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Vendredi, 12 mars 2010 • Volume VIII, Numéro 429 Pas d’apartheid pour les Arabes d’Israël Un député arabe du Parlement israélien [Knesset] qui fait le long voyage pour se rendre aux États-Unis et au Canada dans le but de dire aux étudiants et professeurs d’université qu’Israël est un État d’apartheid, n’est pas seulement un hypocrite et un menteur, mais il cause également des dommages énormes aux intérêts de ses propres électeurs arabes et de tous les électeurs. Si Israël est un Etat d’apartheid, que fait cet Arabe à la Knesset ? L’apartheid ne signifie-t-il pas justement que quelqu’un comme ce député de la Knesset ne serait pas autorisé à se présenter aux élections ? Heureusement, les citoyens arabes peuvent fréquenter les mêmes plages, les mêmes restaurants et les mêmes centres commerciaux que les Juifs dans cet « Etat d’apartheid ». En outre, ils peuvent se présenter à n’importe quelle élection et même avoir un ministre au gouvernement (Ghaleb Majadlah), pour la première fois. Dans cet « Etat d’apartheid », la communauté arabe a une presse libre que de nombreux Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza leur envient. Ironie de situation : un journal arabe de Nazareth ou de Haïfa sous législation israélienne bénéficie de plus de liberté que les médias contrôlés par le Hamas et le Fatah, ou par la plupart des dictatures arabes corrompues. Autre ironie : ce membre du Parlement qui se plaint de l’apartheid jouit de plus de privilèges que la plupart des Juifs et des Arabes en Israël. En tant que parlementaire, il a le droit de faire beaucoup de choses qu’un citoyen ordinaire ne peut pas faire, essentiellement grâce à l’immunité dont il bénéficie en tant que représentant élu. Son immunité parlementaire lui permet de pénétrer dans des zones où les simples citoyens juifs et Arabes ne peuvent accéder. Ce membre de la Knesset peut se rendre, par exemple, dans les territoires contrôlés par l’Autorité Palestinienne, alors qu’ils sont interdits aux simples citoyens israéliens depuis de nombreuses années. Ce membre de la Knesset peut aussi parfois même contrevenir à la loi en visitant des pays hostiles comme la Syrie et le Liban et tenir des réunions publiques avec les dirigeants du Hamas et du Hezbollah. Il est vrai que la communauté arabe d’Israël a longtemps été confrontée à des problèmes réels, qui doivent être traités d’urgence. Le principal problème est et demeure la discrimination par l’Establishment en particulier quand il s’agit de l’emploi, des infrastructures et de l’allocation des fonds publics et des terres. Néanmoins, les citoyens arabes ne luttent pas pour la séparation d’Israël. Ils se battent plutôt pour l’intégration, l’égalité, de meilleurs services et un meilleur traitement. Les citoyens arabes sont heureux de vivre en Israël, où ils ont toujours eu une moyenne de 10 députés à la Knesset. En dénonçant Israël comme un Etat d’apartheid, ce membre du parlement, qui s’est envolé pour l’Amérique du Nord, aide effectivement ceux qui essayent d’éviter le vrai problème : la discrimination. En se focalisant sur la question de l’apartheid, il détourne l’attention du problème réel et trahit les intérêts de son propre peuple. Les citoyens arabes d’Israël préféreraient voir leurs députés siéger au parlement et lutter pour l’égalité et de meilleurs services pour le secteur arabe plutôt que de les voir participer à la « Semaine de l’Apartheid d’Israël » dans une université d’Ottawa ou de Toronto. Il est difficile de comprendre comment la participation d’un député arabe de la Knesset à la « Semaine de l’Apartheid d’Israël » sur un campus universitaire aux États-Unis ou au Canada, aide la cause des un million quatre cent mille citoyens arabes d’Israël. En fait, cela pourrait être dommageable aux citoyens arabes et à leur combat contre la discrimination. La présence de ce député arabe israélien sur ces campus joue en faveur des Israéliens qui accusent les citoyens arabes (la majorité