaucoup
d'autres. Beaucoup de ces "compagnons de route" sont allés
avec enthousiasme d'un communisme délabré à l'autre,
à la chaîne - de l'Union soviétique à la
République populaire de Chine, à Cuba castriste et au
Vietnam, puis au Nicaragua sandiniste, sans jamais se rendre compte
qu'ils éprouveraient bientôt le besoin de passer encore
à autre chose. Mais ils continueraient à bouger, équipés,
comme toujours – comme l'a dit l'écrivain David Caute -
de leur arsenal habituel, "de leurs verres à double foyer,
de leurs 'deux poids deux mesures', de leur myopie romantique"...
C'est l'historien politique britannique David Pryce-Jones qui, le premier,
je crois, a fait la comparaison entre les anciens "compagnons de
route" et les nouveaux, entre ceux qui avaient une conception romantique
des Soviétiques et ceux qui, aujourd'hui, ont la même attitude
à l'égard du terrorisme palestinien (et islamique). Non
que tous les Palestiniens soient des terroristes, tant s'en faut - quoique
les sondages révèlent une proportion accablante de défenseurs
du terrorisme. Mais le terrorisme s'avère être le paradigme
de la cause palestinienne. Ainsi, c'est un terrorisme que soutiennent
les professeurs d'université américains et britanniques
qui exigent que leurs établissements bycottent les sociétés
qui investissent en Israël. Et c'est un terrorisme que soutiennent
des scientifiques et autres universitaires qui invitent à boycotter
des institutions israéliennes et les intellectuels qui en font
partie.
Il semble que ces pèlerins de la politique d'origine étrangère,
favorables à la cause palestinienne, soient presque toujours
attirés par ceux dont la vocation même est la terreur.
Prenez, par exemple, le Mouvement de Solidarité Internationale
[ci-après MSI], une organisation non gouvernementale installée
à Gaza. Les deux musulmans britanniques recrutés par le
Hamas, qui ont fait sauter le Mike's Place, un cabaret de blues de Tel
Aviv, sont entrés et sortis d'Israël à partir des
territoires [du futur Etat palestinien]... aidés par des militants
du MSI. Sur son propre site Web, le MSI reconnaît qu'il soutient
le droit des Palestiniens à "une lutte armée légitime".
Cela n'a pas empêché une grande partie de la Presse de
qualifier cette organisation de "pacifique". Il n'y a rien
de surprenant au fait que Linda Gradstein, correspondante à Jérusalem
de la NPR [Radio Publique Nationale] (largement connu aujourd'hui sous
le nom de 'Radio Nationale de Palestine'), en fasse partie. Dans l'émission
"All Things Considered" ['Au vu de la situation'], elle a
pu tranquillement définir MSI comme "engagé dans
une résistance non violente". Tout de même, ce mouvement
ne peut être engagé dans la violence et dans la non-violence.
Ce n'est d'ailleurs pas le cas. Ses activités sont en phase avec
les besoins du Hamas. Il met en scène des événements
médiatisés pour le compte de ces milices d'assassins,
et il arrive que ses propres volontaires soient blessés - voire
tués, comme une Américaine l'a été par un
bulldozer israélien… [2]
Concédons, comme je le fais, que les Palestiniens ont besoin
d'un Etat... Mais pourquoi la cause de la Palestine indépendante
doit-elle être claironnée par des idéalistes et
des moralistes internationaux? Après tout, il y a dans le monde
des dizaines de nations et de peuples historiques... qui sont apatrides
et sans pouvoir. Il y a, vivant parmi les Arabes eux-mêmes, les
Berbères et les Kurdes... Même en Europe, lieu de naissance
de l'Etat-nation, il y a des nations privées d'indépendance.
Est-ce que, conjointement aux peuples apatrides - plus nombreux encore
- d'Asie et d'Afrique, elles ne méritent pas la solidarité
et le soutien à l'obtention de leur indépendance? Qu'y
a-t-il de si spécial, dès lors qu'il s'agit des Palestiniens
?
En fait, rien. Sauf que leurs voisins sont les Juifs. Il n'y a certainement
aucune raison de croire que la Palestine indépendante constituera
une avancée morale par rapport aux autres Etats depuis longtemps
indépendants et - au mieux - par rapport aux Etats autocrates
du monde arabe, dont certains sont barbares. La vérité
est qu'aucun personnalité ayant une audience en milieu palestinien
n'a jamais exprimé une vision de la Palestine basée sur
une conception de la justice sociale, sur un nouveau rapport entre classes,
parmi les clans et les tribus, et entre sexes. Croyez-moi, la Palestine
ne sera pas un état démocratique, parce que la Palestine
n'est pas une société démocratique, ni tolérante.
Cela contraste durement avec l'entreprise sioniste, qui avait de vraies
conceptions idéalistes à propos de la manière de
traiter les êtres humains et les divergences politiques - idéaux
qui sont devenus des réalités.
