Communiqué Isranet
juillet 2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 89 • vendredi le 25 juillet 2003

Europe et Israël, des partenaires pour la paix
Sylvain Shalom
Le Monde, 19 juillet 2003

Israël considère l'Europe comme un partenaire naturel dans son effort d'obtenir une paix véritable et durable pour notre région. Les Européens et les Israéliens ont en commun un héritage social et culturel, des valeurs semblables et une multitude d'intérêts dans tous les domaines.

Notre proximité géographique, nos étroites relations commerciales et notre fidélité aux valeurs et institutions démocratiques ; notre désir mutuel d'obtenir la sécurité d'Israël et la transformation du Proche-Orient d'une région de guerre et de violence en une région de paix, de prospérité et de stabilité, tout cela crée un objectif commun, bien plus profond encore et plus durable que tout différend politique.

L'espoir semble enfin renaître au Proche-Orient pour la vie des citoyens juifs et arabes après bientôt trois années de violence et de terrorisme palestinien incessants.

Une nouvelle atmosphère plus accommodante, qui est sûrement le résultat direct des nouvelles réalités stratégiques mondiales, a placé le terrorisme sur la défensive, alors que les forces de modération et de stabilité commencent à regagner du terrain après tant d'années de tyrannie et de peur.

Dans le cadre des efforts israéliens, l'objectif de ma rencontre avec mes homologues européens, la semaine prochaine, sera de promouvoir ce calendrier commun.

Israël est persuadé que l'Europe peut et doit constituer un vrai partenaire dans l'effort de paix mené actuellement par les Etats-Unis et qu'elle a beaucoup à offrir ainsi que beaucoup à gagner de la réussite de cet effort. Comment exploiter ce potentiel ?

Tout d'abord, il faut accepter le fait qu'il n'y a pas de raccourcis sur la route de la paix. L'expérience des dix dernières années nous a enseigné qu'aucun accord de paix n'est viable si des éléments hostiles poursuivent librement leurs actes de haine et de destruction. C'est pourquoi, l'exigence de démantèlement des organisations terroristes palestiniennes constitue l'obligation majeure des Palestiniens dès la première phase de la "feuille de route" élaborée par le Quartet (Union européenne, Etats-Unis, Russie, ONU).

Les implications politiques pour l'Europe, parrain de la "feuille de route", sont claires : il s'agit de veiller à ce que l'Autorité palestinienne respecte son engagement de confisquer les armes et de démanteler les organisations terroristes. Il s'agit aussi de prendre des mesures sur son propre territoire afin de mettre hors la loi le Hamas et le Djihad islamique, ainsi que les autres mouvements terroristes palestiniens, en coupant court à tous leurs moyens de financement. C'est en travaillant avec le nouveau gouvernement palestinien que l'Europe pourra renforcer ces mesures en établissant des infrastructures sociales viables qui pourront servir le peuple palestinien au lieu de la campagne de haine dirigée contre Israël.

La récente diminution d'attentats terroristes contre les Israéliens, consécutive au cessez-le-feu unilatéral des Palestiniens, a conduit certains à penser qu'il est superflu de suivre à la lettre la "feuille de route". Permettez-moi de dire qu'ils se méprennent. Laisser intacts le Hamas et les autres organisations terroristes reviendrait à remettre les vies de nos citoyens, ainsi que tout l'effort de paix, entre les mains des terroristes eux-mêmes.

En second lieu, il faudra également lutter contre les Etats et autres éléments qui financent et donnent leur aval au terrorisme. Il est insoutenable que des Etats tels que l'Iran et la Syrie, ainsi que des éléments notoires émanant des rangs de l'Autorité palestinienne, puissent continuer à jouir de la légitimité internationale tandis qu'ils poursuivent activement leur politique destinée à faire échouer la "feuille de route". Il n'y a pas de place pour l'occupation syrienne au Liban, dans le nouvel environnement régional au Proche-Orient. Pas de place non plus pour le refuge accordé par la Syrie aux organisations terroristes palestiniennes ou pour sa protection du Hezbollah. On ne saurait non plus tolérer la protection active et continue de l'Iran envers les actions terroristes dirigées contre Israël ni sa volonté de développer des armes de destruction massive qui menaceraient non seulement Israël, mais tout le Proche-Orient ainsi que l'Europe.

Cependant, certains signes récents nous encouragent et nous laissent à penser que la position européenne traditionnelle sur ces sujets est en train d'évoluer, mais beaucoup reste encore à faire.

En troisième lieu, Israël souhaite maintenant que l'Europe montre l'exemple en élaborant un nouveau langage d'acceptation sur la scène palestinienne ainsi que dans un contexte régional et international plus large. Si nos efforts de paix ont une quelconque chance de réussite, cette culture de la haine doit être remplacée par une culture de la paix. Le nouveau gouvernement palestinien s'est solennellement engagé à mettre un terme à
l'incitation officielle contre Israël. La récente baisse de l'incitation à la haine est encourageante, mais il y a encore beaucoup à faire. Nous attendons de l'Europe qu'elle assiste l'Autorité palestinienne dans ces efforts.

Il serait temps également que l'Europe agisse en vue de débarrasser l'ONU de ses comités anti-israéliens et des résolutions unilatérales qui ne servent qu'à perpétuer le conflit.

La volonté de l'Europe d'oeuvrer pour une paix viable et durable au Proche-Orient doit passer aussi par son engagement à la reprise des liens diplomatiques entre Israël et les pays arabes, où l'incitation rampante contre Israël doit prendre fin. L'instauration d'un climat international dans lequel les citoyens apprennent, à l'image de leurs dirigeants, non pas à haïr mais à accepter leurs voisins, est un élément essentiel dans la transformation des modèles destructeurs du passé pour construire l'avenir.

Finalement, l'Europe peut contribuer à la paix par le biais de la coopération bilatérale et multilatérale dans la sphère civile. Des projets européens pour promouvoir la création d'emplois, encourager les investissements étrangers et construire des capacités stratégiques, économiques et sociales dans des domaines essentiels tels que la gestion des ressources de l'eau, de la santé et de l'éducation -- autant de charnières critiques pour un avenir meilleur auquel nous aspirons.

Israël est prêt à faire de son mieux pour promouvoir ce calendrier de paix. Nous souhaitons travailler de concert avec nos partenaires européens afin de s'assurer que l'opportunité actuelle de paix ne nous échappe pas. Si nous réussissons, tous les peuples du Proche-Orient et d'Europe en seront bénéficiaires.

(Sylvain Shalom est ministre des affaires étrangères d'Israël.)

