Communiqué Isranet
novembre 2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 107 • vendredi le 28 novembre 2003

L’antisémitisme ordinaire à Radio-Canada
David Ouellette

Il s’en aurait fallu de peu pour que l’onde de choc du scoop du Devoir «Centraide verse un million à un organisme quarante fois millionnaire » (1er novembre) se rétrécisse en peau de chagrin. L’article, signé Kathleen Lévesque, qui remettait en question la légitimité de l’entente de coopération entre Centraide et la Fédération Appel Juif Unifié (FAJU) a été ignoré par le reste de la presse écrite. C’était toutefois compter sans la sournoiserie niaise des animateurs vedettes du radiodiffuseur public canadien, Radio-Canada.

En effet, des esprits médiocres de Radio-Canada ont saisi le torchon du Devoir et l’ont jeté un peu plus tordu en pâture à leurs auditeurs; d’abord Pierre Maisonneuve à la radio, puis Simon Durivage dans son émission Aujourd’hui. Ce dernier alla même jusqu’à affirmer avoir lu (ce que même Le Devoir ne prétendait pas) qu’un tiers de ce que FAJU reçoit de Centraide est envoyé en Israël!

Cette campagne de désinformation lancée par Le Devoir, puis poursuivie tambour battant par Simon Durivage avait de quoi séduire les antisémites : opulence (FAJU «quarante fois millionnaire », spoliation des pauvres (Durivage : « avez-vous besoin du million de dollars de Centraide? »), et finalement duplicité (l’argent collecté par Centraide servirait des causes dissimulées : armer Israël!).

Les téléspectateurs n’auront pas manqué de répondre à l’invitation à blâmer les juifs que leur a lancée Simon Durivage. À la question publiée sur le forum web de son émission « Êtes-vous satisfait de la gestion des dons de Centraide? », une meute de cybernautes ont répondu unanimement que les juifs prennent les Québécois pour des dupes et volent aux pauvres pour soutenir un État terroriste. Reste que dans cette triste affaire, ce sont des journalistes ignorants de l’éthique de leur profession qui proposent aux Québécois un marché de dupes en présentant une heureuse collaboration entre deux organisations caritatives comme une conspiration néfaste.

Nous vous proposons ci-dessous une compilation des commentaires venimeux hébergés par le forum web de l’émission de Simon Durivage. Dans le contexte d’une judéophobie globale dite nouvelle, il faut moins s’étonner de l’existence de cet antisémitisme « ordinaire » de la vieille école que du fait qu’il ne sente désormais plus le besoin de se dissimuler derrière la feuille de vigne de l’antisionisme.

(David Ouellette est journaliste et chercheur associé à ICRJ)

Commentaires postés par des auditeurs sur le site Web de Radio-Canada
suite au reportage sur Centraide
présenté à l'émission de Pierre Maisonneuve, le 3 novembre 2003

Commentaires recueillis le 4 novembre 2003

Et bien j'ai mon voyage!
Comme ça Centraide sert à financer des États terroristes!
Pendant que l'on pensait que Centraide essayait d'aider les femmes et les enfants d'ici! ... Il sert à assassiner des femmes et des enfants à l'étranger!
Yves Marineau
Montréal

Centraide avait initialement le but de centraliser et redistribuer les dons. Ça n'a jamais été le cas. Les demandes continuent d'affluer. Mais la révélation du Devoir, si elle se révèle éxacte, va porter un coup mortel à l'organisme de charité qui se fait, par l'intérmédiaire du CJS, un supporter politique et militaire de l'oppression Israëlienne en Palestine.
Georges LeSueur
St-Ambroise

Tant que la situation palestinienne sera non-réglée on ne devrait pas permettre de déductions fiscales à des organisaitons Hébraïques.
Israel viole plein de résolutions de l'ONU, c'est inacceptable.

Déjà qu'Israel est l'un des plus important pôle de blanchiement d'argent et de métaux précieux, sans compter l' évasion fiscal mondial, il ne faut pas en plus avoir à leur payer une taxe sur les dons qu'on fait ici pour les gens d'ici.

On bloque les argent des groupes Palestiniens, donc comme on est un peuple neutre on devrait faire la même chose avec les fonds hébraïques.
Michel Bisson
St-Georges

Quel horreur !
La « juiverie » du Québec a toujours été à contre courant des visées nationalistes des Québec et a toujours soutenue plus particulièrement les opinions anglo-saxonnes .

Je crois qu'une bonne partie de cet « argent propre » se retrouvera en Israel pour soutenir la répression contre les Palestiniens.

D'ailleurs , Israel boucle son budget avec les argents de la diaspora juive et les $ du sinistre oncle Georges.

Fini à tout jamias ma contribution à Centraide car je ne tiens pas à financer la « Juiverie » dans sa lute contre le peuple Palestinien.
James Longbow
Drummond

Depuis des années, les Juifs du Québec envoient entre 40 et 50 millions de dollars para année à des "oeuvres" en Israel. Comme ces sommes sont déductibles d'impôt, les Québécois, sans le savoir, subventionnent ainsi Israel!!!

Le PQ (Boulerice en tête) n'a jamais rien fait pour amender la loi. Pensez-vs que l'actuel ministre du Revenu va changer quelque chose?
Jacques Noel
Québec

Je trouve absolument scandaleux que Centraide, une organisation en laquelle nous avons confiance, verse 1¢ aux juifs!

1) Ils sont riches à craquer;

2) Ils violent continuellement les droits de l'homme;

3) Ils ont des comportements terroristes évidents contre les palestiniens mais camoufflent ça derrière une litanie de lamentations injustifiées;

4) Ils ont -volé- aux palestiniens la terre qu'ils occupent actuellement et ont depuis ce moment, prétendu qu'elle leur revenait -de droit (divin)-;

5) Les Juifs les plus en vue sont des fanatiques religieux dangeureux qui refusent obstinément d'agir en bons voisins, qu'ils soient au Québec ou en Israël;

Maintenant que je sais que Centraide est -copain-copain- avec les meutriers Juifs, je puis vous assurer qu'ils ne recevront plus jamais d'argent de moi (ainsi que ceux que je conseille). Honte à Centraide, honte à ceux qui soutiennent la souffrance au Moyen- Orient, même s'ils sont au Québec.

