L’IDÉAL-TYPE DU JOURNALISTE BIEN-PENSANT: DE GAUCHE ET ANTISIONISTE

GOLDNADEL : «CE QUE L’ON N’A PAS DIT SUR LES MORTS À GAZA»

Le Figaro, 3 avril, 2018

 

«La Shoah des Palestiniens», tel était le titre plein de nuances d’un article publié dimanche sur le site de Médiapart, pour évoquer les 17 Palestiniens tués par l’armée israélienne vendredi dernier.*

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On peut cependant considérer, au-delà de l’événement à commenter, que ce titre d’un blog est également en parfaite cohérence avec la pensée du fondateur du site, Edwy Plenel, qui aura passé une bonne partie de sa longue carrière à tenter de persuader son lectorat nombreux que les musulmans étaient les nouveaux juifs souffrants. Quand bien même certains des premiers s’acharnent à faire souffrir les seconds. Y compris en France, la semaine dernière, à l’égard d’une survivante de cette Shoah qui tourmente tant M. Plenel qu’il la voit partout, sauf là où elle se trouve.

Toujours est-il que la Shoah rend fou, et entraîne aussi dans la démence la question israélo-palestinienne, parce qu’elle touche mortellement à la question juive.

C’est dans ce cadre littéralement hystérique et irrationnel que nous devons appréhender, dans toutes les acceptions du terme, les récents événements de Gaza.

Comme si cela ne suffisait pas, il s’agit d’une histoire de foule, et dans foule, il y a fou.

Et je prétends, à longueur d’articles, que le monde médiatique électronique se conduit désormais comme une foule hystérique.

Trois jours cependant après les faits sanglants et leurs commentaires meurtriers, il est désormais temps de pouvoir se livrer à une autopsie sommaire d’un mensonge planétaire.

La Shoah rend fou, et entraîne aussi dans la démence la question israélo-palestinienne, parce qu’elle touche mortellement à la question juive.

D’abord le mensonge. Certains médias ont accueilli, davantage sans doute par réflexe pavlovien que par réflexion malintentionnée, le récit arabe palestinien. C’est ainsi, par exemple, que dès le samedi matin, la correspondante de France Inter prétendait que la marche de Gazaouis décidés à franchir la frontière avec Israël pour faire valoir leur droit au retour émanait de «la société civile»…

De la même manière, le nombre des blessés (plus d’un millier) jeté en pâture par les autorités de Gaza était reproduit sans la moindre distance.

Si mensonge il n’y avait pas, il conviendrait effectivement de s’interroger sur le comportement de l’armée israélienne et de se demander sérieusement si ses soldats n’auraient pas eu «la gâchette trop facile», nonobstant le fait que Tsahal avait averti à l’avance qu’elle ne tolérerait pas le franchissement d’une frontière indiscutable depuis que le pays a décidé de se retirer unilatéralement de Gaza, avec les effets que l’on sait sur le comportement du nouvel occupant islamiste.

Mais s’interroger sur la légitimité d’une frontière et le droit de la défendre est une question cruellement ingrate dans un environnement européen délétère où la notion de frontière et de droits nationaux touche à l’obscénité, du moins lorsqu’il s’agit d’un peuple occidental.

On observera en effet que lorsqu’il s’agit d’une population orientale, l’esprit occidental gauchisé par le temps se fait bien moins critique. C’est ainsi par exemple que chaque centimètre carré du territoire palestinien est mesuré, et que dans le cadre d’un État arabe de Palestine à créer, les mêmes qui poussent des cris d’orfraie à l’idée qu’un clandestin afghan soit expulsé du territoire français ne voient pas d’inconvénient majeur à voir chasser les «colons» juifs… de Judée.

Pas davantage, la revendication d’un droit au retour des descendants de ceux qui furent chassés ou qui préférèrent fuir en 1948, le temps que les armées arabes liquident la population juive, qui signifie la mort de l’État hébreu, ne semble inquiéter nos humanistes en chambre.

Mais déconstruisons à présent le mensonge, en l’espèce éhonté. L’article équilibré de Marc Henry dans Le Figaro y contribue factuellement.

L’idée qu’il existe une société civile à Gaza pouvant organiser de son plein gré quelque chose relève de la plaisanterie morbide. Gaza vit sous la dictature du Hamas islamiste, qui décide de tout, y compris de la vie et de la mort. La fameuse marche était soutenue et encadrée par lui.