d’entre eux restant loyale à l’État) d’être « une cinquième colonne » et un « ennemi de l’intérieur ». Plus les Juifs auront peur de leurs concitoyens arabes, plus ces derniers vont souffrir. La meilleure façon de contredire les extrémistes comme ce député, est d’offrir aux citoyens arabes des services et des droits égaux. Bien sûr, Israël n’est pas un Etat d’apartheid. Mais Israël doit se réveiller et commencer à s’attaquer sérieusement au problème de la minorité arabe avant qu’il ne soit trop tard. Semaine de L’Apartheid Contre Israël Les organisateurs de la « semaine de l’apartheid » contre Israël espèrent reproduire "le succès sans précédent" de l’année dernière dans 40 villes à travers le monde. Toutefois, les organisateurs doivent préalablement affronter un problème fondamental, celui d'arguments historiques irréfutables que nous allons mentionner dans les lignent qui suivent. Premièrement, le régime d’apartheid en Afrique du Sud (1948-1994) interdit aux noirs de voter ou d’être élus aux suffrage universel, d’étudier dans les universités ou de recevoir un traitement dans les hôpitaux des blancs…et de nombreuses autres contraintes discriminatoires. Sans être orfèvre des questions israéliennes tous savent parfaitement que les arabes israéliens votent au Parlement, que des députés arabes et notamment un vice-président siège à la Knesset et un juge arabe à la Cour suprême de Justice. Les arabes israéliens étudient dans toutes les universités et collèges et il existe des villes mixtes telles que Haïfa, Saint- Jean d'Acre et Jérusalem. Benjamin Pogrund, ancien rédacteur du journal Rand Daily Mail de Johannesburg, emprisonné en raison de ses activités contre l’apartheid, et qui vit actuellement en Israël, a répondu à un article dans le Guardian qui comparait Israël à l’apartheid en Afrique du sud en ses termes: "lorsque j'étais hospitalisé à Jérusalem pour une intervention chirurgicale, j'ai constaté qu’autour de moi les malades, médecins et infirmières étaient juifs et arabes. Ce que j’ai vu à l’hôpital Hadassah du Mont Scopus était un scénario impensable en Afrique du Sud, pays dont j’ai vécu et où l’apartheid a été fondé sur un racisme ancré dans la législation. En revanche, en Israël l’incitation à la haine raciale est un délit pénal." Les accusations contre Israël se focalisent sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza, et pourtant la majorité écrasante des Israéliens ne souhaitent pas une annexion complète de la Cisjordanie, mais plutôt de se doter de « frontières défendables » conformément à la résolution 242 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Quant à la bande de Gaza elle a été remise entièrement aux Palestiniens. Le conflit n'est pas dans la mise en place de systèmes juridiques distincts pour des groupes ethniques ou raciaux, mais d’un conflit sur le tracé des frontières. Concernant les arabes israéliens et leur revendication au « droit au retour » des réfugiés, elle a pour but de détruire démographiquement l’Etat juif. Ainsi, la campagne de la semaine d’apartheid contre Israël interprète d'une manière erronée et injuste l’histoire d’Israël. Une interprétation qui ne considère pas le droit légitime du peuple juif à retrouver sa souveraineté dans sa patrie historique, mais un mouvement colonial qui est venu d’Europe afin de confisquer les terres d’une population palestinienne autochtone. Yasser Arafat, l’ancien président de l’Autorité palestinienne a reconnu, cette tendance et a affirmé que l’histoire palestinienne dérive des Cananéens et que les Juifs sont arrivés en Palestine qu'au 19ème siècle sur les ailes de l’impérialisme européen. Pour cette raison, Arafat a refusé dans le cadre des négociations à Camp David en juillet 2000, de reconnaître l’existence du Temple sur le Mont Moriah. Elle serait selon ce raisonnement en contradiction avec la présentation du peuple juif comme équivalent d’Afrikaners du Moyen-Orient, venus récemment dans la région. Dans son ouvrage monumental de 900 pages, l’histoire de