Communiqué Isranet
octobre
2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 103 •
vendredi le 31 octobre 2003
DIX ANS APRÈS OSLO :
LA STRATÉGIE DE «GUERRE POPULAIRE» DE L’OLP
ET LA RIPOSTE INADÉQUATE D’ISRAËL
Joel S. Fishman
Jerusalem Viewpoints, No. 503, 1-15
septembre 2003
Traduction : Jean-Pierre Bensimon / Objectif-info.com pour la traduction
En quoi les Palestiniens
mènent une « guerre populaire »
Le conflit actuel avec les Palestiniens
présente les caractéristiques fondamentales d’une
guerre populaire. C’est un aspect de la stratégie des étapes.
Conçue sur le long terme, cette méthode se propose d’infliger
une défaite à Israël en démoralisant ses citoyens,
en réduisant sa capacité de combat, en attaquant ses arrières
(la société civile), en détruisant son économie
et en provoquant des affrontements intérieurs, le tout, finalement,
pour désintégrer son moral et sa cohésion interne.
Il faut donc analyser les divers effets de la guerre du peuple sur la
société israélienne, et la capacité de celle-ci
à résister à ce type d’insurrection.
L’utilisation de la guerre économique pour
provoquer la faillite de l’adversaire. Si les difficultés
attestant la détresse économique d’Israël sont
étalées tous les jours dans l’actualité,
on a trop peu conscience que ces difficultés ne proviennent qu’en
partie de la crise économique mondiale ou des erreurs de politique
économique, mais qu’elles sont plutôt l’effet
d’une entreprise délibérée. Des rapports
récents mettent en garde contre un effondrement du système
de santé, tandis que le nombre de chômeurs augmente. Il
y a dix ans, on pensait que le « processus de paix » produirait
des interdépendances économiques qui ouvriraient la voie
à un avenir de paix et de prospérité. La violence
palestinienne qui a débuté en septembre 2000 a eu de sérieuses
conséquences économiques, avec des fermetures d’entreprises,
un quasi effondrement du tourisme, et la ruine de projets d’investissement
conjoints qui devaient fournir des moyens d’existence aux salariés
palestiniens.
Terrorisme et mobilisation intérieure. Selon
Stefen T. Possony [stratège américain extrêmement
important], « le terrorisme vient en second dans les modes opératoires
de la guérilla. Le terrorisme sélectif porte des coups
aux muscles, aux nerfs et au cerveau de l’ennemi. Terroriser la
population civile, dans sa masse, permet d’obtenir des collaborations,
des appuis et de profiter d’un flux de nouvelles recrues. La terreur
de masse est un procédé psychologique qui affaiblit les
forces et le moral de l’ennemi, mais qui fortifie la guérilla.
» (Stefan T. Possony, People’s War: The Art of Combining
Partisan-Military, Psycho-Social, and Political Conquest Techniques
[1970]).
Lors de la mise en œuvre des accords d’Oslo dans les années
90, les Israéliens déploraient souvent les incitations
à la violence des média palestiniens et la haine d’Israël
qui suintait des manuels scolaires palestiniens. Dans l’optique
de la « guerre populaire », l’incitation des média
et des manuels scolaires à la violence sont des instruments pour
mobiliser la société palestinienne dans une guerre de
longue durée et la préparer aux sacrifices prévisibles.
Les incitations palestiniennes à la violence et les manuels scolaires
étaient donc la preuve que le leadership palestinien engageait
un conflit sur la durée, qu’on n’avait pas affaire
à une péripétie du processus de paix.
Dans les faits, le processus de paix ne mit pas fin au terrorisme. Selon
le porte parole de l’armée israélienne, entre septembre
2000 et la fin du mois de juin 2003, il y a eu 18 000 actions terroristes
(y compris les actions qui ont échoué), soit en moyenne
18 opérations par jour. Si les cargaisons d’armes illégales
capturées lors de l’arraisonnement du Santorini et du Karine
A et d’autres envois d’armes étaient parvenus à
leurs destinataires, les Palestiniens auraient été capables
de neutraliser les tanks et certains type d’avions de combat,
relayant ainsi la menace sous laquelle le Hezbollah a placé le
nord d’Israël. Ce scénario du pire donne une idée
concrète de la guerre qui a été épargnée
aux Israéliens. Alors que les forces de guérilla sont
capables de remporter des victoires décisives même avec
des moyens de basse technologie et elles en ont effectivement remporté,
il faut voir que les capacités technologiques de l’A.P.
se sont régulièrement améliorées.
Dans cette stratégie, la construction d’une armée
conventionnelle est l’étape qui suit la guerre de guérilla.
La guerre populaire a commencé en Chine et au Vietnam par des
opérations de guérilla, mais ce sont des armées
conventionnelles qui ont terminé le travail. La stratégie
des étapes de l’OLP de 1974 prévoyait qu’à
l’étape finale, les États arabes se rassembleraient
en une vaste coalition d’armées conventionnelles qui attaquerait
Israël et lui infligerait une ! défaite. Il y eut une répétition
de ce scénario quelques années plus tard. En 1982, avant
la guerre du Liban, l’OLP organisa ses unités en formations
régulières dans le sud du Liban. C’était
le signe qu’elle était prête à passer de la
guérilla à une organisation militaire conventionnelle.
Les formations palestiniennes étaient intégrées
à une coalition du Front de l’Est, avec la Jordanie, la
Syrie et l’Irak. Des années 90 à aujourd’hui,
les actualités télévisées montrent que l’A.P.
a formé une armée, cette fois sous le prétexte
de construire une force pour combattre le terrorisme. Les Palestiniens
admettent qu’ils ont 39 000 policiers, soit bien plus que la limite
de 30 000 qui avait été fixée, et il est probable
que leur nombre réel soit bien plus élevé. Le commandant
de la police palestinienne en Cisjordanie est Hadj Ismail, celui-la
même qui dirigeait les troupes de l’OLP dans le sud du Liban
au début des années 80. Les Américains et les Européens
ont financé l’armement de l’A.P., la CIA a fourni
l’entraînement, et, en définitive, le tout a été
utilisé contre Israël et le sera encore demain, pour le
compte de la guerre populaire palestinienne. (De ce point de vue, on
doit avoir à l’esprit que les américains ont eux-mêmes
entraîné les combattants islamiques en ! Afghanistan).
Propagande. La délégitimation
d’Israël a été le thème central de la
propagande palestinienne dans les instances internationales, comme les
Nations Unies. Cela a commencé avec le premier discours de Yasser
Arafat à l’assemblée générale de l’ONU
en 1974, au moment de la campagne pour l’adoption de la résolution
scélérate, « Le sionisme est un racisme ».
Comme on l’a dit plus haut, le but du combat par la propagande
est le transfert de la légitimité de l’Etat d’Israël
à l’Etat palestinien, sous le nom de processus de «
substitution ». Effectivement, dans ce premier discours à
l’ONU, Arafat attaqua systématiquement la légitimité
d’Israël décrit comme une « entité »
raciste, fondée sur « les concepts impérialiste
et colonialiste ». Il s’étendit ensuite de façon
interminable sur la légitimité de l’OLP.
Tout cela rappelle un combat beaucoup plus ancien auquel le peuple juif
a été confronté. Les pères de l’Eglise
développèrent le concept de « substitution »,
le « Nouvel Israël » remplaçant « le Vieil
Israël ». Selon leurs enseignements le peuple juif et sa
religion étaient à présent obsolètes et
son Alliance abrogée. L’ « Alliance de la Palestine
», dont le but est de remplacer l’Etat juif, est une façon
haineuse d’actualiser le principe de substitution. Paradoxalement,
alors que les Eglises Protestante et Catholique ont désormais
rejeté le principe de substitution et l’antisémitisme,
les agitateurs palestiniens et leurs partisans se repaissent avidement
de la culture de l’adversaire. La fabrication par les Palestiniens
d’une version contrefaite de l’histoire, qu’il s’agisse
de l’histoire ancienne ou plus récente, pour s’approprier
la légitimité qui revient de droit au peuple juif, est
une extension du concept de substitution.
Il était déjà évident en 1993, que l’OLP
allait continuer sa guerre politique pour délégitimer
Israël, sans tenir compte des accords passés entre les deux
parties. Dans les trois mois qui suivirent la signature de la Déclaration
de Principes, en 1993, l’OLP relançait son offensive contre
Israël à l’Assemblée générale
des Nations Unies, avec près de vingt résolutions anti
israéliennes. Pour ceux qui poursuivaient une stratégie
de guerre du peuple, les négociations n’étaient
qu’une autre façon de poursuivre la guerre et non une chance
d’aboutir à un rapprochement des deux peuples. Cette tendance
se matérialisa à la conférence des Nations Unies
contre le racisme à Durban (septembre 2001). Le principe de substitution
joua un grand rôle dans la tentative des Palestiniens de délégitimer
Israël en prenant sa place dans la référence à
l’holocauste. Dans ce scénario, les Palestiniens souffriraient,
sous la domination israélienne, d’une oppression de type
nazi.
Anti-militarisme. Les mouvements pour la paix
sont une expression légitime de l’opinion dans toutes les
sociétés démocratiques. Le mouvement israélien
pour la paix témoignait d’un intérêt béat
pour l’OLP. Cependant, du coté palestinien, on voyait l’autre
partie d’une façon bien différente. Tandis que les
mouvements israéliens cherchaient à ouvrir un véritable
dialogue pour explorer les voies d’un règlement du conflit,
les leaders palestiniens admirent à de nombreuses reprises qu’ils
attendaient de ces mouvements un renfort, pour répandre l’anti
militarisme et diviser la société de leurs adversaires
israéliens. Mahmoud Abbas tenait le discours suivant aux Arabes
israéliens après le déclenchement de la violence
palestinienne : « Si vous voulez nous aider, fournissez nous [l’A.P.]
des ressources et [faites] des manifestations pacifistes avec les mouvements
pour la paix israéliens.
Obtenir des renseignements et priver l’ennemi de sources d’information.
Dans la conduite de la guerre populaire, un groupe rebelle doit se doter
de très bons moyens de renseignement si il veut agir efficacement.
L’OLP a fait preuve d’une grande ingéniosité
pour réunir des renseignements et comprendre de façon
approfondie les subtilités de la société israélienne.
Elle a utilisé les services des politiciens arabes israéliens,
comme Ahmad Tibi, qui devint conseiller de Yasser Arafat. Les dirigeants
de l’OLP nouèrent des liens étroits avec les ONG
israéliennes et d’anciens responsables israéliens
des secteurs civil et militaire. A de nombreuses reprises, les dirigeants
de l’OLP reçurent des conseils de ces israéliens
sur la meilleure façon de traiter avec les gouvernements d’Israël.
En même temps, ils traitaient de façon impitoyable les
Palestiniens suspects de « collaboration » qui étaient
fréquemment exécutés, lynchés en public,
par des factions comme les Tanzim, pour faire des exemples.
Zones de contestation de l’Autorité publique.