Parmi les 17 morts, 11 faisaient partie des groupes armés du Hamas et du Jihad islamique, organisations considérées comme terroristes par l’Europe et les États-Unis, et dont on peut deviner les intentions pacifiques lorsqu’il se trouve à l’intérieur d’une foule qui a la prétention d’approcher ses ennemis jurés. Les autorités israéliennes ont publié les photographies de ces individus.

L’un des corps est conservé par l’armée qui refuse sa restitution, dans l’espoir de pouvoir l’échanger avec les dépouilles de soldats israéliens que le Hamas détient et souhaite troquer contre des détenus condamnés pour terrorisme.

Quant au millier de blessés, les autorités israéliennes les chiffrent en douzaine. On excusera mon insigne faiblesse de croire d’avantage un régime démocratique, même imparfait, soumis à la vigilance d’une presse acerbe, que les affirmations d’une dictature fanatique pourtant prises avec empressement pour argent comptant.

Le journal d’opposition post-sioniste Haaretz, très apprécié des contempteurs d’Israël , n’infirme pas ce qui précède, même s’il n’exclut pas d’inévitables bavures dans le chaud de l’affrontement.

Il est vrai qu’il n’y avait pas que des combattants parmi la foule. Il y avait aussi des civils, très jeunes. Comme tout mouvement terroriste qui se respecte, le Hamas se fait un devoir d’utiliser des boucliers humains. Lorsque le bouclier a dix ans, c’est bien. Lorsqu’il a dix mois, c’est mieux.

Curieusement, les mots «bouclier humain», qui existent lorsqu’il s’agit de la Syrie , n’existent pas dans le champ lexical journalistique, lorsqu’il s’agit des islamistes de Palestine, même lorsque ceux-ci installent leurs camps à proximité des écoles ou sous les hôpitaux.

La foule islamiste, qui ne poussait pas le pacifisme jusqu’à renoncer pour certains à l’usage des cocktails Molotov, des poignards et des haches, poussait aussi le refrain à thème. C’est ainsi que l’on a pu entendre cette fameuse mélopée scandée: «Khaibar, Khaibar ya yahud, jaish Muhammed sa- yahud» qui revient à avertir les juifs que le jour de leur décapitation par les bons croyants est proche, ainsi qu’il est arrivé aux juifs de peu de foi de Khaybar, réticents au discours du prophète.

Je tiens à la disposition des sceptiques les documents sonores et visuels, mais je sais bien que celui qui ose critiquer la sainte colère d’une foule d’Orient mérite la lapidation par les idiots utiles hystériques. C’est ainsi, entre mille exemples, que lors de ce printemps arabe dont il était hors de saison de questionner la douceur, les multiples viols de Cairotes commis par les manifestants électrisés de la place Tahrir connurent la même discrète destinée que les pauvres filles de Telford violentées par des musulmans du Pakistan.

C’est dans ce cadre rien moins que simple que la gauche française s’est encore illustrée par son simplisme sublime.

Ainsi, Olivier Faure, président très frais d’un Parti Socialiste refroidi, ne craint pas, en cette période pascale et nonobstant sa citoyenne laïcité, de puiser dans le registre religieux. Très inspiré par le moment, il compara la marche du Hamas à l’ouverture de la mer Rouge par Moïse. Puisse l’éternel, avec le temps, lui pardonner.

Mais à n’en pas douter, ce furent encore les éléments de Mélenchon qui, dans leur désir obstiné de complaire aux cités insoumises du côté de la Plaine-Saint-Denis ou dans les contreforts de Créteil, ainsi que Malik Boutih le déplorait encore lucidement au micro de RMC, se sont illustrés le plus ardemment avec leurs pieds.

Allez savoir, si dans leur sombre inconscient, il ne voulait pas se faire pardonner d’avoir tenté de rendre hommage à une vieille dame suppliciée.

Il sera en effet acté dans le petit livre rouge et vert de l’islamo-gauchisme que ceux qui n’auront pas, en cinq ans, bougé un orteil pour les 500 000 victimes innocentes de Syrie ou les centaines de manifestants démocrates fusillés en pleine rue par le régime communiste de Maduro se seront déplacés pour venir soutenir au moins indirectement les islamistes radicaux de Gaza.

Il est des chiffres qui donnent le tournis.