Et non, je ne suis pas Palestinien... je suis simplement excédé d'entendre les médias jouer à l'auto-censure dès qu'il s'agit des Juifs qui eux, ne se gênent pas pour tuer des enfants, au nom de "l'État Hébreux"...
Claude Gelinas
Québec

Incroyablement honteux pour cet organisme!

Moi je n'aide pas des gens qui aide des gens à tuer des gens...
Sylvain Lavigne
Bécancour

On croit donner pour combattre la misère au Québec, et on se retrouve à financer un état comme Israel qui supporte l'appartheid (CJA envoie une majorité des fonds en Israel). Je me sens floué, et tant que Centraide continuera cette politique, elle peut oublier ma contribution.
Eric
Montreal

Cette histoire est simple. C'est comme le Canada qui ne participe pas a la guerre en irak. En remplacant les Américains en Afganisthan ces derniers peuvent aller se battre en Irak. Ainsi l'argent fourni par Centraide au CJA pour les Juifs d 'ici c'est autant d'argent récuéré par Israel et Ariel Sharon...
Alain Des Ruisseaux
Montreal

Le mot Juif, prononcé par quelqu'un qui ne l'est pas, est déjà de l'antisémitisme. Paul Morrand

Non seulement les Juifs nous ont donné le Christ et Karl Marx, mais en plus ils se sont offert le luxe de ne suivre ni l'un ni l'autre. Sir Peter Ustino

" Voici l'homme "

Paroles de Pilate aux Juifs lorsqu'il leur montra Jésus ayant à la main un roseau pour sceptre. Ponce Pilate

Quoi penser... quoi panser...la plaie de l'avarice...de l'ignorance...ou de la pauvreté du coeur....parlez en à Yves Michaud....

Heureux de me réconcilier avec le peuple juif à travers cet Homme, le roi des juifs...le roi de tous les hommes...

Je suis déchiré entre mon admiration pour la ténacité des juifs et mon abhoration pour leur misérable avarice...Si ils se mettaient ensemble pour sauver le monde...ils y parviendraient à coup sûr...
Stephane Sauve
Hull

Plein au as la communauté Juive!

Vous et moi et chacun des Québécois, nous payons déjà environ 1 cent par produit se trouvant sur les tablettes de nos magasins d’alimentation pour le bénéfice de la communauté Juive.

Chaque semaine en faisant notre épicerie dans nos magasins d'alimentation préférés : Costco, Provigo, Métro, Loblaw, IGA et autres

Vous devez savoir que vous avez à Québec un magasin Loblaw sous «contrôle koscher » c’est le terme employé par la communauté Juive sur son site internet. Il y en a deux autres à Montréal, celui de St-Laurent et celui de Pierrefonds.

$150 millions par année au Québec, $1 milliard 500 millions au Canada par année....

Je cherche un mot, une manière de nommer ce système.
Taxe? Seul les gouvernements ont le droit de taxer. Donc il ne peut être question de taxe.

« Taxe Rabbinique » comme l’appelle le Rabbin?

Je cherche les mots. Vous avez sûrement des mots pour m’expliquer ce système.

Salutations distinguées,
Claude Sabourin,
Montréal
P.S. La « taxe rabbinique » imposé au monde entier. Une industrie de 30 milliards année au U.S.A.

Oui je me désole de voir Centraide verser des fonds à un organisme qui n'est pas précisément dans le besoin. Cet argent pourrait peut-être être mieux utilisé ailleurs, d'autant plus que ces fonds vont aller à un organisme qui va se faire un point d'honneur d'aider des gens en se basant d'abord et avant tout sur leur religions et leurs origines ethniques! Est-ce que Centraide verserait des fonds à un organisme qui clamerait haut et fort vouloir aider uniquement les gens de race blanches et catholique pratiquants? Il est permis d'en douter. Je pense que c'est cela la vrai question à poser.
Michel Pion
Montréal

Soyons clairs : je ne suis pas antijuif et je ne suis pas antisémite. Mais il y en a marre de la politically correctness quand je vois que la Combined Jewish Appeal reçoit 3/4% du produit net de la campagne de Centraide soit environ 1 million de dollars et que dans un même temps cet organisme collecte 43 millions de dollars qu'il envoie comme ça à travers le monde, et en Israël en particulier. Et ça me met dans une colère bleue!

Ainsi donc, les Québécois versent des sommes d'argent aux pauvres Juifs d'ici, pour que les riches Juifs d'ici puissent en toute tranquilité ramasser de l'argent pour les Juifs d'ailleurs.... Je serais curieux de savoir combien d'argent les riches Juifs d'ici versent aux pauvres Juifs d'ici. Pas étonnant que la directrice générale de Centraide soit mal à l'aise. Entre vous et moi il y a quelque chose qui cloche. Et la langue de bois et les raisonnements abscons ne dissipent pas le malaise.

Je m'interroge à bon droit : continuerai-je d'être solidaire d'un segment de la population qui n'est pas capable lui, d'être franchement solidaire des québécois !
Gilles Théberge
ND.-de-Ham

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Numéro 106 • vendredi le 21 novembre 2003

"UN NOUVEL ANTISÉMITISME :
L'ANTIJUDAÏSME ISLAMISTE »

La Croix, 19 novembre 2003

Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, sénateur (PS) des Hauts-de-Seine, dit son inquiétude devant la résurgence d'un antisémitisme islamique, qui se nourrit du même discours et de la même violence que le vieil antisémitisme européen. Robert Badinter: «À travers le temps, les propos et les violences, c'est la même haine des juifs. »

En quoi la destruction du lycée juif de Gagny vous paraît-elle particulièrement grave?


Robert Badinter: L'école est un lieu symbolique. Incendier une école n'est pas seulement un acte criminel. C'est aussi proclamer sa haine contre une communauté en l'attaquant dans ce qu'elle a de plus précieux : l'avenir de ses enfants. On retrouve dans cet incendie, symboliquement, la même volonté de destruction spirituelle que celle qui, en des temps sinistres, alimentait les bûchers des livres sacrés des juifs.

