LE TANGO ISRAÉLO-RUSSE EN SYRIE

  

    

 

POURQUOI LA RUSSIE POURRAIT NE PAS RÉPONDRE

À LA FRAPPE PRÉSUMÉE EN SYRIE

Avi Issacharoff

Times of Israel, 8 sept., 2017

  

 

Comment Moscou va-t-il répondre à l’attaque israélienne présumée commise jeudi à l’encontre d’une usine du nord de la Syrie où le régime du président syrien Bashar Assad aurait stocké des armes chimiques et des missiles ?

 

Les analystes ont pris en compte les diverses réponses possibles à l’attaque menée contre la base de Masyaf, à proximité de Hama, qui a eu lieu tôt dans la matinée de jeudi. Beaucoup ont suggéré que la Russie ne pourrait pas ignorer l’attaque, qui s’est déroulée à environ 70 kilomètres de sa base aérienne de Khmeimim en Syrie.

 

Il semble toutefois que la Russie ait une bonne raison de détourner le regard de cette attaque, comme elle l’avait fait dans le passé.

 

Les Russes sont certainement enclins à maintenir leur contrôle sur Assad et à garantir sa victoire face aux forces de l’opposition, qu’elles soient laïques ou religieuses. Et pour cette raison, les Russes ont même fermé les yeux sur les attaques chimiques qu’il a perpétrées contre sa population.

 

Il est également important pour la Russie de rappeler sa supériorité dans la région. Les frappes attribuées à Israël si près de leurs propres positions représentent par conséquent un défi.

 

Toutefois, les Russes comprennent aussi qu’acheminer des armes non-conventionnelles dans la région ou toute arme qu’Israël pourrait considérer comme changeant la donne, pourrait avoir des conséquences opposées à celles qu’ils cherchent en Syrie.

Au lieu de stabilité, les Russes pourraient assister à une escalade, dans laquelle on verrait Israël affronter les Syriens et les Iraniens et déstabiliser davantage les éléments qui pénètrent dans la région.

Une autre explication possible de la raison pour laquelle la Russie pourrait préférer ignorer les attaques israéliennes réside dans le rapport publié mercredi par les Nations unies.

 

Les enquêteurs qui travaillent sur les crimes de guerre à l’ONU ont déclaré avoir la preuve que les forces du régime d’Assad étaient responsables d’une attaque chimique qui a tué des douzaines de personnes à Khan Sheikhoun au mois d’avril et qu’elles ont perpétré sept attaques similaires depuis la fin du mois de mars jusqu’à la fin juillet.

 

Ces attaques ont eu lieu malgré l’engagement du régime auprès de Moscou au mois de septembre 2013 de détruire tous les stocks d’armes chimiques, dans le cadre d’un accord plus large passé avec les Etats-Unis et la communauté internationale.

 

Il est possible que les Syriens, en utilisant des attaques chimiques, n’aient pas seulement trompé le reste du monde mais bien aussi les Russes.

 

Plus d’une fois et dans un passé encore pas si éloigné, Moscou a montré qu’elle n’avait pas l’intention de mettre un terme aux attaques israéliennes contre les armes non-conventionnelles ou à l’encontre des initiatives qui pourraient changer la donne. Peut-être que cette fois-ci, aussi, la Russie maintiendra sa politique d’ambivalence.

 

Même si Israël n’a pas confirmé son rôle dans l’attaque de jeudi, la frappe a toutefois été largement attribuée à l’État juif, avec la conviction parmi les analystes que l’usine d’armement syrienne avait été utilisée pour violer les lignes rouges établies par Israël.

 

Ce qui est différent des précédentes attaques

 

Israël a mené, au cours des dernières années, des dizaines de raids contre des cibles en Syrie.

 

En août, un ancien commandant de l’armée de l’air israélienne a révélé avoir ordonné des dizaines de raids aériens contre des convois d’armes destinés au Hezbollah au cours des cinq dernières années. Les remarques du général Amir Eshel ont révélé pour la première fois l’ampleur des frappes, qui ne sont généralement ni confirmées ni réfutées par l’armée de l’air.

 

Cependant, l’attaque de jeudi était différente.

 

Cette fois, la cible était considérée comme plus précieuse et l’opération comme plus dangereuse.