la Palestine 634-1099, le professeur Moshé Gil de l’université de Tel-Aviv fait remarquer que jusqu’au septième siècle il y avait toujours une présence juive dans la majorité du pays. En outre, durant tous les siècles on constate un effort constant de Juifs de revenir dans le pays de leurs ancêtres. Dans les années 60 du 19ème siècle la majorité à Jérusalem était juive, c'est bien avant la présence de l'empire britannique. La décision d'accorder un Foyer juif par la Commission nationale de 1922, se réfère expressément sur la reconnaissance du droit historique du peuple juif sur sa terre ancestrale. En contradiction avec la machine de la propagande arabe, une grande partie des Palestiniens ne sont venus que récemment dans la région, et leurs noms de famille et tribus sont éloquents tels que les Nusseibe ou Hussein dont leurs racines sont attribuées aux conquêtes arabes du septième siècle sous le second calife Omar Bin el Katab, et même après le 12ème siècle avec la victoire de Saladin le magnifique sur les Croisés. La population palestinienne dans son ensemble comprend donc de "nouveaux immigrants." Ainsi, en 1939, le président Roosevelt a remarqué que les Arabes qui ont immigré en Palestine depuis l’établissement du Mandat britannique étaient plus nombreux que les Juifs. La solution du conflit israélo arabe, ne sera pas résolue par des récriminations historiques, mais par une reconnaissance mutuelle et par des concessions. La semaine de l’apartheid ne contribue pas au respect des droits de l’Homme mais plutôt une initiative hypocrite qui ignore l’apartheid pratiqué par les Palestiniens eux-mêmes, en appliquant la peine de mort contre toute personne qui vendrait un terrain à un Juif. Cette initiative vise également à saboter les initiatives de paix, et à priver le peuple juif de ses droits historiques. La réponse à ce défi est d’exposer les motifs réels de ceux qui sont derrière cette initiative abjecte. Nul ne le doute, leur objectif est de détruire l’Etat d’Israël et de priver ses citoyens du droit fondamental à l’autodétermination. L’Iran : analyses et impondérables Joe Biden est une non seulement un personne très affable, il est aussi un ami sincère d’Israël. Tous ceux qui s’étaient réunis hier, pour l’écouter à l’Université de Tel-Aviv, n’ont pu que s’en convaincre. Biden a longuement fait l’éloge de la démocratie israélienne, de son économie, de son rôle de pionnier en matière de high-tech et de l’alliance inaltérable unissant son pays à l’Etat hébreu. Il est allé jusqu’à considérer comme une erreur sans suite l’annonce faite par Eli Yishaï de la construction prochaine de 1600 logements à Ramat Shlomo. Il est vrai que son discours suivait une "rectification" apportée par Binyamin Netanyahu, selon laquelle le projet ne verrait le jour que dans plusieurs années. Une précision contredisant son ministre de l’Intérieur, qui avait déclaré que les travaux débuteraient en mai. Le Vice-président a toutefois réitéré la position de son administration, précisant que les Etats-Unis s’opposaient fermement aux implantations en Cisjordanie. Cette partie de sa harangue recueillant par ailleurs les applaudissements nourris de l’auditoire, traditionnellement progressiste dans cette université. Ce matin, avant de se rendre en Jordanie, M. Biden a eu un long entretien en tête-à-tête avec le ministre de la Défense Ehoud Barak, avant qu’ils ne survolent ensemble le territoire israélien à bord d’un hélicoptère. Sur le sujet qui intéresse le plus ses hôtes, le Vice-président a affirmé, avec force, que son gouvernement ne permettrait pas à l’Iran d’accéder à l’arme atomique. Il n’a cependant pas explicité ce qui se passerait si les efforts diplomatiques de Washington s’avéraient inaptes à dissuader Téhéran de poursuivre la construction de sa bombe. En revanche, Biden a mentionné à ce chapitre les engagements oraux données par Barack Obama à Binyamin Netanyahu. A la Ména, on croit savoir, de source fiable, que, lors de leurs deux dernières rencontres, le Président