La France s'était fortement émue de la profanation du cimetière de Carpentras S'agit-il ici d'une nouvelle étape?

Robert Badinter: Les manifestations immenses qui s'étaient spontanément déroulées après la profanation du cimetière juif de Carpentras marquaient le refus collectif de la Nation de tout acte d'antisémitisme. Ce qu'on dénonçait, c'était le retour du vieil antisémitisme de jadis, dont l'extrême droite était le foyer traditionnel. Aujourd'hui, nous sommes en présence d'un nouvel antisémitisme : l'antijudaïsme islamiste. Il faut le dénoncer et le combattre avec la même vigueur. C'est pourquoi j'approuve la déclaration du président de la République.

Doit-on continuer à distinguer ces actes de l'antisémitisme «classique»?

Robert Badinter: L'antisémitisme a eu, au cours de l'Histoire, de multiples expressions : religieuses, culturelles, racistes. Le voici maintenant antisioniste. Mais, à travers le temps, les propos et les violences, c'est la même haine des juifs qui court comme un fil tragique tout au long de leur histoire..

Continuez-vous à penser que la France n'est pas un pays antisémite?

Robert Badinter: Oui. Qu'il y ait des antisémites en France, notamment dans les milieux issus de l'immigration maghrébine, c'est hélas un fait, mais l'antijudaïsme de quelques-uns ne fait pas de la République française un État où régnerait l'antisémitisme.

Existe-il une «filiation» entre ce nouvel antisémitisme d'origine islamique et l'antisémitisme nazi?

Robert Badinter: Non. Mais on doit constater que ces formes de l'antisémitisme se nourrissent des mêmes sources criminelles et avancent toujours les mêmes mensonges. Prenez les Protocoles de Sion, qui relatent le prétendu complot juif pour asservir le monde. On sait que c'est un faux établi par la police tsariste pour nourrir l'antisémitisme. On le retrouve en Allemagne nazie et, aujourd'hui, les intégristes islamistes le diffusent sur Internet. Et, quand le premier ministre de Malaisie accuse les juifs, sous les applaudissements de l'Organisation de la Conférence islamique, de contrôler les médias mondiaux, on retrouve le discours classique des antisémites européens, y coinpris nazis.

Pensez-vous que certains portent une responsabilité dans cette résurgence de l'antisémitisme en focalisant l'attention sur le problème palestinien ?

Robert Badinter: Aujourd'hui,les islamistes fanatiques proclament que leur ennemi privilégié, ce sont les Américains et les juifs. Ils disent «les juifs», pas «les Israéliens». Et regardez les attentats terroristes : en Tunisie, au Maroc, à Istamboul, les synagogues et les juifs constituent la cible privilégiée des terroristes islamistes. L'amalgame entre Israéliens et Juifs est constant. Or, si les malheurs et les souffrances du peuple palestinien sont un fait, les morts et les victimes israéliens du terrorisme le sont aussi. À évoquer les uns sans rappeler les autres, on nourrit l'antisionisme c'est-à-dire, aujourd'hui, l'antisémitisme propagé par les fanatiques islamistes.

L'antisémitisme pourra-t-il un jour disparaître? Et notamment avec la mise en place d'une solution en Israël?

Robert Badinter: J'ai longtemps pensé que l'antisémitisme, aujourd'hui, n'était plus que la séquelle d'un passé ignominieux essentiellement européen. Mais, à voir resurgir sur les sites Internet la propagande antisémite de jadis, à apprendre que les professeurs ne peuvent plus, dans certains collèges, enseigner la Shoah, je m'interroge douloureusement. L'État d'Israël est né de la Shoah, ce que beaucoup paraissent avoir oublié, et voici qu'on refuse tout enseignement de la Shoah en rêvant de détruire l'État d'Israël. Alors, pourquoi l'antisémitisme disparaîtrait-il de ce monde, parce que la paix serait enfin établie entre l'État d'Israël et l'État palestinien dont je souhaite la reconnaissance ?

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DANS L’OEIL DU CYLONE:
TUER LE MONSTRE ISLAMISTE

Amir Taheri
Jerusalem Post, 13 Novembre 2003
--Traduit par Stéphane Teicher

Après des mois de préparation en secret, une délégation d’islamistes radicaux devait rencontrer d’importants officiels Saoudiens cette semaine. Ils devaient trouver les moyens de mettre fin à la campagne de terreur qui a secoué le royaume depuis six mois.

Cette rencontre n'aura pas lieu.

L’attaque suicide de Dimanche dernier dans la capitale Riyadh a mis fin à tout espoir de compromis -- au moins pour l’immédiat.

"C’est un divorce brutal," dit un officiel Saoudien. "Il est trop tard pour voir un conseiller conjugal" !

Cette opinion est partagée par les Islamistes Saoudiens.

"C’est la guerre!" dit une déclaration de la Jaish al-Ansar (L’Armée des Vainqueurs), l'un des groupes terroristes parmi la douzaine qui sont décidés à détruire la monarchie Saoudienne.

Les Saoudiens subissent ce que d’autres régimes Musulmans ont subi depuis les années 1950 -- ils ont créé un Monstre islamiste qui se retourne maintenant contre eux.

* Le président Egyptien Anwar Sadat s’est allié avec les Islamistes contre les panarabes à partir de 1971. Un Islamiste l’a assassiné en 1980.

* Le président Algérien Chadli Bendjedid a fait venir les Islamistes et a lancé une campagne de ré-Islamisation de sa nation. Il a été chassé du pouvoir en 1992 par une révolte Islamiste qui continue de défier l’Etat Algérien jusqu’à aujourd’hui.

* Les Saoudiens ont commencé à jouer la carte Islamiste dès les années 1960, contre les "panarabes" conduits par Nasser. Dès que le Nassérisme a cessé de constituer une menace, les Saoudiens se sont servis de l’Islamisme contre la menace communiste émanant du Yémen du Sud et du Dhofar, dans les années1970. En 1975, un membre Islamiste de la Famille Royale a assassiné le Roi Faiçal, l’homme qui avait été l’instigateur de la stratégie Islamiste du Royaume.