L’A.P. tenta de saper la souveraineté israélienne
par la mise en place d’instances concurrentes de l’Autorité
publique, surtout dans zones urbaines et les villes de Galilée,
territoires sous pleine souveraineté israélienne. De nombreuses
cités de ces zones sont désormais dangereuses pour les
Juifs et pour des raisons de sécurité, les services d’Etat
ne peuvent souvent pas fonctionner. La vague de constructions illégales
à Jérusalem, organisée en partie par l’A.P.
avec le secours des Saoudiens pour couvrir les frais de justice des
contrevenants, est une tentative du même ordre. Jusqu’à
sa fermeture par le gouvernement israélien, la Maison de l’Orient
servait quasiment de mairie de l’A.P. dans l’Est de Jérusalem,
avec une sorte d’immunité et un service de sécurité
propre. Elle donnait à l’A.P. une présence semi
officielle où des personnalités étrangères
étaient reçues, et elle servait de base pour l’entretien
de relations avec les sympathisants israéliens.
Construction de sanctuaires et gains de mobilité.
Les Forces de Défense d’Israël ont fait des efforts
considérables pour empêcher l’ennemi de bâtir
des sanctuaires et de gagner en mobilité opérationnelle.
Ainsi la fermeture de l’aéroport Dahaniya et du port de
Gaza, l’édification d’une barrière de sécurité,
la réduction du nombre de sauf-conduits ! pour les dignitaires
palestiniens, comme l’utilisation sur une grande échelle
de barrages routiers, ont été et demeurent déterminants
pour la sécurité d’Israël. Ces mesures défensives
qui ne sont pas sans dommages pour la population civile, devenaient
indispensables à partir du moment où les dirigeants palestiniens
ne remplissaient pas leurs obligations.
La réponse d’Israël
à la « guerre populaire »
Si Israël a remarquablement
fait face au défi militaire, ses résultats en matière
politique ont été médiocres. Israël n’a
pas de tradition politique d’excellence dans la conduite des affaires
de l’Etat, ni dans le domaine des affaires étrangères,
et il s’est souvent conformé à l’aphorisme
de Moshe Dayan : « Israël n’a pas de politique étrangère.
Il a seulement une politique de défense ». Malheureusement,
ses ennemis ont tiré parti de cette carence. La faiblesse la
plus grave est l’absence de buts politiques bien définis
et de talents politique à la hauteur des capacités militaires.
Cette situation provient en partie de l’idée révolue
qui veut que la sécurité soit d’abord une question
militaire. Alors que l’OLP engageait la lutte selon le modèle
de la guerre populaire, en donnant la priorité à la lutte
politique contre Israël à travers ses campagnes terroristes,
la riposte israélienne demeura exclusivement militaire jusqu’à
la signature des accords d’Oslo en 1993. Après 1993, le
gouvernement israélien s’enticha de l’OLP parce qu’elle
déclara qu’elle renonçait au terrorisme, alors qu’elle
était encore engagée dans son programme politique de guerre
contre l’Etat d’Israël.
Pendant les deux décennies qui précédèrent
Oslo, l’OLP, avec l’assistance de politiciens socialistes
comme le président autrichien Bruno Kreisky, s’efforça
avec persévérance d’acquérir tous les attributs
de la respectabilité politique. Le 13 novembre 1974, Yasser Arafat
fit son discours à l’ONU, et en juillet 1979, Kreisky le
reçut à Vienne comme un chef d’Etat. En décembre
1988, Kreisky organisa pour Arafat, avec le soutien tacite du département
d’Etat américain, une réunion avec les dirigeants
Juifs américains à Stockholm. Après 1993, Arafat
devint un hôte régulier du Bureau Ovale et en décembre
1994, il reçut le prix Nobel de la Paix avec Yitzhak Rabin et
Shimon Peres. En même temps, le prestige d’Israël paraissait
s’améliorer dans le monde entier, ce qui s’avéra
être seulement temporaire. Au moment où l’OLP choisit
d’enfermer le processus de négociation dans une impasse,
la position diplomatique d’Israël s’effondra, tandis
que les Palestiniens accumulaient les succès.
Dans le même temps, la position politique d’Israël
fut affaiblie par deux handicaps qu’il s’infligea lui-même
: la décision de cesser de défendre la cause d’Israël
à l’étranger et la réduction de ses relations
traditionnelles avec la diaspora. Une décennie auparavant, le
ministre des affaires étrangères Shimon Peres avait officiellement
décidé de mettre un terme à la politique d’information
qu’Israël aurait du avoir. Israël réduisit alors
ses maigres dépenses d’information tandis que les Palestiniens
faisaient un usage efficace des savoir-faire remarquables qu’ils
avaient acquis depuis des années. Saisissant cette opportunité,
ils intensifièrent leurs efforts avec agressivité pour
anéantir la légitimité d’Israël par
la propagande, entendue comme « un instrument politique de la
guerre »
En outre, le processus d’Oslo conduisit à refuser le soutien
de la diaspora juive. L’idée que la diaspora n’était
plus importante pour Israël s’imposa, comme l’auteur
israélien A.B. Yehoshua le dit vertement à des Juifs américains
: « Nous n’avons pas besoin de vous » (Jerusalem Post,
April 5, 1996). De la même façon, le Dr Yossi Beilin du
ministère des affaires étrangères déclara
à un public américain : « Vous désirez que
je vienne en tendant la main et que je vous dise que nous avons besoin
d’argent pour les pauvres gens. Israël est un pays riche.
Je suis désolé de vous le dire » (Washington Post,
Feb. 20, 1994). Ce changement d’attitude, empreint de mépris,
sapait un des piliers traditionnels du soutien à l’Etat
juif. Presque dix ans plus tard, le professeur Steven Windmueller décrivait
les effets de ce programme de liquidation.
A la suite des accords d’Oslo, une réalité nouvelle
prit de l’importance. Des organisations communautaires et civiques
juives entreprirent le démantèlement des structures institutionnelles
qui s’adonnaient traditionnellement à la défense
de la cause d’Israël. Les effets de ces changements structurels
du milieu des années 90 peuvent être mieux appréhendés,
si on les replace dans le contexte d’une génération
entière de jeunes juifs américains incapables de défendre
efficacement la cause d’Israël auprès de leurs pairs.
Il y a pire, si c’est possible : la réduction du niveau
d’engagement de cette génération de Juifs américains,
de moins en moins désireux de considérer Israël comme
une composante de leur identité juive et comme l’objet
de leur commune responsabilité.(Steven Windmueller, “September
11: Its Implications for American Jewry,” Jerusalem Viewpoints
492 [Feb. 16, 2003])
Une explication supplémentaire de la faiblesse politique d’Israël
réside dans la surreprésentation des anciens généraux
dans l’appareil de décision politique. Parmi eux, beaucoup
n’ont jamais eu l’expérience d’une administration
civile, des affaires, de l’université et n’ont jamais
acquis les compétences, les connaissances, l’expérience,
le niveau d’exercice des responsabilités requis pour des
dirigeants politiques. Ayant passé leur vie adulte à faire
la guerre, ces généraux retraités tentent désespérément
de terminer leur carrière en hommes de la paix. Certains d’entre
eux ont pris des initiatives personnelles, sans recueillir l’avis
de personnalités politiques chevronnées. Il leur est aussi
arrivé de faire preuve de mépris pour les procédures
démocratiques.
Quand ils négociaient avec les Palestiniens, les dirigeants politiques
israéliens focalisaient strictement leur attention, sur les aspects
militaires de la menace à laquelle ils avaient à faire
face, comme le démantèlement des infrastructures terroristes
ou la collecte des armes à feu illégales. Ce faisant,
les dirigeants israéliens ne répondaient pas au défi
que l’A.P. continuait de poser avec sa stratégie des étapes.
Les renseignements militaires israéliens lançaient périodiquement
des avertissements sur le refus d’Arafat de démanteler
le Hamas et le Jihad islamique. Mais, jusqu’au début de
2001, toute interrogation sur l’intention de l’OLP de conclure
une véritable paix était tenue pour une opinion marginale.
(Au contraire de 1974 où on attaquait l’OLP pour sa théorie
des étapes accusée de rechercher l’élimination
d’Israël).
Tout au long de la décennie écoulée, le grand espoir
des responsables politiques israéliens était de parvenir
à un règlement avec les Palestiniens, à tout prix,
de préférer une « mauvaise paix » à
une « bonne guerre », même au prix de « pénibles
sacrifices ». Il semblait qu’ils avaient attribué
à tout règlement, quel qu’il soit, les vertus d’une
panacée. Par la suite, la politique israélienne, fondée
sur des improvisations de court terme, ne prit pas en compte l’éventualité
d’une « guerre prolongée » au moment où
la théorie de la guerre populaire faisait un usage calculé
et habile du facteur temps. En conséquence, dix ans plus tard,
le capital économique et humain d’Israël a été
réduit alors que l’ennemi augmentait sa puissance politique
et militaire. En suivant cette politique, Israël perdit des positions
favorables, renonça à de nombreuses initiatives pour d’autres,
moins favorables, tandis qu’Arafat et son organisation suivaient
un plan précis et démontraient la cohérence de
leur entreprise. Dans ce contexte, Hanna Arendt [The Origins of
Totalitarianism, 1959] apporte un éclairage de grande valeur
:
« Dans ses rapports avec les systèmes totalitaires, un
des principaux handicaps du reste du monde, c’est d’ignorer
la nature du système, donc de penser, d’une part que l’énormité
de ses mensonges le conduit à sa la perte, et de l’autre,
qu’il est possible de prendre le Guide au mot et de le forcer
à aller dans le bon sens, quelles qu’aient été
ses intentions initiales. Malheureusement, le système totalitaire
est immunisé contre un tel scénario et l’ingéniosité
de son organisation lui permet de s’affranchir de la réalité
quand ses mensonges sont mis à jour ou quand il est acculé
à ne plus pouvoir démentir ses faux-semblants. »
Le rôle des États-unis, dans la situation difficile où
se trouve Israël, mérite d’être évoqué.
Tout au début de la présidence de Bush, juste après
la fin de l’administration Clinton, Barry Rubin, présentait
la politique américaine comme neutre dans le court terme mais,
incapable à plus longue échéance de faire avancer
la cause de la paix et de la stabilité dans la région
:
Pour ce qui est de sa stratégie à long terme dans la région,
on peut dire que les États-unis se sont tenus à un rôle
de médiateurs pour des accords de paix, en dépit des preuves
innombrables que de tels accords ne pouvaient pas aboutir dans un avenir
prévisible (et, si jamais ils sont conclus, on ne peut pas imaginer
qu’ils soient respectés par les dirigeants avec lesquels
Israël négocie actuellement).
La politique américaine de condamnation du « cycle de violence
», de proclamations d’ « impartialité »
et de « pression sur les deux parties » est un compromis
moral. Cela revient à répandre des illusions seulement
nécessaires pour conserver le processus en marche. Bien qu’on
ne le reconnaisse jamais en public, le prix de cette approche, c’est
la tolérance d’un « niveau acceptable » de
victimes civiles israéliennes du terrorisme. Le principal bénéficiaire
de cette politique est l’A.P., et non Israël, pour la raison
simple qu’elle engrange les bénéfices d’une
présentation truquée. Cela rappelle l’époque
où les États-unis pressaient Israël d’accepter
les violations égyptiennes de l’accord d’armistice,
quand l’Égypte mettait en batterie des rampes de lancement
de missiles à proximité du canal de Suez, après
la guerre d’usure, en 1970. L’administration américaine
a suivi le même chemin avec les Palestiniens à l’époque
d’Oslo. (Barry Rubin, Revolution until Victory? The Politics
and History of the PLO, 1994)
Oslo a donné aux Palestiniens une base territoriale.
