Communiqué Isranet
novembre
2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 107 •
vendredi le 28 novembre 2003
L’antisémitisme
ordinaire à Radio-Canada
David Ouellette
Il s’en aurait fallu de
peu pour que l’onde de choc du scoop du Devoir «Centraide
verse un million à un organisme quarante fois millionnaire »
(1er novembre) se rétrécisse en peau de chagrin. L’article,
signé Kathleen Lévesque, qui remettait en question la
légitimité de l’entente de coopération entre
Centraide et la Fédération Appel Juif Unifié (FAJU)
a été ignoré par le reste de la presse écrite.
C’était toutefois compter sans la sournoiserie niaise des
animateurs vedettes du radiodiffuseur public canadien, Radio-Canada.
En effet, des esprits médiocres de Radio-Canada ont saisi le
torchon du Devoir et l’ont jeté un peu plus tordu en pâture
à leurs auditeurs; d’abord Pierre Maisonneuve à
la radio, puis Simon Durivage dans son émission Aujourd’hui.
Ce dernier alla même jusqu’à affirmer avoir lu (ce
que même Le Devoir ne prétendait pas) qu’un tiers
de ce que FAJU reçoit de Centraide est envoyé en Israël!
Cette campagne de désinformation lancée par Le Devoir,
puis poursuivie tambour battant par Simon Durivage avait de quoi séduire
les antisémites : opulence (FAJU «quarante fois millionnaire
», spoliation des pauvres (Durivage : « avez-vous besoin
du million de dollars de Centraide? »), et finalement duplicité
(l’argent collecté par Centraide servirait des causes dissimulées
: armer Israël!).
Les téléspectateurs n’auront pas manqué de
répondre à l’invitation à blâmer les
juifs que leur a lancée Simon Durivage. À la question
publiée sur le forum web de son émission « Êtes-vous
satisfait de la gestion des dons de Centraide? », une meute de
cybernautes ont répondu unanimement que les juifs prennent les
Québécois pour des dupes et volent aux pauvres pour soutenir
un État terroriste. Reste que dans cette triste affaire, ce sont
des journalistes ignorants de l’éthique de leur profession
qui proposent aux Québécois un marché de dupes
en présentant une heureuse collaboration entre deux organisations
caritatives comme une conspiration néfaste.
Nous vous proposons ci-dessous une compilation des commentaires venimeux
hébergés par le forum web de l’émission de
Simon Durivage. Dans le contexte d’une judéophobie globale
dite nouvelle, il faut moins s’étonner de l’existence
de cet antisémitisme « ordinaire » de la vieille
école que du fait qu’il ne sente désormais plus
le besoin de se dissimuler derrière la feuille de vigne de l’antisionisme.
(David Ouellette est journaliste
et chercheur associé à ICRJ)
Commentaires
postés par des auditeurs sur le site Web de Radio-Canada
suite au reportage sur Centraide
présenté à l'émission de Pierre Maisonneuve,
le 3 novembre 2003
Commentaires recueillis le 4 novembre
2003
Et bien j'ai mon voyage!
Comme ça Centraide sert à financer des États terroristes!
Pendant que l'on pensait que Centraide essayait d'aider les femmes et
les enfants d'ici! ... Il sert à assassiner des femmes et des
enfants à l'étranger!
Yves Marineau
Montréal
Centraide avait initialement le
but de centraliser et redistribuer les dons. Ça n'a jamais été
le cas. Les demandes continuent d'affluer. Mais la révélation
du Devoir, si elle se révèle éxacte, va porter
un coup mortel à l'organisme de charité qui se fait, par
l'intérmédiaire du CJS, un supporter politique et militaire
de l'oppression Israëlienne en Palestine.
Georges LeSueur
St-Ambroise
Tant que la situation palestinienne
sera non-réglée on ne devrait pas permettre de déductions
fiscales à des organisaitons Hébraïques.
Israel viole plein de résolutions de l'ONU, c'est inacceptable.
Déjà qu'Israel est l'un des plus important pôle
de blanchiement d'argent et de métaux précieux, sans compter
l' évasion fiscal mondial, il ne faut pas en plus avoir à
leur payer une taxe sur les dons qu'on fait ici pour les gens d'ici.
On bloque les argent des groupes Palestiniens, donc comme on est un
peuple neutre on devrait faire la même chose avec les fonds hébraïques.
Michel Bisson
St-Georges
Quel horreur !
La « juiverie » du Québec a toujours été
à contre courant des visées nationalistes des Québec
et a toujours soutenue plus particulièrement les opinions anglo-saxonnes
.
Je crois qu'une bonne partie de cet « argent propre » se
retrouvera en Israel pour soutenir la répression contre les Palestiniens.
D'ailleurs , Israel boucle son budget avec les argents de la diaspora
juive et les $ du sinistre oncle Georges.
Fini à tout jamias ma contribution à Centraide car je
ne tiens pas à financer la « Juiverie » dans sa lute
contre le peuple Palestinien.
James Longbow
Drummond
Depuis des années, les
Juifs du Québec envoient entre 40 et 50 millions de dollars para
année à des "oeuvres" en Israel. Comme ces sommes
sont déductibles d'impôt, les Québécois,
sans le savoir, subventionnent ainsi Israel!!!
Le PQ (Boulerice en tête) n'a jamais rien fait pour amender la
loi. Pensez-vs que l'actuel ministre du Revenu va changer quelque chose?
Jacques Noel
Québec
Je trouve absolument scandaleux que Centraide, une organisation en laquelle
nous avons confiance, verse 1¢ aux juifs!
1) Ils sont riches à craquer;
2) Ils violent continuellement les droits de l'homme;
3) Ils ont des comportements terroristes évidents contre les
palestiniens mais camoufflent ça derrière une litanie
de lamentations injustifiées;
4) Ils ont -volé- aux palestiniens la terre qu'ils occupent actuellement
et ont depuis ce moment, prétendu qu'elle leur revenait -de droit
(divin)-;
5) Les Juifs les plus en vue sont des fanatiques religieux dangeureux
qui refusent obstinément d'agir en bons voisins, qu'ils soient
au Québec ou en Israël;
Maintenant que je sais que Centraide est -copain-copain- avec les meutriers
Juifs, je puis vous assurer qu'ils ne recevront plus jamais d'argent
de moi (ainsi que ceux que je conseille). Honte à Centraide,
honte à ceux qui soutiennent la souffrance au Moyen- Orient,
même s'ils sont au Québec.