Tout d’abord, en raison de son emplacement : Hama, dans le nord de Damas, est situé dans les profondeurs du territoire syrien et non loin des positions militaires russes.

 

Deuxièmement, le calendrier : à mesure que la guerre civile syrienne s’essouffle, il devient impossible pour Israël d’essayer de placer le blâme pour de telles attaques sur les groupes de l’opposition. De plus, l’attaque a eu lieu un jour après le dixième anniversaire de l’attaque (supposément) israélienne qui a servi à détruire le réacteur nucléaire Dir a-Zur en Syrie.

 

Troisièmement, la cible : il s’agissait d’une installation du Centre d’études et de recherches scientifiques de Syrie (CERS), qui est une couverture pour la fabrication d’armes secrètes, à la fois chimiques et non chimiques, ainsi que des roquettes et des missiles.

 

Une attaque sur ce type d’installation, – à ce moment-là et à cet endroit, – envoie un message clair à la Russie, l’Iran et bien sûr au régime syrien sur l’intention israélienne : lorsque les lignes rouges d’Israël — comme la construction de roquettes de précision, ou des installations iraniennes comme une base aérienne ou un port — sont franchies, et bien alors à ce moment-là, l’État juif agira.

 

Cette attaque n’incitera peut-être pas les Russes à mettre fin aux efforts iraniens d’expansion en Syrie. Cependant, cela pourrait simplement amener Téhéran à reconsidérer ses plans ambitieux.

 

Si cela n’est pas le cas, tout cela pourrait se terminer par une confrontation sanglanteentre Israël, la Syrie et l’allié d’Assad, l’Iran.

 

 

 

 

HERZL HALEVI : L’ARMÉE ISRAÉLIENNE COMBAT SES

ENNEMIS « PROCHES ET ÉLOIGNÉS »

Tamar Pileggi

Times of Israel, 8 sept., 2017

 

 

 

Suite aux informations concernant une frappe aérienne présumée sur une usine d’armes au sud de la Syrie, le chef du renseignement militaire, le major de division Herzl Halevi a averti jeudi qu’Israël travaillait avec acharnement pour combattre ses ennemis « proches et éloignés ».

 

« Nous faisons face à ces menaces, de près et de loin, avec détermination et nos ennemis, où qu’ils soient, connaissent bien l’association de (nos) renseignements précis et de nos capacités opérationnelles », a-t-il déclaré lors d’un évènement à la mémoire de l’ancien président Chaim Herzog à Tel Aviv.

 

« Les sévères menaces contre la sécurité d’Israël provenant de la part de groupes armées, sont soutenues par l’Iran. Elles sont sérieuses mais ne sont pas des menaces existentielles », a déclaré Halevi. « L’Iran travaille à se positionner sur nos frontières avec la Syrie, le Liban et Gaza, inondant ces frontières avec une idéologie meurtrière.

 

Jeudi matin, à l’aube, l’armée syrienne a confirmé qu’un avion a bombardé un site militaire près de Masyaf, où le régime aurait conservé ses réserves d’armes chimiques et de missiles. Dans un communiqué, l’armée a souligné que la frappe aérienne, qui a fait deux morts, a été réalisée par des avions israéliens, et a prévenu que cette frappe pourrait avoir « des répercussions dangereuses ».

 

L’armée israélienne n’a pas réagi à ces communiqués, mais le ministre de la Défense Avigdor Liberman a indiqué jeudi que l’armée israélienne ferait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher l’Iran d’établir un couloir terrestre contrôle par les chiites, qui s’étendrait de Téhéran à Damas. « Nous ne cherchons pas l’aventure, et nous ne voulons pas être entraînés dans un quelconque conflit », a déclaré Liberman à la radio Radius 100FM.

 

« Nous sommes prêts et déterminés à nous défendre et à garantir la sécurité des citoyens israéliens », a-t-il ajouté, indiquant que l’armée de l’air continuera à frapper des cibles militaires du Hezbollah soutenues par l’Iran, tant qu’elle le juge nécessaire. « Nous ferons ce qu’il faut pour empêcher la création d’un couloir chiite de l’Iran à Damas. »

 

Gadi Eizenkot, chef d’état-major de l’armée israélienne a fait allusion jeudi aux actions militaires israéliennes dans la région, qui sont destinées à empêcher l’Iran de créer un point d’ancrage le long de la frontière nord.