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La Vérité sur la Trève
Ehud Ya'ari
Jerusalem Report, 14 juillet 2003

Un cessez-le-feu est une mauvaise formule pour combattre le terrorisme. Il donne à un ennemi meurtrier l'immunité, un statut et l'occasion de regrouper ses forces et de se réarmer. Il n'implique pas un aboutissement décisif, encore moins une victoire, mais au mieux un genre de mise en suspens, une reconnaissance d'une possibilité de mettre un terme au le conflit.

C'est précisément ce qui est offert à Israel par "Le Commandement National Unifié Par Intérim," qui unit l'Autorité Palestinienne au Fatah, au Hamas et aux autres organisations réjectionistes. C'est une sorte de supra-structure qui servira de source suprême d'autorité pour la conduite de la période de trêve. Elle est entièrement en dehors de l'AP, et même en dehors du Fatah. Cela en fait un leadership qui est, ab initio, exempt du joug des engagements de l'AP, y compris de ceux auxquels cette dernière s'engagera dans tout nouvel accord susceptible d'être atteint avec l'Israel par la médiation américaine.

En dépit de tous ces vices de forme, le cessez-le-feu est la seule et unique méthode permettant de pacifier la cruelle confrontation. Malheureusement mais également indiscutablement, il n'y a tout simplement aucune autre manière d'arrêter la violence.

Ainsi la recherche d'un cessez-le-feu stable est actuellement la seule option, et même ceux qui tempêtent contre cette idée le comprennent. Car en effet, tout bien pesé, sans cessez-le-feu, l'armée devrait accomplir, sous la guidance du Shin Bet, quelque chose que personne en Israel ne souhaite entreprendre : réoccupez la bande de Gaza et ses 1.2 million de résidants, afin de briser les réseaux du Hamas et de ses alliés comme cela a été fait en Cisjordanie avec un succès certains, mais, comme nous le savons, incomplet.

Concrètement parlant : Quelles seront les règles de ce cessez-le-feu entre le Hamas et Israel, avec la médiation de l'AP, sous le patronage égyptien et avec le consentement américain ?

Le Premier Ministre Ariel Sharon insiste sur le fait que le cessez-le-feu ne soit qu'un intermède sans plus d'une durée de quelques semaines, préalable au désarmement du Hamas. Ainsi que le directeur du Shin Bet Avi Dichter l'a dit à Condoleezza Rice, le Hamas et le Jihad islamique dans la bande de Gaza ont un total de 600 à 1.000 hommes armés. Ce n'est en aucune façon une milice de masse, et les 20 à 30.000 membres des diverses forces armées de l'AP devraient être capables de s'en occuper rapidement et efficacement.

Cependant, les accords de cessez-le-feu atteints entre le Premier Ministre de l'AP Mahmud Abbas (Abu Mazen) et le Hamas sont basés sur le principe de la prévention des désaccords intra-Palestiniens, sur la sanctification du "droit à résister à l'ocupation" et à l'inclusion du Hamas dans le processus décisionnel. En d'autres termes, du point de vue palestinien, le cessez-le-feu serait une manière de permettre au Hamas, comme le dit le Dr. Mahmoud Al-Zahar, un des ses leaders : "De remettre l'épée dans son fourreau sans la casser."

Tandis que les Palestiniens voient le cessez-le-feu comme moyen de maintenir la menace de la terreur du Hamas, la position israélo-américaine est que le cessez-le-feu devrait être une étape sur la voie de la destruction du potentiel terroriste du Hamas. Ce cap ne peut être franchi que par une politique ferme de la part d'Abu Mazen, politique qui viserait à inclure le Hamas et, simultanément, à le désarmer. Ce qui signifie convertir le Hamas en un mouvement politique désarmé, à la manière de ce que beaucoup avaient rêvé et rêvent encore à propos du Hizballah au Liban.

Au stade où en sont les choses :

A. Abu Mazen manque de la détermination nécessaire à faire suivre ses déclarations par des actes. Avec le chef de la sécurité Muhammad Dahlan, ils deviennent rapidement plus faible, en dépit des coups de pouces des Américains.

B. Le Hamas n'a aucune intention de faciliter sa propre castration par un cessez-le-feu. Son plan est d'exploiter celui-ci pour améliorer la portée de ses fusées et la puissance de ses explosifs et pour reconstruire la structure de commandement en Cisjordanie.

C. Israel n'a aucune intention de détourner le regard de ce processus de réorganisation, et s'il n'effectue pas "des frappes ciblées," il dénoncera sûrement avec amèrtume et de sa voix la plus forte cette exploitation du cessez-le-feu pour la préparation d'un autre round de violence sanglante.

Il me semble que la conclusion évidente peut se résumer comme ceci : Le cessez-le-feu pourrait produire une nouvelle donne dans cette confrontation. Dès le moment où les Palestiniens posent les armes, ou du moins enclenchent les crans de sureté, il leur sera difficile de recommencer à les employer de si tôt. L'effort lors de laprochaine étape devra donc se concentrer sur la conservation du calme et sur la prévention du carnage de la part des deux côtés, tout en contraignant le Hamas et ses affidés. Un cessez-le-feu n'est rien de plus, une trêve provisoire et pas un armistice, et certainement pas un prélude à la paix.

Ce n'est pas non plus un prélude à un état palestinien avec des frontières interimaires, comme le réclame le "plan de route", mais plutôt à une administration palestinienne qui aurait un authentique effet sur le terrain. En d'autres termes, le cessez-le-feu décidera du destin de l'AP longtemps avant que ses chances de devenir un état ne soient même discutées.

(Traduction par le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient à Bruxelles. S'inscrire : CID-DemocratieMoyenOrient-subscribe@yahoogroupes.fr.

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Numéro 88 • vendredi le 18 juillet 2003

Aveugles défenseurs occidentaux
de la cause palestinienne

Martin Peretz
Los Angeles Times, 23 juin 2003

Traduction française de Menahem Macina pour Union des Patrons
et des Professionnels Juifs de France (UPJF). Site internet: http://www.upjf.org

Aux temps modernes, chaque révolution manquée a eu ses "compagnons de route", phénomène difficile à définir, mais facile à reconnaître. Picasso en fut un; Jean-Paul Sartre, un second; Henry Wallace, vice-président de la FDR, un troisième. Deux ou trois décennies plus tard, Susan Sontag [1] ira de sa diatribe contre les brutaux utilisateurs de l'âme et de la société.