Et non, je ne suis pas Palestinien... je suis simplement excédé
d'entendre les médias jouer à l'auto-censure dès
qu'il s'agit des Juifs qui eux, ne se gênent pas pour tuer des
enfants, au nom de "l'État Hébreux"...
Claude Gelinas
Québec
Incroyablement honteux pour cet
organisme!
Moi je n'aide pas des gens qui aide des gens à tuer des gens...
Sylvain Lavigne
Bécancour
On croit donner pour combattre la misère au Québec, et
on se retrouve à financer un état comme Israel qui supporte
l'appartheid (CJA envoie une majorité des fonds en Israel). Je
me sens floué, et tant que Centraide continuera cette politique,
elle peut oublier ma contribution.
Eric
Montreal
Cette histoire est simple. C'est comme le Canada qui ne participe pas
a la guerre en irak. En remplacant les Américains en Afganisthan
ces derniers peuvent aller se battre en Irak. Ainsi l'argent fourni
par Centraide au CJA pour les Juifs d 'ici c'est autant d'argent récuéré
par Israel et Ariel Sharon...
Alain Des Ruisseaux
Montreal
Le mot Juif, prononcé par
quelqu'un qui ne l'est pas, est déjà de l'antisémitisme.
Paul Morrand
Non seulement les Juifs nous ont donné le Christ et Karl Marx,
mais en plus ils se sont offert le luxe de ne suivre ni l'un ni l'autre.
Sir Peter Ustino
" Voici l'homme "
Paroles de Pilate aux Juifs lorsqu'il leur montra Jésus ayant
à la main un roseau pour sceptre. Ponce Pilate
Quoi penser... quoi panser...la plaie de l'avarice...de l'ignorance...ou
de la pauvreté du coeur....parlez en à Yves Michaud....
Heureux de me réconcilier avec le peuple juif à travers
cet Homme, le roi des juifs...le roi de tous les hommes...
Je suis déchiré entre mon admiration pour la ténacité
des juifs et mon abhoration pour leur misérable avarice...Si
ils se mettaient ensemble pour sauver le monde...ils y parviendraient
à coup sûr...
Stephane Sauve
Hull
Plein au as la communauté Juive!
Vous et moi et chacun des Québécois, nous payons déjà
environ 1 cent par produit se trouvant sur les tablettes de nos magasins
d’alimentation pour le bénéfice de la communauté
Juive.
Chaque semaine en faisant notre
épicerie dans nos magasins d'alimentation préférés
: Costco, Provigo, Métro, Loblaw, IGA et autres
Vous devez savoir que vous avez à Québec un magasin Loblaw
sous «contrôle koscher » c’est le terme employé
par la communauté Juive sur son site internet. Il y en a deux
autres à Montréal, celui de St-Laurent et celui de Pierrefonds.
$150 millions par année au Québec, $1 milliard 500 millions
au Canada par année....
Je cherche un mot, une manière de nommer ce système.
Taxe? Seul les gouvernements ont le droit de taxer. Donc il ne peut
être question de taxe.
« Taxe Rabbinique » comme l’appelle le Rabbin?
Je cherche les mots. Vous avez
sûrement des mots pour m’expliquer ce système.
Salutations distinguées,
Claude Sabourin,
Montréal
P.S. La « taxe rabbinique » imposé au monde entier.
Une industrie de 30 milliards année au U.S.A.
Oui je me désole de voir Centraide verser des fonds à
un organisme qui n'est pas précisément dans le besoin.
Cet argent pourrait peut-être être mieux utilisé
ailleurs, d'autant plus que ces fonds vont aller à un organisme
qui va se faire un point d'honneur d'aider des gens en se basant d'abord
et avant tout sur leur religions et leurs origines ethniques! Est-ce
que Centraide verserait des fonds à un organisme qui clamerait
haut et fort vouloir aider uniquement les gens de race blanches et catholique
pratiquants? Il est permis d'en douter. Je pense que c'est cela la vrai
question à poser.
Michel Pion
Montréal
Soyons clairs : je ne suis pas
antijuif et je ne suis pas antisémite. Mais il y en a marre de
la politically correctness quand je vois que la Combined Jewish Appeal
reçoit 3/4% du produit net de la campagne de Centraide soit environ
1 million de dollars et que dans un même temps cet organisme collecte
43 millions de dollars qu'il envoie comme ça à travers
le monde, et en Israël en particulier. Et ça me met dans
une colère bleue!
Ainsi donc, les Québécois versent des sommes d'argent
aux pauvres Juifs d'ici, pour que les riches Juifs d'ici puissent en
toute tranquilité ramasser de l'argent pour les Juifs d'ailleurs....
Je serais curieux de savoir combien d'argent les riches Juifs d'ici
versent aux pauvres Juifs d'ici. Pas étonnant que la directrice
générale de Centraide soit mal à l'aise. Entre
vous et moi il y a quelque chose qui cloche. Et la langue de bois et
les raisonnements abscons ne dissipent pas le malaise.
Je m'interroge à bon droit : continuerai-je d'être solidaire
d'un segment de la population qui n'est pas capable lui, d'être
franchement solidaire des québécois !
Gilles Théberge
ND.-de-Ham
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Numéro
106 • vendredi le 21 novembre 2003
"UN
NOUVEL ANTISÉMITISME :
L'ANTIJUDAÏSME ISLAMISTE »
La Croix, 19 novembre 2003
Robert Badinter, ancien garde
des Sceaux, président du Conseil constitutionnel de 1986 à
1995, sénateur (PS) des Hauts-de-Seine, dit son inquiétude
devant la résurgence d'un antisémitisme islamique, qui
se nourrit du même discours et de la même violence que le
vieil antisémitisme européen. Robert Badinter: «À
travers le temps, les propos et les violences, c'est la même haine
des juifs. »
En quoi la destruction du lycée juif de Gagny vous paraît-elle
particulièrement grave?
Robert Badinter: L'école est un lieu symbolique. Incendier
une école n'est pas seulement un acte criminel. C'est aussi proclamer
sa haine contre une communauté en l'attaquant dans ce qu'elle
a de plus précieux : l'avenir de ses enfants. On retrouve dans
cet incendie, symboliquement, la même volonté de destruction
spirituelle que celle qui, en des temps sinistres, alimentait les bûchers
des livres sacrés des juifs.