US a garanti au 1er ministre, qu’en cas d’impasse diplomatique, il envisagerait une opération militaire conjointe contre les infrastructures perses. Obama aurait expliqué au Président du Conseil de l’Etat hébreu, qu’il entend, jusqu’alors, que son administration ne profère aucune menace à l’encontre de la "République" Islamique, afin de ne pas lui fournir de prétexte pour rejeter la discussion. Ce raisonnement tient l’eau, à condition, qu’entre alliés, on fixe un échéancier clair, définissant une date buttoir à laquelle on conviendrait que l’initiative diplomatique du Président a échoué. Or, à ce jour, la Maison Blanche refuse catégoriquement d’arrêter une telle date, ce qui rend la proposition ainsi que les promesses d’Obama absolument inutiles. Certains lecteurs de la Ména, à ce propos, nous ont fait connaître leurs critiques relativement au calendrier présenté dans ces colonnes pour le traitement de la crise iranienne. En guise de réponse, il faut remarquer que c’est l’administration américaine qui reporte ses ultimatums, et ce, depuis septembre 2009. Qui plus est, la sommation la plus claire adressée à Téhéran, d’entente avec les alliés européens des Etats-Unis, prenait fin, dans un premier temps en décembre dernier, avant d’être étendue à la fin de 2009. Nous sommes au premier quart de 2010, et aucune mesure "déterminante" n’a été prise à l’encontre du régime des ayatollahs, ni sur le plan diplomatique, pas plus qu’au niveau militaire. Le calendrier de la Ména demeure plus que jamais d’actualité, tandis que les Perses mettent les bouchées triples pour franchir, le plus rapidement possible, le point de non retour de leur projet nucléaire. Calendrier de la Ména qui n’est pas exceptionnel, puisqu’il ne fait que partager les évaluations (même si nous l’avions publié avec plusieurs mois d’avance, à une époque où la CIA niait que l’Iran poursuivait un programme de nucléaire militaire) des centrales de renseignement des grands Etats de la planète et celles d’Israël. A Jérusalem, on a bien compris que Joe Biden, en dépit de ses réelles qualités humaines, au même titre qu’Hillary Clinton, n’étaient que des ambassadeurs de bonnes intentions dans le système de gouvernance établi par Barack Obama. On va jusqu’à douter, ici, que les déclarations du Vice-président soient coordonnées avec le Président, et même que le dernier mentionné leur accorde une importance quelconque. C’est Obama qui prend les décisions, assisté de sa vingtaine de "ministres" non-constitutionnels, possédant plus d’influence exécutoire que la chef du Département d’Etat et le Vice-président. Le rôle d’Hillary, de Joe, et même du chef des armées US, l’amiral Mullen, notamment lors de sa récente visite en Terre Sainte, consiste à persuader les Israéliens de ne rien entreprendre seuls contre le projet nucléaire iranien. A Jérusalem, on n’est pas dupe et on s’impatiente de plus en plus, conscient que, dans pas longtemps, il sera matériellement trop tard pour arrêter le projet de Khameneï et d’Ahmadinejad, et que toutes les sanctions onusiennes envisageables n’y changeraient plus rien. C’est pour le faire comprendre à la Maison Blanche que Netanyahu, Barak, Ashkenazi et les chefs du renseignement se succèdent sans relâche à Washington. Le 1er ministre a ainsi prévu de s’y rendre à deux reprises dans un avenir très proche. On peut mettre sur le compte de l’incohérence de la politique menée par Obama les expressions de mauvaise humeur exprimées récemment par des ministres hébreux. Cela les explique mais ne les excuse pas, tant elles ont été maladroites et grossières, et ont eu un effet contraire à celui escompté. Ce qui fait perdre la raison aux experts israéliens du dossier iranien, c’est que le quatrième train de sanctions prévues, qualifiées par Barack Obama lui-même de "déterminantes", et qu’il avait annoncées pour fin septembre 2009, puis pour janvier, puis pour février-mars, et maintenant pour mars-avril, n’ont toujours pas passé la rampe du Conseil de Sécurité. Pire encore, on