 

« Nous travaillons pour renforcer nos capacités militaires, et améliorer notre stratégie de dissuasion existante », a-t-il dit, lors d’une cérémonie commémorative pour les membres de la brigade Givat tués. « Parallèlement, nous cherchons à contrecarrer, avec responsabilité et détermination, toutes les menaces à notre sécurité et à notre prospérité. »

 

En Allemagne, le président Reuven Rivlin a également averti que l’ancrage de l’Iran en Syrie et son soutien au groupe terroriste libanais Hezbollah, pourrait « plonger l’ensemble de la région dans une guerre » qui menacerait Israël

 

Depuis des années, Israël aurait mené des frappes aériennes sur des installations d’armement en Syrie, notamment des missiles anti-aériens fabriqués en Russie et des missiles iraniens, ainsi que des positions du Hezbollah, mais ne confirme généralement pas ces attaques.

 

En août, un ancien commandant de l’aviation israélienne a déclaré que cette dernière avait mené des dizaines de frappes aériennes sur des convois d’armement destiné au Hezbollah, au cours des 5 dernières années. Ces propos, tenus par le major de division Amir Eshel a révelé, pour la première fois, l’ampleur de ces frappes, que l’armée de l’air israélienne ne confirme ni n’infirme.

 

La frappe israélienne contre la Syrie la plus connue a eu lieu il y a précisément 10 ans, le 6 septembre 2007, quand un avion de l’armée de l’air israélienne a bombardé un réacteur nucléaire à Deir Ezzor.

 

Israël a globalement gardé ses distances avec son voisin syrien, mais a toujours dit qu’il prendra mesures pour empêcher le Hezbollah d’acquérir des armes sophistiquées.

 

En mai, Liberman a déclaré que l’armée israélienne ne frappe la Syrie que pour 3 raisons : quand Israël est attaqué ; pour empêcher le transfert d’armes ; et pour esquiver une « bombe à retardement », c’est-à-dire, pour contrecarrer une attaque terroriste en Israël par le groupe sur ses frontières.

 

De son côté, le Hezbollah a tiré plus de 4 000 roquettes sur des communautés israéliennes durant la dernière guerre avec Israël en 2006. Depuis mardi, des dizaines de milliers de soldats israéliens s’entraînent dans le cadre d’un exercice de simulation d’une guerre de 10 jours contre le Hezbollah, dans le nord d’Israël, l’exercice le plus important organisé par l’armée israélienne en 20 ans, annoncé lundi par l’armée, dans un contexte particulièrement tendu du à l’influence grandissante de l’Iran sur la Syrie et le Liban.

 

 

 

LA RUSSIE ET ISRAËL. PREMIÈRE PARTIE :

LE CONFLIT SYRIEN ET SES PROLONGEMENTS RÉGIONAUX

Matthieu Saab

Les cles du moyen orient, 29 nov.2016

 

 

 

Cette suprématie qui a existé durant de longues décennies et qui a assuré la sécurité des frontières israéliennes et de l’Etat d’Israël dans son ensemble contre les armées arabes pourrait cependant être remise en cause avec l’arrivée de l’armée russe en septembre 2015. En effet, les Russes contrôlent, grâce à leur quartier général à Tartous en Syrie et à leurs navires stationnés en Méditerranée, le déplacement de tous les avions de chasse israéliens. Le 17 octobre 2016, le Washington Post a publié une carte qui reflète l’installation de missiles russes au Proche-Orient (1). Cette carte montre que l’est du bassin méditerranéen (de la Turquie au Nord, à la Syrie et au Liban à l’Est et à Israël au Sud) est à la portée des missiles russes stationnés en Méditerranée. Le contrôle aérien russe s’étend à une large partie de la Syrie, de l’Irak, de la Jordanie, du Liban, de la Turquie et bien sûr d’Israël. Les systèmes russes S-300 et S-400 renforcés par des missiles anti-aériens installés sur des navires russes stationnés dans le port de Tartous ont un rayon d’activité qui couvre le Liban, la plus grande partie de la Turquie et de la Jordanie, l’est de la Méditerranée au-delà de Chypre, une petite partie de l’Irak et la quasi totalité du territoire israélien jusqu’au nord du désert du Néguev (2). A signaler que, d’après un expert israélien, Alex Tenzer, le renforcement des forces russes en Syrie et plus particulièrement l’installation des systèmes S-300 et S-400 répond à la nécessité pour les Russes de s’opposer aux Américains plus qu’aux Israéliens (3). Enfin, les radars russes contrôlent le déplacement de tous les avions de chasse israéliens à l’exception de ceux qui décollent de la base aérienne de Uvda située prêt de la ville d’Eilat.