Ce contraste n'est pas une abstraction. Près d'une décennie
de gouvernement palestinien dans la Rive Occidentale et la Bande de
Gaza, entre 1976 et 1982, et six ans de gouvernement palestinien au
sud-Liban, nous permettent d'en juger par l'expérience. Il n'y
a aucun mystère sur la manière dont fonctionnent ses tribunaux,
ni sur la manière dont sa Presse est manipulée et terrorisée.
Personne ne se figure réellement qu'il existe, en Palestine,
une justice indépendante, ou une presse vraiment libre et concurrentielle.
Et bien que les Palestiniens travaillent très dur, rien ne les
encourage à rêver à quoi pourrait ressembler une
économie productive et équitable. L'avenir que l'on voit
se profiler est celui d'un corporatisme corrompu, contrôlé
par ceux qui détiennent le pouvoir politique.
La Palestine aura bientôt son expression politique en accédant
au statut d'Etat. Le jour où cela se produira, des tirs retentiront
dans toute la rue arabe – ce qui apparaîtra au reste du
monde comme une manière spécifique de célébrer
l'évènement... Et le lendemain, il n'y aura guère
de désillusion, car rien de vraiment essentiel n'a jamais été
promis, ni même envisagé. La dictature imposera ses règles
à la Palestine indépendante, comme elle l'a fait durant
sa longue lutte. Les conflits entre citoyens suivront, et il est probable
qu'une autre dictature remplacera la précédente.
Et les frontières de la Palestine ne seront pas tranquilles.
Mais, d'ici là, les "compagnons de route" de la révolution
palestinienne s'en seront allés, certains en quête d'autres
causes, la plupart (comme les anciens des années '60) caressants
leurs grisants souvenirs, pour les raconter à leurs enfants.
Souvenirs et mensonges enivrants.
(Martin Peretz est rédacteur
en chef de New Republic.)
_________________________________
Notes de la Rédaction
d'upjf.org:
[1] Grande figure de la gauche intellectuelle américaine. Susan
Sontag avait exprimé son allergie au patriotisme américain
après les attentats du 11 septembre 2001, ce qui lui avait valu
des menaces de mort. Pour un bref aperçu de ses convictions idéologiques
en matière de politique, lire l'article récent : "Les
démons de l'Amérique". Voir aussi son site : http://www.susansontag.com/.
[2] Il s'agit de Rachel Corrie.
© New Republic pour l'original anglais, et upjf.org et Menahem
Macina, pour la version française
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Numéro
87 • vendredi le 11 juillet 2003
LE
PRET-A-PENSER D'EXTREME-GAUCHE SUR ISRAEL
Jean-Charles Chebat
Le Devoir, 8 juillet 2003
Vos prétendus «faits
universellement connus» [énoncés dans une lettre
publiée le 27 juin dans Le Devoir] sont des accusations partisanes,
et vos arguments l'écho des cris de haine venus de Durban. Décevant
de la part d'un professeur d'université, dont on peut attendre
une pensée originale et fondée.
Vous avancez qu'Israël est
un «État religieux». Voilà qui est d'un ridicule
sinistre. La Constitution d'Israël en fait un «État
laïque et reconnaît quatorze confessions», le judaïsme,
l'islam, la religion bahaïe et les différentes formes de
christianisme. Avez-vous jamais visité les écoles d'État
israéliennes ? Elles sont laïques, comme tout le reste de
l'appareil de cet État construit par des juifs socialistes, généralement
marxistes, à peu près tous athées. Ils auraient
eu bien de la difficulté à respecter eux-mêmes les
lois religieuses dont vous dites qu'ils voulaient les imposer comme
loi fondatrice. Ce qui contraste quelque peu avec les 22 États
arabes, qui font de l'islam la religion officielle, y compris dans la
prétendue Algérie socialiste de Boumédiène.
Mais cela vous laisse indifférent.
Au moins 70 % de la population juive d'Israël ne pratique pas,
ou peu, la religion juive. Ceux qui ont vu ce pays ont aussi vu les
transports publics rouler le samedi et les femmes vêtues selon
leur gré. Cela contraste avec la police religieuse qui, en Arabie
Saoudite par exemple, interdit aux femmes de conduire et vérifie
si leurs vêtements sont conformes à la charia, pour ne
pas parler des meurtres d'honneur commis contre les femmes soupçonnées
de comportements contraires à cette charia. Mais cela n'a jamais
atteint votre chatouilleux sens de la justice.
De plus, 20 % des citoyens d'Israël ne sont pas juifs. Ils sont
arabes, de confession musulmane, chrétienne, druze ou autre,
et sont restés sur leur territoire après la guerre d'indépendance
de 1948. Les druzes, les bédouins et les circassiens servent
dans l'armée, comme tous les Israéliens. Les conditions
matérielles des Arabes israéliens et leurs droits politiques
et syndicaux n'ont aucune commune mesure avec ceux des Arabes en général.
Ce qui est bien différent du sort des Kabyles d'Algérie,
étrangers sur la terre dont ils sont les autochtones, incapables
d'y faire reconnaître leur langue, du sort des noirs chrétiens
ou animistes du Soudan, écrasés par l'État islamiste,
ou du sort des Tchéchènes, laminés par ce qui reste
de la machine de guerre soviétique. Vous n'en parlez pas.