sait désormais avec certitude, que celles qui sont discutées entre les membres permanents du Conseil n’ont strictement plus rien de "déterminantes". La Chine et la Russie s’opposant, en effet, à la seule mesure de nature à pouvoir dissuader Téhéran : l’embargo sur les exportations de brut et les importations de ses dérivés raffinés. Dans cette situation d’urgence, Jérusalem a proposé à Washington d’adopter cette sanction hors du cadre onusien, ce qui ne manquerait pas d’exercer une pression politique certaine sur Moscou et Pékin, mais surtout sur Téhéran. Dans les faits, nous en sommes à un stade où Moscou se refuse même à imposer un embargo général sur toutes les armes à destination de la "République" Islamique, c’est dire l’étendue des divergences qui subsistent. Pour pouvoir encore parler sérieusement de l’option diplomatique, il faudrait une décision supplémentaire, en sus de l’adoption immédiate des sanctions déterminantes : modifier l’exigence faite aux Iraniens contre la levée desdites sanctions. En considération des avancées considérables du projet atomique perse - dues, entre autres, au temps qui s’est écoulé depuis septembre, lorsqu’on leur a fait la proposition d’échange d’uranium renforcée par l’ultimatum d’Obama -, cette offre n’a plus de sens. La seule option demeurant acceptable réside dans l’inspection et la destruction consensuelle de toutes les installations – on en compte des dizaines – participant au programme de la bombe atomique. A la lumière de ces constatations objectives et de l’impossibilité apparente de faire adopter les mesures indispensables par l’exécutif des Nations Unies, il ne reste, tout aussi objectivement, aux nations conscientes de l’intensité du danger encouru, que l’option militaire. Et à Jérusalem, mais également à Berlin, Paris et Londres, on se demande si Barack Obama appréhende correctement la gravité de la situation. Ce, tandis que des intonations dans le discours officiel émis sur les rives du Potomac, incitent à croire qu’Obama est en train de se persuader que la nucléarisation de l’Iran et inéluctable, et qu’il faudrait commencer à s’en accommoder. Si cette thèse se confirme, l’effort étasunien se reporterait sur deux nouveaux axes : le développement et le déploiement d’armes et de systèmes permettant de contenir les missiles iraniens, et l’exercice alterné de pressions et de fausses promesses sur les Israéliens, afin qu’ils ne prennent pas à leur compte le traitement du problème. Au cas où nous nous trouverions dans cette dynamique, il ne faudrait plus à Obama qu’empêcher Israël d’agir jusqu’à la fin de l’été, pour qu’ensuite, la situation ne soit plus réversible par une action militaire. Il est évident qu’en agissant ainsi, l’Amérique deviendrait l’allié objectif des ambitions des ayatollahs, et qu’elle mettrait gravement en péril la sécurité du monde à court terme. Mais les options profondes ainsi que les convictions intimes de l’actuel président américain demeurent difficilement sondables. Son comportement dans cette crise est inconsistant et contradictoire, il suffit de relire ses déclarations depuis juillet 2009 pour s’en persuader. Sa politique de la main tendue a échoué. Persister à évoquer une solution négociée procède de l’irresponsabilité. De plus, à la Ména nous notons avec un intérêt professionnel certain, que Barack Obama, depuis son élection, garde ses distances avec l’Etat hébreu : il n’intervient jamais personnellement auprès de Jérusalem, en dépit de ses voyages dans la région, il n’y a pas mis les pieds et il accueille fraîchement les dirigeants d’Israël lorsqu’ils lui rendent visite à la Maison Blanche, même lorsqu’il s’agit du très consensuel et très apprécié Président Shimon Pérès. Au sein de l’establishment de la Défense israélien, on est d’avis qu’il n’est plus possible d’attendre si l’on veut empêcher l’irréparable. L’idée qui s’y développe consiste à informer les Etats-Unis et les alliés européens que l’on va patienter jusqu’au début du prochain mois d’avril, puisque c’est