Je n’écrirai pas que la question juive rend fou, il serait capable de vouloir m’enfermer.

 

 

BRICE COUTURIER : LES MÉDIAS FRANÇAIS SONT DE PLUS EN PLUS ANTI-ISRAÉLIENS

Times of Israel, 10 fev., 2015

Selon le journaliste interrogé par Actualité Juive, l’évolution est lente mais constante. « Chaque année qui passe, le point de vue sur Israël est un peu moins neutre et un peu plus engagé », note le journaliste français.

Il pointe du doigt l’absence de mise en parallèle entre les affaires qui ont mis en cause des conducteurs jetant leur véhicule sur la foule tant en Israël qu’en France.

« La France a préféré parler de ‘déséquilibrés’ pour évoquer cette technique qui avait été utilisée quelques semaines plus tôt en Israël, notamment sur des quais de tramway. Que nous soyons victimes du même terrorisme, là-bas et ici, c’est une réalité qui n’a pas droit de cité… »

Brice Couturier analyse les raisons d’un traitement partial de l’information. « Pour l’extrême gauche, la figure du prolétaire, à laquelle elle ne croit plus, a été remplacée par celle du Palestinien. Celui-ci est devenu l’incarnation de toutes les souffrances, de toutes les humiliations », indique-t-il à Actualité Juive.

Autre raison évoquée : la perte d’influence sur le plan médiatique des intellectuels juifs – « à part Alain Finkielkraut, et dans une moindre mesure Bernard-Henri Lévy », Brice Couturier « n’en voit plus guère ».

Cela expliquerait un recentrage de l’intérêt des médias pour le conflit israélo-palestinien, conflit dont il ne comprend d’ailleurs pas « pourquoi ses copains algériens s’y identifient via une cause palestinienne avec laquelle ils n’ont rien à voir ».

D’un point de vue de bienséance, il note également l’inégalité de traitement que vont connaître les différentes communautés dans l’exposé de leurs idées politiques.

« Il y a une autre chose qui m’énerve, c’est de voir certains se croire obligés de dire ‘Je suis juif, mais je ne soutiens pas le gouvernement israélien.’ On ne demande pas aux Algériens de dire « Je suis d’origine algérienne, mais je ne soutiens pas Bouteflika », s’indigne-t-il.

Dans le contexte des attentats de janvier, le chroniqueur souligne le fait que « les musulmans de mon pays ne sauraient être tenus pour co-responsables ; contrairement aux commanditaires de ces meurtres qui se cachent, dans quelque pays lointains ».

Pourtant la réciproque n’est pas vraie quand des terroristes « tuent des Juifs français pour, prétendent-ils, ‘venger les enfants palestiniens’ ».

« Quel rapport entre un Juif qui fait ses courses pour Shabbat dans une épicerie un vendredi après-midi et un soldat de Tsahal ?  » s’interroge Couturier.

 

DE L’INDÉPENDANCE DES JOURNALISTES

Contrepoints, 23 fev., 2013

Tiens, un sondage sur l’indépendance et la pluralité des médias ! Tiens, ses résultats corroborent ce dont on se doutait déjà et vont nettement dans le sens des résultats des (très) rares sondages déjà effectués ! Et tiens, ce sondage n’est pas jugé suffisamment intéressant par ces mêmes médias pour qu’ils en parlent ! Coïncidence ? Je ne crois pas. Alors, comme je ne suis qu’un petit blogueur sans aucune prétention à l’objectivité, je m’y colle.

Avant d’aller plus loin, il est bon de préciser que ce sondage n’est pas un sondage traditionnel, par téléphone, avec l’habituelle méthode des quotas (qui a elle-même ses problèmes). C’est un sondage internet, qui, s’il indique peut-être une tendance, ne permet aucune affirmation péremptoire. L’échantillon étant de plus de 5000 participants, il semble cependant un peu facile de remettre totalement en question les résultats obtenus, d’autant qu’ils sont, comme je le disais en introduction, corroborés par d’autres sondages effectués par d’autres méthodes.

Ainsi, la revue Marianne dans son N° 209 de la semaine du 23 au 29 avril 2001 s’était intéressée à l’opinion des journalistes et en particulier à leur penchant politique et avait tiré la conclusion suivante de son sondage : « Les journalistes sont, à une écrasante majorité de gauche. L’écart avec la population est ici maximal: au total 6% de journalistes pensent voter à droite, contre au moins 50% dans le peuple français. »

Fouchtra. Marianne, journal de gauchistes ? Oh. Je suis tout surpris de l’intérieur.