Dans les années 1980, les successeurs de Faiçal ont utilisé l’Islamisme pour contrer le message shiite de "la Révolution Islamique" de Khomeini, en provenance de Téhéran.

Selon des estimations, les Saoudiens ont dépensé quelques 100 milliards de $ pour promouvoir l’Islamisme à l’intérieur et à l’étranger ces 20 dernières années. Une partie de ces sommes est venue de donations collectées par des armées de volontaires Soudanais, Somaliens et Egyptiens, installés à proximité des mosquées, bazars, écoles, hôpitaux et autres lieux publics dans tout le royaume. Certains fonds provenaient d’opérations qui ressemblaient à un racket, perpétrées par des gangs Islamistes. Mais la plus grosse part des fonds est venue de l’état Saoudien.

Les premiers signes de tension dans l’alliance de l’état Saoudien avec les Islamistes sont apparus lors de la première guerre du Golfe en in 1991-92. Les Islamistes ont été outragés de voir les troupes américaines accueillies dans le royaume comme alliées contre l’Iraq de Saddam Hussein.

En 1993, le roi Fahd, sous la pression de Washington, a promulgué une constitution pour le royaume. Cela a provoqué la colère des Islamistes, qui considèrent que le Coran est la seule constitution dont a besoin tout état musulman. Deux ans plus tard, le roi a établi une Assemblée Consultative, qui, bien que rejetée par les libéraux comme n’étant qu’un ersatz de Parlement, est apparue à beaucoup d’Islamistes comme un outil d’occidentalisation. Le ressentiment islamiste pour Al Saoud s’est encore accru avec les efforts timides, mais incontestables du prince Abdallah pour élargir la base de soutien à la dynastie. Abdullah, qui est chargé du gouvernement quotidien du royaume depuis 1996, a tenté de courtiser les pan-Arabes, les libéraux, et même des personnalités ouvertement laïques, pour contrebalancer les islamistes.

Un geste qui a particulièrement irrité les Islamistes a été la décision d’Abdallah, cette année, de reconnaître les droits des Shiiites comme citoyens. Les Islamistes Saoudiens considèrent les Shiites, qui représentent 15% de la population, comme des hérétiques, qui doivent être passés par le fil de l’épée. Or Abdallah leur a donné deux sièges à l’Assemblée et pour la première fois, il a nommé des Shiites à des postes importants dans les services civils et diplomatiques.

La colère Islamiste contre le régime est montée d’un cran le mois dernier, quand Abdallah a annoncé que les premières élections dans l’histoire du royaume seraient organisées l’année prochaine. D’une portée modeste, ces élections ne concernent que la moitié des sièges aux conseils municipaux. Les Islamistes considèrent cependant que toute élection est une trahison de l’Islam. Pis encore, les femmes pourront se présenter et voter aux élections de l’année prochaine -- ce qui est perçu comme un outrage, dans un pays où les femmes n’ont même pas le droit de conduire une voiture.

La colère Islamiste a encore augmenté en Février dernier, quand le gouvernement, sous la pression de Washington, a lancé une chasse contre eux. Au cours des six derniers mois, plus de 800 prédicateurs de mosquées et muezzins ont été renvoyés. Quelques 2000 Islamistes ont été exclus du système éducatif.

La situation s'est encore compliquée avec le retour au royaume ces deux dernières années, d'environ 3 000 anciens mujaheedin d’Afghanistan, du Pakistan et du Caucase. Certains d’entre eux semblent avoir regagné leurs communautés d’origine. Mais plus nombreux sont ceux qui ont constitué des cellules armées secrètes et sont derrière des nombreuses attaques, souvent passées sous silence, qui ont visé le gouvernement et les communautés d’expatriés depuis l’année dernière. Après avoir tenté d’ignorer ces cellules, les autorités ont commencé cette année à les poursuivre et à les démanteler. D’après les chiffres du Ministère de l’Intérieur, les forces de sécurité ont mené plus de 80 opérations contre les Islamistes ces six derniers mois. Plus de 100 Islamistes ont été tués et près de 700 capturés.

La campagne de terreur actuelle peut donc être une tentative désespérée des Islamistes pour reprendre l’initiative dans une guerre secrète qui a commencé il y a près d’un an. La lutte entre l’état Egyptien et le monstre Islamiste qu’il a créé a duré 20 ans et s’est achevée par la défaite de ce dernier. L’état Algérien a écrasé son monstre Islamiste après 12 ans de guerre. Combien de temps faudra-t-il à l’état Saoudien pour tuer son monstre, personne ne le sait. Ce qui est clair, c’est qu’une défaite Islamiste en Arabie Saoudite permettra plus facilement de couper les autre têtes de l’hydre.

(Amir Taheri, écrivain et journaliste iranien,
est rédacteur en chef de Politique Internationale, Paris.)

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Numéro 105 • vendredi le 14 novembre 2003

Plainte contre l’éditorial de Jean Guy Dubuc intitulé « Quand Israël se fait assassin »,
publié mercredi le 24 septembre 2003 en page 36
du quotidien « La Voix de l’Est »

David Ouellette

Cet éditorial, dont l’objet premier est de condamner les considérations du vice-premier ministre israélien quant au sort politique et personnel de Yasser Arafat -- par ailleurs, rapidement démenties officiellement par le gouvernement israélien -- dérive de la critique légitime des politiques d’un gouvernement quelconque à la diffamation du peuple juif et du judaïsme en puisant dans le canon antijudaïque d’une théologie catholique révolue et répudiée par le Vatican.

M. Dubuc avance d’emblée que les Juifs éliminent leurs adversaires par l’assassinat depuis la crucifixion du Christ que M. Dubuc attribue indistinctement aux Juifs :

« On croirait entendre la condamnation du Christ lui-même, mis à mort par les Juifs. On n’aime pas la personne? On l’exécute ».

Non content de ressusciter l’accusation de déicide et d’agiter le spectre de la culpabilité collective qui a valu aux Juifs des siècles de persécutions sanglantes, M. Dubuc assimile ici sans différenciation le gouvernement d’Israël à l’ensemble des Juifs.