 

Quels sont les intérêts convergents et divergents de la Russie et d’Israël dans la région ? La coordination militaire et politique entre les armées russe et israélienne est-elle suffisante pour éviter les conflits à l’avenir ? Quels sont les intérêts économiques des deux pays dans la région ? Comment Israël et la Russie vont-ils s’opposer à l’Etat islamique, leur ennemi commun ? Quelles sont les conséquences de la remise en cause de la suprématie américaine dans la région ? Enfin, quelle sera la réaction de la Russie en cas de conflit ouvert entre le Hezbollah et Israël ?

Intérêts convergents et divergents de la Russie et d’Israël dans la région

 

La Russie et Israël ont mis fin à leurs relations diplomatiques à l’issue de la guerre des 6 jours en juin 1967 suite à la défaite des armées arabes contre Tsahal, l’armée israélienne. Ces relations ont été rétablies depuis 1991, il y a vingt-cinq ans. A l’occasion de ce vingt-cinquième anniversaire, en 2016, le Président Poutine a évoqué un partenariat constructif avec Israël et des relations entre les deux Etats ayant atteint un niveau remarquable (4).

 

Israël a accueilli un million d’immigrants venus de l’ex-Union soviétique, entre 1989 et 1993, ce qui a amélioré les relations entre la Russie et Israël. Le russe est la troisième langue la plus pratiquée en Israël après l’hébreu et l’anglais. Les relations économiques entre les deux pays représentaient un peu plus de 3 milliards de dollars en 2015 et les relations militaires ont elles aussi progressé : en 2015, Israël aurait vendu des drones à la Russie malgré les relations militaires et politiques de ce pays avec l’Iran.

 

Au début de la guerre en Syrie en 2011, les Israéliens voient d’un bon œil le renversement du président Assad. Puis, l’émergence et la consolidation de l’Etat islamique leur imposent de s’aligner sur les Russes qui considèrent que le régime actuel en Syrie est préférable au régime totalitaire islamique. Cette situation impose aux Israéliens d’accepter la présence du Hezbollah et des Iraniens en Syrie. Mais, d’après Benyamin Netanyahou, cette présence est d’autant plus dangereuse que l’Iran pourrait transférer des armes nucléaires au Hezbollah (5).

 

Israël est ainsi face à un dilemme. D’une part, l’Etat hébreu souhaite améliorer ses relations avec la Turquie et d’autre part, Israël veut convaincre les Russes de se désengager auprès des Iraniens et du Hezbollah. Dans les conditions actuelles, le président Poutine est plus important pour les Israéliens que le président turc Erdogan et l’alliance militaire israélo-turque ne sera pas renouvelée tant que Erdogan sera au pouvoir.

 

En ce qui concerne le conflit syrien, les intérêts d’Israël nécessitent un renforcement de sa frontière Nord afin d’éviter les attaques du Hezbollah. Les Israéliens sont également concernés par les revendications syriennes sur le Golan et surtout par le développement des milices et des armées qui soutiennent le régime syrien. Il s’agit notamment de l’Armée Arabe Syrienne (AAS), de l’armée de Défense Nationale (ADN) qui constitue une armée supplétive pro-Assad, des « Brigades du Baas », des tribus sunnites des Chouheitat et des Bou Saraya dans la ville de Deir Ezzor, des « Aigles du Désert » dans le désert de Homs et enfin, des « Kadesh » directement rattachés à l’état-major de la Garde Républicaine, l’unité d’élite de l’armée syrienne (6). Moins connus, on trouve également les « Fatimides afghans », qui regroupent la minorité chiite afghane des Hazaras, l’Armée de Libération Palestinienne (APL), le Front Populaire de Libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG) et enfin la milice qui relève du Parti Syrien National Social (PSNS), formation libanaise implantée en Syrie (7).