Nous adaptons les expériences des autres peuples aux particularités
de notre propre situation. La topographie n’est pas la même,
ici, qu’en Algérie ou au Vietnam. Nous ne pourrions pas
ignorer les limites qui nous sont imposées par les conditions
naturelles, militaires et matérielles mais nous pouvons les surmonter
et nous le ferons si nous adaptons notre stratégie.
Yasser Arafat, fin
des années 60. Depuis sa naissance et pendant la
phase de
« Libération Totale » (1969-1974), l’OLP n’avait
pas la faculté de lancer une guerre de guérilla soutenue
contre Israël. Le principal résultat des accords d’Oslo
fut de donner à l’OLP une base territoriale permettant
d’entamer une telle guerre, faite pour servir ses objectifs stratégiques.
« La victoire, dans cette lutte », il faut le répéter,
« signifie que l’un ou l’autre des deux pouvoirs s’impose.
La défaite, c’est que l’un ou l’autre des deux
pouvoirs disparaît »
L’analyse de la situation actuelle rend indispensable le réexamen
des hypothèses de base de la politique israélienne. Le
fait qu’Israël est confronté à une guerre populaire
signifie qu’il n’y a pas de « processus de paix »
dans le sens que l’on donne habituellement à cette formule,
ni un véritable règlement en perspective. Il n’y
a pas d’accord à conclure. A la place, toutes les conditions
d’une guerre prolongée sur des décennies ont été
réunies dans le but d’affaiblir l’Etat juif avant
de le détruire. Les négociations et les temporisations
sont avant tout des tactiques subordonnées aux objectifs fondamentaux,
et des moyens de prendre le contrôle de territoires sans livrer
combat. Comme l’a écrit David Makovsky, les conséquences
de ce genre de rencontres diplomatiques, comme les négociations
de Taba, ont été d’accroître pour Israël,
le coût d’un règlement dans une négociation
ultérieure. Cela s’appelle « accroître la base
de concessions » (David Makovsky, “Taba Mythchief,”
The National Interest [Spring 2003]: 128). Les négociations fournissent
aussi à l’autre coté l’opportunité
de consolider ses gains et un surcroît de légitimité
pour obtenu la compagnie de partenaires respectables.
En vertu de cette analyse, les responsables politiques israéliens
ont gravement sous estimé la détermination et les capacités
de l’ennemi et ils ont donné trop d’importance au
facteur matériel dans l’analyse du rapport des forces.
Si on prend en compte la stratégie de l’adversaire et son
intégration des doctrines politiques et militaires dans un tout,
l’avantage d’Israël se réduit singulièrement.
Si Israël veut assurer sa survie, il doit infliger une défaite
à la stratégie de l’ennemi et à sa guerre
du peuple. En particulier, il est urgent de réévaluer
la menace à laquelle fait face Israël et d’empêcher
l’ennemi d’accroître sa puissance et de déployer
sa stratégie. Israël doit relever le défi en énonçant
sa propre doctrine, avec des objectifs politiques et militaires définis
et échelonnés. Certains d’entre eux devront être
: 1) assurer la survie de l’Etat d’Israël comme Etat
juif et protéger ses citoyens ; 2) défendre activement
la légitimité de cet Etat, et 3) achever la processus
d’intégration de l’Etat juif dans le monde démocratique.
(Dr. Joel Fishman est membre
associé du « Jerusalem Center for Public Affairs ».
Cet essai contient un certain nombre de conclusions de son sujet de
recherche,
la Démocratie en Israël, conduit sous les auspices du Centre.)
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Annexe : La pensée
stratégique de Stefan T. Possony
Ce texte s’est largement
appuyé sur les écrits de Stefen T. Possony (1913-1995),
auteur peu connu, mais stratège américain extrêmement
important. Né à Vienne en 1913, il obtint son doctorat
d’histoire et d’économie en 1930. Il s’installa
à Paris en 1938, l’année de la publication de son
premier ouvrage d’importance, « La guerre de demain ».
Il travailla comme conseiller en guerre psychologique au ministère
français des Affaires Étrangères et comme conseiller
auprès de l’armée française. Des unités
de la Gestapo le capturèrent au moment de la chute de Paris,
mais il s’évada rapidement, traversa les Pyrénées
et arriva aux États-unis en 1940.
Il travailla d’abord à l’université de Princeton,
aux cotés d’Einstein, à l’Institut des Études
Avancées. Possony étudia de nombreux problèmes
significatifs du XXème siècle, le communisme, la guerre
psychologique, la détermination des cibles stratégiques.
Lors du second conflit mondial, il était convaincu que le nazisme
serait écrasé et que le communisme serait le problème
suivant...
Alors qu’il était
directeur des études internationales et professeur associé
à l’institut Hoover de l’université de Stanford
depuis 1961, il imagina les systèmes spatiaux de défense
anti missiles et l’utilisation des armes à énergie
activée depuis l’espace. Il retint ainsi l’attention
de celui qui était alors le Gouverneur de Californie, Ronald
Reagan. Ce dernier adopta ses concepts stratégiques quand il
fut élu président, en 1980..
Début
de la page.
Numéro
102 • vendredi le 24 octobre 2003
Antisémitisme
Éditorial
Le Monde, 19 octobre 2003
Le Premier Ministre de Malaisie,
Mahatir Mohamad, est l'un des responsables les plus écoutés
en Asie, dans le monde arabe et même au-delà. Il incarne
la réussite économique de son pays, incontestable ; la
Malaisie est citée comme un modèle dans le monde des pays
émergents. Il est l'homme qui a su résister à ce
que l'on a appelé le "consensus de Washington", c'est-à-dire
tenir tête au diktat ultralibéral de la Banque mondiale,
du Fonds monétaire et du Trésor américain.
Il est le père d'une politique de développement hétérodoxe,
mélange de protectionnisme financier et d'ouverture commerciale,
qui a assuré l'incroyable décollage économique
de la Malaisie. En bref, il a su à la fois se protéger
et profiter de la mondialisation. A ce titre, Mahatir Mohamad, qui prendra
sa retraite le 31 octobre après vingt-deux ans d'un pouvoir autoritaire,
est un homme dont les mots comptent.
Il était cette semaine l'hôte de l'Organisation de la conférence
islamique (OCI), qui regroupe tous les pays musulmans. Dans son adresse
de bienvenue, devant nombre de chefs d'Etat du monde arabe, d'Asie et
d'Afrique, il a tenu des propos ouvertement antisémites. "Les
Européens ont tué six millions de juifs sur douze. Mais
aujourd'hui les juifs dirigent le monde par procuration. Ils obtiennent
que les autres se battent et meurent pour eux", a-t-il lancé
(Le Monde du 17 et du 18 octobre). Son propos était d'expliquer
que les musulmans ne sauraient se résoudre à ce prétendu
état de fait : "Un milliard trois cents millions de musulmans
ne peuvent pas être défaits par quelques millions de juifs",
a-t-il poursuivi.
Personne n'a quitté la salle. Personne dans cette assemblée
n'a jugé farfelue, raciste et grotesque cette affirmation posée,
comme si l'affaire allait de soi, d'une domination du monde par "les
juifs", devenus "une puissance mondiale", à laquelle
il serait urgent que l'OCI mette fin. L'Union européenne et les
Etats-Unis ont dénoncé un discours qui puise directement
dans le vieil antisémitisme européen. Mais dans la salle,
rien. Pourquoi ?
Pas par courtoisie pour l'hôte de ce dixième sommet. Pas
par apathie. Pour une raison beaucoup plus grave. Parce que l'auditoire
approuvait. Parce que de tels propos sont monnaie courante dans le monde
arabo-islamique, où ils passent pour vérité d'évidence
et sont régulièrement véhiculés par les
gouvernants, la presse -- la plupart du temps contrôlée
-- et les enseignants. Ils font partie d'un discours anti-occidental,
toléré, sinon encouragé, par nombre de régimes
autoritaires comme une sorte d'exutoire commode à leurs difficultés.
Au nom souvent d'un antisionisme d'autant plus violemment proclamé
que l'on se trouve loin du conflit israélo-palestinien, l'antisémitisme
est banalisé, normalisé. Et cette forme directe du racisme,
pur et simple, est pratiquée comme une catégorie normale
du "débat" politique -- qui a, hélas, pénétré
certaines de nos banlieues.
Mahatir s'est permis de préconiser des moyens pacifiques pour
lutter contre "les juifs". Il devrait savoir que son discours
nourrit le terrorisme.
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La 'CNN à la française'
Raphaël Lellouche
Metula News Agency, 14 octobre 2003
Le contrôle de médias
de masse, et en particulier de la diffusion télévisuelle
au niveau «global», est devenu une clef de toute politique
de puissance. Il n’y a pas, en effet, de puissance sans encadrement
idéologique de l’«opinion publique» à
l’échelle internationale. Et pas d’ingeneering du
consensus, ni de possibilité de «forger» une telle
«opinion publique» docile et suiviste, sans instruments
d’influence médiatique de masse, sous prétexte d’«information»...
Or la France chiraquienne s’est donné pour objectif de
reconquérir son «rang», sinon son ancienne «grandeur»
perdue d’empire colonial. Mais la stratégie du Quai d’Orsay
ne saurait plus désormais être une stratégie directe.
La France n’étant plus qu’une puissance «moyenne»
(et même, paraît-il, en déclin), il ne peut plus
guère s’agir, pour l’ancienne Grande Nation bourbonne
ou jacobine, de prétendre conquérir, en tant que telle,
le vaste monde. Elle se rabat donc sur une stratégie indirecte,
s’appuyant sur trois leviers d’échelle continentale
ou mondiale d’influence : 1° sur l’Europe, qu’elle
entraîne (avec l’Allemagne et la Belgique) dans son sillage
; 2° sur la Francophonie, comme substrat linguistique de transmission
«universelle» de ses messages politico-culturels ; et 3°,
sur le Monde Arabe, correspondant à certaines zones d’«influence»
néo-coloniale, comme allié et marché potentiel
pour le développement de ses groupes industriels (armement, pétrochimie,
nucléaire, automobile, communication, luxe, etc.). J’appelle
cela la stratégie des trois «relais», que sont l’Europe,
la Francophonie et l’Amitié arabe (il y a des intersections
: Belgique, Liban, etc.).
La diffusion des messages visant l’intégration politico-culturelle
de l’Europe, avait déjà nécessité
la mise en place de la chaîne, dite «culturelle»,
Arte. Sa vocation avait été explicitement définie
par le duo Chirac-Schröder comme devant contribuer à «forger
une opinion publique européenne commune». Évidemment,
un tel objectif ne peut être atteint faute de se doter du support
médiatique ad hoc et sans fixer des «lignes» ou des
axes sémantiques le long desquels cette opinion pourra s’intégrer,
en conformité avec l’identité «européenne»,
telle que souhaitée par les pouvoirs franco-allemands.
N’est-ce pas cette «opinion commune» européenne,
que Habermas, d’ailleurs, a cru reconnaître, enfin advenue
en chair et en os, au travers de la mobilisation «pacifiste»
contre la guerre en Irak, derrière la «position»
franco-allemande, dans ce nouveau pays-bloc que je me plais à
appeler la «Francallemagne», autoproclamé noyau politique
de l’UE ? Elle devait, d’après lui, dans son fameux
manifeste cosigné par Derrida, constituer la prémisse
d’une unification de la politique étrangère de l’Europe.