La France s'était fortement émue de la profanation
du cimetière de Carpentras S'agit-il ici d'une nouvelle étape?
Robert Badinter: Les manifestations immenses qui s'étaient
spontanément déroulées après la profanation
du cimetière juif de Carpentras marquaient le refus collectif
de la Nation de tout acte d'antisémitisme. Ce qu'on dénonçait,
c'était le retour du vieil antisémitisme de jadis, dont
l'extrême droite était le foyer traditionnel. Aujourd'hui,
nous sommes en présence d'un nouvel antisémitisme : l'antijudaïsme
islamiste. Il faut le dénoncer et le combattre avec la même
vigueur. C'est pourquoi j'approuve la déclaration du président
de la République.
Doit-on continuer à distinguer ces actes de l'antisémitisme
«classique»?
Robert Badinter: L'antisémitisme a eu, au cours de l'Histoire,
de multiples expressions : religieuses, culturelles, racistes. Le voici
maintenant antisioniste. Mais, à travers le temps, les propos
et les violences, c'est la même haine des juifs qui court comme
un fil tragique tout au long de leur histoire..
Continuez-vous à penser que la France n'est pas un pays antisémite?
Robert Badinter: Oui. Qu'il y ait des antisémites en
France, notamment dans les milieux issus de l'immigration maghrébine,
c'est hélas un fait, mais l'antijudaïsme de quelques-uns
ne fait pas de la République française un État
où régnerait l'antisémitisme.
Existe-il une «filiation» entre ce nouvel antisémitisme
d'origine islamique et l'antisémitisme nazi?
Robert Badinter: Non. Mais on doit constater que ces formes
de l'antisémitisme se nourrissent des mêmes sources criminelles
et avancent toujours les mêmes mensonges. Prenez les Protocoles
de Sion, qui relatent le prétendu complot juif pour asservir
le monde. On sait que c'est un faux établi par la police tsariste
pour nourrir l'antisémitisme. On le retrouve en Allemagne nazie
et, aujourd'hui, les intégristes islamistes le diffusent sur
Internet. Et, quand le premier ministre de Malaisie accuse les juifs,
sous les applaudissements de l'Organisation de la Conférence
islamique, de contrôler les médias mondiaux, on retrouve
le discours classique des antisémites européens, y coinpris
nazis.
Pensez-vous que certains portent une responsabilité dans
cette résurgence de l'antisémitisme en focalisant l'attention
sur le problème palestinien ?
Robert Badinter: Aujourd'hui,les islamistes fanatiques proclament
que leur ennemi privilégié, ce sont les Américains
et les juifs. Ils disent «les juifs», pas «les Israéliens».
Et regardez les attentats terroristes : en Tunisie, au Maroc, à
Istamboul, les synagogues et les juifs constituent la cible privilégiée
des terroristes islamistes. L'amalgame entre Israéliens et Juifs
est constant. Or, si les malheurs et les souffrances du peuple palestinien
sont un fait, les morts et les victimes israéliens du terrorisme
le sont aussi. À évoquer les uns sans rappeler les autres,
on nourrit l'antisionisme c'est-à-dire, aujourd'hui, l'antisémitisme
propagé par les fanatiques islamistes.
L'antisémitisme pourra-t-il un jour disparaître? Et
notamment avec la mise en place d'une solution en Israël?
Robert Badinter: J'ai longtemps pensé que l'antisémitisme,
aujourd'hui, n'était plus que la séquelle d'un passé
ignominieux essentiellement européen. Mais, à voir resurgir
sur les sites Internet la propagande antisémite de jadis, à
apprendre que les professeurs ne peuvent plus, dans certains collèges,
enseigner la Shoah, je m'interroge douloureusement. L'État d'Israël
est né de la Shoah, ce que beaucoup paraissent avoir oublié,
et voici qu'on refuse tout enseignement de la Shoah en rêvant
de détruire l'État d'Israël. Alors, pourquoi l'antisémitisme
disparaîtrait-il de ce monde, parce que la paix serait enfin établie
entre l'État d'Israël et l'État palestinien dont
je souhaite la reconnaissance ?
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DANS
L’OEIL DU CYLONE:
TUER LE MONSTRE ISLAMISTE
Amir Taheri
Jerusalem Post, 13 Novembre
2003
--Traduit par Stéphane Teicher
Après
des mois de préparation en secret, une délégation
d’islamistes radicaux devait rencontrer d’importants officiels
Saoudiens cette semaine. Ils devaient trouver les moyens de mettre fin
à la campagne de terreur qui a secoué le royaume depuis
six mois.
Cette rencontre n'aura pas lieu.
L’attaque suicide de Dimanche dernier dans la capitale Riyadh
a mis fin à tout espoir de compromis -- au moins pour l’immédiat.
"C’est un divorce brutal," dit un officiel Saoudien.
"Il est trop tard pour voir un conseiller conjugal" !
Cette opinion est partagée par les Islamistes Saoudiens.
"C’est la guerre!" dit une déclaration de la
Jaish al-Ansar (L’Armée des Vainqueurs), l'un des groupes
terroristes parmi la douzaine qui sont décidés à
détruire la monarchie Saoudienne.
Les Saoudiens subissent ce que d’autres régimes Musulmans
ont subi depuis les années 1950 -- ils ont créé
un Monstre islamiste qui se retourne maintenant contre eux.
* Le président Egyptien Anwar Sadat s’est allié
avec les Islamistes contre les panarabes à partir de 1971. Un
Islamiste l’a assassiné en 1980.
* Le président Algérien Chadli Bendjedid a fait venir
les Islamistes et a lancé une campagne de ré-Islamisation
de sa nation. Il a été chassé du pouvoir en 1992
par une révolte Islamiste qui continue de défier l’Etat
Algérien jusqu’à aujourd’hui.
* Les Saoudiens ont commencé à jouer la carte Islamiste
dès les années 1960, contre les "panarabes"
conduits par Nasser. Dès que le Nassérisme a cessé
de constituer une menace, les Saoudiens se sont servis de l’Islamisme
contre la menace communiste émanant du Yémen du Sud et
du Dhofar, dans les années1970. En 1975, un membre Islamiste
de la Famille Royale a assassiné le Roi Faiçal, l’homme
qui avait été l’instigateur de la stratégie
Islamiste du Royaume.