le nouveau délai annoncé par la diplomatie américaine. A partir de cette époque, si des sanctions comportant le double embargo ne sont pas adoptées, à l’ONU ou, à tout le moins par ceux des 5+1 qui lui sont favorables, Jérusalem déclarerait qu’elle abandonnerait l’option diplomatique pour régler la crise iranienne. Cela ne signifierait pas que Tsahal interviendrait dès le lendemain de cette décision, mais qu’elle pourrait intervenir à tout moment, et que les appels à la modération obamesques seraient désormais hors propos. Fils du Hamas C’est aujourd’hui qu’est attendue la parution du livre de Mosab Hassan Youssef, 32 ans, Son of Hamas, "Le fils du Hamas". Son père, le cheikh Hassan Youssef, est l’un des fondateurs du Hamas, Harakat al-Muqāwama al-Islāmiyya, en français, le "Mouvement de la Résistance Islamique". Une organisation terroriste, filiale palestinienne des "Frères musulmans" égyptiens, qu’il a créée en 1987, avec le cheikh Ahmed Yassin (décédé le 22 mars 2004, suite à une attaque d’hélicoptère), Abdel Aziz al-Rantissi (décédé le 17 avril 2004, suite à une attaque d’hélicoptère) et Mohammad Taha. De sa prison israélienne, où il purge une peine de six ans de privation de liberté, depuis 2005, pour ses activités terroristes, Hassan Youssef a publié, hier lundi, un communiqué par lequel il a renié son fils Mosab. Hassan Youssef a ainsi libellé la répudiation, reprise par plusieurs sites Internet ainsi que des agences de presse : "Moi, Cheikh Hassan Youssef, ma femme, mes fils et filles, annonçons que nous avons entièrement renié l'homme qui était notre fils aîné et se prénomme Mosab". Cheikh Youssef donne deux raisons pour justifier sa décision : "l'apostasie [l’abandon de l’islam, un crime puni de mort. Ndlr.] de l'homme prénommé Mosab envers Dieu et son prophète, sa trahison des musulmans, sa collaboration avec les ennemis de Dieu et des dégâts infligés à notre peuple et notre cause". Haaretz avait annoncé, la semaine dernière, que Mosab avait été un espion israélien, œuvrant pour le Shin Bet, le service de contre-espionnage de l’Etat hébreu, durant une dizaine d’années. Réagissant à l’article d’Haaretz, le Hamas a indiqué dans une note à la presse, que les accusations contenues dans le papier du quotidien télavivien constituaient une "calomnie sans fondement", ajoutant que "Le peuple palestinien a toute confiance dans le Hamas et son combat et il ne se laissera pas tromper par cette calomnie et ces mensonges". A en croire le capitaine Loaï, son référent au Shin Bet, l’apport de Mosab a été prépondérant, permettant d’empêcher des attentats par dizaines. Les informations que Mosab a fournies ont permis l’arrestation de nombreux chefs du Hamas en Cisjordanie, notamment celle du chef de sa branche armée, Ibrahim Hamid, et d'Abdallah Barghouthi. Le nom de code de Mosab Youssef au Shin Bet était "le prince vert", au vu de sa filiation avec le fondateur du mouvement islamiste (vert, couleur de l’islam). Abdallah Barghouthi s’était rendu responsable d’attentats collectifs à la bombe, ayant provoqué la mort de dizaines d’innocents. Mosab Youssef a également participé à la capture de Marwan Barghouthi, en 2002, alors que celui-ci occupait officiellement la fonction de secrétaire général du Fatah. Dans ses occupations clandestines, Marwan Barghouthi fut le commandant des Tanzim ; un groupement terroriste mis sur pied à l’instigation de Yasser Arafat. M. Barghouthi organisa, en étroite collaboration avec le Hamas, nombre d’attentats meurtriers contre des militaires et des civils israéliens. Il a été condamné pour ses crimes à cinq peines de réclusion à perpétuité qu’il purge dans une geôle israélienne. Le capitaine Loaï ne tarit pas d’éloges au sujet de son agent. Il va jusqu’à affirmer que "tant de personnes lui doivent la vie et ne le savent même pas ; que des gens qui en ont fait bien moins que lui ont reçu le Prix de la Sécurité d’Israël, et qu’il le mérite sans aucun doute". Loaï n’hésite pas non plus à déclarer au sujet de son poulain : "Il était meilleur que la plupart d’entre nous (les agents du Shin Bet), sans vouloir offenser qui que ce soit". Mosab Youssef a été un espion, une taupe solidement installée au sommet du Hamas, protégé du soupçon par ses liens familiaux. C’est certes un fait, et, pour une acception correcte de la portée de ses actes, il serait erroné de l’oublier et de le traiter en héros. Il a trahi son camp, son père et sa famille, ce qui, quel que soit son camp et quelle que soit sa famille, demeure un acte de déloyauté, impardonnable, surtout dans le contexte du différend israélo-palestinien. Ceci dit, il serait au moins aussi erroné de considérer Mosab Youssef comme un simple transfuge et de ne le considérer que dans l’habit d’un traître. Ce, pour plusieurs raisons ; la première d’entre elles tient en cela qu’il a agi de manière respectable et selon une ligne de moralité cohérente dans sa collaboration avec les Israéliens. Des Israéliens qui s’accordent à reconnaître qu’il fut plus qu’un simple espion, mais aussi un "coordinateur", quelqu’un qui réfléchissait à ses actes, qui avait fait des choix, et qui réussissait à influer sur ses commanditaires. Il ne fait ainsi aucun doute que son père, le cheikh Youssef, aurait été liquidé une bonne dizaine de fois sans ses interventions. Mosab l’a protégé aussi bien des intentions morbides de ses ennemis que de celles de ses "frères". Cela tient aussi dans la mentalité de la famille Youssef, originaire du village d’Al-Jania, près de Ramallah. Ce n’est pas un hasard si le cheikh Hassan Youssef, arrêté à plusieurs reprises par les forces israéliennes, n’a finalement écopé que d’une peine relativement légère – 6 ans – pour un fondateur du Hamas. Nous avons certes affaire à un exalté de l’islam extrémiste, ayant participé à l’instauration de l’organisation terroriste en Palestine, mais il ne s’agit pas d’un tueur ou d’un artisan d’un nouveau génocide de Juifs, comme le furent les autres créateurs du Hamas, à la seconde exception de Mohammad Taha. Autre originalité de l’espion Mosab Youssef : il n’a pas agi par appât du gain – il a refusé d’être rétribué par ses commanditaires et s’est toujours trouvé à l’abri du besoin - mais par conviction. La principale d’entre elles : sauver des vies innocentes. Il l’a d’ailleurs fait dans les deux sens, déjouant aussi bien une tentative d’assassinat contre Shimon Pérès, qu’en obtenant, par exemple, que cinq jeunes terroristes, bardés d’armes et d’explosifs, s’apprêtant à perpétrer un assassinat collectif en Israël, ne soient pas liquidés mais appréhendés par les commandos de Tsahal. Alimenté durant sa jeunesse par la propagande islamiste, son éducation le poussait à haïr les Juifs et à aduler les "combattants" de l’islam. Puis il a vu, de très près, la sauvagerie de la direction et des membres du Hamas. Barbarie que j’ai souvent relatée dans ces colonnes, et que persistent à ignorer les bonnes âmes occidentale ayant décidé de soutenir le califat de Gaza et le terrorisme. Mosab, qui multiplie les interviews depuis sa terre d’exil californienne, décrit les assassinats perpétrés par les miliciens islamistes contre leurs propres camarades. "Ils tuent des gens sans aucune raison", rapporte-t-il, "j’ai vu des membres du Hamas torturer leurs camarades, membres de leur nation, avec une exceptionnelle cruauté. La vérité n’avait aucun intérêt pour eux ; s’ils ne nourrissaient ne serait-ce qu’un simple soupçon à l’encontre de quelqu’un, c’était sa fin. Dans le même temps, alors qu’il se sent attiré vers le christianisme, auquel il s’est converti il y a dix ans, il apprend à connaître ses ex-ennemis. Au contact du Shin Bet, il est surpris par le haut niveau éthique de ses nouveaux collègues : "(...) le Shin Bet, les soldats se bornent à tenter de faire leur travail. J’ai réfléchi à la manière dont se comporterait le Hamas dans une situation inverse : auraient-ils merci des Juifs ? J’ai alors pensé : qui es-tu en train d’essayer de tromper ? Le Hamas et le Fatah se seraient-ils comportés plus