Il y a eu des dizaines de milliers de ces 'experts', aux Etats-Unis et ailleurs en Occident. Et les révolutions de gauche n'avaient pas le monopole du label "compagnon de route". Dans les années 30, il y avait bon nombre de "compagnons de route" du nazisme. Trop: Charles Lindbergh, Ezra Pound, le duc de Windsor, et beaucoup d'autres. Beaucoup de ces "compagnons de route" sont allés avec enthousiasme d'un communisme délabré à l'autre, à la chaîne - de l'Union soviétique à la République populaire de Chine, à Cuba castriste et au Vietnam, puis au Nicaragua sandiniste, sans jamais se rendre compte qu'ils éprouveraient bientôt le besoin de passer encore à autre chose. Mais ils continueraient à bouger, équipés, comme toujours – comme l'a dit l'écrivain David Caute - de leur arsenal habituel, "de leurs verres à double foyer, de leurs 'deux poids deux mesures', de leur myopie romantique"...

C'est l'historien politique britannique David Pryce-Jones qui, le premier, je crois, a fait la comparaison entre les anciens "compagnons de route" et les nouveaux, entre ceux qui avaient une conception romantique des Soviétiques et ceux qui, aujourd'hui, ont la même attitude à l'égard du terrorisme palestinien (et islamique). Non que tous les Palestiniens soient des terroristes, tant s'en faut - quoique les sondages révèlent une proportion accablante de défenseurs du terrorisme. Mais le terrorisme s'avère être le paradigme de la cause palestinienne. Ainsi, c'est un terrorisme que soutiennent les professeurs d'université américains et britanniques qui exigent que leurs établissements bycottent les sociétés qui investissent en Israël. Et c'est un terrorisme que soutiennent des scientifiques et autres universitaires qui invitent à boycotter des institutions israéliennes et les intellectuels qui en font partie.

Il semble que ces pèlerins de la politique d'origine étrangère, favorables à la cause palestinienne, soient presque toujours attirés par ceux dont la vocation même est la terreur. Prenez, par exemple, le Mouvement de Solidarité Internationale [ci-après MSI], une organisation non gouvernementale installée à Gaza. Les deux musulmans britanniques recrutés par le Hamas, qui ont fait sauter le Mike's Place, un cabaret de blues de Tel Aviv, sont entrés et sortis d'Israël à partir des territoires [du futur Etat palestinien]... aidés par des militants du MSI. Sur son propre site Web, le MSI reconnaît qu'il soutient le droit des Palestiniens à "une lutte armée légitime". Cela n'a pas empêché une grande partie de la Presse de qualifier cette organisation de "pacifique". Il n'y a rien de surprenant au fait que Linda Gradstein, correspondante à Jérusalem de la NPR [Radio Publique Nationale] (largement connu aujourd'hui sous le nom de 'Radio Nationale de Palestine'), en fasse partie. Dans l'émission "All Things Considered" ['Au vu de la situation'], elle a pu tranquillement définir MSI comme "engagé dans une résistance non violente". Tout de même, ce mouvement ne peut être engagé dans la violence et dans la non-violence. Ce n'est d'ailleurs pas le cas. Ses activités sont en phase avec les besoins du Hamas. Il met en scène des événements médiatisés pour le compte de ces milices d'assassins, et il arrive que ses propres volontaires soient blessés - voire tués, comme une Américaine l'a été par un bulldozer israélien… [2]

Concédons, comme je le fais, que les Palestiniens ont besoin d'un Etat... Mais pourquoi la cause de la Palestine indépendante doit-elle être claironnée par des idéalistes et des moralistes internationaux? Après tout, il y a dans le monde des dizaines de nations et de peuples historiques... qui sont apatrides et sans pouvoir. Il y a, vivant parmi les Arabes eux-mêmes, les Berbères et les Kurdes... Même en Europe, lieu de naissance de l'Etat-nation, il y a des nations privées d'indépendance. Est-ce que, conjointement aux peuples apatrides - plus nombreux encore - d'Asie et d'Afrique, elles ne méritent pas la solidarité et le soutien à l'obtention de leur indépendance? Qu'y a-t-il de si spécial, dès lors qu'il s'agit des Palestiniens ?

En fait, rien. Sauf que leurs voisins sont les Juifs. Il n'y a certainement aucune raison de croire que la Palestine indépendante constituera une avancée morale par rapport aux autres Etats depuis longtemps indépendants et - au mieux - par rapport aux Etats autocrates du monde arabe, dont certains sont barbares. La vérité est qu'aucun personnalité ayant une audience en milieu palestinien n'a jamais exprimé une vision de la Palestine basée sur une conception de la justice sociale, sur un nouveau rapport entre classes, parmi les clans et les tribus, et entre sexes. Croyez-moi, la Palestine ne sera pas un état démocratique, parce que la Palestine n'est pas une société démocratique, ni tolérante. Cela contraste durement avec l'entreprise sioniste, qui avait de vraies conceptions idéalistes à propos de la manière de traiter les êtres humains et les divergences politiques - idéaux qui sont devenus des réalités.

Ce contraste n'est pas une abstraction. Près d'une décennie de gouvernement palestinien dans la Rive Occidentale et la Bande de Gaza, entre 1976 et 1982, et six ans de gouvernement palestinien au sud-Liban, nous permettent d'en juger par l'expérience. Il n'y a aucun mystère sur la manière dont fonctionnent ses tribunaux, ni sur la manière dont sa Presse est manipulée et terrorisée. Personne ne se figure réellement qu'il existe, en Palestine, une justice indépendante, ou une presse vraiment libre et concurrentielle. Et bien que les Palestiniens travaillent très dur, rien ne les encourage à rêver à quoi pourrait ressembler une économie productive et équitable. L'avenir que l'on voit se profiler est celui d'un corporatisme corrompu, contrôlé par ceux qui détiennent le pouvoir politique.

La Palestine aura bientôt son expression politique en accédant au statut d'Etat. Le jour où cela se produira, des tirs retentiront dans toute la rue arabe – ce qui apparaîtra au reste du monde comme une manière spécifique de célébrer l'évènement... Et le lendemain, il n'y aura guère de désillusion, car rien de vraiment essentiel n'a jamais été promis, ni même envisagé. La dictature imposera ses règles à la Palestine indépendante, comme elle l'a fait durant sa longue lutte. Les conflits entre citoyens suivront, et il est probable qu'une autre dictature remplacera la précédente.

Et les frontières de la Palestine ne seront pas tranquilles.

Mais, d'ici là, les "compagnons de route" de la révolution palestinienne s'en seront allés, certains en quête d'autres causes, la plupart (comme les anciens des années '60) caressants leurs grisants souvenirs, pour les raconter à leurs enfants.