Dans les années 1980, les successeurs de Faiçal ont utilisé
l’Islamisme pour contrer le message shiite de "la Révolution
Islamique" de Khomeini, en provenance de Téhéran.
Selon des estimations, les Saoudiens ont dépensé quelques
100 milliards de $ pour promouvoir l’Islamisme à l’intérieur
et à l’étranger ces 20 dernières années.
Une partie de ces sommes est venue de donations collectées par
des armées de volontaires Soudanais, Somaliens et Egyptiens,
installés à proximité des mosquées, bazars,
écoles, hôpitaux et autres lieux publics dans tout le royaume.
Certains fonds provenaient d’opérations qui ressemblaient
à un racket, perpétrées par des gangs Islamistes.
Mais la plus grosse part des fonds est venue de l’état
Saoudien.
Les premiers signes de tension dans l’alliance de l’état
Saoudien avec les Islamistes sont apparus lors de la première
guerre du Golfe en in 1991-92. Les Islamistes ont été
outragés de voir les troupes américaines accueillies dans
le royaume comme alliées contre l’Iraq de Saddam Hussein.
En 1993, le roi Fahd, sous la pression de Washington, a promulgué
une constitution pour le royaume. Cela a provoqué la colère
des Islamistes, qui considèrent que le Coran est la seule constitution
dont a besoin tout état musulman. Deux ans plus tard, le roi
a établi une Assemblée Consultative, qui, bien que rejetée
par les libéraux comme n’étant qu’un ersatz
de Parlement, est apparue à beaucoup d’Islamistes comme
un outil d’occidentalisation. Le ressentiment islamiste pour Al
Saoud s’est encore accru avec les efforts timides, mais incontestables
du prince Abdallah pour élargir la base de soutien à la
dynastie. Abdullah, qui est chargé du gouvernement quotidien
du royaume depuis 1996, a tenté de courtiser les pan-Arabes,
les libéraux, et même des personnalités ouvertement
laïques, pour contrebalancer les islamistes.
Un geste qui a particulièrement irrité les Islamistes
a été la décision d’Abdallah, cette année,
de reconnaître les droits des Shiiites comme citoyens. Les Islamistes
Saoudiens considèrent les Shiites, qui représentent 15%
de la population, comme des hérétiques, qui doivent être
passés par le fil de l’épée. Or Abdallah
leur a donné deux sièges à l’Assemblée
et pour la première fois, il a nommé des Shiites à
des postes importants dans les services civils et diplomatiques.
La colère Islamiste contre le régime est montée
d’un cran le mois dernier, quand Abdallah a annoncé que
les premières élections dans l’histoire du royaume
seraient organisées l’année prochaine. D’une
portée modeste, ces élections ne concernent que la moitié
des sièges aux conseils municipaux. Les Islamistes considèrent
cependant que toute élection est une trahison de l’Islam.
Pis encore, les femmes pourront se présenter et voter aux élections
de l’année prochaine -- ce qui est perçu comme un
outrage, dans un pays où les femmes n’ont même pas
le droit de conduire une voiture.
La colère Islamiste a encore augmenté en Février
dernier, quand le gouvernement, sous la pression de Washington, a lancé
une chasse contre eux. Au cours des six derniers mois, plus de 800 prédicateurs
de mosquées et muezzins ont été renvoyés.
Quelques 2000 Islamistes ont été exclus du système
éducatif.
La situation s'est encore compliquée avec le retour au royaume
ces deux dernières années, d'environ 3 000 anciens mujaheedin
d’Afghanistan, du Pakistan et du Caucase. Certains d’entre
eux semblent avoir regagné leurs communautés d’origine.
Mais plus nombreux sont ceux qui ont constitué des cellules armées
secrètes et sont derrière des nombreuses attaques, souvent
passées sous silence, qui ont visé le gouvernement et
les communautés d’expatriés depuis l’année
dernière. Après avoir tenté d’ignorer ces
cellules, les autorités ont commencé cette année
à les poursuivre et à les démanteler. D’après
les chiffres du Ministère de l’Intérieur, les forces
de sécurité ont mené plus de 80 opérations
contre les Islamistes ces six derniers mois. Plus de 100 Islamistes
ont été tués et près de 700 capturés.
La campagne de terreur actuelle peut donc être une tentative désespérée
des Islamistes pour reprendre l’initiative dans une guerre secrète
qui a commencé il y a près d’un an. La lutte entre
l’état Egyptien et le monstre Islamiste qu’il a créé
a duré 20 ans et s’est achevée par la défaite
de ce dernier. L’état Algérien a écrasé
son monstre Islamiste après 12 ans de guerre. Combien de temps
faudra-t-il à l’état Saoudien pour tuer son monstre,
personne ne le sait. Ce qui est clair, c’est qu’une défaite
Islamiste en Arabie Saoudite permettra plus facilement de couper les
autre têtes de l’hydre.
(Amir
Taheri, écrivain et journaliste iranien,
est rédacteur en chef de Politique Internationale, Paris.)
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Numéro
105 • vendredi le 14 novembre 2003
Plainte
contre l’éditorial de Jean Guy Dubuc intitulé «
Quand Israël se fait assassin »,
publié mercredi le 24 septembre 2003 en page 36
du quotidien « La Voix de l’Est »
David Ouellette
Cet éditorial, dont l’objet
premier est de condamner les considérations du vice-premier ministre
israélien quant au sort politique et personnel de Yasser Arafat
-- par ailleurs, rapidement démenties officiellement par le gouvernement
israélien -- dérive de la critique légitime des
politiques d’un gouvernement quelconque à la diffamation
du peuple juif et du judaïsme en puisant dans le canon antijudaïque
d’une théologie catholique révolue et répudiée
par le Vatican.
M. Dubuc avance d’emblée que les Juifs éliminent
leurs adversaires par l’assassinat depuis la crucifixion du Christ
que M. Dubuc attribue indistinctement aux Juifs :
« On croirait entendre la condamnation du Christ lui-même,
mis à mort par les Juifs. On n’aime pas la personne? On
l’exécute ».
Non content de ressusciter l’accusation de déicide et d’agiter
le spectre de la culpabilité collective qui a valu aux Juifs
des siècles de persécutions sanglantes, M. Dubuc assimile
ici sans différenciation le gouvernement d’Israël
à l’ensemble des Juifs.