C’est ainsi qu’une chaîne de télévision
est conçue par les instances «compétentes»
(comme on appelle les pouvoirs dans le jargon bureaucratique de la nouvelle
Europe subsidiaire), à savoir un porte-voix des orientations
de la politique étrangère du Quai d’Orsay, en tant
qu’instrument de contrôle stratégique et de «suscitation»
de l’opinion publique.
Une preuve de cette fonction assignée à la chaîne
Arte, et à la «ligne éditoriale» (politique
et culturelle) qui lui est imposée, est opportunément
fournie par la réponse donnée rétrospectivement
par Dominique Baudis, président du CSA, à une lettre qui
lui avait été adressée par l’Association
France-Israël, le 31 mars, pour protester contre le projet de diffusion
du «Jénine-Jénine» de Bacri, sur Arte, le
1er avril dernier. Le président du CSA répond le 14 Avril,
en toutes lettres, pour décliner sa responsabilité concernant
cette programmation : «Arte est l’objet d’un traité
interétatique entre la France et l’Allemagne. Cette chaîne
ne relève donc pas du contrôle ni de l’autorité
du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Seul le gouvernement,
qui est actionnaire dans cette société, peut intervenir».
On ne saurait être plus clair.
C’est le même langage que Jérôme Clément,
président du directoire d’Arte, tient à Bernard
Brochand, l’auteur du récent rapport sur le projet de «CNN
à la française». Celui-ci songeait à une
restructuration de l’audiovisuel public extérieur au détriment
d’Arte, afin de réaliser des économies par la réorientation
des ressources allouées à l'information chez Arte et TV5,
considérés comme des doublons. Aussi, le président
d'Arte, Jérôme Clément, précise-t-il, à
son tour, que sa chaîne est régie par un traité
international : «Cette idée ne tient pas debout du tout…
La ligne éditoriale et les programmes d'Arte ne dépendent
pas de M. Brochand». Qu’on se le tienne pour dit. Ne soyons
donc plus candides, nous avons bien lu : l’«information
franco-allemande» procède d’un traité international
qui fixe la ligne éditoriale, laquelle, échappant à
tout contrôle (CSA), ne dépend directement que de la volonté
du gouvernement actionnaire, lui-même tenu par un traité
international ! Allez, après cela, morigéner les journalistes
!
S’il en va ainsi du verrouillage politique d’Arte, je vous
laisse imaginer comment il en va des chaînes de «service
public» -- pour nous de «sévices publics» --
du groupe France Télévisions (Fr2, Fr3, TV5, etc.), et
de l’indépendance de ses journalistes d’«information»,
par rapport à la «ligne» du Quai d’Orsay !
Mais ce n’est pas aux lecteurs de la Ména, instruits par
Gérard Huber des dessous de l’Affaire Al-Dura et du rôle
clé qu’y a joué France 2, que je vais en remontrer
beaucoup sur ce point.
Mais voilà maintenant que le contrôle de l’opinion
hexagonale (une affaire déjà bien ficelée), et
l’intégration de l’opinion «francallemande»
et européenne, ne suffisent plus aux ambitions et aux grands
desseins mondiaux de la France. Fort de sa nouvelle posture de challenger
planétaire du bellicisme américano-sioniste, le Président
Chirac veut désormais se tailler une «opinion mondiale»
à sa mesure. C’est en février 2002 que le candidat
Jacques Chirac, en pleine campagne électorale et tandis que l’Intifada
battait aussi son plein, formulait, devant le Haut Conseil à
la francophonie, le vœu de créer une "grande chaîne
d'information internationale en français, capable de rivaliser
avec la BBC ou CNN". Il s’agissait là, dès
le début, d’un projet stratégique, construit sur
les trois relais de puissance, et on voit bien que le Président
Chirac n’avait pas attendu la formidable chambre d’écho
de son bras de fer au Conseil de Sécurité de l’ONU
sur la guerre d’Irak, pour prévoir ses campagnes médiatiques
d’antiaméricanisme forcené.
Où l’on voit aussi qu’il n’est pas indifférent
que cette déclaration, concernant une chaîne d’ «information»
ait été faite devant un Conseil de la Francophonie ! Car
il ne s’agit pas seulement de «culture» et de compréhension
linguistique. Sinon, que ferait ici la patte du Quai d’Orsay ?
Cela met bien, au contraire, en lumière la véritable signification
que Chirac entend donner à la Francophonie elle-même, et
qui est stratégique. La «culture» de la Langue Française
a bon dos. On peut supposer que ce n’est pas Racine que la chaîne
d’information en continu à la française va mettre
à l’honneur. Je crains que ce ne soit plutôt Yacine
! Tragédie pour tragédie…
La presse révélait, en effet, récemment, que, dès
la fin 2002, un groupe de travail confidentiel avait été
installé à Matignon, formé surtout de représentants
du Quai d'Orsay (!), groupe étroitement surveillé par
Villepin, et accessoirement du ministère de la culture et de
la communication, et de professionnels de la télévision,
pour élaborer ce projet médiatico-stratégique.
Son nom de code : C.F.I.I. -- pour «chaîne française
d’information internationale». La Culture, la Communication
et, au centre, le Quai d’Orsay : les trois bonnes fées
-- ou sorcières ? --, les trois grâces françaises
étroitement enlacées, qui se penchent sur le berceau de
la «CNN à la française» ! Voilà qui
donne déjà une idée des auspices qui veillent sur
la personnalité de la future progéniture !
D’ailleurs, la tonalité du débat qu’a déclenché
ce projet est révélatrice de l’état d’esprit
régnant actuellement dans les milieux médiatiques, et
des répugnances qui, quelque soumis au pouvoir qu’ils se
soient montrés, s’expriment néanmoins devant la
petite dictature mentale que fait régner le Président
élu avec ses 80% des suffrages.
Les garanties d'indépendance qu’offrirait une telle chaîne
d'information avaient suscité un scepticisme, que l’on
pourrait qualifier de plus que franc, de brutal, au sein de la direction
du groupe privé TF1, lorsque celui-ci s’en croyait écarté.
Ce qui montre, en passant , de quel genre d’estime bénéficie
a priori, auprès de son concurrent direct, la réputation
d’indépendance journalistique de France 2 vis-à-vis
du pouvoir étatique ! Le patron de TF1 ne s’en cachait
pas, avec une brutalité qui laisse, en effet, pantois. Je vous
en fais juges : «Si c'est pour faire une chaîne d'Etat qui
est la voix de l'Etat français, c'est-à-dire une chaîne
dirigée par le Quai d'Orsay et des journalistes de service public,
ça fait quand même un peu Ceausescu», n’avait
pas hésité à lancer son président, Le Lay,
lors de l'assemblée générale des actionnaires de
TF1, en avril dernier. Rien moins qu’une comparaison des plus
désobligeante avec la dictature roumaine de Ceausescu ! L’une
des plus étouffantes dictatures de l’esprit dans un régime
au monolithisme particulièrement pesant. Lorsque, pour notre
compte, nous parlons de «petite dictature» brejnévienne
de l’État chiraquien, au travers de ses médias,
nous ne sommes donc guère en reste en comparaison de la manière
peu amène dont s’exprime P. Le Lay. À quoi M. Tessier,
PDG de France Télévisions, n’a pu rétorquer
que ceci : «Quand on veut s'associer, comme le propose M. Le Lay
dans son propre projet concurrent, aux journalistes de la télévision
et de la radio publiques, on ne les renvoie pas au régime de
Ceausescu.» Vous voyez la tonalité !
Au vu des opérateurs sollicités, on ne peut éviter
de soupçonner un tel projet d’État d’être
une machinerie à visée politique, la «voix de l’État
français, dirigée par le Quai d’Orsay», comme
le dit très excellemment P. LeLay. C’est d’ailleurs
pourquoi Marc Tessier, président de France Télévisions,
le groupe public, dans un entretien publié dans Le Figaro, lundi
29 septembre, s’est senti obligé de prendre les devants
de la critique : «En combinant deux grands groupes indépendants
fonctionnant selon une logique différente, nous écartons
ce reproche d'être une chaîne aux ordres». Nous voilà
donc au cœur des accords conclus sur le projet de chaîne,
qui doit déboucher en automne 2004.
Ces accords permettent-ils vraiment d’écarter ce reproche
anticipé ? Nullement. À l’origine, il y avait deux
types de projets opposés, un privé et un public. Les projets
privés, en tant que tels, s’avérèrent n’être
pas viables, car l'apport publicitaire ne serait pas, à lui seul,
suffisant pour asseoir une chaîne financée exclusivement
par des fonds privés. À l’inverse, le projet de
France Télévisions se voulait entièrement public,
composé de programmes fournis majoritairement par France Télévisions
et RFI, qui mobiliseraient leurs équipes rédactionnelles
et leur réseau de correspondants à l'étranger.
Mais si le projet tout-privé n’est financièrement
pas viable, le projet tout-public, lui, n’est pas du tout crédible
! C’est ce qui ressort du rapport Brochand. D’où,
selon lui, l’alliance privé-public, qui doit valoir comme
«un signe politique positif pour notre pays et pour ce projet».
Le rapport se voit obligé d’y insister: «La chaîne
doit être perçue comme indépendante et non comme
un organe du gouvernement. Il s'agit d'une condition nécessaire
pour assurer la crédibilité des informations et des analyses».
Traduisons ce langage sibyllin, quoi qu’il en soit de la réalité,
il faut sauver les apparences (la «perception») de l’indépendance.
La solution privé-public préconisée par Brochand
sera, par conséquent, une mixture bancale, supposée satisfaire
tout le monde et rassurer le «marché» : d’un
côté, assurer le financement par l’État, et
de l’autre, la crédibilité, par un duopole privé-public
plus rassurant, rassemblant les "forces vives" de l’audiovisuel
-- C.F.I.I. disposera, selon Le Lay et Tessier, d'une rédaction
propre de 150 à 200 journalistes en plus des rédactions
des groupes -- avec leur réseau de correspondants et leur production
d'images. Ainsi les apparences de l’indépendance seront-elles
plus ou moins sauves.
Les deux présidents ont entériné un projet d'une
société privée bipolaire détenue, à
parité, par les deux maîtres d’oeuvre, mais dont
le financement resterait 100% public. C’est en effet l’État
qui paiera. Initiée au nom de l'indépendance de la chaîne
d'information mondiale française, cette alliance entre TF1 et
France Télévisions n’est qu’un mariage de
raison entre les deux groupes, car tout ne se passe pas dans une confiance
totale entre les deux têtes de la bicéphale «CNN
à la française». Comme l’indique le journal
Le Monde, le scepticisme persiste, cette fois à propos de la
cohésion de cet attelage boiteux. Le député UDF,
Pierre-Christophe Baguet, a déclaré : «Je m'inquiète
un peu du tête-à-tête entre France Télévisions
et TF1». Tandis que Patrick Bloche, député socialiste
de Paris, a émis des réserves sur l'organisation de C.F.I.I.,
craignant une concurrence entre les deux maîtres d’oeuvre.
«Les alliances à 50/50 ont plutôt été
placées sous le signe de la concurrence que de la coopération».
À quoi Tessier lui a placidement répondu -- lui qui sait
bien de quoi il en retourne -- que «L'Etat sera l'arbitre, puisque
c'est lui qui finance». L’incident est clos ! (comme dirait
qui vous savez). Tutelle ministérielle du Quai d’Orsay,
État-arbitre… le spectre de Ceausescu ne nous semble pas
s’être dissipé par le miracle de la bipolarité
public-privé.