Souvenirs et mensonges enivrants.

(Martin Peretz est rédacteur en chef de New Republic.)

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Notes de la Rédaction d'upjf.org:

[1] Grande figure de la gauche intellectuelle américaine. Susan Sontag avait exprimé son allergie au patriotisme américain après les attentats du 11 septembre 2001, ce qui lui avait valu des menaces de mort. Pour un bref aperçu de ses convictions idéologiques en matière de politique, lire l'article récent : "Les démons de l'Amérique". Voir aussi son site : http://www.susansontag.com/.

[2] Il s'agit de Rachel Corrie.

© New Republic pour l'original anglais, et upjf.org et Menahem Macina, pour la version française

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Numéro 87 • vendredi le 11 juillet 2003

LE PRET-A-PENSER D'EXTREME-GAUCHE SUR ISRAEL
Jean-Charles Chebat
Le Devoir, 8 juillet 2003

Vos prétendus «faits universellement connus» [énoncés dans une lettre publiée le 27 juin dans Le Devoir] sont des accusations partisanes, et vos arguments l'écho des cris de haine venus de Durban. Décevant de la part d'un professeur d'université, dont on peut attendre une pensée originale et fondée.

Vous avancez qu'Israël est un «État religieux». Voilà qui est d'un ridicule sinistre. La Constitution d'Israël en fait un «État laïque et reconnaît quatorze confessions», le judaïsme, l'islam, la religion bahaïe et les différentes formes de christianisme. Avez-vous jamais visité les écoles d'État israéliennes ? Elles sont laïques, comme tout le reste de l'appareil de cet État construit par des juifs socialistes, généralement marxistes, à peu près tous athées. Ils auraient eu bien de la difficulté à respecter eux-mêmes les lois religieuses dont vous dites qu'ils voulaient les imposer comme loi fondatrice. Ce qui contraste quelque peu avec les 22 États arabes, qui font de l'islam la religion officielle, y compris dans la prétendue Algérie socialiste de Boumédiène. Mais cela vous laisse indifférent.

Au moins 70 % de la population juive d'Israël ne pratique pas, ou peu, la religion juive. Ceux qui ont vu ce pays ont aussi vu les transports publics rouler le samedi et les femmes vêtues selon leur gré. Cela contraste avec la police religieuse qui, en Arabie Saoudite par exemple, interdit aux femmes de conduire et vérifie si leurs vêtements sont conformes à la charia, pour ne pas parler des meurtres d'honneur commis contre les femmes soupçonnées de comportements contraires à cette charia. Mais cela n'a jamais atteint votre chatouilleux sens de la justice.

De plus, 20 % des citoyens d'Israël ne sont pas juifs. Ils sont arabes, de confession musulmane, chrétienne, druze ou autre, et sont restés sur leur territoire après la guerre d'indépendance de 1948. Les druzes, les bédouins et les circassiens servent dans l'armée, comme tous les Israéliens. Les conditions matérielles des Arabes israéliens et leurs droits politiques et syndicaux n'ont aucune commune mesure avec ceux des Arabes en général. Ce qui est bien différent du sort des Kabyles d'Algérie, étrangers sur la terre dont ils sont les autochtones, incapables d'y faire reconnaître leur langue, du sort des noirs chrétiens ou animistes du Soudan, écrasés par l'État islamiste, ou du sort des Tchéchènes, laminés par ce qui reste de la machine de guerre soviétique. Vous n'en parlez pas.

Vous discourez sur Allon et vous élaborez une mirifique théorie d'un complot ourdi de longue date par la gauche israélienne. En fait, Ygal Allon est le pur produit de l'éducation des kibboutz marxistes (Achdut Avodah). Il serait le dernier à se préoccuper de questions religieuses, tant pour des raisons idéologiques que stratégiques. Le Plan Allon, conçu après la guerre de 1967, consistait à s'aligner rigoureusement sur les résolutions 242 et 338. Il proposait un échange de territoires contre la paix. Votre bonne foi dans ce dossier serait plus claire si vous rappeliez des «faits universellement connus» : le colonel Gamal Abdel Nasser, dictateur égyptien de 1954 à 1970, avait conclu avec la Syrie et la Jordanie une alliance militaire visant explicitement à la destruction totale d'Israël, alliance à laquelle se joignirent l'Irak, le Maroc et l'Arabie. Israël ne fit pas une guerre de conquête, mais une guerre d'autodéfense. Comme le prévoit le droit international, les territoires perdus par les agresseurs sont acquis par le pays vainqueur. Ainsi, dois-je vous le rappeler, par le Traité d'Helsinki, l'Allemagne post-hitlérienne a définitivement perdu des territoires cédés aux pays qu'elle avait agressés lors de la Deuxième Guerre mondiale. Vous n'en parlez pas non plus.

Le Plan Allon aurait pu instaurer la paix dès 1967. Il fut rejeté, non par les «expansionnistes» juifs mais par la Ligue arabe au sommet de Khartoum en 1968. Ce fut la «doctrine des trois non» : non à la reconnaissance d'Israël, non à la négociation, non à la paix. Mais pour vous, Israël est le fautif. Certes, le ridicule ne tue plus.

Si je suis correctement les arcanes de votre argumentation, vous dites ceci. La preuve de ce qu'Israël est un État ségrégationniste est qu'Allon et Weizmann préféraient un État petit et homogène à un État plus étendu et incluant les Arabes de Judée, Samarie et Gaza. En d'autres termes, «damned if you do and damned if you don't». Voilà un superbe catch 22. Si les Israéliens se retirent, ils ont tort, et ils ont tort aussi, bien sûr, s'ils restent. La casuistique que vous avez sans doute pratiquée avec art dans votre jeunesse est encore bien vivante.

Le problème de fond n'est certes pas là où vous pointez. Le Fatah d'Arafat a été créé en 1964 au Caire, trois ans avant la guerre des Six-Jours et donc la question desdits «territoires occupés». L'objectif d'Arafat était, et sans doute demeure, la destruction d'Israël. Le Fatah vient d'accepter une trêve des attentats, aveu patent s'il en fallait un qu'Arafat a été le complice sinon l'instigateur des attentats suicide qu'il dénonçait devant les caméras. Pire encore, les Martyrs d'Al-Aqsa, branche de ce Fatah d'Arafat, l'ont rejetée. Tout cela, vous le savez et ça ne vous touche pas.

Vous dites que Jérusalem Est était destinée à faire partie de l'État palestinien en 1947. C'est faux. Jérusalem devait faire partie d'un territoire sous mandat international. Cette contre-vérité en dit long sur votre pensée.

