LE DÉSASTRE OBAMA ET LA SUPERCHERIE DE L’UNRWA

 

 

 

 

LE DÉSASTRE OBAMA VA-T-IL
PRENDRE FIN LE 6 NOVEMBRE PROCHAIN ?

Guy Millière

menapress.org, 26 août 2012

 

J’entends m’adresser, bien au-delà des media tricolores, à tous ceux qui souhaitent faire preuve de lucidité, et j’ose espérer qu’ils sont nombreux. Je m’adresse aussi à ceux qui, en Israël ou en France, possèderaient une double nationalité et pourraient voter aux Etats-Unis. Voter en connaissance de cause, et non pas en fonction d’opinions, car ce n’est assurément plus une question d’opinion, mais un choix relevant de données objectives.
 
Sur le plan intérieur, si on l’observe de manière superficielle, la politique de l’administration Obama a constitué une politique de relance de type keynésien particulièrement dispendieuse. Elle a abouti à un accroissement du nombre de pauvres et de chômeurs, une économie asthénique, un nombre d’emplois productifs en chute – il y a moins d’emplois productifs aux Etats-Unis aujourd’hui qu’il n’y en avait en janvier 2009 -, une succession de déficits budgétaires sans précédents, et un endettement abyssal.

 

Si l’on regarde de plus près, on voit qu’il s’agit bien plus que d’un plan de relance keynésien dispendieux. On perçoit en effet une volonté non dissimulée de créer, de manière définitive, une couche de population assistée et censée constituer une clientèle électorale captive pour le parti Démocrate. Pour ne citer que ce seul exemple, les possibilités de toucher une pension d’invalidité permanente ont été considérablement élargies, et permettent désormais de considérer comme invalide une personne qui ressent un stress au travail : plus de deux millions de nouveaux « invalides » ont été ajoutés aux listes depuis que les nouvelles règles ont été promulguées.

 

On décèle également une volonté de créer une forme d’économie mixte, favorisant certains secteurs économiques en les subventionnant massivement, souvent en pure perte, et en accordant les capitaux à des gens qui financent les campagnes démocrates avec une part des subventions qu’on leur a accordées, et asphyxiant d’autres secteurs économiques.

 

Obama et son entourage n’entendent pas faire des Etats-Unis un pays socialiste, mais un pays placé économiquement sous le contrôle de bureaucraties fédérales, constitué d’entreprises « guidées » et mises sous tutelle, et d’une population ayant une dette ou une dépendance vis-à-vis du gouvernement fédéral. Avec, d’une part, une strate supérieure travaillant en coordination avec le gouvernement dans des secteurs tels que les énergies renouvelables, l’éducation ou la santé, et, d’autre part, une vaste couche inférieure d’assistés, maintenus dans la dépendance.
 
L’un des Etats des USA illustre ce qui en résulte : la Californie. L’Etat de Californie se trouve en faillite ; des villes de l’intérieur des terres telles Stockton ou San Bernardino déposent leur bilan et s’enfoncent vers une pauvreté endémique ; une région telle la Baie de San Francisco continue à s’enrichir grâce à des entreprises largement protégées ou aidées par le gouvernement fédéral. Un second mandat d’Obama permettrait à ce dernier de parachever la transformation radicale du pays.
 
Ceux qui souhaitent cette transformation radicale et qui trouvent que la Californie va bien ne doivent pas hésiter, les autres ont toutes les raisons de se montrer circonspects, et de prendre en compte un élément très simple : nous nous situons dans une économie planétarisée, et si l’économie américaine continue sur sa trajectoire du « changement radical », imaginer que cela n’implique aucun effet sur le reste du monde est absolument illusoire. 

 

Sur un plan extérieur, si l’on reste en surface, on peut avoir l’impression que l’administration Obama ne maîtrise rien, que les Etats-Unis s’affaiblissent et n’ont plus d’emprise dans la plupart des dossiers brûlants. Si on creuse un peu plus, on réalise que, comme l’a écrit voici quelques années Charles Krauthammer, « le déclin est un choix ».
 
Obama a souhaité un retrait des Etats-Unis des affaires du monde. Il a voulu un affaiblissement de la puissance américaine, et même davantage. Ses conseillers, ceux qui travaillent dans sa proximité immédiate, imaginent un monde post-américain, qui serait régi par des instances internationales telles les Nations Unies, et donc par des puissances autoritaires – Chine, Russie, Organisation de la Conférence Islamique. Ils songent aussi que le monde musulman se porterait mieux si les Etats-Unis et le monde occidental prêtaient davantage attention aux doléances des islamistes.
 