La concentration des médias d’«information en continu»
à l’échelle internationale, impose désormais
de penser la guerre médiatique à cette échelle
des «blocs» culturels régionaux de l’«information-monde»
(pour parodier le concept fameux de Fernand Braudel). Ils traduisent,
dans l’espace des aires linguistiques, les tensions civilisationnelles.
Déjà dominé par un petit nombre d’acteurs,
le contexte concurrentiel dans lequel s’inscrit ce projet de «voix
de la France chiraquienne» n’est plus de tout repos. Le
format de «l’info mondiale en continu», initialement
une innovation de la chaîne américaine CNN, avait fait
son succès, avec vingt ans d’avance sur l’explosion
actuelle. Mais l’Américain s’est, depuis, vu rejoint
par d’autres opérateurs, qui lui imposent une rude concurrence.
Le premier support linguistique de communication planétaire,
l’anglais, est exploité par trois networks. À coté
de CNN, créée en 1980, et pionnière du genre, qui
appartient au groupe Time Warner, il y a Fox News, lancée en
1996 par Rupert Murdoch, chaîne dont l'audience est désormais
supérieure à celle de CNN, aux Etats-Unis. Ce sont les
deux leaders en audience. Puis vient BBC World, chaîne d'information
publique britannique, née en 1991, qui revendique le troisième
rang mondial. La nouveauté, qui a un sens politique très
important, puisqu’elle est contemporaine de la poussée
islamiste et «surfe» sur elle, est l’émergence
récente de trois chaînes d’information utilisant
l’arabe comme support linguistique. Al-Jazeera, lancée
en 1996, est propriété de l’émir du Qatar,
Hamad ben Khalifa Al-Thani. Ensuite, Al-Arabya, lancée en février
2003 par les Emirats arabes unis, qui appartient au groupe Middle East
News, financé par des capitaux saoudiens, koweïtiens et
libanais. Enfin, Abou Dhabi-TV, plus secondaire. Les couvertures des
guerres d’Afghanistan et d’Irak ont propulsé ces
chaînes dans l’aire arabophone, à l’unisson
de l’ «opinion» arabe.
Or, l’existence d’une aire linguistique francophone fournit
l’opportunité aux groupes de communication français
de se lancer, à leur tour, sur le marché planétaire
de ce «format» télévisuel. Une opportunité
commerciale, certes, mais surtout, étant donné la place
qu’y occuperont le financement et la direction de l’État,
une opportunité politique, comparable, à cet égard,
au marché de l’«information» exploité
par l’agence de presse AFP, également contrôlée
par l’État français. Mais, plus qu’une simple
opportunité, il s’agit en fait d’une urgence pour
la chaîne française d'informations, le temps lui étant
d'autant plus compté que CNN prépare actuellement une
version française. Or, certaines études confidentielles
montrent que l’une des qualités attendues par le public
des téléspectateurs français de cette version francophone
de CNN sera justement de présenter un «point de vue différent
et indépendant des autorités françaises»
sur l’actualité mondiale ! Il faut, par conséquent,
se préparer à compenser les pertes d’audience prévisibles
(lorsque CNN parlera français), par une extension à l’international
! Quand on connaît les avanies subies par les groupes français
protégés (exemple : Air France) dès lors qu’ils
sont confrontés, à la loyale, à une vraie concurrence
internationale, on comprend qu’il y a quelque souci à se
faire…
Le système médiatique français s’achèverait
ainsi en acquérant une stature mondiale, qu’il avait déjà
ébauchée avec Arte et TV5. Étant donné les
impératifs de maîtrise du trajet de l’information
sur les deux voies (bottom-up et top-down), il est indispensable que
ce système s’appuie également, au versant des «sources»,
sur l’AFP. Et c’est bien ce rôle de complémentarité
qui est assigné à l’Agence de presse étatique.
Il est d’alimenter les 'tuyaux' de la chaîne d’«information»
mondiale. Tessier, le PDG du groupe public, a en effet annoncé
que l'AFP deviendrait un fournisseur de C.F.I.I. On fait ainsi d’une
pierre deux coups. Puisque l'abonnement de ce nouveau client tombe à
point nommé pour l'Agence, en pleine crise financière.
Si cette usine à gaz financée et arbitrée par l’État
tient debout, le Quai d’Orsay disposera d’un outil intégralement
aux ordres pour faire porter la «voix de la France» toujours
plus loin à l’échelle globale. Il s’accroîtra
ainsi d’un relais de puissance au service du mensonge et d’une
politique désastreuse. Et il pourra alors faire encore plus de
mal qu’il n’en a déjà fait.
Début
de la page
Numéro
101 • vendredi le 17 octobre 2003
La
politique moyen-orientale des Etats-Unis
Laurent Murawiec
Metula News Agency, 1 octobre 2003
Une incursion au pays
des zigzags déconcertants
Que se passe-t-il à Washington ? La réponse détermine
ou influence tant d'événements et de décisions
au Moyen Orient qu'il convient surtout de saisir "comment"
les choses se passent ici.
Diversité
Les Etats-Unis, contrairement aux images simplistes qui foisonnent,
tant à Paris - les mille variantes de l'explication par l'impérialisme
américain, le pétrole, le fondamentalisme chrétien,
la conspiration néo-conservatrice - que dans le monde arabe -
les juifs, les complots, les richesses arabes - n'ont pas une seule
mais plusieurs politiques étrangères. Celles-ci, élaborées
et formulées par différents corps de pouvoirs, entrent
en compétition sur une sorte de "marché' de la politique
étrangère qui est éminemment concurrentiel : la
présidence, le Congrès, les différents départements
(ministères) de l'exécutif, les groupes organisés
(lobbies), les groupes d'affaires (business), les institutions religieuses,
les courants universitaires et intellectuels, les think-tanks, les forces
armées, y participent tous, chacun à sa manière
et avec ses approches et ses entrées spécifiques. "La"
politique étrangère américaine est la résultante
de toutes ces forces qui forment, en quelque sorte, une tendance dominante
de forces. Les options suivies par "la" politique étrangère
américaine changent à tout instant, dans un horizon défini
par les héritages laissés par les politiques passées.
La politique moyen-orientale des Etats-Unis, j'ai déjà
eu quelques occasions de le souligner, provient d'une origine bien définie.
En 1942, en effet, le président Roosevelt adressait une note
à son secrétaire d'Etat pour lui dire: "L'Arabie
saoudite, c'est vraiment trop loin - mieux vaut les laisser aux Anglais".
Telle était alors la considération pratique qui dictait
la politique américaine dans la région ! Moins d'un an
plus tard, une pénurie de pétrole réelle, ou la
crainte d'une telle pénurie, motivait un changement d'approche
diamétral. Et au printemps 1945, Roosevelt rencontrait le roi
Abdelaziz ibn Saoud sur l'USS Quincy en Mer Rouge. Un partenariat
y prit naissance, qui, à terme expulserait les Anglais de toute
la région. Pour les USA, l'Arabie saoudite devint "notre
station service". Il fallait la protéger, elle, ses environs
et les propriétaires fonciers du cru, contre les prédateurs
régionaux et internationaux, afin que l'or noir coule sans histoires.
Ce sont ces nécessités qui fondèrent la politique
moyen-orientale des Etats-Unis. Les gens du département d'Etat
américain (le ministère des affaires étrangères,
Ndlr), aussi snobs et arabisants que leurs collègues britanniques
du Foreign Office, s'érigèrent en commandeurs
de la doctrine. Celle-ci impliquait que l'on sacrifiât aux délices
du nationalisme arabe - Nasser, pour ne parler que de lui, était
certes un héros anti-colonialiste - et un florilège du
despotisme arabe - c'était un dictateur dans toute la crudité
de la fonction, mais c'était notre dictateur.
Contrairement aux balivernes largement répandues dans le monde
arabe, de bin Laden à Arafat, le soutien américain à
Israël ne commença à se manifester sérieusement
qu'après la Guerre des Six Jours, en 1967. Jusque là,
et chacun se doit de le savoir, c'est la France qui était le
principal fournisseur d'armements avancés à Israël.
Et même depuis lors, ce nouveau soutien américain à
l'Etat hébreu ne fut jamais ni inconditionnel ni complet : Ce
sont les pressions américaines sur Jérusalem, pour favoriser
un "processus de paix" (déjà!) entre Israël
et l'Egypte, qui forcèrent Israël à fermer les yeux
sur d'intolérables violations des accords de cessez-le-feu, perpétrées
en 1970 et 71 par l'Egypte au cours de la "Guerre d'attrition".
Et ce sont ces violations qui préparèrent le terrain à
la Guerre lancée en 1973 par Anwar El-Sadate.
Plus les choses évoluèrent et plus elles avaient tendance
à se répéter : Ce sont encore les pressions américaines
qui forcèrent alors les armées israéliennes victorieuses
à ne prendre ni Damas ni Le Caire, alors que les deux capitales
ennemies étaient à portée de fusil.
La politique américaine au Moyen-Orient est principalement, depuis
un demi-siècle, pro arabe, et accessoirement pro israélienne.
Contrairement aux images d'Epinal, la politique étasunienne n'est
pas "déterminée par les groupes pétroliers"
ni par "le pétrole". Si tel était le cas, le
soutien à Israël serait inexistant. Or, nous assurent les
caricaturistes de l'analyse stratégique (qui n'en sont jamais
à une contradiction près), les Etats-Unis soutiennent
Israël. Boire ou réfléchir, il leur faudrait choisir
entre deux thèses prédominantes - Israël ou le pétrole
- qui sont ostensiblement incompatibles, et à vrai dire, aussi
cruches l'une que l'autre.
La politique américaine est cependant le produit ubiquitaire
de chacune des deux politiques issues de la diversité historique
dont j'ai parlé tout à l'heure. Et leur résultante
conjoncturelle est l'interprétation des prédominances
qu'en fait le président en place.
Aujourd'hui
On l'a répété à satiété, l'administration
Bush - l'ensemble des corps de pouvoirs - est profondément divisée,
ce qui explique le caractère contradictoire de sa politique et
la démarche "en crabe" qu'elle semble adopter.
Le Département d'Etat, comme l'a noté un humoriste, dispose
de 22 postes d'ambassadeur à pourvoir dans les pays arabes, et
d'un seul en Israël. Le carriérisme des diplomates n'explique
certes pas tout, mais il contribue assurément à la formulation
de l'explication.
Le partenariat historique américano-saoudien possède ses
prolongements ailleurs dans le monde arabe, du Maghreb au Golfe persique,
du Levant au Machrek, et il dure depuis près de 60 ans. Il a
fait des carrières, des hommes, des doctrines, des pratiques,
des institutions et des intérêts. Il est dès lors
logique que Colin Powell, le locataire actuel du Foggy Bottom, le département
d'Etat, suive la tendance qui est celle de sa boutique depuis plus d'un
demi-siècle. Il n'est pas de circonstance où le département
d'Etat ne tente d'amadouer ses amis arabes avec force concessions et
amabilités : "Il ne faut pas désespérer la
rue arabe" (expression interchangeable, on peut la remplacer sans
en altérer l'intention par : les chancelleries arabes, les masses
arabes, nos amis, nos alliés, etc.). L'idée base, c'est
qu'il faut toujours leur faire plaisir, faute de quoi le ciel nous tombera
sur la tête.