Qui du sort des juifs des pays arabes ? Ce million de juifs des pays arabes qui, en 20 ans, du Maroc à l'Irak, après de multiples massacres, ont quitté la terre natale et ancestrale où, au mieux, on leur donnait le choix entre la valise et le cercueil. Les juifs de ces pays ont subi, comme ceux d'Europe, le nettoyage ethnique. Israël est le refuge de millions de juifs persécutés non seulement en Europe mais aussi en pays arabes, soit quelque 40 % de la population d'Israël. Vous n'en dites rien.

Dans le même esprit, vous a-t-on entendu protester contre la loi allemande sur le droit au retour des descendants d'Allemands qui, n'importe où dans le monde, peuvent s'établir en Allemagne sans grande formalité ? En Allemagne, pas en Pologne ni en Tchécoslovaquie ni en France ! Le droit de retour des Palestiniens actuellement au Liban ou en Jordanie consiste logiquement à s'établir en Cisjordanie et à Gaza, pas en Israël ! S'il vous semble justifié que les Palestiniens s'établissent en Israël, pourquoi alors ne défendez-vous pas le droit de ceux que vous appelez des colons juifs à s'établir en Cisjordanie et à Gaza ?

Toujours par analogie avec l'Allemagne, vous comparez le mur de Berlin à celui que construisent les Israéliens. Celui de Berlin servait à empêcher les Allemands de l'Est de sortir pour rejoindre le monde libre. Celui que construisent les Israéliens vise à les protéger de l'entrée de terroristes palestiniens, qui ont déjà assassiné trois fois plus de citoyens que la guerre des Six-Jours n'a fait de morts parmi eux. À part la quantité de briques, il n'y a pas de lien essentiel entre ces murs et ce n'est pas votre article qui nous éclairera sur cette analogie.

De même, dans cette nouvelle Allemagne dont personne ne remet en question le caractère démocratique et laïque, les contribuables paient, nolens volens, des impôts à l'Église (au passage, ce n'est pas le cas en Israël). Cela vous choque ? Nous attendons avec impatience vos écrits indignés sur ces pratiques allemandes.

Votre argument central, à savoir que la démocratie est une condition nécessaire à la paix, est absurde. S'il avait un sens, il faudrait nier le droit à la paix non seulement au Moyen-Orient, mais aux trois quarts de l'humanité qui vit sous l'oppression de dictatures. Bien plus, il vous faudrait approuver d'enthousiasme l'objectif du président George W. Bush d'instaurer de vraies démocraties en Syrie, en Irak et en Iran. Vous étiez sans doute des manifestations qui ont dénoncé ces dictatures, n'est-ce pas ?

Si Israël, pays de six millions d'habitants, entouré d'un milliard trois cents millions de musulmans, veut protéger son identité juive, cela vous semble démontrer son caractère d'apartheid. Autre argument ridicule. Qui, au Québec, même parmi les plus fédéralistes, oserait s'opposer aux lois sur l'immigration donnant au seul gouvernement francophone de ce continent anglophone la capacité de choisir ses immigrants ? Vous ?

Vos analyses sont toutes faites, du prêt-à-penser importé de Durban.

(Jean-Charles Chebat est Professeur, École des hautes études commerciales.)

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copyright d'upjf.org.

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UNE GAUCHE QUI SE TRAHIT ELLE-MEMR,
EN TRAHISSANT LA DEMOCRATIE

Pilar Rahola
Primo-Europe, adapté d'une conference de Paris à l'UNESCO

" Il y a trois choses qu 'Allah n'aurait jamais dû créer : Les Perses, les Juifs et les mouches. "

Cette phrase, si on la lit telle quelle, cette phrase, que Saddam Hussein contraignait les enfants d'Irak à répéter, nous paraìt grotesque et , bien entendu, barbare.

Dans notre Europe civilisée et arrogante, nous ne dirions jamais une telle chose :

Nous, nous n'avons rien contre les Perses, ni contre les mouches. Je dirais même plus : les mouches sont gênantes, mais elles font tellement partie de notre environnement, qu'elles ont fini par nous être chères; les Perses, quant à eux, nous sont sympathiques.

Nous pouvons donc respirer tranquillement : le seul lien que nous ayons avec Saddam Hussein, c'est la haine contre les Juifs.. Serait-ce cette haine qui a poussé tant de manifestants à brûler des drapeaux portant l'étoile de David, pendant qu'ils criaient des consignes en faveur de Saddam ?

Serait-ce la Judéophobie, le point symbolique commun autour duquel Arabes et Européens se rencontrent, se reconnaissent et s'apprécient ?

Est-ce cette même judéophobie qui convertit un despote corrompu et violent comme Arafat en un résistant romantique ? celle qui transforme le nihilisme terroriste palestinien en une espèce de nouveau courant libérateur épique ?

Ici et aujourd'hui , j'affirme que, pour son malheur notre continent dualiste a été capable de créer les bases de la démocratie pour le monde, en même temps que les termites les plus actifs qui ont tenté de les détruire: le stalinisme et le fascisme; j'affirme que nous revenons vers nos propres démons : à ce jour, sur les bases du vieil antisémitisme exterminateur qui correspond à notre pensée collective la plus profonde, nous sommes en train de construire un antisémitisme nouveau, actif et pervers : " un antisémitisme sans Juifs .. " comme dirait Paul Lendvaï. Le phénomène est en élaboration, en parallèle avec deux attitudes complémentaires, toutes les deux suicidaires, l'antiaméricanisme et l'indifférence devant l'apparition et la consolidation d'un nouveau totalitarisme : l'intégrisme islamique.

Triple sont donc les flèches qui se tirent dans une même direction préoccupante : la conformation d'une pensée unique européenne, capable de mobiliser les rues et les consciences d'Europe, et qui se dresse en forme de piliers destructeurs.
Le plus grave, à mon avis, et de par mes convictions de militante progressiste, c'est que cette pensée unique est de gauche.

De gauche, vient le nouvel antisémitisme européen, camouflé en antisionisme ;

De gauche, est le panarabisme romantique qui aboutit à la minimisation du terrorisme ;

Et, partagé avec une certaine droite, de gauche, est le féroce antiaméricanisme que nous subissons.

Si nous sommes d'accord pour que ce soit la gauche qui représente avec prestige les idées de notre société et que ce soient les intellectuels de gauche qui soient reconnus comme défenseurs du progrès, alors nous sommes d'accord pour reconnaître que nous avons un grave problème. Parlons-en, du nouvel antisémitisme et des deux pattes poilues qui accompagnent le monstre.