Le déicide imputé aux Juifs semble condamner ceux-ci à
le répéter sous forme d’actions contre-terroristes
du gouvernement israélien parce que les Israélites, n’ayant
pas accepté le Christ, seraient restés attachés
à un code moral et juridique suranné :
« Et les Israélites en font tout autant, fidèles
à la politique "oeil pour oeil, dent pour dent", figée
dans un Ancien Testament qui n'a pas entendu un tout autre message de
leur compatriote Jésus de Nazareth »
L’article s’achève sur la question rhétorique
« Enfin, surtout, les Juifs peuvent-ils être lucides sur
eux-mêmes? » à laquelle le lecteur, au bout de ce
long réquisitoire théologique antijudaïque, ne peut
répondre que non.
Parce que cet article confond Juifs et gouvernement israélien
et que sous couvert de critique politique il s’engage à
dépeindre l’ensemble des Juifs et le judaïsme sous
une lumière défavorable, voire maléfique, je souhaite
par la présente porter plainte contre son auteur pour y avoir
cultivé et entretenu des préjugés hostiles et diffamatoires
à l’endroit des Juifs et du judaïsme.
(David Ouellette est journaliste
et chercheur associé à ICRJ)
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Jibril Rajoub, conseiller d’Arafat
pour la Sécurité nationale : « Le gouvernement américain
est un gouvernement fasciste » ; « L’opposition irakienne
contre les Américains doit être renforcée »
L'Institut de Recherche Médiatique
du Proche Orient (MEMRI)
Dépêches spéciales - No. 607, 14 novembre 2003
Dans une récente interview
affichée dans le journal en ligne Al-Haqa’eq et publiée
par le quotidien saoudien Al-Jazirah, (1), le colonel Jibril Rajoub,
conseiller pour la sécurité nationale du président
de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, a qualifié
l’actuel gouvernement américain de « fasciste. »
En outre, il a appelé au renforcement de l’opposition irakienne
et dénoncé les efforts déployés pour marginaliser
Arafat et l’OLP. Il a aussi émis le souhait d’une
Russie plus forte, capable de contrebalancer le pouvoir des Etats-Unis.
Voici quelques extraits de l’interview :
Le gouvernement américain
est un gouvernement fasciste
« Le gouvernement américain est un gouvernement fasciste
de droite, contrôlé par la droite sioniste. Une poignée
de fascistes de droite dirige ce gouvernement. Chez eux, à commencer
par Dick Cheney et jusqu’à Paul Wolfowitz, le terme ‘Arabes’
suscite colère et déclenche nausée et dégoût
(…). Je ne crois pas que l’Administration américaine
désire, ou soit capable, d’établir de bonnes relations
avec les Palestiniens et les Arabes en raison de cette hégémonie
de droite qui règne sur ses institutions. »
Interrogé sur l’éventuelle responsabilité
des Palestiniens dans la détérioration des relations entre
les deux parties, Rajoub répond : « Nous, nous sommes les
victimes, notre peuple est victime (…) Les Américains exploitent
l’équilibre des forces [actuel] et la chute de l’Union
soviétique pour imposer leurs conditions et leurs exigences au
monde en général et au Moyen-Orient en particulier. »
Concernant les relations américano-arabes, Rajoub estime : «
Les Américains ne sont ni objectifs, ni réalistes. Ils
n’ont pas le minimum de respect pour les Arabes et leurs aspirations.
Il est donc nécessaire de développer une position arabe
[unifiée] mobilisant toute l’énergie et les options
arabes pour faire face aux Américains, lesquels se comportent
en maîtres du monde et parlent un langage de gendarme, le langage
du nouvel impérialisme (…) »
Sur la guerre en Irak, Rajoub assure : « L’Administration
américaine n’a pas mené la guerre contre l’Irak
pour renverser Saddam Hussein, mais pour contrôler les richesses
naturelles de l’Irak et tout le Moyen-Orient, pour assurer la
sécurité d’Israël et soutenir le front Est
(…) Je pense qu’il est temps que les Arabes se réveillent.
L’opposition irakienne contre l’occupation américaine
doit être renforcée. »
Relations russo-palestiniennes
Récemment revenu d’une visite en Russie, Rajoub analyse
les relations russo-palestiniennes : « Nos relations avec la Russie
sont excellentes. La Russie est une nation clé dans le monde
; nous lui souhaitons de recouvrer sa puissance et de rétablir
l’équilibre des forces dans le monde, afin de se trouver
davantage impliquée dans les conflits régionaux et internationaux,
y compris le conflit qui nous oppose à Israël (…)
Nous devons maintenir des relations avec la Russie et l’Europe
et refuser le monopole américain au Moyen-Orient. »
Les Accords de Genève
Rajoub élude une question portant sur la position officielle
de l’Autorité palestinienne concernant les Accords de Genève.
Il qualifie ces Accords d’ « initiative non-officielle »,
ajoutant que c’est le bon droit des Palestiniens de tenir des
discussions non-officielles avec des Israéliens ou qui que ce
soit d’autre. Rajoub précise toutefois que ce faisant,
il convient de ne pas oublier que « la source nationale d’autorité
pour le peuple palestinien est l’OLP, qui seule est en droit de
conduire des négociations. »
L’Autorité palestinienne et l’opposition islamique
Rajoub confie que « les contacts avec les groupes politiques palestiniens,
Hamas et Djihad islamique inclus, n’ont pas pris fin, et ne prendront
jamais fin. Ces forces font partie du peuple palestinien et du mouvement
de libération nationale. Ils représentent des cellules
actives importantes du tissu social et politique palestinien. »
L’échec d’Abou Mazen : il en est le seul responsable
Pour Rajoub, l’ancien Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas
(Abou Mazen) ne peut accuser personne de son isolement au sein du Fatah,
isolement qui incombe, selon Rajoub, au fait qu’Abou Mazen ait
parié sur des éléments extérieurs [au Fatah],
refusant de reconnaître le mouvement comme unique source d’autorité.
Rajoub estime que les Américains et les Israéliens ont
menti à Abou Mazen, car ils ne lui on rien donné.