 

Enfin, les Israéliens craignent un conflit généralisé avec l’Iran. Dans ce contexte, la présence des Russes en Syrie ne s’oppose pas aux intérêts des Israéliens, car elle permet de contenir les dangers auxquels doit faire face l’Etat hébreu (8). L’objectif actuel des Israéliens en Syrie est de contenir les alliés de Téhéran, y compris Bachar al-Assad et le Hezbollah. Afin de contrôler toute livraison d’armes au Hezbollah, l’aide de la Russie est indispensable. Ainsi, lorsque la Russie renforça le gouvernement syrien de Bachar al-Assad en 2014, Israël constata que le Hezbollah avait reçu des missiles sol-sol et Jérusalem demanda à Moscou de stopper ces livraisons d’armes (9).

 

Netanyahou souhaite en effet que la Russie s’oppose à toute livraison d’armes au Hezbollah. Or, Moscou refuse de reconnaître que la Russie livre directement des armes au Hezbollah. En attendant, Israël estime d’une part, que la présence russe en Syrie permet de restreindre l’influence de l’Iran et, d’autre part, que cette présence permet à Israël d’avoir un partenaire stratégique dans la guerre contre l’Etat islamique (10).

 

La coopération militaire entre Moscou et Tel-Aviv s’est développée depuis l’arrivée des Russes dans la région. Moscou estime qu’Israël a un rôle central dans le développement de sa politique au Proche-Orient, cependant les Russes sont conscients qu’un partenariat total et global avec Israël comporterait des lacunes (11) notamment en raison de l’opposition des Etats arabes toujours alliés de Washington.

 

Poutine et Netanyahou se sont rencontrés le 21 avril 2016 et ont discuté de la position russe sur le Golan. En effet, l’opposition au président Assad en Syrie souhaite demander à Washington de faire pression sur Tel-Aviv afin de restituer le Golan à la Syrie. Ce territoire est occupé par les Israéliens depuis juin 1967 et ils l’ont unilatéralement annexé en 1981. Netanyahou sait que si la communauté internationale reconnaît que le Golan est un territoire syrien, Israël devrait se retirer ou bien, il serait identifié comme un acteur de la guerre en Syrie. Ce qui n’est pas dans l’intérêt du Premier ministre israélien.

 

Coordination militaire et politique entre les armées russes et israéliennes

 

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, Israël poursuit deux objectifs : d’une part, empêcher que les armes et les munitions envoyées par l’Iran au Hezbollah ne parviennent à leurs destinataires et d’autre part, empêcher l’élargissement des opérations militaires au Golan ou à toute autre partie d’Israël (12). En attendant, Israël riposte à toute agression militaire à la frontière syrienne.

 

Actuellement, le principal souci des Israéliens est la présence de multiples acteurs régionaux et internationaux qui soutiennent l’Etat islamique et qui ne sont pas toujours clairement identifiés sur le champ de bataille, ce qui restreint les capacités militaires d’Israël. Il s’agit notamment de l’armée de Khalid ibn al-Walid, de la Brigade des Martyrs du Yarmouk, du Mouvement Islamique Muthanna, de Jammat Bayt al-Maqdis al-Islamiya et de Jaysh al-Jihad. Cependant, la coordination entre les Russes et les Israéliens est totale sur le terrain empêchant ainsi par exemple Tsahal de s’attaquer aux avions de chasse russes qui s’aventurent dans l’espace aérien israélien. Ainsi, Avigdor Liberman, membre de la Knesset, ayant une expertise reconnue pour gérer les relations avec la Russie, a précisé qu’il y a une coordination totale en temps réel avec les Russes afin d’éviter un incident similaire à celui qui s’est produit entre les Russes et les Turcs en novembre 2015 (13). Les entretiens entre Russes et Israéliens, et particulièrement entre Poutine et Netanyahou, ont permis à l’Etat d’Israël de préciser que toute livraison d’armes qui pourrait faire pencher le rapport des forces en faveur de la Syrie et du Hezbollah serait considérée comme un casus belli.