humainement ? Je ne pouvais plus déterminer qui étai mon ennemi". Mosab est traité d’égal à égal par ses référents israéliens. Il est respecté et ils lui demandent de continuer à se comporter en homme de bien dans sa société et sa famille. Il prétend aujourd’hui qu’il a fait ce qu’il a fait après avoir découvert qui était réellement le Hamas. Il affirme qu’il était très heureux lorsqu’il parvenait à stopper l’auteur d’un attentat-suicide. Son identification avec les services des Hébreux est telle, que, la plupart du temps, dans les entrevues qu’il donne aujourd’hui, il dit "nous" lorsqu’il parle du Shin Bet. Afin de le sauver des risques qui le menaçaient, à l’été 2002, il organise lui-même l’arrestation temporaire de son père, puis la sienne propre, afin d’éviter les soupçons. Mosab Hassan Youssef est sans conteste une personne de qualité, il m’a suffi de le croiser quelques fois en compagnie de son père pour le saisir presque instantanément. Un individu éduqué, raffiné, même, s’exprimant avec nuance, dont il était impossible d’imaginer qu’il faisait cause commune avec les miliciens béotiens de la "résistance islamique". Il a beaucoup cogité avant de "passer à l’ennemi". Il s’est fait son idée sur l’islam d’aujourd’hui : 95% des musulmans méconnaissent leur propre religion. On les tient dans l’ignorance et on leur apprend des choses fausses à propos des Juifs et des chrétiens, pour que la populace puisse continuer de les haïr et s’abstenir de poser les questions nécessaires au sujet de ses leaders politiques et religieux. Les récits de Mosab Youssef offrent une possibilité rare de comparaison entre les Israéliens et le gratin du Hamas ; une comparaison ne tournant pas à l’avantage des islamistes. Regard très dur sur ma société, émise par un transfuge, mais qui rejoint mes propres constatations sur bien des points, entre autre, l’extraordinaire sauvagerie, l’attrait de la violence et du sang, qui gangrène ma nation en profondeur, très au-delà du conflit avec les Juifs. Il est probable que le dernier authentique leader combattant palestinien fut Abdel Kader el-Husseini, tué les armes à la main lors de la bataille du Castel, le 9 avril 1948. La Jaysh al-Jihad al-Muqaddas (L’armée de la guerre sainte) qu’il créa et commanda jusqu’à sa mort, ne s’attaquait pas aux restaurants, aux autobus et aux supermarchés. Elle affrontait le Palmach comme s’affrontent des combattants. Et je pense qu’au terme des hostilités, Abdel Kader et les Juifs auraient trouvé un terrain d’entente – une paix des braves – qui aurait tenu jusqu’à ce jour. Depuis la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas ce ne sont pas des combattants, comme on veut le faire croire aux Palestiniens, qui les dirigent ou qui s’opposent à Israël, mais des terroristes : des individus armés s’attaquant systématiquement à des civils. Et nous savons distinguer les combattants des terroristes à la Ména. Sans distinction de nationalité et de religion. Le Hamas étant une organisation essentiellement terroriste, il est loisible d’imaginer que ses modes opératoires ont dégoûté une personne tel Mosab Youssef. Et se poser légitimement la question de savoir s’il a véritablement trahi la Palestine, ou s’il a quitté une milice d’assassins. Ce qui ne signifie pas que j’adhère à sa démarche : si je ne lèverai jamais un doigt pour aider le Hamas d’aucune façon, je n’indiquerai pas à un capitaine israélien où se trouve Ismaïl Hanya, même si je le sais. Moins par blocage mental ou par nationalisme – je considère ces miliciens comme mes adversaires – mais parce que je ne pense pas que ce soit la tâche d’un journaliste d’influer sur le cours d’un conflit. Maintenant, si je voyais un terroriste-suicide préparer sa ceinture d’explosifs à dix mètres de la frontière israélienne, je le ferais savoir, car le terrorisme n’est pas un combat à mes yeux, c’est le terrorisme. C’est d’ailleurs ainsi qu’agit l’Autorité Palestinienne dans les cas de ce genre.
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