Vous discourez sur Allon et vous
élaborez une mirifique théorie d'un complot ourdi de longue
date par la gauche israélienne. En fait, Ygal Allon est le pur
produit de l'éducation des kibboutz marxistes (Achdut Avodah).
Il serait le dernier à se préoccuper de questions religieuses,
tant pour des raisons idéologiques que stratégiques. Le
Plan Allon, conçu après la guerre de 1967, consistait
à s'aligner rigoureusement sur les résolutions 242 et
338. Il proposait un échange de territoires contre la paix. Votre
bonne foi dans ce dossier serait plus claire si vous rappeliez des «faits
universellement connus» : le colonel Gamal Abdel Nasser, dictateur
égyptien de 1954 à 1970, avait conclu avec la Syrie et
la Jordanie une alliance militaire visant explicitement à la
destruction totale d'Israël, alliance à laquelle se joignirent
l'Irak, le Maroc et l'Arabie. Israël ne fit pas une guerre de conquête,
mais une guerre d'autodéfense. Comme le prévoit le droit
international, les territoires perdus par les agresseurs sont acquis
par le pays vainqueur. Ainsi, dois-je vous le rappeler, par le Traité
d'Helsinki, l'Allemagne post-hitlérienne a définitivement
perdu des territoires cédés aux pays qu'elle avait agressés
lors de la Deuxième Guerre mondiale. Vous n'en parlez pas non
plus.
Le Plan Allon aurait pu instaurer la paix dès 1967. Il fut rejeté,
non par les «expansionnistes» juifs mais par la Ligue arabe
au sommet de Khartoum en 1968. Ce fut la «doctrine des trois non»
: non à la reconnaissance d'Israël, non à la négociation,
non à la paix. Mais pour vous, Israël est le fautif. Certes,
le ridicule ne tue plus.
Si je suis correctement les arcanes de votre argumentation, vous dites
ceci. La preuve de ce qu'Israël est un État ségrégationniste
est qu'Allon et Weizmann préféraient un État petit
et homogène à un État plus étendu et incluant
les Arabes de Judée, Samarie et Gaza. En d'autres termes, «damned
if you do and damned if you don't». Voilà un superbe catch
22. Si les Israéliens se retirent, ils ont tort, et ils ont tort
aussi, bien sûr, s'ils restent. La casuistique que vous avez sans
doute pratiquée avec art dans votre jeunesse est encore bien
vivante.
Le problème de fond n'est certes pas là où vous
pointez. Le Fatah d'Arafat a été créé en
1964 au Caire, trois ans avant la guerre des Six-Jours et donc la question
desdits «territoires occupés». L'objectif d'Arafat
était, et sans doute demeure, la destruction d'Israël. Le
Fatah vient d'accepter une trêve des attentats, aveu patent s'il
en fallait un qu'Arafat a été le complice sinon l'instigateur
des attentats suicide qu'il dénonçait devant les caméras.
Pire encore, les Martyrs d'Al-Aqsa, branche de ce Fatah d'Arafat, l'ont
rejetée. Tout cela, vous le savez et ça ne vous touche
pas.
Vous dites que Jérusalem Est était destinée à
faire partie de l'État palestinien en 1947. C'est faux. Jérusalem
devait faire partie d'un territoire sous mandat international. Cette
contre-vérité en dit long sur votre pensée.
Qui du sort des juifs des pays arabes ? Ce million de juifs des pays
arabes qui, en 20 ans, du Maroc à l'Irak, après de multiples
massacres, ont quitté la terre natale et ancestrale où,
au mieux, on leur donnait le choix entre la valise et le cercueil. Les
juifs de ces pays ont subi, comme ceux d'Europe, le nettoyage ethnique.
Israël est le refuge de millions de juifs persécutés
non seulement en Europe mais aussi en pays arabes, soit quelque 40 %
de la population d'Israël. Vous n'en dites rien.
Dans le même esprit, vous a-t-on entendu protester contre la loi
allemande sur le droit au retour des descendants d'Allemands qui, n'importe
où dans le monde, peuvent s'établir en Allemagne sans
grande formalité ? En Allemagne, pas en Pologne ni en Tchécoslovaquie
ni en France ! Le droit de retour des Palestiniens actuellement au Liban
ou en Jordanie consiste logiquement à s'établir en Cisjordanie
et à Gaza, pas en Israël ! S'il vous semble justifié
que les Palestiniens s'établissent en Israël, pourquoi alors
ne défendez-vous pas le droit de ceux que vous appelez des colons
juifs à s'établir en Cisjordanie et à Gaza ?
Toujours par analogie avec l'Allemagne, vous comparez le mur de Berlin
à celui que construisent les Israéliens. Celui de Berlin
servait à empêcher les Allemands de l'Est de sortir pour
rejoindre le monde libre. Celui que construisent les Israéliens
vise à les protéger de l'entrée de terroristes
palestiniens, qui ont déjà assassiné trois fois
plus de citoyens que la guerre des Six-Jours n'a fait de morts parmi
eux. À part la quantité de briques, il n'y a pas de lien
essentiel entre ces murs et ce n'est pas votre article qui nous éclairera
sur cette analogie.