 

Normalement, la Russie doit livrer à l’Iran des systèmes S-300. Cependant, le 5 mars 2016, d’après le journal koweitien al-Jarida, Poutine a stoppé le transfert de ces missiles car l’Iran a violé un accord passé avec la Russie qui lui impose de ne pas transférer des armes au Hezbollah. En fait, et toujours d’après le journal koweitien al-Jarida, l’Iran a transféré au Hezbollah des missiles sol-air SA-17 et SA-22 (14). Or, ces missiles ont été produits par les Russes qui les ont envoyé aux Iraniens, qui les ont transféré au Hezbollah, et ce dernier pourrait les utiliser dans sa lutte contre l’Etat hébreu… La Russie comprend le danger de cette situation pour les Israéliens, raison pour laquelle elle a stoppé cette livraison d’armes à Téhéran (15). En attendant, et d’après les Israéliens, les Russes sont conscients des dégâts occasionnés par l’« axe du mal » et n’ont pas l’intention de permettre à l’Iran de diriger la Syrie.

 

Le développement de la puissance russe en Syrie décourage Bachar al-Assad d’entreprendre une aventure hasardeuse contre l’Etat d’Israël. Ce qui dans les circonstances actuelles représente une sérieuse garantie pour les Israéliens. En 2016, le Premier ministre israélien s’est rendu deux fois en Russie et a reçu les assurances de Poutine quant à la sécurité des frontières israéliennes qui seront protégées grâce à la présence russe dans la région. Il est plus ou moins établi que ces garanties accordées par le président Poutine ne pourraient plus être données par les Américains. Dans ces conditions, et pour garantir les frontières israéliennes, Jérusalem et Moscou coordonnent leurs activités en Syrie, et plus spécialement, la collecte des renseignements, dont Moscou a un urgent besoin, afin de confirmer ou d’infirmer les informations qui lui sont transmises par le Centre de Coordination de Bagdad de la coalition créée en 2015 pour défaire les djihadistes de l’Etat islamique et basée sur l’alliance de la Russie, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie (16). Il faut signaler qu’au début de l’intervention russe, les informations qui leur étaient transmises par Damas et Téhéran n’étaient pas fiables.

 

Intérêts économiques des Russes et des Israéliens dans la région

 

Malgré l’animosité qui entoure les relations entre Israël et la Turquie, Netanyahou et Erdogan pourraient se retrouver sur la question énergétique, par la même plateforme gazière. D’après des experts, les tensions entre les Russes et les Turcs pourraient faire avorter le projet de construction d’un gazoduc que la Russie voudrait faire passer par la Turquie. Les Turcs, de leur côté ont manifesté leur intérêt pour être fournis en gaz naturel israélien extraits des champs israéliens de Tamar et de Léviathan. Dans ces conditions, un grand projet de construction d’un gazoduc israélien en coopération avec Chypre et la Grèce, permettrait d’envoyer le gaz vers un terminal en Turquie d’où il serait exporté vers l’Europe. Netanyahou a rencontré en novembre 2015 le Premier ministre grec Alexis Tsipras afin de discuter de ce projet qui, s’il se développe, remettra en cause les intérêts économiques et stratégiques des pays de la région (17). En attendant, les dirigeants de l’armée israélienne considèrent avec consternation la situation sur le terrain. En effet, Israël a jusqu’ici mis l’accent sur l’« axe du mal » chiite-alaouite et sur le développement du terrorisme sunnite dans la région. A présent, un nouvel équilibre des pouvoirs économique et stratégique se met en place sans que ses implications ne soient clairement identifiées (18).

 

Toujours au niveau économique, les sanctions américaines et européennes imposées aux Russes suite à la crise ukrainienne ont poussé Israël à augmenter ses importations provenant de la Russie. Ces importations concernent pour le moment du pétrole, du gaz naturel, de l’acier et du bois. Israël veut signer un accord de libre-échange avec la Russie et intégrer l’Union Economique Eurasienne créé le 1er janvier 2015 et qui regroupe la Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kyrgyzistan (19).

 

 

 

Actualité 

 

 

 

 

"LE FATAH A ENCORE CÉLÉBRÉ L'AN

DERNIER LE MASSACRE DES SPORTIFS" (RIVLIN)

I24, 6 sept., 2017

 

 

Le président israélien Reuven Rivlin, a rendu hommage mercredi aux onze membres de la délégation olympique israélienne tués par des terroristes palestiniens lors des Jeux de 1972 à Munich. "Nous marchons ici et nos morts nous accompagnent", a déclaré le président israélien, venu en Allemagne pour l'inauguration d'un mémorial dédié aux victimes. "Nous sommes là pour refermer un cercle qui jamais, jamais ne se refermera vraiment", a-t-il ajouté.