L’interviewer demande ensuite à Rajoub si la présence
de Mohammed Dahlan dans le gouvernement d’Abou Mazen n’est
pas en partie responsable de l’échec essuyé. Rajoub
estime que Dahlan a effectivement contribué à l’échec
de Mahmoud Abbas : ce dernier aurait accordé à Dahlan
une autorité qui ne lui revenait pas sur les affaires intérieures,
contrevenant à l’accord passé entre Abou Mazen et
Arafat. Rajoub raconte que 24 heures avant l’effondrement du gouvernement
d’Abou Mazen, Arafat aurait suggéré, au moyen d’émissaires,
qu’Abou Mazen révoque Dahlan et nomme un ministre de l’Intérieur
officiel à sa place. Abou Mazen aurait refusé de se plier
à cette exigence. Rajoub ajoute qu’Abou Mazen et les membres
de son gouvernement donnaient aux Palestiniens l’impression qu’ils
cherchaient à contrôler l’Autorité palestinienne,
précisant qu’Abou Mazen souhaitait gouverner sans tenir
compte de l’autorité d’Arafat et du Fatah. Si tout
Palestinien a le droit légitime de se distinguer de [la ligne
de] Yasser Arafat, remettre en cause son autorité alors qu’il
demeure le président élu est, d’après Rajoub,
interdit.
L’Intifada n’était pas une erreur mais il est temps
de mettre fin aux opérations visant les civils en Israël
Refusant de qualifier l’Intifada d’erreur, Rajoub regrette
toutefois sa militarisation. Il ajoute qu’il est malheureux que
certaines personnes, dont des figures marquantes de l’Autorité
palestinienne et des services de sécurité, n’aient
suivi que leur propre programme. Il souligne : « Nous devons utiliser
tous les moyens pour mettre fin aux opérations visant les civils
dans la Ligne verte. »
Sharon trompe le monde
Rajoub a également été invité à s’exprimer
sur les motifs d’Israël concernant la construction d’une
barrière de séparation, au vu de l’explication donné
par Ariel Sharon : « Sharon trompe le monde entier (…) Sharon
ment plus qu’il ne respire (…) Sharon mentait en parlant
de concessions douloureuses et de la fin de l’occupation. »
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(1) http://www.alhaqaeq.net, le
4 novembre 2003; Al-Jazirah (Arabie Saoudite), le 4 novembre 2003.
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L'Europe, danger n° 1 pour la paix mondiale
Michel Gurfinkiel
Union des Patrons et des Professionnels
Juifs de France (UPJF)
Site internet: http://www.upjf.org
9 novembre 2003
Selon
le sondage Eurobaromètre, réalisé par un groupe
d'instituts d'opinion publique (Taylor Nelson Sofres/EOS Gallup Europe)
sur commande de l'Union européenne, 59 % des Européens
estiment qu'Israël constitue aujourd'hui la "menace la plus
sérieuse pour la paix du monde". En deuxième position,
ex-aequo, l'Iran, la Corée du Nord et les Etats-Unis, avec 53
% de réponses. Suivent, par ordre décroissant, l'Irak
et
l'Afghanistan, la Syrie et la Libye, l'Arabie Saoudite, la Chine, l'Inde,
la Russie et la Somalie. Israël a protesté officiellement
contre une enquête qui, selon lui, semble n'avoir été
organisée que dans le but de le dénigrer. Une accusation
que le président de la Commission européenne, l'Italien
Romano Prodi, prend tout à fait au sérieux, puisqu'il
s'est interrogé sur les conditions dans lesquelles ce sondage
a été réalisé ou
publié, et a tenu à préciser qu'il ne reflétait
en aucune mesure les sentiments ou la politique de l'Union. La ministre
française des Affaires européennes, Noëlle Lenoir,
a fait part également de son émotion et de son inquiétude.
Il est difficile, cependant, de rejeter l'Eurobaromètre en bloc.
Il recoupe les résultats de sondages effectués dans chacun
des pays membres.
Oui, Israël est diabolisé en Europe, et la France n'est
pas, contrairement à ce que l'on pourrait croire, le pays où
ce phénomène est le plus accusé: songez que le
score anti-israélien le plus élevé de l'Eurobaromètre,
74 % a été atteint aux Pays-Bas. Oui, les Etats-Unis sont
à peine moins diabolisés que l'Etat juif. Un autre Eurobaromètre,
réalisé presque au même moment, indique que pour
68 % des Européens, la guerre d'Irak était totalement
ou largement injustifiée, et que, pour 65 % d'entre eux, il incombe
aux seuls Etats-Unis, ou surtout aux Etats-Unis, de financer la reconstruction
de ce pays, à titre -- peut-on supposer -- de dommages de guerre.
Là encore, les sondages réalisés dans un cadre
national concordent avec le sondage européen.
Le vrai problème, ce n'est donc pas la méthodologie de
certaines enquêtes ni l'opportunité de les publier sous
l'égide, auguste entre toutes, de Bruxelles, mais bien leur teneur.
Comment un ensemble de pays démocratiques et développés,
jouissant d'un coefficient socio-éducatif élevé,
peut-il tomber dans la détestation de deux pays leaders en matière
de démocratie et de développement ? Comment l'Europe peut-elle
amalgamer dans la même phobie un Israël ou une Amérique
qui luttent contre le terrorisme, d'une part, un Iran et une Corée
du Nord où le terrorisme est doctrine d'Etat, d'autre part, sans
parler d'un Afghanistan ou d'un Irak qui étaient naguère
encore des bases terroristes majeures ? Comment l'Europe peut-elle juger
avec indulgence (36 % seulement d'opinions défavorables) une
Arabie Saoudite qui ne respecte aucun des droits de l'homme, de la femme
et de l'enfant, inscrits dans les chartes et directives communautaires,
et dont le rôle, dans le terrorisme islamique mondial, est établi
? Comment l'Europe peut-elle avoir oublié si rapidement les méga-attentats
perpétrés contre des populations civiles, à New
York, à Washington et à Pittsburg, le 11 septembre 2001,
ou refuse-t-elle de voir les attentats, non moins atroces, perpétrés
contre les civils israéliens ?
Coïncidence troublante: ce chiffre de 59 % d'Européens qui
accusent Israël de constituer le plus grand danger mondial contre
la paix en recoupe un autre. Selon un sondage réalisé
au mois de septembre par l'institut Pori -- sondage dont la méthodologie
n'est ni plus, ni moins soupçonnable que celle de l'Eurobaromètre
-- 59 % des Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Gaza souhaitent
en effet que les organisations Hamas et Djihad islamique, inscrites
sur les listes des organisations terroristes, établies respectivement
par les Etats-Unis et l'Union européenne, "poursuivent leur
lutte contre Israël, même si Israël évacuait
tous les territoires occupés, y compris Jérusalem-Est".