De même, dans cette nouvelle Allemagne dont personne ne remet
en question le caractère démocratique et laïque,
les contribuables paient, nolens volens, des impôts à l'Église
(au passage, ce n'est pas le cas en Israël). Cela vous choque ?
Nous attendons avec impatience vos écrits indignés sur
ces pratiques allemandes.
Votre argument central, à savoir que la démocratie est
une condition nécessaire à la paix, est absurde. S'il
avait un sens, il faudrait nier le droit à la paix non seulement
au Moyen-Orient, mais aux trois quarts de l'humanité qui vit
sous l'oppression de dictatures. Bien plus, il vous faudrait approuver
d'enthousiasme l'objectif du président George W. Bush d'instaurer
de vraies démocraties en Syrie, en Irak et en Iran. Vous étiez
sans doute des manifestations qui ont dénoncé ces dictatures,
n'est-ce pas ?
Si Israël, pays de six millions d'habitants, entouré d'un
milliard trois cents millions de musulmans, veut protéger son
identité juive, cela vous semble démontrer son caractère
d'apartheid. Autre argument ridicule. Qui, au Québec, même
parmi les plus fédéralistes, oserait s'opposer aux lois
sur l'immigration donnant au seul gouvernement francophone de ce continent
anglophone la capacité de choisir ses immigrants ? Vous ?
Vos analyses sont toutes faites, du prêt-à-penser importé
de Durban.
(Jean-Charles Chebat est
Professeur, École des hautes études commerciales.)
________________________
copyright d'upjf.org.
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UNE
GAUCHE QUI SE TRAHIT ELLE-MEMR,
EN TRAHISSANT LA DEMOCRATIE
Pilar Rahola
Primo-Europe, adapté
d'une conference de Paris à l'UNESCO
" Il y a trois choses qu 'Allah n'aurait jamais dû créer
: Les Perses, les Juifs et les mouches. "
Cette phrase, si on la lit telle quelle, cette phrase, que Saddam Hussein
contraignait les enfants d'Irak à répéter, nous
paraìt grotesque et , bien entendu, barbare.
Dans
notre Europe civilisée et arrogante, nous ne dirions jamais une
telle chose :
Nous, nous n'avons rien contre les Perses, ni contre les mouches. Je
dirais même plus : les mouches sont gênantes, mais elles
font tellement partie de notre environnement, qu'elles ont fini par
nous être chères; les Perses, quant à eux, nous
sont sympathiques.
Nous pouvons donc respirer tranquillement : le seul lien que nous ayons
avec Saddam Hussein, c'est la haine contre les Juifs.. Serait-ce cette
haine qui a poussé tant de manifestants à brûler
des drapeaux portant l'étoile de David, pendant qu'ils criaient
des consignes en faveur de Saddam ?
Serait-ce la Judéophobie, le point symbolique commun autour duquel
Arabes et Européens se rencontrent, se reconnaissent et s'apprécient
?
Est-ce cette même judéophobie qui convertit un despote
corrompu et violent comme Arafat en un résistant romantique ?
celle qui transforme le nihilisme terroriste palestinien en une espèce
de nouveau courant libérateur épique ?
Ici et aujourd'hui , j'affirme que, pour son malheur notre continent
dualiste a été capable de créer les bases de la
démocratie pour le monde, en même temps que les termites
les plus actifs qui ont tenté de les détruire: le stalinisme
et le fascisme; j'affirme que nous revenons vers nos propres démons
: à ce jour, sur les bases du vieil antisémitisme exterminateur
qui correspond à notre pensée collective la plus profonde,
nous sommes en train de construire un antisémitisme nouveau,
actif et pervers : " un antisémitisme sans Juifs .. "
comme dirait Paul Lendvaï. Le phénomène est en élaboration,
en parallèle avec deux attitudes complémentaires, toutes
les deux suicidaires, l'antiaméricanisme et l'indifférence
devant l'apparition et la consolidation d'un nouveau totalitarisme :
l'intégrisme islamique.
Triple sont donc les flèches qui se tirent dans une même
direction préoccupante : la conformation d'une pensée
unique européenne, capable de mobiliser les rues et les consciences
d'Europe, et qui se dresse en forme de piliers destructeurs.
Le plus grave, à mon avis, et de par mes convictions de militante
progressiste, c'est que cette pensée unique est de gauche.
De gauche, vient le nouvel antisémitisme européen, camouflé
en antisionisme ;
De gauche, est le panarabisme
romantique qui aboutit à la minimisation du terrorisme ;
Et, partagé avec une certaine
droite, de gauche, est le féroce antiaméricanisme que
nous subissons.
Si nous sommes d'accord pour que ce soit la gauche qui représente
avec prestige les idées de notre société et que
ce soient les intellectuels de gauche qui soient reconnus comme défenseurs
du progrès, alors nous sommes d'accord pour reconnaître
que nous avons un grave problème. Parlons-en, du nouvel antisémitisme
et des deux pattes poilues qui accompagnent le monstre.
Les néo-antisémites ne se reconnaissent pas comme tels.
