CACHEZ CETTE PAIX QUE JE NE SAURAIS VOIR

 

Julien Bauer

 

À une époque, apparemment révolue, le rôle des médias, presse écrite, radio, télévision, était de présenter les nouvelles estimées les plus importantes de l’actualité.  Le vol direct Tel Aviv-Abu Dhabi le 31 août 2020, symbole d’un évènement notable entre Israël et un État arabe, les Émirats Arabes Unis, évènement qui ne se produit qu’une fois par génération, aurait dû être à la une des journaux et des bulletins de nouvelles – radios et télévision. Le jour même et le lendemain, la couverture médiatique a brillé par son absence.  

Pendant deux semaines, les journalistes qui avaient parlé du rapprochement EAU – Israël avaient évité le mot “paix” et insisté sur le fait que l’Autorité palestinienne et Hamas y étaient opposés.  La Presse et Le Devoir ont rivalisé sur qui aurait la présentation la plus négative de ce rapprochement, comme si la paix, si ce n’est la “paix des cimetières” revendiquée par les Palestiniens, était un concept sale.  Je me suis dit que deux journaux incompétents n’étaient pas représentatifs d’une tendance et que le jour même du vol,  les autres médias montreraient leur ouverture sur le monde.  Je me suis lourdement trompé. J’ai cherché en vain des articles dans les grands médias français.  La paix EAU-Israël, connais pas!  J’ai alors regardé CNN et Fox.  À nouveau, rien.  Pour en avoir le coeur net, j’ai demandé à mon correspondant à Jérusalem quelle avait été la présentation de ce développement majeur à la télévision israélienne le lendemain, le premier septembre.  Le sujet avait été évoqué à la 25ème minute des nouvelles.

De deux choses l’une: ou la paix n’offre aucun intérêt, ou les médias ont un sens des priorités quelque peu surprenant.  Les médias s’inspirent du théâtre.  Il leur faut intrigue et personnages.  Ils savent tous, même ceux qui ne démonisent pas automatiquement Israël, tels le National Post ou Fox, que la version palestinienne fait autorité.

Pires sont les personnages. Mohamed Bin Zayyed des EAU est inconnu des journalistes et qu’il soit à la tête de la seconde économie arabe importe peu.  

Netanyahou, lui, par définition, est un méchant.  Malgré une campagne incessante contre lui, il s’est permis de se faire réélire trois fois en un an.  Quand deux de ses prédécesseurs ont signé des traités de paix et abandonné des territoires, ils ont été considérés comme des héros.  Quand Netanyahou va signer un traité sans reculer sur le terrain, c’est négligeable.

Que dire de Trump?  Obama a reçu le Prix Nobel de la Paix pour n’avoir fait aucune paix.  Trump se permet de provoquer le rapprochement entre un État arabe et Israël.  Comme il est difficile de blâmer le Président pour un progrès vers la paix, la solution est de traiter ce progrès par le silence.

Parmi les détails dont sont généralement friands les médias car ils ajoutent une touche humaine à un article, citons:

 1.- le fait que Ben Chabbat du Conseil National de Sécurité d’Israël, s’est adressé en arabe à son homologue émirati – chose impensable pour tout autre responsable d’un État occidental –

2.- le fait que la réception ait été cachère,

3.- le fait qu’un conseiller de Zayyed a parlé à Netanyahou en hébreu, une première dans la diplomatie.

Tout cela a été passé sous silence par les médias.

Je ne peux que souhaiter que ces médias continuent à masquer la réalité, cela constitue la démonstration que le mot paix n’est pas un mot sale mais un moyen pour atteindre un monde meilleur.

Julien Bauer, Professeur retraité de Science Politique, UQAM