 

Le chef d'Etat israélien est revenu sur le déroulé des événements tragiques et leurs conséquences, 45 ans après. "Le drapeau olympique a été taché de sang, les anneaux olympiques ont été brisés. Les Jeux olympiques de Munich sont devenus les JO du sang", a-t-il déclaré, déplorant la décision du directeur du Comité olympique d'alors, de poursuivre les Jeux.

 

"Israël et Allemagne doivent avoir une alliance morale pour combattre le terrorisme", a-t-il encore dit, avant de dénoncer "le terrorisme international", qui continue à menacer et toucher des citoyens innocents.

 

"Il y en a encore qui considère le massacre des sportifs comme un acte d’héroïsme. Ce n’est que l’an dernier que le mouvement du Fatah a célébré, commémoré le massacre des sportifs comme un événement héroïque", a-t-il déploré.

 

Situé sur une place de 500 mètres carré entourée de tilleuls, le mémorial accueille en son centre une colonne triangulaire qui affiche un portrait et une biographie de chaque victime. Un écran diffusera en boucle un film de 27 minutes retraçant les événements tragiques.

 

Onze membres de l'équipe olympique israélienne et un policier allemand ont été tués lors du massacre de Munich les 5 et 6 septembre 1972. Cinq des huit terroristes ont été tués, les trois autres capturés.

 

 

 

 

LA FAMILLE PINTO RACONTE SON CALVAIRE: «NOUS SAVONS QUE LES JUIFS ONT BEAUCOUP D'ARGENT. SI VOUS NE NOUS DONNEZ PAS CE QU'ON VOUS DEMANDE, ON VOUS TUE »

Noémie Halioua

Actualité juive, 11 sept., 2017

 

 

 

 

C’était en pleine nuit, la famille est chez elle, dans son pavillon situé à Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis. Trois individus s’introduisent par effraction et coupent l’électricité. Ils s’en prennent d’abord au fils du couple du septuagénaire, David, qui sera la première des victimes. Puis au petit matin, ils s’en prennent à la maîtresse de maison. «J'ai d'abord été attrapée puis bâillonnée et comme je me débattais, le premier homme m'a jetée par terre, explique Mireille Pinto, âgée de 72 ans, à RTL. « ll m'a frappée. J'ai vraiment cru qu'il voulait me violer. Le deuxième m'a donné des coups de pied. Et après, il y a tout un déroulé d'événements qui a duré très très longtemps. Pour nous, c'était vraiment une éternité. C'était un événement très traumatisant».

 

Ils s’en prennent ensuite à son mari Roger Pinto, 78 ans, président de l'association «de défense du peuple juif et de l'État d'Israël». «On m'a donné un coup sur la tête. Je suis tombé et ils sont restés pendant une dizaine de minutes à me taper dessus. J'ai perdu connaissance. Quelques instants après, je me suis réveillé et ils ont commencé par nous dire: “Vous êtes Juifs, nous savons que les Juifs ont beaucoup d'argent et vous allez nous donner ce que vous avez. Si vous ne nous donnez pas ce qu'on vous demande, on vous tue”», raconte-t-il.

 

M. Pinto continue : «Les trois hommes avaient un tournevis et un couteau à la main dont ils nous menaçaient en permanence. Ils nous menaçaient de nous tuer avec. Et ça, c'était insupportable. Ces voyous ont pris nos cartes bleues, ont pris tous les biens que nous avions, les bijoux de mon épouse. Quand nous avons pris conscience qu'ils étaient partis, nous avons téléphoné à la police. Et aujourd'hui, nous sommes dans une situation non seulement de fatigue, mais aussi d'angoisse. Nous sommes complètement bouleversés».

 

Un acte lâche

 

 La famille a été séquestrée et ligotée plusieurs heures et les trois agresseurs sont partis avec bijoux, argent en espèces et les cartes de crédit de la famille, estimés à quelques milliers d’euros. Le couple traumatisé par le choc de l’agression et les menaces au couteau et au tournevis, a été hospitalisé. Une enquête a été ouverte pour séquestration, vol et extorsion en réunion avec violences et en raison de la religion des victimes. Les trois agresseurs sont toujours actuellement en fuite.