L'antisémitisme est une expression classique de l'extrême
droite, et, par conséquent, la gauche la repousse, la hait et
la renie. Les parapluies de l'antisionisme, par contre, ou plus directement
de l'anti-israëlisme, sont beaucoup plus faciles à porter,
ils protègent bien de la pluie de la critique et ils permettent
un déguisement intellectuellement digestible. Martin Luther King
prononça cette phrase en 1967 dans sa lettre à un ami
antisioniste . " Les temps ont rendu impopulaire la manifestation
ouverte de la haine contre les Juifs. Dans ce cas, l'antisémiste
cherche de nouvelles formes et des lieux où pouvoir installer
son venin. Maintenant, il le cache derrière un masque nouveau
.... Maintenant, il ne hait pas les Juifs, il est seulement antisioniste
! "
36 ans après, la phrase est plus actuelle que jamais, de manière
que l'antisionisme et la démonisation féroce d'Israël
se sont transformés en une obligation morale de la pensée
de ceux de gauche. Comme si dans le catéchisme non écrit
de la gauche, il existait un dogme inébranlable : ou tu es antisioniste
ou tu n'es pas de gauche. Moi-même, dans mon pays, je suis expulsée
du paradis de la gauche, par les gourous du dogme, chaque fois que je
ne prêche pas le tir intellectuel vers le Juif.
Pardon, sioniste ! pardon, israëlite
!
Ou est-ce que ce n'est pas la
même chose dans la grammaire antisémite ?
Le résultat est celui que nous avons devant les yeux : dans son
expression la plus tangible, la douloureuse agression subie par les
communautés juives en plusieurs pays. En commençant par
des vétos personnalisés - je pourrais en dire beaucoup
sur ce qui se passe en Espagne - et en allant jusqu' à la violence
physique, comme celle que les Juifs pacifistes ont soufferte dans la
célèbre manifestation de Paris. Mais le plus profond de
l'antisémitisme se situe dans le coeur de la Terre Sainte et
a pour cible Israël. Israël est, aujourd'hui, une authentique
obsession de la gauche européenne et aussi l'exemple le plus
important des tics fascistes que la gauche peut présenter.
Voici donc les accusations que je porte :
Manipulation en ce qui concerne l'information.
Criminalisation de la légitimité
de l'état d'Israël.
Minimisation des victimes juives.
Banalisation de la Shoah.
Et indifférence ou applaudissements
devant les actes de destruction terroristes de l'intégrisme...
Voici le nouvel antisémitisme:
- celui qui n'est pas horrifié du fait que le « Mein Kampf
» de Hitler, ou les abominable « Protocole des sages de
Sion » soient best-sellers dans le monde arabe.
- celui qui répète les vieux topiques à propos
des juifs, spécialement à partir d'exposés intellectuels.
- celui qui tombe amoureux de l'épique totalitarisme du terrorisme
palestinien , muni d'un antiaméricanisme pathologique; Celui
là s'inhibe devant le danger de l'intégrisme islamique.
- Celui qui a trouvé, dans l'excuse d'Israël, un nouveau
parapluie pour canaliser un vieux démon.
Je finis, donc, avec cette conviction. Le casse-tête de l'antisémitisme
est en train de se construire à nouveau. Voici les pièces
:
- Première pièce
: le subconscient européen, résistant aux leçons
de l'histoire et réfractaire aux vaccins qui essayèrent
de tuer définitivement le virus antisémite. L'Europe s'est
défaite de sa peau juive, mais elle ne s'est pas défaite
de sa vieille haine.
- Deuxième pièce : un néo-catholicisme populiste,
plus ou moins extrême, qui s'établit aussi, sur une base
judéophobe.
- Troisième pièce : une pensée de gauche qui, sans
avoir fait la paix avec son passé totalitaire, tombe amoureuse
de nouvelles épopée totalitaires, également. Elle
établit ainsi les bases de l'antisémitisme le plus dangereux
qui puisse exister aujourd'hui en Europe. Dangereux, parce que la Gauche
lui donne du prestige, lui donne une couverture intellectuelle et l'arme
idéologiquement.
- Quatrième pièce : l'antiaméricanisme européen,
dérivé du double complexe que l'Europe traîne avec
elle : Un grand complexe de supériorité, pas en vain :
c'est le visage de la modernité, et un énorme complexe
d'infériorité, puisqu'elle est incapable de résoudre
une seule de ses tragédies. Bien entendu, l'antiaméricanisme
est, par définition, antisioniste.
- Cinquième pièce : l'intégrisme islamique, idéologie
totalitaire et nihiliste, clairement ennemi de la modernité,
et dont la base fondamentale est l'antisémitisme. Affirmer que
1.200 millions de musulmans vivent sous des tyrannies théocratiques
ne facilite en rien la lutte contre la judéophobie.
Territoire commun, alors, de plus d'un dogmatisme manichéen,
la judéophobie actuelle trouve de nouveaux camouflages, elle
grandit et s'installe. Aujourd'hui, ici, devant l' UNESCO, protégée
par cet exemple d' héroïsme, de ténacité et
de dignité qu'est le Centre Simon Wiesenthal, j'accuse la Gauche
européenne, ma Gauche, d'être la couverture intellectuelle
du nouvel antisémitisme qui existe en Europe. Une Gauche qui
se trahit elle-même, en trahissant la démocratie.