Les néo-antisémites ne se reconnaissent pas comme tels. L'antisémitisme est une expression classique de l'extrême droite, et, par conséquent, la gauche la repousse, la hait et la renie. Les parapluies de l'antisionisme, par contre, ou plus directement de l'anti-israëlisme, sont beaucoup plus faciles à porter, ils protègent bien de la pluie de la critique et ils permettent un déguisement intellectuellement digestible. Martin Luther King prononça cette phrase en 1967 dans sa lettre à un ami antisioniste . " Les temps ont rendu impopulaire la manifestation ouverte de la haine contre les Juifs. Dans ce cas, l'antisémiste cherche de nouvelles formes et des lieux où pouvoir installer son venin. Maintenant, il le cache derrière un masque nouveau .... Maintenant, il ne hait pas les Juifs, il est seulement antisioniste ! "

36 ans après, la phrase est plus actuelle que jamais, de manière que l'antisionisme et la démonisation féroce d'Israël se sont transformés en une obligation morale de la pensée de ceux de gauche. Comme si dans le catéchisme non écrit de la gauche, il existait un dogme inébranlable : ou tu es antisioniste ou tu n'es pas de gauche. Moi-même, dans mon pays, je suis expulsée du paradis de la gauche, par les gourous du dogme, chaque fois que je ne prêche pas le tir intellectuel vers le Juif.

Pardon, sioniste ! pardon, israëlite !

Ou est-ce que ce n'est pas la même chose dans la grammaire antisémite ?

Le résultat est celui que nous avons devant les yeux : dans son expression la plus tangible, la douloureuse agression subie par les communautés juives en plusieurs pays. En commençant par des vétos personnalisés - je pourrais en dire beaucoup sur ce qui se passe en Espagne - et en allant jusqu' à la violence physique, comme celle que les Juifs pacifistes ont soufferte dans la célèbre manifestation de Paris. Mais le plus profond de l'antisémitisme se situe dans le coeur de la Terre Sainte et a pour cible Israël. Israël est, aujourd'hui, une authentique obsession de la gauche européenne et aussi l'exemple le plus important des tics fascistes que la gauche peut présenter.

Voici donc les accusations que je porte :

Manipulation en ce qui concerne l'information.

Criminalisation de la légitimité de l'état d'Israël.

Minimisation des victimes juives.

Banalisation de la Shoah.

Et indifférence ou applaudissements devant les actes de destruction terroristes de l'intégrisme...

Voici le nouvel antisémitisme:

- celui qui n'est pas horrifié du fait que le « Mein Kampf » de Hitler, ou les abominable « Protocole des sages de Sion » soient best-sellers dans le monde arabe.

- celui qui répète les vieux topiques à propos des juifs, spécialement à partir d'exposés intellectuels.

- celui qui tombe amoureux de l'épique totalitarisme du terrorisme palestinien , muni d'un antiaméricanisme pathologique; Celui là s'inhibe devant le danger de l'intégrisme islamique.

- Celui qui a trouvé, dans l'excuse d'Israël, un nouveau parapluie pour canaliser un vieux démon.

Je finis, donc, avec cette conviction. Le casse-tête de l'antisémitisme est en train de se construire à nouveau. Voici les pièces :

- Première pièce : le subconscient européen, résistant aux leçons de l'histoire et réfractaire aux vaccins qui essayèrent de tuer définitivement le virus antisémite. L'Europe s'est défaite de sa peau juive, mais elle ne s'est pas défaite de sa vieille haine.

- Deuxième pièce : un néo-catholicisme populiste, plus ou moins extrême, qui s'établit aussi, sur une base judéophobe.

- Troisième pièce : une pensée de gauche qui, sans avoir fait la paix avec son passé totalitaire, tombe amoureuse de nouvelles épopée totalitaires, également. Elle établit ainsi les bases de l'antisémitisme le plus dangereux qui puisse exister aujourd'hui en Europe. Dangereux, parce que la Gauche lui donne du prestige, lui donne une couverture intellectuelle et l'arme idéologiquement.

- Quatrième pièce : l'antiaméricanisme européen, dérivé du double complexe que l'Europe traîne avec elle : Un grand complexe de supériorité, pas en vain : c'est le visage de la modernité, et un énorme complexe d'infériorité, puisqu'elle est incapable de résoudre une seule de ses tragédies. Bien entendu, l'antiaméricanisme est, par définition, antisioniste.

- Cinquième pièce : l'intégrisme islamique, idéologie totalitaire et nihiliste, clairement ennemi de la modernité, et dont la base fondamentale est l'antisémitisme. Affirmer que 1.200 millions de musulmans vivent sous des tyrannies théocratiques ne facilite en rien la lutte contre la judéophobie.

Territoire commun, alors, de plus d'un dogmatisme manichéen, la judéophobie actuelle trouve de nouveaux camouflages, elle grandit et s'installe. Aujourd'hui, ici, devant l' UNESCO, protégée par cet exemple d' héroïsme, de ténacité et de dignité qu'est le Centre Simon Wiesenthal, j'accuse la Gauche européenne, ma Gauche, d'être la couverture intellectuelle du nouvel antisémitisme qui existe en Europe. Une Gauche qui se trahit elle-même, en trahissant la démocratie.

Ces temps derniers, en Europe, être Juif commence à être difficile. Et pourtant, l'Europe la plus européenne qui n'ait jamais existé , c'est l'Europe juive. Notre tendance au suicide est certainement pathologique. Je le dénonce parce que je suis Européenne, et, comme telle, je me sens juive devant l'antisémitisme, unique position morale qui rachète un Européen de son passé de honte.

(L'écrivain est ex-députée du Parti Socialiste Espagnol)

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Numéro 86 • vendredi le 4 juillet 2003

Cette fois, ça a commencé !
Stéphane Juffa
Metula News Agency, 2 juillet 2003

Il y a vingt jours à peine, l’AFP enfonçait ses derniers clous dans le cercueil de Mahmoud Abbas. Dans une dépêche datée du 12 juin, l’agence-porte-parole-officieuse de la compréhension politique internationale de messieurs Chirac et de Villepin, sous le titre "La flambée de violence affaiblit encore la position de Mahmoud Abbas", expliquait, témoignages et analyses à l’appui : "que sa "situation apparaissait jeudi presque désespérée. Abou Mazen est dans une position très délicate actuellement et pourrait se retrouver complètement sur la touche"...