Tous les documents disponibles – et je les cite abondamment dans le livre – montrent qu’Obama a pris pour interlocuteur privilégié dans le monde sunnite la confrérie des Frères musulmans, qui est loin d’être une organisation modérée, et a considéré que l’Iran chiite pouvait avancer vers une hégémonie régionale, qu’équilibrerait un monde sunnite aux mains des Frères.
 
Cette politique a progressé, avec les succès que l’on sait, jusqu’à ces derniers mois. Elle est entrée en conflagration avec la guerre civile en Syrie : longtemps, Barack Obama s’est montré incapable de choisir entre un allié de l'Iran (Assad) et les Frères musulmans, et le résultat apparaît désormais aux yeux de tous. Cette politique a permis à l’Iran de continuer à avancer sans réelles difficultés vers l’arme nucléaire et a placé Israël face à des choix difficiles et âpres.

 

En ce qui concerne Israël, Obama en est devenu un ennemi. Le président américain est un adepte du plan de paix arabe, qui propose le retour aux « frontières de 1967 », donc à la ligne d’armistice de 1949, et la création d’un Etat palestinien dans l’ensemble des territoires de Judée-Samarie, avec Jérusalem-est pour capitale. Le seul point sur lequel il s’éloigne de ces positions est qu’il ne demande pas le retour de cinq ou six millions de réfugiés sur le territoire d’Israël réduit aux frontières de 1967.

 

Bien qu’il ait multiplié les pressions sur l’Etat hébreu, Obama n’a pas réussi à faire plier le gouvernement israélien. A l’occasion d’un éventuel second mandat, il est prévu qu’il redouble d’efforts pour parvenir à ses fins. Et j’explique dans mon ouvrage comment il envisage de s’y prendre.

 

Ceux qui regardent dans la même direction qu’Obama pensent qu’un monde régi par un cartel de gouvernements autoritaires et par les Nations Unies, et qu’un Moyen-Orient plus sûr pour l’islamisme et beaucoup moins pour Israël, constituerait un contexte idyllique. Les autres devraient se montrer plus prudents. 

 

LA SUPERCHERIE DE L’UNRWA
Nicolas Touboul
le CAPE de Jérusalem, 30 août 2012

 

Une nouvelle année scolaire commence dans les territoires palestiniens. L’UNRWA (office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) est né en 1949, au lendemain de la guerre d’indépendance, dans un cadre temporaire depuis régulièrement renouvelé, afin de gérer les camps de réfugiés palestiniens par l’organisation de services sociaux, à commencer par la santé et l’éducation. Cette dernière représente quelques 52% de son budget annuel de 1,2 milliard de dollars. Comme chaque année depuis sa création l’UNRWA dispensera donc dans les prochains mois ses services éducatifs à entre 25 et 30% des élèves palestiniens en écoles primaires et collèges, en plus de ses élèves en centres éducatifs supérieurs.  Au total, à travers le Moyen-Orient (Cisjordanie, bande de Gaza, Jordanie, Liban et Syrie), cet organe de l’ONU ne gère pas moins de 700 écoles où sont inscrits près de 487 000 élèves descendants de réfugiés palestiniens.  Un rôle énorme donc, mais qui n’est pas sans susciter d’importantes critiques quand au fonctionnement et au principe même de l’organisation.
 
Israël multiplie depuis plusieurs années déjà ses critiques à l’encontre de l’incitation à la haine figurant dans les manuels scolaires palestiniens, et l’UNRWA se retrouve donc sous le feu des projecteurs pour son utilisation des mêmes livres et des mêmes programmes que ceux en vigueur dans les écoles de l’Autorité palestinienne. Ceux-ci nient notamment la présence juive historique et actuelle dans la région, appellent à un retour sanglant dans la Palestine historique ou font l’apologie du martyre. Ce manque de prise de distance va de paire avec l’emploi par l’agence d’instituteurs locaux, à l’inverse des politiques en vigueur dans d’autres officines de l’ONU (UNESCO, Haut commissariat aux réfugiés…) qui considèrent qu’employer des bénéficiaires des services fournis par l’agence constitue un conflit d’intérêt. Ces locaux, qui représentent 99% du total des employés de l’UNRWA, renforcent cette tendance à la politisation de ses pratiques, notamment en matière d’éducation.
 
Pire, parmi ces employés figurent des membres de groupes islamistes radicaux, comme l’a reconnu lui-même l’ancien commissaire-général de l’organisation Peter Hansen. Un phénomène confirmé juin 2006, quand le Hamas a obtenu la majorité absolue au sein de l’union des travailleurs de l’UNRWA. En mai 2008 Awad al-Qiq est tué lors d’un frappe aérienne israélienne : l’homme, artificier du Jihad islamique, était également directeur d’une des écoles de l’UNRWA à Gaza. En août 2009, l’UNRWA persistait à nier que le mouvement de résistance islamique se servait de trois de ses nouvelles ambulances après même que ce dernier ait confirmé l’information. Par ailleurs, toujours à Gaza, le Hamas s’en est pris violemment à plusieurs reprises à l’organisme pour faire pression contre son utilisation des programmes de l’Autorité palestinienne dominée par le Fatah ou son manque d’éducation islamique aux yeux des radicaux.
 