Le déicide imputé aux Juifs semble condamner ceux-ci à le répéter sous forme d’actions contre-terroristes du gouvernement israélien parce que les Israélites, n’ayant pas accepté le Christ, seraient restés attachés à un code moral et juridique suranné :

« Et les Israélites en font tout autant, fidèles à la politique "oeil pour oeil, dent pour dent", figée dans un Ancien Testament qui n'a pas entendu un tout autre message de leur compatriote Jésus de Nazareth »

L’article s’achève sur la question rhétorique « Enfin, surtout, les Juifs peuvent-ils être lucides sur eux-mêmes? » à laquelle le lecteur, au bout de ce long réquisitoire théologique antijudaïque, ne peut répondre que non.

Parce que cet article confond Juifs et gouvernement israélien et que sous couvert de critique politique il s’engage à dépeindre l’ensemble des Juifs et le judaïsme sous une lumière défavorable, voire maléfique, je souhaite par la présente porter plainte contre son auteur pour y avoir cultivé et entretenu des préjugés hostiles et diffamatoires à l’endroit des Juifs et du judaïsme.

(David Ouellette est journaliste et chercheur associé à ICRJ)

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Jibril Rajoub, conseiller d’Arafat pour la Sécurité nationale : « Le gouvernement américain est un gouvernement fasciste » ; « L’opposition irakienne contre les Américains doit être renforcée »
L'Institut de Recherche Médiatique du Proche Orient (MEMRI)
Dépêches spéciales - No. 607, 14 novembre 2003

Dans une récente interview affichée dans le journal en ligne Al-Haqa’eq et publiée par le quotidien saoudien Al-Jazirah, (1), le colonel Jibril Rajoub, conseiller pour la sécurité nationale du président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, a qualifié l’actuel gouvernement américain de « fasciste. » En outre, il a appelé au renforcement de l’opposition irakienne et dénoncé les efforts déployés pour marginaliser Arafat et l’OLP. Il a aussi émis le souhait d’une Russie plus forte, capable de contrebalancer le pouvoir des Etats-Unis. Voici quelques extraits de l’interview :

Le gouvernement américain est un gouvernement fasciste
« Le gouvernement américain est un gouvernement fasciste de droite, contrôlé par la droite sioniste. Une poignée de fascistes de droite dirige ce gouvernement. Chez eux, à commencer par Dick Cheney et jusqu’à Paul Wolfowitz, le terme ‘Arabes’ suscite colère et déclenche nausée et dégoût (…). Je ne crois pas que l’Administration américaine désire, ou soit capable, d’établir de bonnes relations avec les Palestiniens et les Arabes en raison de cette hégémonie de droite qui règne sur ses institutions. »

Interrogé sur l’éventuelle responsabilité des Palestiniens dans la détérioration des relations entre les deux parties, Rajoub répond : « Nous, nous sommes les victimes, notre peuple est victime (…) Les Américains exploitent l’équilibre des forces [actuel] et la chute de l’Union soviétique pour imposer leurs conditions et leurs exigences au monde en général et au Moyen-Orient en particulier. »

Concernant les relations américano-arabes, Rajoub estime : « Les Américains ne sont ni objectifs, ni réalistes. Ils n’ont pas le minimum de respect pour les Arabes et leurs aspirations. Il est donc nécessaire de développer une position arabe [unifiée] mobilisant toute l’énergie et les options arabes pour faire face aux Américains, lesquels se comportent en maîtres du monde et parlent un langage de gendarme, le langage du nouvel impérialisme (…) »

Sur la guerre en Irak, Rajoub assure : « L’Administration américaine n’a pas mené la guerre contre l’Irak pour renverser Saddam Hussein, mais pour contrôler les richesses naturelles de l’Irak et tout le Moyen-Orient, pour assurer la sécurité d’Israël et soutenir le front Est (…) Je pense qu’il est temps que les Arabes se réveillent. L’opposition irakienne contre l’occupation américaine doit être renforcée. »

Relations russo-palestiniennes
Récemment revenu d’une visite en Russie, Rajoub analyse les relations russo-palestiniennes : « Nos relations avec la Russie sont excellentes. La Russie est une nation clé dans le monde ; nous lui souhaitons de recouvrer sa puissance et de rétablir l’équilibre des forces dans le monde, afin de se trouver davantage impliquée dans les conflits régionaux et internationaux, y compris le conflit qui nous oppose à Israël (…) Nous devons maintenir des relations avec la Russie et l’Europe et refuser le monopole américain au Moyen-Orient. »

Les Accords de Genève
Rajoub élude une question portant sur la position officielle de l’Autorité palestinienne concernant les Accords de Genève. Il qualifie ces Accords d’ « initiative non-officielle », ajoutant que c’est le bon droit des Palestiniens de tenir des discussions non-officielles avec des Israéliens ou qui que ce soit d’autre. Rajoub précise toutefois que ce faisant, il convient de ne pas oublier que « la source nationale d’autorité pour le peuple palestinien est l’OLP, qui seule est en droit de conduire des négociations. »

L’Autorité palestinienne et l’opposition islamique
Rajoub confie que « les contacts avec les groupes politiques palestiniens, Hamas et Djihad islamique inclus, n’ont pas pris fin, et ne prendront jamais fin. Ces forces font partie du peuple palestinien et du mouvement de libération nationale. Ils représentent des cellules actives importantes du tissu social et politique palestinien. »

L’échec d’Abou Mazen : il en est le seul responsable
Pour Rajoub, l’ancien Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas (Abou Mazen) ne peut accuser personne de son isolement au sein du Fatah, isolement qui incombe, selon Rajoub, au fait qu’Abou Mazen ait parié sur des éléments extérieurs [au Fatah], refusant de reconnaître le mouvement comme unique source d’autorité. Rajoub estime que les Américains et les Israéliens ont menti à Abou Mazen, car ils ne lui on rien donné.