Ces temps derniers, en Europe, être Juif commence à être
difficile. Et pourtant, l'Europe la plus européenne qui n'ait
jamais existé , c'est l'Europe juive. Notre tendance au suicide
est certainement pathologique. Je le dénonce parce que je suis
Européenne, et, comme telle, je me sens juive devant l'antisémitisme,
unique position morale qui rachète un Européen de son
passé de honte.
(L'écrivain est ex-députée
du Parti Socialiste Espagnol)
Début
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Numéro
86 • vendredi le 4 juillet 2003
Cette
fois, ça a commencé !
Stéphane Juffa
Metula News Agency, 2 juillet 2003
Il y a vingt jours à peine,
l’AFP enfonçait ses derniers clous dans le cercueil de
Mahmoud Abbas. Dans une dépêche datée du 12 juin,
l’agence-porte-parole-officieuse de la compréhension politique
internationale de messieurs Chirac et de Villepin, sous le titre "La
flambée de violence affaiblit encore la position de Mahmoud Abbas",
expliquait, témoignages et analyses à l’appui :
"que sa "situation apparaissait jeudi presque désespérée.
Abou Mazen est dans une position très délicate actuellement
et pourrait se retrouver complètement sur la touche"...
Parce que l’information, malgré ce que ces gens s’obstinent
à en faire, ça n’est pas n’importe quoi. A
l’heure où le Premier ministre palestinien, soutenu par
son parlement lors d’un débat tout ce qu’il y a de
plus démocratique, marque avec son homologue israélien
le premier acte concret de la mise en place de la Road Map, il faut,
à nouveau, reconnaître l’excellence des sources de
notre confrère Sami el-Soudi...
A l’opposé diamétral de l’argumentation de
l’agence d’intoxication française, et même
des médias israéliens, palestiniens et occidentaux, qui,
de bonne foi (eux) se montraient pessimistes lorsqu’ils rendaient
compte des premiers entretiens Abbas-Sharon, el-Soudi affirmait au contraire
que ceux-ci avaient été excellents et qu’ils avaient
permis aux partis de conclure des accords déterminants en vue
de la mise en chantier de la Carte routière.
Il y précisait, encore, que les gouvernements israéliens
et palestiniens faisaient l’économie de déclarations
ronronnantes, par égard à la sensibilité de leurs
opinions respectives. On comprend bien, à la Ména, qu’avant
de formuler à nouveau des espérances à l’endroit
des populations meurtries par des années de conflit et par deux
ans et demi de confrontation sanglante, il fallait bétonner ces
espérances par des synchronismes parfaitement au point.
Outre le besoin d’épargner les opinions publiques, il était
préférable de ne pas jouer les fanfarons afin de ne pas
donner aux nombreux ennemis de la solution des deux Etats pour deux
peuples, l’occasion de saboter les projets en cours.
La nouvelle coordination entre les gouvernements israéliens et
palestiniens a correctement fonctionné. Preuve en est les centaines
d’heures de travail passées à élaborer les
détails du transfert du contrôle de Gaza et de Bethlehem
des Israéliens aux Palestiniens. Preuve en est aussi la discrétion
qui a entouré l’effort des équipes de sécurité
du général Mofaz et du colonel Dahlan.
Mais s’il existe des raisons de se féliciter de cette avancée,
ses péripéties ont fourni de nouvelles occasions de constater
que la couverture médiatique des événements de
notre région est terriblement défectueuse et qu’elle
est généralement réalisée par des confrères
à l’entendement imperméable à tout ce qui
dépasse le premier degré. Des collègues et des
agences concurrentes, qui, faute de pouvoir saisir ce qui se déroule
ici, se laissent volontiers gruger par les propagandes à bon
marché, lorsqu’ils n’interprètent pas des
faits divers sans importance, comme s’ils constituaient des événements
à portée stratégique.
Cordialité et transparence dans le bureau d’Ariel Sharon
Hier, pour la première fois depuis la conférence d’Akaba,
les deux gouvernements avaient une information tangible à faire
connaître à leurs peuples respectifs. Après quelques
heures de discussion, vouées d’ailleurs entièrement
aux étapes à venir dans l’exécution de la
Road Map, les deux Premiers ministres s’adressaient aux journalistes
pour leur dire leur détermination à progresser ensemble
et pour leur dire aussi, que les Palestiniens et les Israéliens
avaient désormais des raisons d’espérer en l’avenir.
Durant les débats à huit clos, les ministres des deux
délégations, largement mélangés, échangeaient
chaleureusement leurs observations dans une ambiance de confiance. Et,
pendant qu’au dehors les tanks de Tsahal quittaient la bande de
Gaza et que des patrouilles mixtes d’officiers, dans la région
de Bethlehem, préparaient la passation du contrôle sécuritaire,
il semblait que les politiciens ainsi rassemblés, oeuvraient
enfin pour un objectif commun.