Et on se rappelle qu’ils avaient même, plus récemment, demandé directement pour qui votaient leurs propres journalistes, ce qui avait permis de découvrir, sans surprise, que majoritairement, ils votaient pour François Hollande (40%) à ce moment-là. Vu les performances du capitaine de pédalo, on peut croire que les votes seraient un peu différents s’ils étaient refaits aujourd’hui, mais on ne peut pas écarter une vraie obstination bornée qui les referait voter pareil, hein. On découvrait aussi, dans la foulée, que Jean-Luc Mélenchon réalisait 31,7% des suffrages, et François Bayrou, en troisième, 8,3%. Les petits candidats comme Joly, Cheminade ou Poutou totalisaient un peu plus de 8%, et Nicolas Sarkozy récoltait… 0% des votes. Méluche à 31% chez Marianne, c’est quasiment 4 fois son score réel (mais comme on le verra, pas question de parler ici de déconnexion avec le concret).

Du reste, l’exercice avait été mené à d’autres reprises et dans d’autres rédactions, avec toujours des résultats proches : on « découvre » ici que 74% des journalistes votent à gauche, et moi-même, je rappelais il y a quelques temps que les compositions politiques des équipes de différentes rédactions ne laissaient guère de doute sur la coloration générale des opinions émises :

Tout ce libéralisme, toute cette propagande pro-capitaliste, pro-business, pro-libérale étalée ainsi dans autant de rédactions, brr, ça fait froid dans le dos, hein ?

Bien sûr, on trouvera aussi, relayés de façon nettement moins discrète, quelques articles vantant le pluralisme de la presse et sa bonne adéquation avec les demandes du public, mais après les éléments ci-dessus, fatalement, ça laisse songeur.

On en arrive à présent au sondage que j’évoquais en introduction. Cette fois-ci, au lieu de regarder une rédaction ou l’autre et d’analyser le spectre politique des gens qui y militent travaillent, les sondeurs ont cherché à savoir comment le public percevait la pluralité de la presse, et comment la presse traditionnelle se comparait à internet en termes d’indépendance et de liberté d’expression. Et là, c’est un peu le drame.

Je ne passerai pas en revue la douzaine de camemberts proposés comme résultat du sondage (qui sont laissés à l’appréciation du lecteur), mais je me contenterai des quatre suivants, qui dressent un portrait sans concession de la profession journalistique vue par un échantillon de 5300 internautes. Ainsi, le premier camembert montre une belle défiance des internautes face aux médias traditionnels : internet leur semble le mieux placé pour défendre la liberté d’expression. Zut et crotte.

oijm – liberte expressionVoilà qui est dommage pour toute un profession dont le credo officiel est, justement, de tout faire pour protéger cette liberté-là. Deux explications possibles : ou bien ils ne font pas assez de publicité pour la liberté d’expression, ce qui est très surprenant sachant que ce concept leur a quasiment servi de dentifrice pendant tout le temps où la droite était au pouvoir. Ou bien la partialité avec laquelle ils la défendent ne rend pas crédible leur action. Il y a une troisième explication : sur les 5300 internautes se sont discrètement glissés 5200 libéraux (évidemment mangeurs d’enfants communistes) qui ont honteusement biaisé les résultats, en montrant cette abominable partialité.

Partialité qui ne serait pas complètement impossible à en croire l’opinion qu’ont ces internautes de l’orientation générale des journalistes. Surprise et fourchette en plastique, on retrouve encore un fort biais à gauche :

ojim – opinion des journalistes

Autrement dit, lorsqu’on demande aux journalistes, ils se situent tous majoritairement à gauche. Lorsqu’on demande à leur lectorat, ce dernier acquiesce vigoureusement. Et pourtant, nos amis encartés brandissent dès qu’ils le peuvent la pluralité, la neutralité ou l’objectivité de leur profession. Et ceci se ressent dans leur production puisqu’on a souvent droit à des articles (récupérés ici sous forme de Pignouferies de Presse) qui, sous couvert de journalisme d’information, présente des événements une version biaisée, politiquement orientée, en faisant passer l’article devenu éditorial ou billet d’humeur/d’opinion comme un reportage ou un documentaire.