En d'autres termes, l'hostilité d'une forte majorité d'Européens
à l'égard d'Israël est en proportion exacte de la
haine absolue, radicale, ontologique, sans merci, sans la moindre ombre
de pardon ou de rachat, qu'une majorité de Palestiniens -- manipulés
ou non, là n'est pas la question -- vouent à ce pays,
au-delà de toute querelle, justifiée ou non, sur l'occupation
israélienne.
Comment l'Europe peut-elle ne pas s'en rendre compte ? Comment l'Europe
peut-elle ne pas s'interroger sur ce que cela signifie pour la population
israélienne et pour des
gouvernements israéliens successifs, de gauche et de droite,
d'être confrontés à des voisins immédiats
qui les promettent en tout état de cause, quelles que soient
leurs concessions ou leurs capitulations, au génocide ou au démocide
?
Soyons clairs, l'Europe n'est pas tombée si bas par hasard, malchance,
ou inadvertance. L'Europe de 2003 est folle parce qu'on la rend folle.
Parce que certains de ses dirigeants politiques et métapolitiques,
issus de la gauche et de la droite, de l'extrême droite et de
l'ultra-gauche, poursuivent délibérément, systématiquement,
le projet d'un Empire européen qui, en s'alliant à un
Empire islamique, renverserait la puissance
américaine et ce que cette puissance, jusqu'à ce jour,
implique ou conforte: une civilisation libre, une économie libre,
des peuples libres, le progrès technologique et l'essor des droits
réels de l'homme et du citoyen.
Tout n'est pas encore joué. Je mentionnais les réactions
que l'Eurobaromètre avait suscitées chez des dirigeants
européens de premier plan. Je peux également mentionner
le malaise, la stupéfaction, le dégoût, que l'affaire
Tarik Ramadan a provoqués chez beaucoup d'hommes politiques ou
d'intellectuels français, notamment à gauche. Mais si
l'on veut empêcher le désastre, si l'on veut arracher l'Europe
au dibbouk ou au Nosferatu néo-totalitaire qui est en train de
s'emparer d'elle, il faut agir vite et bien. A quoi bon s'indigner des
propos d'un Tarik Ramadan, si l'on ne le poursuit pas, ou si l'on subventionne,
par ailleurs, les forums et tribunes où il s'exprime impunément
?
De tous les chiffres de l'Eurobaromètre, il en est un -- que
je n'ai pas encore cité -- et qui, finalement, m'inquiète
encore plus que les autres. Les Européens ne croient pas être
un danger pour la paix mondiale. Ils ne sont que 8 % à penser
qu'ils pourraient en constituer un. En fait, c'est le contraire qui
est peut-être vrai. L'Europe de 2003 est dangereuse parce qu'elle
ne voit pas, ou ne veut pas voir la montée des dangers. Elle
est dangereuse parce que le mal est déjà en elle. Elle
est dangereuse parce que, quand bien même voudrait-elle lutter,
ses forces, déjà, lui manquent.
(Michel
Gurfinkiel est rédacteur en chef de "Valeurs actuelles".)
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Numéro
104 • vendredi le 7 novembre 2003
Moyen-Orient:
le dégel des certitudes
Alexandre Adler
Le Figaro, 5 novembre 2003
Dans la fumée des explosions
et la confusion des corps et des esprits, les contours du nouveau Moyen-Orient
émergent pourtant avec de plus en plus de clarté. Il reste
bien sûr encore une large place pour des constructions aléatoires
et sans lendemain, mais les blocs de certitude qui sont déjà
perceptibles, l'emportent de beaucoup sur ces espaces encore indéfinissables.
Pour aller vite, nous isolerons trois pôles émergents:
un nouvel Iran, un arc de crise sunnite, un Levant reconstitué
que l'on retrouvera surtout sur les périphéries de cette
région, Maghreb et Turquie.
Allons tout de suite au plus important, la conclusion de la révolution
iranienne. Tous ceux qui devant le long surplace -- installé
depuis 1997 -- entre le pouvoir démocratique du président
Khatami, vainqueur à deux reprises d'un suffrage universel de
plus en plus transparent, et celui théocratique du Guide de la
révolution Ali Khamenei, détenteur de la légitimité
religieuse chiite, ont lu ce face-à-face comme une sorte de répétition
du double pouvoir qui régna en Russie quelques mois en 1917 --
tous ceux-là, parmi lesquels je me compte malheureusement, se
sont trompés. Il n'y aura ni nouvelle révolution ni poursuite
du régime théocratique, mais une troisième voie,
un repli progressif des religieux vers des structures de contrôle,
très proches quant au fond du pouvoir des militaires dans la
Turquie voisine.
Ainsi se dégage un compromis politique, susceptible de réunifier
le centre droit de l'ancien président Rafsandjani et le centre
gauche des amis réformateurs les plus proches de Khatami. Au
fond, n'est-ce pas la longue durée de l'histoire iranienne comme
de l'histoire ottomane qui s'impose ici? En Turquie des janissaires
souvent mécréants, et plus souvent encore chiites dissimulés,
ont donné naissance à cette armée laïcisante
et autrefois franc-maçonne qui, après avoir contrôlé
le trône, contrôle aujourd'hui les politiciens issus du
suffrage universel; en Iran, dès l'instauration de la monarchie
séfévide au début du XVIe siècle, le principe
de l'État a toujours été qu'il soit le bouclier
de la religion chiite, bien davantage que de la nation persane. Après
avoir fait les preuves de l'ampleur de la contestation démocratique
parmi la jeunesse et la population des grandes villes, les ayatollahs
ont fini par comprendre qu'ils pouvaient tout de même survivre
s'ils savaient s'adapter. Ici c'est l'Irak qui leur fournit une solution
à ciel ouvert.