Traditionnellement, le département de la Défense n'est
pas particulièrement pro israélien ni anti-arabe. En 1947-48,
le secrétaire à la Défense et les grands chefs
militaires, soucieux d'impératifs pétro- stratégiques,
pesèrent de tout leur poids pour empêcher le président
Truman de reconnaître Israël ! Les ventes d'armes et autres
équipements au monde arabe, les juteuses affaires réalisées
par le département de la Défense lui-même avec le
monde arabe - les contrats d'entretien et de formation, pour ne citer
qu'eux - ont plutôt pesé dans le sens pro arabe.
Malgré tout, le département de la Défense passe
presque, sous la plume de ceux qui ne savent décidément
pas différencier l'analyse de leur propagande, pour un ramassis
de suppôts du sionisme. Si on ne veut pas qu'ils crient à
la conspiration et qu'ils s'esquintent la truffe à renifler les
noms juifs (activité favorite de ceux qui ont besoin d'examiner
les poubelles pour comprendre l'événement), il nous faut
fournir l'explication de leur méprise.
Passé le sentimentalisme horrifié et stérile, suscité
par les attentats du 11 septembre, et le bouquin de Colombani: "nous
sommes tous des Américains ?", l'hostilité antiaméricaine
primaire reprenait très vite le dessus. Le même Colombani
n'expliquait-il pas, dans le même édito, que les "Américains
l'avaient quand même cherché", ce que Lionel Jospin
ne se gênait pas de proclamer haut et fort au Conseil des Ministres.
Les bonnes âmes ont du mal à comprendre que l'extraordinaire
impact du 11 septembre a durablement, radicalement, que dis-je, révolutionnairement
transformé les Etats-Unis. Ainsi, ce qui définit aujourd'hui
la politique étrangère des Etats-Unis - et même
la victoire d'un Démocrate aux présidentielles n'y changerait
rien - c'est ce que George Bush a baptisé la "Guerre contre
le terrorisme". L'appellation est certes faible. Mieux vaudrait
parler d'une guerre contre l'Islam radical, contre les mandants collectifs
du terrorisme que sont les régimes arabo-musulmans, qui refusent
le monde moderne et se crispent sur des identités supposées,
qu'ils se sont, au fond, inventées de toutes pièces. Mais
la réalité prime sur l'appellation et la direction stratégique
ne fait aucun doute : les Etats-Unis se sont engagés dans une
guerre de longue haleine pour éradiquer les causes du terrorisme
islamique.
C'est à cela que Bush a voué sa présidence. C'est
l'impératif que son chef de guerre victorieux Donald Rumsfeld
promet : de Kaboul à Bagdad. C'est la raison pour laquelle les
pays sont jugés à l'aune de leur contribution binaire
- positive ou négative - à ce conflit durable. C'est pour
cette raison que les alliances sont en cours de renversement; que l'entité
d'Arafat est désormais condamnée; que le régime
syrien est soumis à des pressions qui iront croissantes; que
le régime iranien doit s'attendre à de très sérieux
problèmes; que même le sacro-saint partenariat avec l'Arabie
saoudite est remis en cause.
Pour l'heure, "la" politique moyen-orientale des Etats-Unis
reste définie par un double pouvoir. C'est ce qui en explique,
nous l'avons dit, les incohérences. L'équilibre est cependant
instable, entre la politique "arabisante" et la politique
de "guerre contre le terrorisme". Il change chaque jour. Il
devra s'infléchir de plus en plus dans l'une des deux directions.
Entre-temps, on assiste à Washington même à une
véritable guerre de tranchées, entre les tenants de la
"ligne arabe" (Powell et son adjoint Armitage) et les concepteurs
de la "Guerre contre le terrorisme" (Rumsfeld et son équipe).
Traditionnellement, une division tacite du travail fait du Congrès
l'instance favorable à Israël, et donne à l'exécutif
le soin de la politique arabe. La mue se produit là aussi. Condoleeza
Rice, la Conseillère à la Sécurité nationale,
est le "poisson-pilote" du Président. Sa loyauté
est parfaite, autant que son identification absolue avec George W. Bush.
C'est à elle que revient la charge de "traduire" les
instincts du président en termes de stratégie, et de pondérer
cette stratégie avec les impulsions et les pressions contradictoires
qui émanent tant du pays que de son gouvernement.
Quelques exemples de ces complexités, qui déconcertent
visiblement les prêtres européens du simplisme américain
: Au début de l'année, le département d'Etat s'opposait
de toutes ses forces à une guerre contre l'Irak; Rumsfeld, quant
à lui, voulait une guerre rapide suivie d'un désengagement
non moins rapide; le vice-président Cheney préconisait
une politique d'engagement durable à la reconstruction de l'Irak.
Tant du point de vue du timing que des procédures, les décisions
qui furent prises constituèrent des compromis entre ces tendances.
Certains conseillèrent au Président, dès que Baghdad
serait prise, de téléphoner à Bachar el-Assad pour
lui intimer l'ordre de faire plier bagage sine die à ses troupes
d'occupation au Liban. Au lieu de cela, Colin Powell se rendit à
Damas, en proie à la panique, et demanda gentiment à l'apprenti
dictateur de lui donner des assurances que les plus visibles des groupes
terroristes cesseraient d'avoir pignon sur rue chez lui. Grandissime
victoire de l'autocrate alaouite, qui fit provisoirement transférer
le pignon dans la ruelle. Powell rentra à Washington et la sainte
trouille qui avait saisi le régime des el-Assad fut différée.
Ce qui précède provient du même tonneau, que celui
duquel a tiré l'adjoint de Powell, Richard Armitage, il y a quelques
mois, afin d'expliquer que "l'Iran est une démocratie"
(sic).
Encore, il aura fallu que Colin Powell, contrevienne à la politique
formellement édictée par Bush, selon laquelle Yasser Arafat
n'existe plus comme interlocuteur aux yeux des Etats-Unis, en adressant
à Arafat, aculé, une larmoyante supplique, lui demandant
de bien vouloir laisser monsieur Mazen faire son boulot dans le cadre
de la Carte Routière... Le lendemain, Arafat, conforté
par cette preuve de reconnaissance politique inattendue, revigoré,
ressuscité, lançait son offensive finale pour éjecter
Mohammed Abbas, ce qui ne tarda point à advenir, condamnant du
même coup les chances de paix suscitées par la Road Map.
Powell recueille régulièrement les gages de sa pusillanimité,
comme tous les diplomates américains avant lui. Le secrétaire
d'Etat J. Foster Dulles, qui avait sauvé la mise de Gamal Abdel
Nasser en 1956, en proférant d'effroyables menaces contre les
Anglais, les Français et les Israéliens, récolta...
un camouflet : Nasser, sauvé du désastre par Foster Dulles,
se tourna derechef vers l'Union Soviétique et fit de l'Egypte
une colonie géopolitique de Moscou pour de nombreuses années.
On le constate, les "Arabisants" du département d'Etat,
The Arabists, comme on les appelle, n'apprennent jamais, et répètent,
échec après désastre, les mêmes erreurs.
En même temps, la coalition du "camp de la paix" (comme
aux temps bénis de la Campagne de l'"Appel de Stockholm"
de 1952, de la Colombe de Picasso, "Dehors-Ridway-la-peste",
et les méga manifestations pacifistes allemandes, en particulier
dans les années 80, contre les missiles Pershing II), avec aujourd'hui
un Dominique de Villepin comme père spirituel, la rue arabe et
les manifestants européens comme main d'oeuvre de masse, joignaient
leurs efforts à ceux des Démocrates de gauche aux Etats-Unis.
Des spécialistes universitaires américains du Moyen Orient,
qui sont soit payés par le monde arabe, soit situés idéologiquement
à l'extrême gauche foucaulto-marxoïde, qui participaient
au brouhaha organisé pour tenter de sauver la peau de Saddam
Hussein.
En vain. Bush gagnait les suffrages du Congrès ainsi que le soutien
de l'opinion publique américaine, solidement levée contre
le terrorisme et ses proxénètes étatiques. Après
avoir vainement sollicité une coopération des Nations-Unies,
plus preste à s'être faite complice de génocide
au Rwanda ou de massacres ethniques à Srebrenica, qu'archange
de la démocratisation en Irak ; après avoir négocié
avec les Français et les Allemands, essuyé les foudres
de faible voltage de la Ligue arabe, Bush passait enfin à l'action.
La puissance des motifs d'action issus des événements
du 11 septembre, la dynamique de la "guerre contre le terrorisme",
l'emportaient sur les considérations pipées d'alliés
hostiles et d'amis dangereux, de conseilleurs intéressés
et de ministres timorés.
Les méandres de la politique américaine au Moyen-Orient
sont souvent déconcertants. Il n'y a aucune raison de penser
que son évolution en zigzags doive changer dans un proche avenir.
Les Etats-Unis sont entrés en campagne pré présidentielle,
ce qui limite a priori les marges de manoeuvre. Les difficultés
- toutes relatives - rencontrées en Irak - dont une grande partie
constitue le solde des erreurs commises dans le cadre des incohérences
que j'ai décrites tout à l'heure - rendent le Président
et son équipe plus prudents. Cependant, ni l'internationale du
djihad, ni ses commanditaires, ni les événements
du Moyen Orient ne se sentiront tenus d'observer une trêve. L'éventail
des choix américains reste donc pour l'instant ouvert.
(L'auteur est directeur
de recherche à l'Institut Hudson de Washington)
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Numéro
100 • vendredi le 10 octobre 2003
Haine
planifiée et surfécondité palestinienne --
Les vrais cancers d'Israël
Michael Laughrea
Le Devoir, 7 octobre 2003
Après avoir fait voeu «d'aller
au-delà des clichés» sur Israël, M. Paul Lévesque,
dans un texte publié le mois dernier dans Le Devoir,
ne nous sert qu'une suite de sérieuses faussetés et de
contre-vérités qui adaptent les thèmes séculaires
de l'antisémitisme au goût du jour: Israël trompeur,
orchestrateur, provocateur, sauvage, colonialiste, meurtrier, condamné,
nettoyeur ethnique; Israël mobilisateur du monde protestant fondamentaliste,
manipulateur du monde palestinien, responsable de l'inconfort arabe
en Judée-Samarie et de l'entassement arabe à Gaza; Israël
coupable quand il agit et coupable quand il n'agit pas; Israël
manoeuvrant dans l'illégalité. Après une interprétation
aussi ignoble que démoniaque de la réalité, parions
que M. Lévesque se sentirait à l'aise, sinon inspiré,
devant la fresque, à l'entrée du Pensionnat du Saint-Nom
de Marie, présentant un grand prêtre d'Israël coiffé
d'un chapeau à cornes...
Je ne toucherai ici qu'à la moitié des désinformations
et des faussetés consignées par M. Lévesque. «Le
véritable cancer, c'est la colonisation israélienne des
territoires occupés» (c'est-à-dire la présence
de 200 000 Juifs, en Judée-Samarie et à Gaza parmi 3,5
millions d'Arabes), dit-il. Si l'on suit cette logique xénophobe,
que penser de la présence de 1,1 million d'Arabes (ils étaient
160 000 en 1949) parmi les 5,5 millions de Juifs vivant dans l'Israël
sis à l'ouest de la ligne d'armistice de 1948 ? Lévesque
souhaite-t-il proposer un transfert réciproque de population
pour opérer la «guérison» souhaitée
?