L’interviewer demande ensuite à Rajoub si la présence de Mohammed Dahlan dans le gouvernement d’Abou Mazen n’est pas en partie responsable de l’échec essuyé. Rajoub estime que Dahlan a effectivement contribué à l’échec de Mahmoud Abbas : ce dernier aurait accordé à Dahlan une autorité qui ne lui revenait pas sur les affaires intérieures, contrevenant à l’accord passé entre Abou Mazen et Arafat. Rajoub raconte que 24 heures avant l’effondrement du gouvernement d’Abou Mazen, Arafat aurait suggéré, au moyen d’émissaires, qu’Abou Mazen révoque Dahlan et nomme un ministre de l’Intérieur officiel à sa place. Abou Mazen aurait refusé de se plier à cette exigence. Rajoub ajoute qu’Abou Mazen et les membres de son gouvernement donnaient aux Palestiniens l’impression qu’ils cherchaient à contrôler l’Autorité palestinienne, précisant qu’Abou Mazen souhaitait gouverner sans tenir compte de l’autorité d’Arafat et du Fatah. Si tout Palestinien a le droit légitime de se distinguer de [la ligne de] Yasser Arafat, remettre en cause son autorité alors qu’il demeure le président élu est, d’après Rajoub, interdit.

L’Intifada n’était pas une erreur mais il est temps de mettre fin aux opérations visant les civils en Israël
Refusant de qualifier l’Intifada d’erreur, Rajoub regrette toutefois sa militarisation. Il ajoute qu’il est malheureux que certaines personnes, dont des figures marquantes de l’Autorité palestinienne et des services de sécurité, n’aient suivi que leur propre programme. Il souligne : « Nous devons utiliser tous les moyens pour mettre fin aux opérations visant les civils dans la Ligne verte. »

Sharon trompe le monde
Rajoub a également été invité à s’exprimer sur les motifs d’Israël concernant la construction d’une barrière de séparation, au vu de l’explication donné par Ariel Sharon : « Sharon trompe le monde entier (…) Sharon ment plus qu’il ne respire (…) Sharon mentait en parlant de concessions douloureuses et de la fin de l’occupation. »

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(1) http://www.alhaqaeq.net, le 4 novembre 2003; Al-Jazirah (Arabie Saoudite), le 4 novembre 2003.

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L'Europe, danger n° 1 pour la paix mondiale

Michel Gurfinkiel
Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France (UPJF)
Site internet: http://www.upjf.org
9 novembre 2003

Selon le sondage Eurobaromètre, réalisé par un groupe d'instituts d'opinion publique (Taylor Nelson Sofres/EOS Gallup Europe) sur commande de l'Union européenne, 59 % des Européens estiment qu'Israël constitue aujourd'hui la "menace la plus sérieuse pour la paix du monde". En deuxième position, ex-aequo, l'Iran, la Corée du Nord et les Etats-Unis, avec 53 % de réponses. Suivent, par ordre décroissant, l'Irak et
l'Afghanistan, la Syrie et la Libye, l'Arabie Saoudite, la Chine, l'Inde, la Russie et la Somalie. Israël a protesté officiellement contre une enquête qui, selon lui, semble n'avoir été organisée que dans le but de le dénigrer. Une accusation que le président de la Commission européenne, l'Italien Romano Prodi, prend tout à fait au sérieux, puisqu'il s'est interrogé sur les conditions dans lesquelles ce sondage a été réalisé ou
publié, et a tenu à préciser qu'il ne reflétait en aucune mesure les sentiments ou la politique de l'Union. La ministre française des Affaires européennes, Noëlle Lenoir, a fait part également de son émotion et de son inquiétude.

Il est difficile, cependant, de rejeter l'Eurobaromètre en bloc. Il recoupe les résultats de sondages effectués dans chacun des pays membres.

Oui, Israël est diabolisé en Europe, et la France n'est pas, contrairement à ce que l'on pourrait croire, le pays où ce phénomène est le plus accusé: songez que le score anti-israélien le plus élevé de l'Eurobaromètre, 74 % a été atteint aux Pays-Bas. Oui, les Etats-Unis sont à peine moins diabolisés que l'Etat juif. Un autre Eurobaromètre, réalisé presque au même moment, indique que pour 68 % des Européens, la guerre d'Irak était totalement ou largement injustifiée, et que, pour 65 % d'entre eux, il incombe aux seuls Etats-Unis, ou surtout aux Etats-Unis, de financer la reconstruction de ce pays, à titre -- peut-on supposer -- de dommages de guerre. Là encore, les sondages réalisés dans un cadre national concordent avec le sondage européen.

Le vrai problème, ce n'est donc pas la méthodologie de certaines enquêtes ni l'opportunité de les publier sous l'égide, auguste entre toutes, de Bruxelles, mais bien leur teneur. Comment un ensemble de pays démocratiques et développés, jouissant d'un coefficient socio-éducatif élevé, peut-il tomber dans la détestation de deux pays leaders en matière de démocratie et de développement ? Comment l'Europe peut-elle amalgamer dans la même phobie un Israël ou une Amérique qui luttent contre le terrorisme, d'une part, un Iran et une Corée du Nord où le terrorisme est doctrine d'Etat, d'autre part, sans parler d'un Afghanistan ou d'un Irak qui étaient naguère encore des bases terroristes majeures ? Comment l'Europe peut-elle juger avec indulgence (36 % seulement d'opinions défavorables) une Arabie Saoudite qui ne respecte aucun des droits de l'homme, de la femme et de l'enfant, inscrits dans les chartes et directives communautaires, et dont le rôle, dans le terrorisme islamique mondial, est établi ? Comment l'Europe peut-elle avoir oublié si rapidement les méga-attentats perpétrés contre des populations civiles, à New York, à Washington et à Pittsburg, le 11 septembre 2001, ou refuse-t-elle de voir les attentats, non moins atroces, perpétrés contre les civils israéliens ?