Parce que l’information, malgré ce que ces gens s’obstinent à en faire, ça n’est pas n’importe quoi. A l’heure où le Premier ministre palestinien, soutenu par son parlement lors d’un débat tout ce qu’il y a de plus démocratique, marque avec son homologue israélien le premier acte concret de la mise en place de la Road Map, il faut, à nouveau, reconnaître l’excellence des sources de notre confrère Sami el-Soudi...

A l’opposé diamétral de l’argumentation de l’agence d’intoxication française, et même des médias israéliens, palestiniens et occidentaux, qui, de bonne foi (eux) se montraient pessimistes lorsqu’ils rendaient compte des premiers entretiens Abbas-Sharon, el-Soudi affirmait au contraire que ceux-ci avaient été excellents et qu’ils avaient permis aux partis de conclure des accords déterminants en vue de la mise en chantier de la Carte routière.

Il y précisait, encore, que les gouvernements israéliens et palestiniens faisaient l’économie de déclarations ronronnantes, par égard à la sensibilité de leurs opinions respectives. On comprend bien, à la Ména, qu’avant de formuler à nouveau des espérances à l’endroit des populations meurtries par des années de conflit et par deux ans et demi de confrontation sanglante, il fallait bétonner ces espérances par des synchronismes parfaitement au point.

Outre le besoin d’épargner les opinions publiques, il était préférable de ne pas jouer les fanfarons afin de ne pas donner aux nombreux ennemis de la solution des deux Etats pour deux peuples, l’occasion de saboter les projets en cours.

La nouvelle coordination entre les gouvernements israéliens et palestiniens a correctement fonctionné. Preuve en est les centaines d’heures de travail passées à élaborer les détails du transfert du contrôle de Gaza et de Bethlehem des Israéliens aux Palestiniens. Preuve en est aussi la discrétion qui a entouré l’effort des équipes de sécurité du général Mofaz et du colonel Dahlan.

Mais s’il existe des raisons de se féliciter de cette avancée, ses péripéties ont fourni de nouvelles occasions de constater que la couverture médiatique des événements de notre région est terriblement défectueuse et qu’elle est généralement réalisée par des confrères à l’entendement imperméable à tout ce qui dépasse le premier degré. Des collègues et des agences concurrentes, qui, faute de pouvoir saisir ce qui se déroule ici, se laissent volontiers gruger par les propagandes à bon marché, lorsqu’ils n’interprètent pas des faits divers sans importance, comme s’ils constituaient des événements à portée stratégique.

Cordialité et transparence dans le bureau d’Ariel Sharon

Hier, pour la première fois depuis la conférence d’Akaba, les deux gouvernements avaient une information tangible à faire connaître à leurs peuples respectifs. Après quelques heures de discussion, vouées d’ailleurs entièrement aux étapes à venir dans l’exécution de la Road Map, les deux Premiers ministres s’adressaient aux journalistes pour leur dire leur détermination à progresser ensemble et pour leur dire aussi, que les Palestiniens et les Israéliens avaient désormais des raisons d’espérer en l’avenir.

Durant les débats à huit clos, les ministres des deux délégations, largement mélangés, échangeaient chaleureusement leurs observations dans une ambiance de confiance. Et, pendant qu’au dehors les tanks de Tsahal quittaient la bande de Gaza et que des patrouilles mixtes d’officiers, dans la région de Bethlehem, préparaient la passation du contrôle sécuritaire, il semblait que les politiciens ainsi rassemblés, oeuvraient enfin pour un objectif commun.

Une anecdote ici vaut moult illustrations : Durant la discussion, un aide apporta à Sharon un billet. Les regards des Israéliens se figèrent aussitôt, craignant que la nouvelle d’un assassinat collectif palestinien ne vienne interrompre la célébration des premières réalisations communes. Un ministre israélien interrogea Sharon à voix haute : Un attentat ?

Mais Mohammed Dahlan, le ministre palestinien de la sécurité, brûla la politesse de son hôte et répondit à sa place : "C’est à moi qu’il fallait le demander. Non, croyez-moi, il n’y a pas eu d’attentat, nous avons la situation bien en mains !"

Sur un air de nouveauté
Ca n’est pas la première fois que l’armée israélienne évacue des zones palestiniennes. Les fois précédentes, ces évacuations n’augurèrent d’aucune accalmie. La dernière fois, dès que Tsahal eut abandonné Bethlehem, les Tanzim de Barghouti investirent le village chrétien adjacent de Bet Jala, pour renouveler leurs tirs contre le quartier d’habitation jérusalémite de Gilo.

Aujourd’hui, ça n’est pas pareil, me dit Sami el-Soudi au téléphone. "A l’époque, c’était Yasser Arafat qui était maître du jeu. Et ce qu’Arafat désirait le moins, c’était une accalmie véritable sur le terrain. La fin des violences, c’est aussi la fin de l’Intifada et la fin de l’Intifada c’est le retrait de vos troupes de nos villes. Et l’absence de soldats israéliens dans nos rues, cela signifiait l’inutilité du déploiement d’une force internationale d’interposition et la nécessité de négocier une paix de compromis. Tout le contraire de sa stratégie du porte-avions."

"C’est vrai", me confirme l’un des officiels israéliens qui participe aux négociations avec le gouvernement Abbas, "on sent tout le temps que ce type et Dahlan croient à la solution des deux Etats pour deux peuples. Autre différence, jusqu’à maintenant et dans l’ensemble, ils ont réalisé ce sur quoi ils s’étaient engagés et quand ils ne se sentaient pas prêts pour le faire, ils nous l’ont dit. Troisième différence, et elle change beaucoup de choses, les ténors du gouvernement Abbas tiennent toujours un discours mesuré et pragmatique ; tu ne les entendras pas, comme avec l’autre (Yasser Arafat), appeler à la guerre sainte une demi-heure après nous avoir serré la main. Il tiennent le même discours, que ce soit avec nous ou entre eux."

Tous les sujets abordés

Les deux gouvernements ont établi quatre commissions de négociations. L’une d’elle s’emploiera à contrôler la fin de l’incitation au meurtre d’Israéliens sur les médias palestiniens. Mahmoud Abbas est conscient du problème et il s’est souvent exprimé à son sujet en termes non équivoques.

Au train ou vont les choses, et à en juger par la détermination de ce gouvernement, on pourrait également voir les caricatures d’inspiration nazillonne disparaître à terme des médias de l’Autorité Palestinienne. Qui sait, il se pourrait que pour voir un Sharon baignant dans l’hémoglobine, en train, sous sa kipa, de bouffer du Palestinien casher, il faille bientôt, aux plus fanatiques antijuifs, se replier sur la presse française ?