L'affirmation de Lévesque est vite réfutée :
-
Il n'y avait pas de présence
juive en Judée-Samarie entre 1949 et 1967 (les Juifs en ayant
été expulsés par la Jordanie). Pourtant il y
eut refus arabe de la paix.
-
Il n'y avait en fait pas de
présence juive en Judée-Samarie-Gaza entre 1967 et 1977.
Pourtant il y eut refus palestinien de toute paix, malgré les
offres généreuses et réalistes du plan Allon
(qui proposait l'évacuation de 97 % des territoires conquis
en 1967) : les Palestiniens se disaient que le temps était
de leur côté, puisque les Juifs ne se rétablissaient
pas ou peu en Judée-Samarie et à Gaza. Il y eut une
accélération du rétablissement juif en Judée-Samarie
entre 1977 et 1992 : les Palestiniens voyant qu'il y avait maintenant
un prix, bien que modeste, à payer pour le refus de négocier,
il y eut les accords d'Oslo en 1993.
Entre 1949 et 2002, 94 % des colonisateurs
de Judée-Samarie et Gaza ont été arabes. La population
juive des territoires «occupés» s'est accrue de 200
000 habitants pendant cette période tandis que leur population
arabe s'est accrue de trois millions d'habitants. Le «deuxième
acte de l'épopée coloniale» que mentionne Lévesque
serait-il le contraire de ce qu'il veut insinuer ? En termes de colonialisme,
les Palestiniens ont plusieurs longueurs d'avance sur les Juifs israéliens
: une langue, une religion et un alphabet non autochtones, un drapeau
à contenu autochtone nul, et aucun intérêt marqué
pour l'histoire autre que récente.
La «colonisation»
de la Judée-Samarie et de Gaza, qu'elle soit faite par des Juifs
ou des Palestiniens, par voie de migration ou de naissances excédentaires,
a la même signification que celle du curé Labelle au Québec
: peuplement du territoire, le droit d'implantation des Juifs en Judée-Samarie-Gaza,
comme à Haifa ou Tel-Aviv, étant conféré
par leurs liens historiques continus avec ces régions, ainsi
que par les dispositions du mandat britannique de Palestine, qui n'ont
pas encore été répudiées, les Arabes de
Palestine occidentale ayant refusé la résolution de partage
des Nations unies en 1947 et n'ayant signé aucun traité
de paix depuis (la Palestine orientale, 40 % de la Palestine historique,
se trouve en Jordanie).
Mais le mot «colonisation» a un deuxième sens. Il
peut aussi décrire l'impérialisme d'une puissance étrangère
peuplant le territoire d'un autre. C'est ce sens que Lévesque
espérait implanter dans l'esprit du lecteur naïf. Les autres
lecteurs savent que les Juifs qui s'installent en Judée-Samarie-Gaza
ne sont pas plus «colonisateurs» ou «coloniaux»
que les Gaspésiens qui s'implantent à Rimouski, les Arméniens
qui retournent en Arménie, ou les Palestiniens qui viennent grossir
le village voisin.
Le sens de l'occupation
Le qualificatif «occupé» revêt aussi deux sens
selon le contexte : un sens commun et un sens juridique. Si, selon le
droit international, Israël pouvait être considérée
comme une force occupante dans le Sinaï, malgré la nature
défensive de son conflit de 1967 avec l'Égypte, ce n'est
pas le cas en Judée-Samarie-Gaza, puisque ce territoire n'est
pas celui d'un autre État souverain, mais un territoire disputé
entre trois pays et deux peuples depuis le refus arabe du partage de
1947.
Par exemple, quand la Jordanie occupait (sens commun) la Judée-Samarie
(de 1948 à 1967), la Judée-Samarie n'était pas
considérée comme un territoire «occupé»
(sens juridique), et personne ne se souciait de déclarer illégale
la migration d'un Jordanien en Judée-Samarie. Il est raciste
de considérer que la Judée-Samarie ne devient territoire
occupé (sens légal) que quand des Juifs la contrôlent.
«La colonisation israélienne des territoires occupés
[sens juridique], renchérit Lévesque, est illégale
aux termes de la 4e convention de Genève.» Cet argument
juridique est non pertinent (la Judée-Samarie-Gaza est un territoire
juridiquement disputé et non occupé) et, du reste, l'énoncé
est faux. La convention de Genève (pour éviter la répétition
d'exactions analogue à celles commises par les nazis et les Soviétiques)
stipule que la puissance occupante «ne déportera ni ne
transférera une partie de sa propre population dans les territoires
qu'elle occupe». Or les habitants juifs de Judée-Samarie-Gaza
sont, tout comme les immigrants arabes en Amérique, des volontaires.
Il est incorrect et abusif de nommer «transfert» les mouvements
volontaires des Juifs vers la Judée-Samarie et Gaza, aussi bien
que ceux des Arabes vers l'Amérique.
«La colonisation israélienne des territoires occupés»
est, dit Lévesque en substance, appliquée sauvagement.
En réalité, la vaste majorité des habitants juifs
de Judée-Samarie se sont établis loin des centres de population
arabe, et il est interdit de s'établir sur des terres privées
arabes. Avant de démoniser l'impact de 200 000 Juifs qui détiennent
des terrains (parfois situés sur des sommets rocailleux) ne couvrant
au grand total que 5 % de la Judée-Samarie, il serait plus réaliste
de se demander si le sentiment d'entassement ou d'inconfort ressenti
par les Palestiniens de Judée-Samarie-Gaza, n'est pas surtout
relié à ce qu'ils se dénombrent trois millions
de plus qu'en 1949. Se pourrait-il que trois millions de Palestiniens
supplémentaires occupent autant de territoire, sinon plus, et
fragilisent les approvisionnements en eau autant, sinon plus, que 200
000 Juifs supplémentaires ? (J'ignore ici, puisqu'il s'agit d'un
autre sujet, l'inconfort causé par l'injustifiable terrorisme
palestinien et les mesures antiterroristes israéliennes qui en
découlent et qui témoignent, soulignons-le, d'une retenue
qu'on ne verrait dans aucun pays arabe et dans très peu de pays
européens ou américains.)
Il y avait 200 000 Palestiniens dans la bande de Gaza en 1949; malgré
une immigration arabe nulle, on y dénombre maintenant 1,2 million
de Palestiniens. L'entassement des Palestiniens de Gaza est donc largement
la conséquence non pas de l'implantation de 6000 Juifs, mais
d'une fécondité palestinienne hors de proportion avec
les ressources, la géographie, et le dynamisme économique
réels de la région. Entre deux sermons prônant le
terrorisme, les imams de Gaza avaient toute liberté de faire
des recommandations de planning familial, et ils l'ont fait : ils ont
ouvertement encouragé l'entassement, le tout avec la bénédiction
d'Arafat, qui disait il y a quelques années aux femmes palestiniennes
: «Ayez chacune 12 enfants et donnez m'en 10.»
Les cancers à soigner
Lévesque oublie ou ignore que la résolution 242 du Conseil
de Sécurité des Nations unies, et les subséquentes
sur le même sujet, ne condamnent pas l'occupation, mais encouragent
les deux parties à la négociation et à des compromis
qui doivent inclure la restitution de certains des territoires occupés
(90 % des territoires occupés en 1967 ont déjà
été définitivement restitués), ainsi qu'une
solution juste (principalement monétaire) au problème
des réfugiés palestiniens et des réfugiés
juifs des pays arabes, qui furent légèrement plus nombreux
que les réfugiés palestiniens. La résolution 242
et les subséquentes sur le même sujet sont toutes instituées
dans le cadre du chapitre 6 de la Charte des Nations unies (résolution
pacifique et négociée des disputes) : un grand contraste
avec la résolution 1441 du Conseil de Sécurité
sur l'Irak, qui, elle, se réfère au chapitre 7 de la Charte
et a donc force obligatoire contre un État.
Il y a quatre «cancers» socio-politiques entre la Méditerranée
et le Jourdain :
-
Le refus palestinien de la
légitimité israélienne, Israël étant
considéré comme un État dont on n'accepte que
la notion d'une existence provisoire (les Arabes songent à
l'État des Croisés, d'une durée de 200 ans).
-
L'enseignement de la haine
qui domine toujours à la télévision et à
la radio palestinienne, dans les mosquées de Gaza et de Judée-Samarie,
ainsi que dans les écoles et les camps de vacances palestiniens.
-
Un planning familial extraordinairement
sous-développé et inconséquent, spécialement
à Gaza.
-
Une culture palestinienne
qui encourage la vengeance et le blâme d'autrui plutôt
que l'autocritique et le dépassement dans la recherche de la
vérité, de la paix et de la justice. Les remèdes
existent contre ces cancers. Mais ils doivent être appliqués
vigoureusement, et ne deviennent malheureusement curatifs qu'au bout
de une ou deux générations. Commençons maintenant.
(Michael Laughrea est chercheur
à l'Institut Lady Davis de recherches médicales, Hôpital
général juif, et professeur à la faculté
de médecine de l'Université McGill)
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Numéro
99 • vendredi le 3 octobre 2003
La
spirale du soupçon
William Doukhan
Guysen Israël News, 24 septembre
2003
Depuis le début de la seconde
Intifada, l'antisémitisme a déferlé sur la France
comme la pauvreté sur le monde. Désemparé, le Juif
n'a pas encore assez de recul pour évaluer l'ampleur du désastre,
mais il sait déjà que l'irrémédiable s'est
produit : la bête est revenue. Pierre Perret ne croyait pas si
bien dire.
Déculpabilisé,
l'inconscient collectif se plaît à faire remonter en surface
les images d'un temps qu'on espérait à jamais révolu.
S'inspirant du phénomène
OVNI dont il pourrait un jour ressortir que les dénégations
officielles ne visaient qu'à tenir les populations à l'écart
de l'inexplicable (:), la gauche de Jospin s'était appliquée
à relativiser l'importance des attaques contre les Juifs et leurs
institutions pour ne pas voir que le contrôle du pays lui échappait.
Tirant les leçons de leur
défaite, des voix socialistes plaidèrent coupable pour
avoir fait preuve, entre autres, d'opportunisme électorale :
" Oui, c'est vrai, nous vous avons laissés tomber ! "
L'affaire de la circulaire Boniface, partie visible de l'iceberg, révéla
le malaise qui régnait au sein du parti socialiste.
Point n'est besoin de rappeler
que la France fut mise sous le feu des projecteurs notamment par les
USA et Israël. Monsieur Cuckerman, président du CRIF, parvint
à dissuader les organisations juives américaines de ne
pas se lancer dans des représailles jugées inopportunes,
car pouvant engendrer un effet pervers aux conséquences imprévisibles
pour la communauté juive de France.
Dire que la France est antisémite
est une sérieuse accusation étant donné que le
régime de Pétain est ' LA ' référence de
l'antisémitisme d'état. Seule une commission d'enquête
menée par un organisme international au dessus de tout soupçon
aurait pu se prononcer sur les proportions atteintes par ce fléau
et sur ce qu'il reste d'antibiotiques pour protéger le patient
de la rechute. La justice Belge ? Trop tard ! L'oncle Sam lui a ôté
l'envie de s'extérioriser.