Une anecdote ici vaut moult illustrations : Durant la discussion, un
aide apporta à Sharon un billet. Les regards des Israéliens
se figèrent aussitôt, craignant que la nouvelle d’un
assassinat collectif palestinien ne vienne interrompre la célébration
des premières réalisations communes. Un ministre israélien
interrogea Sharon à voix haute : Un attentat ?
Mais Mohammed Dahlan, le ministre palestinien de la sécurité,
brûla la politesse de son hôte et répondit à
sa place : "C’est à moi qu’il fallait le demander.
Non, croyez-moi, il n’y a pas eu d’attentat, nous avons
la situation bien en mains !"
Sur un air de nouveauté
Ca n’est pas la première fois que l’armée
israélienne évacue des zones palestiniennes. Les fois
précédentes, ces évacuations n’augurèrent
d’aucune accalmie. La dernière fois, dès que Tsahal
eut abandonné Bethlehem, les Tanzim de Barghouti investirent
le village chrétien adjacent de Bet Jala, pour renouveler leurs
tirs contre le quartier d’habitation jérusalémite
de Gilo.
Aujourd’hui, ça n’est pas pareil, me dit Sami el-Soudi
au téléphone. "A l’époque, c’était
Yasser Arafat qui était maître du jeu. Et ce qu’Arafat
désirait le moins, c’était une accalmie véritable
sur le terrain. La fin des violences, c’est aussi la fin de l’Intifada
et la fin de l’Intifada c’est le retrait de vos troupes
de nos villes. Et l’absence de soldats israéliens dans
nos rues, cela signifiait l’inutilité du déploiement
d’une force internationale d’interposition et la nécessité
de négocier une paix de compromis. Tout le contraire de sa stratégie
du porte-avions."
"C’est vrai", me confirme l’un des officiels israéliens
qui participe aux négociations avec le gouvernement Abbas, "on
sent tout le temps que ce type et Dahlan croient à la solution
des deux Etats pour deux peuples. Autre différence, jusqu’à
maintenant et dans l’ensemble, ils ont réalisé ce
sur quoi ils s’étaient engagés et quand ils ne se
sentaient pas prêts pour le faire, ils nous l’ont dit. Troisième
différence, et elle change beaucoup de choses, les ténors
du gouvernement Abbas tiennent toujours un discours mesuré et
pragmatique ; tu ne les entendras pas, comme avec l’autre (Yasser
Arafat), appeler à la guerre sainte une demi-heure après
nous avoir serré la main. Il tiennent le même discours,
que ce soit avec nous ou entre eux."
Tous les sujets abordés
Les deux gouvernements ont établi quatre commissions de négociations.
L’une d’elle s’emploiera à contrôler
la fin de l’incitation au meurtre d’Israéliens sur
les médias palestiniens. Mahmoud Abbas est conscient du problème
et il s’est souvent exprimé à son sujet en termes
non équivoques.
Au train ou vont les choses, et à en juger par la détermination
de ce gouvernement, on pourrait également voir les caricatures
d’inspiration nazillonne disparaître à terme des
médias de l’Autorité Palestinienne. Qui sait, il
se pourrait que pour voir un Sharon baignant dans l’hémoglobine,
en train, sous sa kipa, de bouffer du Palestinien casher, il faille
bientôt, aux plus fanatiques antijuifs, se replier sur la presse
française ?
Autre préoccupation, autre commission, celle qui doit discuter
de la libération des terroristes palestiniens détenus
dans les prisons israéliennes. Lors de la réunion d’hier,
les hôtes arabes ont su sensibiliser les ministres israéliens
sur l’acuité de ce problème dans la rue palestinienne.
Il se pourrait alors que Sharon décide de libérer, outre
des détenus n’ayant pas de sang sur les mains, des prisonniers
purgeant des peines de longues durées. Écroués
avant le début de la dernière Intifada.
Les Palestiniens ont également fait part de leur désir
de voir Tsahal évacuer rapidement – on parle de cinq à
six semaines – d’autres villes de Cisjordanie. On met l’accent
sur Ramallah et sur Naplouse. Les Israéliens n’ont pas
opposé de refus de principe sur ce thème mais ils ont
souvent répété à leurs interlocuteurs, qu’ils
désiraient se persuader auparavant de la capacité des
hommes de Dahlan à juguler les assassinats collectifs d’Israéliens
et à préserver l’ordre dans les territoires qui
viennent d’être transférés.
Combattre le terrorisme
Ce matin, l’aspect des choses a changé sur le terrain.
Selon Ilan Tsadik, qui s’y trouve avec son unité et selon
Sami el-Soudi, il semble bien qu’il s’agisse de la fin de
la seconde Intifada. "Nous leur disons où se trouvent des
personnes suspectées de terrorisme et ce sont eux qui les arrêtent",
témoigne Tsadik lors d’une pause. "Dès ce matin,
l’armée a déjà fortement dilué ses
effectifs dans toutes les régions de Cisjordanie ; on a même
renvoyé des unités de réserve à la maison.
C’est fou ce que les gars de Dahlan sont disciplinés",
conclut notre jeune collègue.