 

Les autorités n’ont pas tardé à réagir. Dans la journée de dimanche, Place Beauvau s’est exprimé sur cette agression. «Selon les premiers éléments, la motivation de cet acte lâche semble directement liée à la religion des victimes», a dénoncé le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, dans un communiqué. «Tout sera mis en œuvre pour identifier et interpeler les auteurs de cette odieuse agression», a-t-il ajouté, apportant son «profond soutien à la famille et aux responsables des institutions juives de France».

 

 Dans un communiqué, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a condamné avec force une "agression très violente et antisémite". Pour le Président du Crif, Francis Kalifat, "cet acte odieux est bien la preuve si besoin en est, que les Juifs de France sont particulièrement menacés dans la rue et depuis quelque temps au sein même de leur domicile ce qui est encore plus inquiétant". "Après le meurtre atroce de Sarah Halimi chez elle cette nouvelle agression doit conduire les autorités de notre pays à une vigilance renforcée et à des sanctions exemplaires et dissuasives", plaide-t-il.

 

 

 

 

 

ISRAËL SOUTIENT L'ÉTABLISSEMENT D'UN KURDISTAN INDÉPENDANT

I24, 13 sept., 2017

 

 

 

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a annoncé mardi le soutien de son pays à la création d'un État pour les Kurdes, devenant ainsi le premier dirigeant à défendre le processus "légitime" pour l'indépendance du Kurdistan.

 

"Bien qu'Israël rejette le terrorisme sous quelque forme que ce soit, il soutient les efforts légitimes du peuple kurde à la création d’un Etat", a-t-il déclaré dans un communiqué. Netanyahou a cependant précisé qu'il ne faisait pas allusion aux efforts du PKK pour établir un Etat en Turquie. "Israël rejette le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] et considère qu'il s'agit d'une organisation terroriste, contrairement à la Turquie, qui soutient l'organisation terroriste Hamas", a-t-il ajouté.

 

Les commentaires de Netanyahou interviennent au lendemain du soutien exprimé par sa ministre de la Justice, Ayelet Shaked, pour l'indépendance de la région du Kurdistan. "Israël et les pays de l'Ouest s'intéressent beaucoup à l'établissement de l'Etat du Kurdistan", a déclaré Shaked. "Je pense que le temps est venu pour les États-Unis de soutenir ce processus".

 

Jeudi, l'ancien chef adjoint des Forces de défense israéliennes, le général de division Yair Golan, a affirmé qu’une "entité kurde unifiée" dans la région n'est pas une mauvaise chose et que pour sa part, contrairement au chef d’Etat hébreu, il ne considère pas le PKK comme une organisation "terroriste".

 

"De mon point de vue, le PKK n'est pas une organisation terroriste, c'est ainsi que je le vois", a déclaré M. Golan. "Lorsque vous regardez l'Iran, lorsque vous regardez l'instabilité dans la région, une entité kurde stable et unifiée au milieu de ce marais, n'est pas une mauvaise idée".

 

Le Parlement fédéral irakien a annoncé mardi 12 septembre avoir voté contre la tenue du référendum sur l’indépendance prévu le 25 septembre au Kurdistan irakien. Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, avait annoncé le 7 juin la tenue d’un référendum d'autodétermination, le 25 septembre. Autonome depuis 1991, la province aspire à l'indépendance depuis des dizaines d’années.

 

Mais Bagdad et le Premier ministre Haïder Al-Abadi n'ont cessé de répéter au cours des derniers mois que cette consultation était contraire à la Constitution. Ce référendum, même non contraignant, avait aussi suscité une levée de boucliers de Washington, de capitales européennes et surtout de la Turquie et de l’Iran voisins, qui craignent qu’un tel processus attise les appétits séparatistes de leurs propres minorités kurdes.

 

Les autorités du Kurdistan irakien assurent régulièrement n'avoir "pas d'autre choix" que de lancer cette consultation pour garantir les droits des Kurdes, durement réprimés par le régime de Saddam Hussein, déchu en 2003 lors de l'invasion américaine de l’Irak.

 

 

Nous vous souhaitons Shabat Shalom!

 

 

 

 

 

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