Prétendre que la France
n'est pas antisémite, sans dire qu'elle en prend le chemin et
sans souligner que, nous Juifs, ne devons pas tout de même attendre
que les gendarmes sonnent à nos portes pour n'avoir d'autre choix
que de nous défenestrer ou de les suivre, c'est faire une scandaleuse
pirouette et nous tendre un miroir pour que notre insignifiance resplendisse
; c'est nous accorder un permis de séjour provisoire dans une
démocratie déjà résignée au métissage
turbulent dont les signes avant-coureurs sont par trop annonciateurs
de notre graduelle exclusion du champ citoyen.
Le salut de la France traditionnelle
passe par le salut de ses Juifs. En revanche, la nouvelle France ne
se sent nullement concernée par leur sort. Pire, c'est dans l'intimité
qu'elle entend poursuivre sa métamorphose, loin du regard qui
scrute sa conscience. Il faut donc réduire les sentinelles juives
au silence en attendant qu'en bons 'gentlemen' ils s'effacent du paysage
national.
L'antisémitisme de droite
avait cela de raisonnable qu'il se suffisait à lui-même
dans le strict respect de la tradition familiale. Vivant sa névrose
dans l'autarcie des cercles bourgeois à connotation fasciste,
l'antisémite, affirmait sa méprisante supériorité
en tenant le Juif à distance. Bien que glacial, le voisinage
était possible dans la mesure où le mur de haine séparait
distinctement les torchons des serviettes.
Aujourd'hui, triomphal, le Pétainiste
savoure sa revanche et se félicite de l'hypocrisie du monde qui
le libère de ses inhibitions. Il ne déteste plus les Arabes
puisqu'à présent, beaucoup d' Arabes détestent
les Juifs. D'où, son admiration pour Adolph Hussein.
L'antisémite de gauche,
lui, n'aime que les Juifs qui se vident de leur propre essence pour
se désaltérer dans l'universalisme salvateur ; il n'avouera
jamais que sa détestation des autres juifs lui vient aussi de
son éducation, à la maison et au sein du parti (stigmatisation
du capitalisme, de la religion et des complots en tous genres…)
; chevalier de l'humanisme révolutionnaire, il n'est rien sans
une 'noble' cause à défendre.
L'importation du conflit Israélo-palestinien
l'a remis en selle, les dictatures à sauver ne manquant pas et
l'électorat acquis à ces régimes constituant une
manne inespérée ; il représente le plus grand danger
pour la démocratie car le mensonge et l'hypocrisie sont ses atouts
favoris ; il ne s'embarrasse d'aucun détail, la sublimation de
la cause qu'il a épousée étant indispensable à
l'accomplissement de ses fantasmes ; enfin, il a fait de l'angélisme
'anti-ismes', une carapace en béton.
Nous en arrivons à la
majorité silencieuse : assourdissante, elle fait sa mijaurée.
Elle, a baissé sa garde et dort du sommeil du drogué.
Consciemment ou non, elle ne veut pas voir que le destin de la France
bascule. Matraquée par une formidable campagne médiatique
orchestrée depuis l' Élysée, elle a opté
paresseusement de ne pas trop se mouiller en se rangeant dans le camp
de la paix.
C'est ainsi que notre attachement
indéfectible à Israël et notre prédisposition
à flairer l'antisémitisme quels que soient ses déguisements
(anti-sionisme ou racisme religieux) font de nous des citoyens suspects
et encombrants. Les plus irréductibles de nos ennemis se font
un plaisir de dépoussiérer les vieux icônes tels
que notre légendaire goût de la traîtrise dont la
version moderne a pour nom : double-allégeance.
De la même façon
qu'avant la douche fatidique, on expliquait aux déportés
complètement dévêtus que leur pudeur était
sacrifiée aux impératifs d'hygiène, on n'hésite
pas, à soixante ans d'intervalle et non sans cynisme, à
vouloir nous convaincre de ce que la cause de tous nos déboires
réside dans notre insondable paranoïa.
Nous sommes des indécrottables
de l'hygiène mentale ! Nous ne tolérons pas que, par force
d'habitude, le monde entier continue de fermer les yeux sur le massacre
de civils coupables, il est vrai, d'être juifs. Nous avons le
toupet de revendiquer notre Judaïsme tout en refusant inconsidérément
d'assumer le rôle qui lui est dévolu. Celui du bouc-émissaire.
Les laborantins qui font mine
d'être préoccupés en nous observant d'un œil
faussement curieux, n'ont d'autre but que de nous amener à douter
de nous-même, vieille technique qui tend un mouchoir au sujet
pour l'inciter à faire remarquer qu'il ne se sent pas du tout
morveux. Une fois sur la défensive, le sujet est piégé.
La porte de la cage s'est déjà refermée.
Comment ces archanges de la science
politique tentent-ils de prendre le contrôle de nos consciences
pour obtenir que nous nous taisions ? En fourchant leurs langues dans
trois directions :
-
En dehors de l' Islamisme
(que l' Europe s'évertue à observer avec des jumelles),
le nazisme, le stalinisme, le christianisme et l'islam ne tuent plus
au nom de la pureté de la race, du communisme ou de Dieu ;
L'antisémitisme n'est qu'un accident de parcours.
-
Si la barbarie est devenue
l'expression la plus populaire du désespoir des Palestiniens
dont l'explosion de haine (alimentée financièrement
et médiatiquement par les Européens) traduit leur impatience
de finir le travail d'émancipation qu' Hitler à commencé,
pourquoi les Israéliens s'acharnent-ils tant à se défendre
? En se solidarisant d' Israël, les communautés juives
de diaspora ne se font-elles pas les complices de l'oppression d'un
peuple ? La victime est-elle en train de devenir bourreau ?
-
Si le monde a commis l'erreur,
aujourd'hui évidente, de concéder aux Juifs un territoire
aussi vaste que l'état d' Israël (un peu plus de 20 000
km²) pour qu'ils se retrouvent en familles sur leur terre, pourquoi
la communauté internationale ne pourrait-elle pas changer son
fusil d'épaule en optant pour la seule alternative viable à
ses yeux : un état binational, laïc et démocratique
avec à sa tête un prix Nobel de la paix. Quelle folie
pousse les Juifs de toutes nationalités à être
plus Israéliens que les Israéliens missionnés
pour répandre la parole socialiste dans le monde ?
Comment s'offrir le luxe de la
bonne conscience si ce n'est en décriant notre idéal :
Le Sionisme.
Comment s'imposer du côté
du bon droit et du bien pensant si ce n'est en manipulant les plus politiquement
respectables d'entre les Juifs, Les Gauchos, les porte-paroles, les
justiciers de la dernière heure, ceux qui ont fait une croix
sur la leur.
Que nous reprochent neuf éminences
de l'élite désignée avec la bénédiction
de la championne du temps de parole aux heures de grande audience ?
Ceci :
-
En posant l'équation
'délirante et monstrueuse' : anti-sionisme = antisémitisme,
nous exaspérons les honorables militants de la gauche ;
-
En nous prêtant à
la 'rhétorique piégeuse' qui consiste à stigmatiser
comme antisémite toute critique de la politique israélienne,
nous ne visons qu'à censurer les militants de la paix pour
étouffer leur solidarité avec les Palestiniens ;
-
En occultant le fait que
les attaques des journalistes français contre Ariel Sharon
se retrouvent terme à terme dans le discours de la gauche israélienne,
nous ne faisons que dévoiler ce que nous… sommes ;
-
En laissant Alain Finkielkraut,
Alexandre Adler, Claude Lanzmann ou encore Bernard-Henri Lévy
entretenir soigneusement la paranoïa dont nous souffrons, nous
ne faisons, en somme, que nous solidariser avec les voix juives dissonantes.
Ne serait-ce pas leur faire trop
d'honneur que d'ignorer de telles accusations ?
Messieurs, un peu de pudeur,
vous n'avez pas vraiment idée du danger. Vous ne fréquentez
pas les synagogues et vous ne résidez pas dans les banlieues.
Nous comprenons que vous citiez
Messieurs Finkielkraut, Adler, Lanzmann et Lévy, ces intellectuels
hors-pairs qui font notre fierté et celle de l'élite nationale,
mais…
-
Qui vous dit que nous ne tenons
pas compte des critiques qu'ils adressent à Sharon et au gouvernement
d' Israël ? Quelles critiques ? Mais alors, ne retenez-vous que
ce qui vous arrange ?
-
Qui vous dit que nous ne sommes
pas solidaires du peuple palestinien ? La seule différence
entre vous et nous est que nous condamnons les procédés
utilisés par leurs dirigeants, procédés qui mènent
ce peuple à sa perte. Pas vous.
-
Pourquoi ne citez-vous pas
les romanciers, les cinéastes, les hommes politiques…
bref, tous les intellectuels non-juifs qui tiennent un discours souvent
beaucoup moins nuancé ?
-
Sommes-nous si peu avertis
et si bornés pour ne pas être à-même de
distinguer les antisionistes antisémites des antisionistes
sensibles aux chimères de la Pensée Unique ?
-
Qui tend un piège
à qui ? Pourquoi voulez-vous que nous la bouclions, ne sommes-nous
plus en démocratie ?
Vous n'avez pas le privilège
du cœur. Comme vous, nous sommes sensibles aux souffrances du peuple
palestinien, nous aurions aimé que, comme nous, vous vous sentiez
concernés par celles d'en face.
Il y a des faits, une histoire
et un litige sur lesquels nous ne sommes pas d'accord. Qui a raison
? Nous vous avons écoutés. Bizarre, bizarre ! Personne
ne vous interrompt donc jamais ! Dommage pour vous, car, comment faire
la part des choses si l'ostracisme frappe le camp d'en face ?
Messieurs,
Sachez que jusqu'à nouvel
ordre, nous sommes sionistes et fiers de l'être.
Que veut dire être sioniste
? Est-ce une idéologie spontanément sortie de nos esprits
tourmentés ? Est-ce ce que vous voulez laisser croire ?
Pour nous être sioniste
c'est, avant tout, tirer les leçons de l'histoire. Faire abstraction
de la condition du Juif en tant que tel dans l'espace et dans le temps,
c'est faire table rase de l'essentiel ! C'est ce que vous faites. Pourquoi
? Parce que du haut du podium où vous dominez, vous tirez plaisir
à ne regarder que dans la direction qui plaît à
l'œil.
L'histoire foisonne de Juifs
émancipés jusqu'aux bouts des ongles et rattrapés
par leur origine. Ils l'ont souvent payé bien cher. L'ignorer
n'entame en rien la réalité des faits. Peut-être
aurez-vous la chance de passer à travers les mailles du filet,
ce que nous vous souhaitons. Mais acceptez que nous ne soyons pas tentés
par ce pari.
Oubliez que vous êtes Juif,
il y aura toujours quelqu'un pour vous le rappeler. C'était un
fardeau, c'est devenu un bel héritage, c'est ce que nous avons
décidé d'assumer.
Un héritage donne des
droits et des devoirs. Pour ce qui est des droits, nous les revendiquons
sans états d'âme ; quant-aux devoirs, devrions-nous vous
laisser le soin de statuer sur les dangers qui menacent l'avenir et
la sécurité de nos enfants ?
En prenant nos distances avec
vous, nous ne faisons que nous prémunir. Certes, passé
l'orage, le verdict de l'histoire tombera : paranoïa ou sens des
responsabilités ?
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Conseil
editorial
Prof. Frederick Krantz,
Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ) |
Jean-Claude Léon
(Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ) |
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