Coïncidence troublante: ce chiffre de 59 % d'Européens qui accusent Israël de constituer le plus grand danger mondial contre la paix en recoupe un autre. Selon un sondage réalisé au mois de septembre par l'institut Pori -- sondage dont la méthodologie n'est ni plus, ni moins soupçonnable que celle de l'Eurobaromètre -- 59 % des Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Gaza souhaitent en effet que les organisations Hamas et Djihad islamique, inscrites sur les listes des organisations terroristes, établies respectivement par les Etats-Unis et l'Union européenne, "poursuivent leur lutte contre Israël, même si Israël évacuait tous les territoires occupés, y compris Jérusalem-Est". En d'autres termes, l'hostilité d'une forte majorité d'Européens à l'égard d'Israël est en proportion exacte de la haine absolue, radicale, ontologique, sans merci, sans la moindre ombre de pardon ou de rachat, qu'une majorité de Palestiniens -- manipulés ou non, là n'est pas la question -- vouent à ce pays, au-delà de toute querelle, justifiée ou non, sur l'occupation israélienne.

Comment l'Europe peut-elle ne pas s'en rendre compte ? Comment l'Europe peut-elle ne pas s'interroger sur ce que cela signifie pour la population israélienne et pour des
gouvernements israéliens successifs, de gauche et de droite, d'être confrontés à des voisins immédiats qui les promettent en tout état de cause, quelles que soient leurs concessions ou leurs capitulations, au génocide ou au démocide ?

Soyons clairs, l'Europe n'est pas tombée si bas par hasard, malchance, ou inadvertance. L'Europe de 2003 est folle parce qu'on la rend folle. Parce que certains de ses dirigeants politiques et métapolitiques, issus de la gauche et de la droite, de l'extrême droite et de l'ultra-gauche, poursuivent délibérément, systématiquement, le projet d'un Empire européen qui, en s'alliant à un Empire islamique, renverserait la puissance
américaine et ce que cette puissance, jusqu'à ce jour, implique ou conforte: une civilisation libre, une économie libre, des peuples libres, le progrès technologique et l'essor des droits réels de l'homme et du citoyen.

Tout n'est pas encore joué. Je mentionnais les réactions que l'Eurobaromètre avait suscitées chez des dirigeants européens de premier plan. Je peux également mentionner le malaise, la stupéfaction, le dégoût, que l'affaire Tarik Ramadan a provoqués chez beaucoup d'hommes politiques ou d'intellectuels français, notamment à gauche. Mais si l'on veut empêcher le désastre, si l'on veut arracher l'Europe au dibbouk ou au Nosferatu néo-totalitaire qui est en train de s'emparer d'elle, il faut agir vite et bien. A quoi bon s'indigner des propos d'un Tarik Ramadan, si l'on ne le poursuit pas, ou si l'on subventionne, par ailleurs, les forums et tribunes où il s'exprime impunément ?

De tous les chiffres de l'Eurobaromètre, il en est un -- que je n'ai pas encore cité -- et qui, finalement, m'inquiète encore plus que les autres. Les Européens ne croient pas être un danger pour la paix mondiale. Ils ne sont que 8 % à penser qu'ils pourraient en constituer un. En fait, c'est le contraire qui est peut-être vrai. L'Europe de 2003 est dangereuse parce qu'elle ne voit pas, ou ne veut pas voir la montée des dangers. Elle est dangereuse parce que le mal est déjà en elle. Elle est dangereuse parce que, quand bien même voudrait-elle lutter, ses forces, déjà, lui manquent.

(Michel Gurfinkiel est rédacteur en chef de "Valeurs actuelles".)

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Numéro 104 • vendredi le 7 novembre 2003

Moyen-Orient:
le dégel des certitudes

Alexandre Adler
Le Figaro, 5 novembre 2003

Dans la fumée des explosions et la confusion des corps et des esprits, les contours du nouveau Moyen-Orient émergent pourtant avec de plus en plus de clarté. Il reste bien sûr encore une large place pour des constructions aléatoires et sans lendemain, mais les blocs de certitude qui sont déjà perceptibles, l'emportent de beaucoup sur ces espaces encore indéfinissables.

Pour aller vite, nous isolerons trois pôles émergents: un nouvel Iran, un arc de crise sunnite, un Levant reconstitué que l'on retrouvera surtout sur les périphéries de cette région, Maghreb et Turquie.

Allons tout de suite au plus important, la conclusion de la révolution iranienne. Tous ceux qui devant le long surplace -- installé depuis 1997 -- entre le pouvoir démocratique du président Khatami, vainqueur à deux reprises d'un suffrage universel de plus en plus transparent, et celui théocratique du Guide de la révolution Ali Khamenei, détenteur de la légitimité religieuse chiite, ont lu ce face-à-face comme une sorte de répétition du double pouvoir qui régna en Russie quelques mois en 1917 -- tous ceux-là, parmi lesquels je me compte malheureusement, se sont trompés. Il n'y aura ni nouvelle révolution ni poursuite du régime théocratique, mais une troisième voie, un repli progressif des religieux vers des structures de contrôle, très proches quant au fond du pouvoir des militaires dans la Turquie voisine.

Ainsi se dégage un compromis politique, susceptible de réunifier le centre droit de l'ancien président Rafsandjani et le centre gauche des amis réformateurs les plus proches de Khatami. Au fond, n'est-ce pas la longue durée de l'histoire iranienne comme de l'histoire ottomane qui s'impose ici? En Turquie des janissaires souvent mécréants, et plus souvent encore chiites dissimulés, ont donné naissance à cette armée laïcisante et autrefois franc-maçonne qui, après avoir contrôlé le trône, contrôle aujourd'hui les politiciens issus du suffrage universel; en Iran, dès l'instauration de la monarchie séfévide au début du XVIe siècle, le principe de l'État a toujours été qu'il soit le bouclier de la religion chiite, bien davantage que de la nation persane. Après avoir fait les preuves de l'ampleur de la contestation démocratique parmi la jeunesse et la population des grandes villes, les ayatollahs ont fini par comprendre qu'ils pouvaient tout de même survivre s'ils savaient s'adapter. Ici c'est l'Irak qui leur fournit une solution à ciel ouvert.