Autre préoccupation, autre commission, celle qui doit discuter de la libération des terroristes palestiniens détenus dans les prisons israéliennes. Lors de la réunion d’hier, les hôtes arabes ont su sensibiliser les ministres israéliens sur l’acuité de ce problème dans la rue palestinienne. Il se pourrait alors que Sharon décide de libérer, outre des détenus n’ayant pas de sang sur les mains, des prisonniers purgeant des peines de longues durées. Écroués avant le début de la dernière Intifada.

Les Palestiniens ont également fait part de leur désir de voir Tsahal évacuer rapidement – on parle de cinq à six semaines – d’autres villes de Cisjordanie. On met l’accent sur Ramallah et sur Naplouse. Les Israéliens n’ont pas opposé de refus de principe sur ce thème mais ils ont souvent répété à leurs interlocuteurs, qu’ils désiraient se persuader auparavant de la capacité des hommes de Dahlan à juguler les assassinats collectifs d’Israéliens et à préserver l’ordre dans les territoires qui viennent d’être transférés.

Combattre le terrorisme
Ce matin, l’aspect des choses a changé sur le terrain. Selon Ilan Tsadik, qui s’y trouve avec son unité et selon Sami el-Soudi, il semble bien qu’il s’agisse de la fin de la seconde Intifada. "Nous leur disons où se trouvent des personnes suspectées de terrorisme et ce sont eux qui les arrêtent", témoigne Tsadik lors d’une pause. "Dès ce matin, l’armée a déjà fortement dilué ses effectifs dans toutes les régions de Cisjordanie ; on a même renvoyé des unités de réserve à la maison. C’est fou ce que les gars de Dahlan sont disciplinés", conclut notre jeune collègue.

Voilà aussi un témoignage à chaud qui répond aux interrogations qui persistaient sur la volonté du gouvernement Abbas de désarmer les organisations terroristes. "Même si personne, à nouveau, ne va le crier sur les toits, il est évident que les forces de sécurité (palestiniennes Ndlr.) vont démanteler tous les groupes terroristes. D’ailleurs le travail a déjà commencé," me dit el-Soudi. "Pour vous, ce qui importe, c’est d’empêcher les attentats mais pour nous, c’est encore plus élémentaire. Il faut qu’il n’y ait qu’un seul pouvoir qui s’exerce, une seule force de police qui soit armée, sinon nous ne pourrons pas construire notre Etat."

El-Soudi de poursuivre : "Cela fait déjà deux mois au moins que Tsahal coordonne ses éliminations ciblées des chefs terroristes avec les officiers de Dahlan. Le décret de la Houdna est un prétexte, les réseaux du Hamas et du Djihad sont totalement désorganisés, ils n’ont plus les moyens de soutenir leur campagne d’assassinats contre vous, surtout du moment que la coordination sécuritaire a été établie entre votre armée et les services de sécurité palestiniens. Crois-moi, Stéph, cela fait très longtemps que Mohammed Dahlan attendait la chance de régler leur sort à ces malades !"

Deux camps, pas plus
Ce matin, j’ai aussi visité le site d’Olivia Zemor et de son Collectif pour une paix juste et durable au Proche-Orient avant de balancer cet article. Je n’y ai trouvé aucune trace des récents accords entre Israéliens et Palestiniens, pas plus que de l’initiative Ayalon-Nusseibah...

Il n’y est toujours affiché que des appels à la haine d’Israël ainsi que des contrevérités hallucinées. Il semble que madame Zemor sache mieux que le Premier ministre palestinien, que le docteur Nusseibah et que Sami el-Soudi ce qu’est la définition d’une paix juste et durable pour les Palestiniens. Ce faisant, elle supplante sa raison de Parisienne à la leur dans un style magistral qui sonne tout à coup totalement faux.

En s’abstenant de prendre le train en marche, en objectant de savoir mieux que les belligérants où se trouve la terre promise, Zemor et ceux qui la suivent ont cette fois basculé dans le clan des éradicateurs, où il ne se trouve plus que les fanatiques mondialo-hégémonistes du Hamas et du Jihad, dont elle vente d’ailleurs les raisons sur son site Internet.

Mais le CAPJPO, dépassé, dévoilant son vrai visage, ne m’intéresse pas plus que cela. Son attitude illogique met en garde contre le risque d’une déviance encore plus grande et encore plus inexcusable que la peste de la part des médias et des politiciens français. Comme dans le cas de Zemor, les événements révolutionnaires se déroulant depuis le premier juillet entre Israéliens et Palestiniens, font l’économie de raisonnements complexes : Soit on supporte Mahmoud Abbas et son partenaire Sharon dans leur effort en vue d’édifier deux Etats pour leurs deux peuples – et cet effort implique très distinctement le désarmement des religio-hégémonistes – soit on supporte la poursuite du conflit armé jusqu’à l’éradication de l’un des adversaires.

Et mon avertissement s’adresse aussi bien aux Arabes qui ont encore du mal à envisager une présence juive souveraine entre la rivière et la mer, tout autant qu’à certains Juifs, pour lesquels c’est l’existence d’un Etat palestinien qui est intolérable, de la Méditerranée au Jourdain.

Je n’ai pas autorité à vous dire quoi penser mais je possède celle de vous mettre devant un dilemme logique : Il s’agit de décider ce qui a le plus de valeur, entre votre conviction intime ou l’opportunité de soutenir la tentative des gouvernements israéliens et palestiniens d’assécher la rivière du sang de leurs enfants une fois pour toutes. Et là, il y a ostensiblement un choix éthique à faire. Favoriser la recherche d’une solution pacifique ou combattre et jusqu’au projet de nous laisser vivre en paix. Sachez tout de même, que ce second choix ne s’épanouit qu’à l’ombre des cimetières et que tous ceux qui l’embrassent, quel que soit l’argumentaire dont ils se prévalent, participent du camp de la guerre, de la haine et de la ségrégation raciale

Aux médias et aux politiciens occidentaux, je dis : Ne faites pas la même erreur qu’avec Ehud Barak. N’antichambrez pas Mahmoud Abbas. Recevez-le au moins avec autant de faste que Chirac reçoit l’inutile profiteur Hariri, tous les mois à l’Elysée. N’oubliez pas que si la paix progresse, ce sera parce qu’Arafat a été écarté et pour aucune autre raison. Ne vous trompez pas, encore une fois, laissez-nous faire la paix qui aurait du être signée à Camp David et qui aurait pu être sauvée à l’ambassade d’Amérique de Paris.

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