Face à ces développements, il est étonnant que ni Israël ni les Etats-Unis n’aient demandé la mise en place d’un système d’audit et de suivi du fonctionnement de l’UNRWA afin de redresse ces défauts de fonctionnement structurels. Les deux pays se sont même opposés en janvier 2010 à la décision du gouvernement canadien de rediriger sa contribution annuelle sous forme d’aide directe à l’Autorité palestinienne pour plus de suivi et de responsabilité dans la gestion de cet argent.

De façon plus générale, l’UNRWA occupe une place unique dans la nébuleuse onusienne. Tout d’abord, les réfugiés palestiniens sont les seuls à ne pas être pris en charge par le Haut commissariat  des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Celui-ci était certes jusqu’en 1967 confiné à la prise en charge des déplacés européens, mais, plus intriguant, l’UNRWA pose des principes différents que le HCR. Ce dernier défini comme réfugiés les déplacés eux-mêmes et se donne pour mission de les intégrer dans leur société d’accueil. Sur ces deux éléments l’UNRWA a adopté des critères pour le moins absurdes.
 
Tout d’abord, ses critères d’éligibilité sont maximalistes. Son exigence de moins de deux ans de résidence en Palestine et le terme même de « réfugié de Palestine » plutôt que « réfugié palestinien » sont faits pour intégrer des travailleurs migrants originaires des régions voisines (de 16 à 25% du total selon Barry Rubin). Par ailleurs, la prise en compte de l’ensemble des descendants patrilinéaires explique la croissance exponentielle du nombre de personnes éligibles aux services de l’UNRWA, de moins de 700 000 en 1949 à plus de 5 000 000 à l’heure actuelle (dont 1,4 million vivent dans ses camps).
 
De plus, l’office a pour mission non pas la réinsertion des déplacés mais la gestion et l’entretien des camps. D’où la perpétuation d’un organisme censé être temporaire et dont la raison d’être est au final le maintien en situation de dépendance des personnes dont il a la charge. Pour cela, l’agence compte aujourd’hui quelques 25 000 employés, alors que l’ensemble des institutions internationales n’en comptent  que 63 450 (soit 39% du total)!
 
Malgré sa taille gigantesque, et du fait même de son mandat, l’UNRWA s’avère donc incapable de mettre un terme au problème des réfugiés palestiniens. Au-delà de son utilisation des manuels de l’Autorité palestinienne, en bloquant de fait la réinsertion dans les sociétés d’accueil, il implique que la seule solution soit la réalisation du « droit au retour » de ces réfugiés, comme le montre l’immense clé le symbolisant à l’entrée du camp UNRWA de Aida près de Bethléem. Par là, cette agence de l’ONU travaille au déni de l’existence d’un Etat-membre de la communauté internationale, contrairement aux règles régissant le fonctionnement de l’ONU. Au grand dam évidemment des autorités israéliennes, qui ont proposé à plusieurs reprises de prendre à leur charge la construction de résidences définitives en lieu et place de ces camps de réfugiés.
 
Quelles alternatives sont possibles à la situation actuelle ? En novembre 2010, John Ging, à la tête des opérations de l’UNRWA à Gaza, le reconnaissait : « nous ne devrions pas exister après tant d’années […] C’est le mandat qui nous a été donné. Je suis d’accord que cet un échec politique mais nous ne définissons pas le mandat, nous ne sommes responsables que de la mise en application. » Parmi les alternatives possibles, le transfert du traitement des réfugiés eux-mêmes au HCR, qui se chargerait notamment de coordonner la sortie de crise pour les palestiniens du Liban, fortement ostracisés par la population locale. L’UNRWA comme délivreur de services pourrait supprimer ses critères d’éligibilité actuels et s’adresser à l’ensemble de la population palestinienne comme suppléant à l’Autorité palestinienne avant d’être progressivement supplanté par cette dernière. Enfin, et c’est crucial, quelque soit son destinataire l’aide internationale devrait être conditionnée à des résultats concrets en terme d’amélioration des conditions de vie et à un suivi de l’utilisation des fonds pour s’assurer qu’ils ne soient pas détournés, que ce soit par corruption ou par récupération politique. Cela passe évidemment en premier lieu par exiger la fin de l’enseignement d’un « droit au retour » aussi chimérique que dangereux.