Voilà aussi un témoignage à chaud qui répond
aux interrogations qui persistaient sur la volonté du gouvernement
Abbas de désarmer les organisations terroristes. "Même
si personne, à nouveau, ne va le crier sur les toits, il est
évident que les forces de sécurité (palestiniennes
Ndlr.) vont démanteler tous les groupes terroristes. D’ailleurs
le travail a déjà commencé," me dit el-Soudi.
"Pour vous, ce qui importe, c’est d’empêcher
les attentats mais pour nous, c’est encore plus élémentaire.
Il faut qu’il n’y ait qu’un seul pouvoir qui s’exerce,
une seule force de police qui soit armée, sinon nous ne pourrons
pas construire notre Etat."
El-Soudi de poursuivre : "Cela fait déjà deux mois
au moins que Tsahal coordonne ses éliminations ciblées
des chefs terroristes avec les officiers de Dahlan. Le décret
de la Houdna est un prétexte, les réseaux du Hamas et
du Djihad sont totalement désorganisés, ils n’ont
plus les moyens de soutenir leur campagne d’assassinats contre
vous, surtout du moment que la coordination sécuritaire a été
établie entre votre armée et les services de sécurité
palestiniens. Crois-moi, Stéph, cela fait très longtemps
que Mohammed Dahlan attendait la chance de régler leur sort à
ces malades !"
Deux camps, pas plus
Ce matin, j’ai aussi visité le site d’Olivia Zemor
et de son Collectif pour une paix juste et durable au Proche-Orient
avant de balancer cet article. Je n’y ai trouvé aucune
trace des récents accords entre Israéliens et Palestiniens,
pas plus que de l’initiative Ayalon-Nusseibah...
Il n’y est toujours affiché que des appels à la
haine d’Israël ainsi que des contrevérités
hallucinées. Il semble que madame Zemor sache mieux que le Premier
ministre palestinien, que le docteur Nusseibah et que Sami el-Soudi
ce qu’est la définition d’une paix juste et durable
pour les Palestiniens. Ce faisant, elle supplante sa raison de Parisienne
à la leur dans un style magistral qui sonne tout à coup
totalement faux.
En s’abstenant de prendre le train en marche, en objectant de
savoir mieux que les belligérants où se trouve la terre
promise, Zemor et ceux qui la suivent ont cette fois basculé
dans le clan des éradicateurs, où il ne se trouve plus
que les fanatiques mondialo-hégémonistes du Hamas et du
Jihad, dont elle vente d’ailleurs les raisons sur son site Internet.
Mais le CAPJPO, dépassé, dévoilant son vrai visage,
ne m’intéresse pas plus que cela. Son attitude illogique
met en garde contre le risque d’une déviance encore plus
grande et encore plus inexcusable que la peste de la part des médias
et des politiciens français. Comme dans le cas de Zemor, les
événements révolutionnaires se déroulant
depuis le premier juillet entre Israéliens et Palestiniens, font
l’économie de raisonnements complexes : Soit on supporte
Mahmoud Abbas et son partenaire Sharon dans leur effort en vue d’édifier
deux Etats pour leurs deux peuples – et cet effort implique très
distinctement le désarmement des religio-hégémonistes
– soit on supporte la poursuite du conflit armé jusqu’à
l’éradication de l’un des adversaires.
Et mon avertissement s’adresse aussi bien aux Arabes qui ont encore
du mal à envisager une présence juive souveraine entre
la rivière et la mer, tout autant qu’à certains
Juifs, pour lesquels c’est l’existence d’un Etat palestinien
qui est intolérable, de la Méditerranée au Jourdain.
Je n’ai pas autorité à vous dire quoi penser mais
je possède celle de vous mettre devant un dilemme logique : Il
s’agit de décider ce qui a le plus de valeur, entre votre
conviction intime ou l’opportunité de soutenir la tentative
des gouvernements israéliens et palestiniens d’assécher
la rivière du sang de leurs enfants une fois pour toutes. Et
là, il y a ostensiblement un choix éthique à faire.
Favoriser la recherche d’une solution pacifique ou combattre et
jusqu’au projet de nous laisser vivre en paix. Sachez tout de
même, que ce second choix ne s’épanouit qu’à
l’ombre des cimetières et que tous ceux qui l’embrassent,
quel que soit l’argumentaire dont ils se prévalent, participent
du camp de la guerre, de la haine et de la ségrégation
raciale
Aux médias et aux politiciens occidentaux, je dis : Ne faites
pas la même erreur qu’avec Ehud Barak. N’antichambrez
pas Mahmoud Abbas. Recevez-le au moins avec autant de faste que Chirac
reçoit l’inutile profiteur Hariri, tous les mois à
l’Elysée. N’oubliez pas que si la paix progresse,
ce sera parce qu’Arafat a été écarté
et pour aucune autre raison. Ne vous trompez pas, encore une fois, laissez-nous
faire la paix qui aurait du être signée à Camp David
et qui aurait pu être sauvée à l’ambassade
d’Amérique de Paris.
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Conseil
editorial
Prof. Frederick Krantz,
Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ) |
Jean-Claude Léon
(Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ) |
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