C'est en effet l'aile modérée de la théocratie locale, avec les frères Al Hakim (dont l'aîné vient de trouver la mort dans un attentat) qui domine largement l'opinion chiite, elle-même majoritaire dans le pays. Les Américains ayant bien l'intention d'organiser un scrutin sincère en Irak, il ne faut pas être grand clerc -- littéralement -- pour comprendre que l'Irak deviendra rapidement le second État chiite, étroitement allié à l'Iran, mais débarrassé du verrouillage théocratique que représente la «velayat-e-Faqih» (le pouvoir du Guide). En Afghanistan, comme le président Karzaï connaît encore de graves difficultés avec sa propre ethnie pachtoune, toujours fortement influencée par les services secrets pakistanais et par al-Qaida, c'est tout naturellement que l'influence iranienne ne cesse de monter, grâce notamment aux Tadjiks du Nord, là aussi à l'ombre du déploiement militaire américain.

Comme l'observait récemment un bon connaisseur du régime de Téhéran, les quatre initiatives les plus récentes des États-Unis -- Kosovo, Afghanistan, Irak, pressions sur l'Arabie saoudite -- ont toutes été favorables ou très favorables à l'Iran. La réunification sans doute de longue portée des deux ailes du pouvoir religieux chiite est en fait intervenue grâce à la pression nucléaire: devant la perspective d'un nouveau blocus très dommageable à l'économie du pays, Khamenei et Khatami ont trouvé une stratégie commune consistant à jouer au plus fin avec les inspections occidentales, geler le temps qu'il faudra la construction du potentiel nucléaire et même donner quelques apaisements à Israël dont on redoute un raid dévastateur de type Osirak, dont les Américains auraient sous-traité l'exécution à leur allié régional.

De nombreux indices concordants montrent l'importance de ce tournant depuis la libération des derniers amis emprisonnés du président, comme l'ayatollah Nouri, jusqu'au calme étrange qui vient de saisir le Hezbollah libanais jusque-là si prompt aux moulinets provocateurs tant vis-à-vis des Israéliens que des chrétiens et des druzes dans son propre pays. Mieux, la visite du roi de Jordanie Abdallah II à Téhéran a permis aux dirigeants iraniens de faire une ouverture à la noble famille des Hachémites qui gouverna autrefois l'Irak, et dont on attend qu'elle favorise un nouveau régime chiite modéré à Bagdad présidé par l'ayatollah Abdel Aziz al-Hakim, qui a fort heureusement survécu à son frère. Comme le roi de Jordanie est aussi le principal soutien politique et stratégique des modérés palestiniens qui s'opposent sans cesse davantage à Yasser Arafat, l'Iran vient en quelque sorte de commencer une lente mais irréversible ouverture vers l'État hébreu qui ne peut aboutir là aussi qu'à la reprise de relations un jour normales. Mais il est certain que la puissance iranienne s'apprête à rayonner très au-delà de ses frontières et qu'elle sera bien entendu, le jour venu, également nucléaire.

La crainte principale de Téhéran est d'ailleurs plutôt aujourd'hui l'ombre d'une bombe atomique pakistanaise dont on ne sait trop si elle ne pourra pas se transmuer rapidement sous la forme d'une bombe atomique saoudienne (qui paie la musique ne donne-t-il pas le ton?), bien davantage que le souci récurrent d'une bombe israélienne avec laquelle tout le Moyen-Orient vit plus ou moins bien depuis le début des années 70.

Cette émergence rapide de la puissance régionale chiite ouvre une fenêtre d'opportunité pour reconstituer un véritable Levant. On appelait en effet autrefois «échelles du Levant» ces points de contact entre l'Orient et l'Occident qui prenaient comme des sas de décompression de l'islam à la chrétienté généralement de petites cités-Etat.

Trois États de petite taille mais de grande importance stratégique peuvent aujourd'hui constituer ces nouvelles échelles: un Liban émancipé de la Syrie, une Jordanie, débouché naturel de l'Irak et fortement associée à un État palestinien enfin libre, et un État d'Israël point d'appui régional naturel des États-Unis, et peut-être d'une Russie libérale après-demain; on pourrait y ajouter des Émirats, dont la population est aujourd'hui majoritairement indienne et le commerce tourné vers l'Iran. Les forces qui s'opposent à la renaissance de ce Levant, indispensable à une mondialisation réussie de toute la région, sont toutes sur la défensive: droite nationaliste israélienne, forces prosyriennes au Liban, Frères musulmans jordaniens et lobby prosaoudien dans les Émirats.

Mais nous sommes en Orient et un tel dégagement de l'horizon serait évidemment trop beau pour être vrai. Si la révolution chiite s'achève sur une victoire de la modération, hélas, les trois grands États sunnites, qui sont encore à ce jour les alliés stratégiques des États-Unis dans la région -- Égypte, Arabie saoudite et Pakistan --, sont en proie à de véritables secousses de fièvre de plus en plus inquiétantes. Leurs chefs d'État respectifs -- Moubarak, le prince Abdallah et Musharraf -- sont à des titres divers fragilisés, tandis que des forces islamistes importantes, largement majoritaires dans les villes égyptiennes et les classes moyennes saoudiennes, très significatives au Punjab ainsi que sur les marches occidentales du Pakistan, sont en passe d'imposer leur point de vue dans des sociétés civiles traumatisées.

Et malheureusement l'émergence d'un Iran fort, allié de facto des États-Unis et d'un Levant apaisé rapproché de l'Occident, ne peut que par contrecoup entraîner une crispation de tout ce «Croissant sunnite» méridional qui se sent le grand perdant de cette nouvelle donne: l'Égypte qui ne sera plus l'interlocutrice privilégiée d'Israël, l'Arabie saoudite dont la production pétrolière sera inférieure à l'ensemble Iran-Irak, et le Pakistan coincé entre trois puissances nucléaires régionales de plus en plus proches: l'Iran, l'Inde et Israël. Dans ces conditions, le rêve de Ben Laden qui était bien, rappelons-le, d'unir la force du nombre et le prestige égyptiens, la ferveur et la légitimité saoudiennes, ainsi que la technologie et le talent militaire pakistanais, pour faire émerger un nouveau califat sunnite rival du régime de Téhéran, risque bien par contrecoup d'émerger sous une forme moins aiguë, alors même que les principaux chefs d'al-Qaida disparaîtraient enfin de la circulation. En Orient rien n'est simple, même si rien n'est jamais désespéré.

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