C'est en effet l'aile modérée de la théocratie
locale, avec les frères Al Hakim (dont l'aîné vient
de trouver la mort dans un attentat) qui domine largement l'opinion
chiite, elle-même majoritaire dans le pays. Les Américains
ayant bien l'intention d'organiser un scrutin sincère en Irak,
il ne faut pas être grand clerc -- littéralement -- pour
comprendre que l'Irak deviendra rapidement le second État chiite,
étroitement allié à l'Iran, mais débarrassé
du verrouillage théocratique que représente la «velayat-e-Faqih»
(le pouvoir du Guide). En Afghanistan, comme le président Karzaï
connaît encore de graves difficultés avec sa propre ethnie
pachtoune, toujours fortement influencée par les services secrets
pakistanais et par al-Qaida, c'est tout naturellement que l'influence
iranienne ne cesse de monter, grâce notamment aux Tadjiks du Nord,
là aussi à l'ombre du déploiement militaire américain.
Comme l'observait récemment un bon connaisseur du régime
de Téhéran, les quatre initiatives les plus récentes
des États-Unis -- Kosovo, Afghanistan, Irak, pressions sur l'Arabie
saoudite -- ont toutes été favorables ou très favorables
à l'Iran. La réunification sans doute de longue portée
des deux ailes du pouvoir religieux chiite est en fait intervenue grâce
à la pression nucléaire: devant la perspective d'un nouveau
blocus très dommageable à l'économie du pays, Khamenei
et Khatami ont trouvé une stratégie commune consistant
à jouer au plus fin avec les inspections occidentales, geler
le temps qu'il faudra la construction du potentiel nucléaire
et même donner quelques apaisements à Israël dont
on redoute un raid dévastateur de type Osirak, dont les Américains
auraient sous-traité l'exécution à leur allié
régional.
De nombreux indices concordants montrent l'importance de ce tournant
depuis la libération des derniers amis emprisonnés du
président, comme l'ayatollah Nouri, jusqu'au calme étrange
qui vient de saisir le Hezbollah libanais jusque-là si prompt
aux moulinets provocateurs tant vis-à-vis des Israéliens
que des chrétiens et des druzes dans son propre pays. Mieux,
la visite du roi de Jordanie Abdallah II à Téhéran
a permis aux dirigeants iraniens de faire une ouverture à la
noble famille des Hachémites qui gouverna autrefois l'Irak, et
dont on attend qu'elle favorise un nouveau régime chiite modéré
à Bagdad présidé par l'ayatollah Abdel Aziz al-Hakim,
qui a fort heureusement survécu à son frère. Comme
le roi de Jordanie est aussi le principal soutien politique et stratégique
des modérés palestiniens qui s'opposent sans cesse davantage
à Yasser Arafat, l'Iran vient en quelque sorte de commencer une
lente mais irréversible ouverture vers l'État hébreu
qui ne peut aboutir là aussi qu'à la reprise de relations
un jour normales. Mais il est certain que la puissance iranienne s'apprête
à rayonner très au-delà de ses frontières
et qu'elle sera bien entendu, le jour venu, également nucléaire.
La crainte principale de Téhéran est d'ailleurs plutôt
aujourd'hui l'ombre d'une bombe atomique pakistanaise dont on ne sait
trop si elle ne pourra pas se transmuer rapidement sous la forme d'une
bombe atomique saoudienne (qui paie la musique ne donne-t-il pas le
ton?), bien davantage que le souci récurrent d'une bombe israélienne
avec laquelle tout le Moyen-Orient vit plus ou moins bien depuis le
début des années 70.
Cette émergence rapide de la puissance régionale chiite
ouvre une fenêtre d'opportunité pour reconstituer un véritable
Levant. On appelait en effet autrefois «échelles du Levant»
ces points de contact entre l'Orient et l'Occident qui prenaient comme
des sas de décompression de l'islam à la chrétienté
généralement de petites cités-Etat.
Trois États de petite taille mais de grande importance stratégique
peuvent aujourd'hui constituer ces nouvelles échelles: un Liban
émancipé de la Syrie, une Jordanie, débouché
naturel de l'Irak et fortement associée à un État
palestinien enfin libre, et un État d'Israël point d'appui
régional naturel des États-Unis, et peut-être d'une
Russie libérale après-demain; on pourrait y ajouter des
Émirats, dont la population est aujourd'hui majoritairement indienne
et le commerce tourné vers l'Iran. Les forces qui s'opposent
à la renaissance de ce Levant, indispensable à une mondialisation
réussie de toute la région, sont toutes sur la défensive:
droite nationaliste israélienne, forces prosyriennes au Liban,
Frères musulmans jordaniens et lobby prosaoudien dans les Émirats.
Mais nous sommes en Orient et un tel dégagement de l'horizon
serait évidemment trop beau pour être vrai. Si la révolution
chiite s'achève sur une victoire de la modération, hélas,
les trois grands États sunnites, qui sont encore à ce
jour les alliés stratégiques des États-Unis dans
la région -- Égypte, Arabie saoudite et Pakistan --, sont
en proie à de véritables secousses de fièvre de
plus en plus inquiétantes. Leurs chefs d'État respectifs
-- Moubarak, le prince Abdallah et Musharraf -- sont à des titres
divers fragilisés, tandis que des forces islamistes importantes,
largement majoritaires dans les villes égyptiennes et les classes
moyennes saoudiennes, très significatives au Punjab ainsi que
sur les marches occidentales du Pakistan, sont en passe d'imposer leur
point de vue dans des sociétés civiles traumatisées.
Et malheureusement l'émergence d'un Iran fort, allié de
facto des États-Unis et d'un Levant apaisé rapproché
de l'Occident, ne peut que par contrecoup entraîner une crispation
de tout ce «Croissant sunnite» méridional qui se
sent le grand perdant de cette nouvelle donne: l'Égypte qui ne
sera plus l'interlocutrice privilégiée d'Israël,
l'Arabie saoudite dont la production pétrolière sera inférieure
à l'ensemble Iran-Irak, et le Pakistan coincé entre trois
puissances nucléaires régionales de plus en plus proches:
l'Iran, l'Inde et Israël. Dans ces conditions, le rêve de
Ben Laden qui était bien, rappelons-le, d'unir la force du nombre
et le prestige égyptiens, la ferveur et la légitimité
saoudiennes, ainsi que la technologie et le talent militaire pakistanais,
pour faire émerger un nouveau califat sunnite rival du régime
de Téhéran, risque bien par contrecoup d'émerger
sous une forme moins aiguë, alors même que les principaux
chefs d'al-Qaida disparaîtraient enfin de la circulation. En Orient
rien n'est simple, même si rien n'est jamais désespéré.
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Conseil
editorial
Prof. Frederick Krantz,
Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ) |
Jean-Claude Léon
(Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ) |
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