Et lorsqu’on fait cette remarque aux journalistes, ceux-ci se défendent de toute démarche militante, parfois avec véhémence (il est même probable que certains, l’œil – gauche – parcouru de tics nerveux, éructent quelques insultes poivrées à la lecture de cet article). Ce qui aboutit, d’années en années, au constat suivant :

ojim – journalistes loins de la réalité

Pour l’internaute, les journalistes semblent maintenant complètement déconnectés de la réalité. Cette déconnexion perçue est intéressante puisqu’elle est le pendant logique de la déconnexion observée chez les politiciens qui s’abreuvent, justement, des informations que veulent bien leur distiller les journalistes.

Mais c’est le graphique suivant qui résume à lui seul le problème au cœur de cette profession, surtout en France : à l’évidence, vu depuis internet, le journaliste moyen est un mouton de Panurge, qui ne fait, finalement, que suivre un pesant troupeau de ses congénères qui vont, tous ou quasiment, dans le même sens. Finalement, ce n’est pas tant, selon ce sondage, les pressions politiques, les annonceurs ou l’audimat qui poussent les journalistes à porter tous à gauche dans un bel ensemble, mais bien le conformisme.

oijm – conformisme des journalistes

Et même si l’on n’oublie pas que ce sondage n’est que de taille modeste, qu’il ne porte que sur des internautes, que l’échantillon est peut-être lui-même biaisé, le conformisme et la reproduction intellectuelle massive qu’on trouve chez les journalistes, tous les jours, est une évidence difficile à cacher. Bien sûr, on peut admettre sans problème qu’il y a probablement un écart entre la réalité de terrain et la perception de cette réalité par ces internautes, mais à la limite, peu importe : le journaliste du XXIème siècle n’a pas pour but de contenter un lectorat issu du XXè. Il ne doit pas avoir pour mission d’informer comme le faisaient ceux de 1950 ou 1980. Il ne peut plus prétendre ignorer internet. Il ne peut donc plus ignorer que la masse des consommateurs d’information se trouve sur ce média avant tous les autres et que la nature décentralisée et pervasive de ce dernier l’oblige à modifier de façon importante sa manière de procéder. Par exemple, il va leur devenir de plus en plus difficile d’évincer tout un bloc d’opinions politiques au prétexte qu’elle n’est pas assez bisou, ou que la presse se doit de conscientiser le citoyen dans un sens précis. Par exemple, le journaliste ne pourra plus se contenter de pousser dans les tuyaux la purée AFP. Il va lui falloir ajouter de l’analyse, de la matière grise, se mouiller, arrêter de suivre le troupeau. Par exemple, le journaliste ne peut plus se considérer comme l’unique détenteur de l’information, sa position n’est plus un privilège. S’il y a bien eu, un jour, un quatrième pouvoir, avec internet, celui-ci s’est distribué sur une masse considérable de gens qui ont, effectivement, dépouillé les journalistes en titre de cet attribut.

Aussi délicat soit-il d’interpréter des données en provenance d’un sondage internet, celui-ci montre à l’évidence l’absolue nécessité de toute une profession à se renouveler. Et malgré ces évidences, malgré ces sondages qui pointent tous dans la même direction (non pluralité, conformisme, biais), la remise en question de la profession, en France (et dans une certaine mesure, dans pas mal d’autres pays, notamment francophones), ne semble même pas amorcée (par exemple, les subventions continuent toujours à couler pour les mêmes journaux).

 

Actualité 

 

MANIFESTE CONTRE L’ANTISÉMITISME: “L’ISLAMISME EN QUESTION” (L. FERRY À I24NEWS)

I24, 22 avr, 2018

L’ancien ministre de l’Education nationale Luc Ferry, qui est l’un des signataires du manifeste contre l’antisémitisme publié dans Le Parisien ce dimanche, a dénoncé sur i24NEWS le fait que les autorités n’ont pas encore saisi “l’ampleur du problème”.

“J’étais le premier à l’Assemblée nationale à dire qu’on avait affaire à une nouvelle forme d’antisémitisme d’origine islamique, islamiste”, a-t-il déclaré, visant une frange de la classe politique de gauche qui n’hésite pas à “vous taxer d’islamophobie” lorsque vous nommez les choses.

Le philosophe, qui explique que les violences antisémites ne viennent plus de l’extrême-droite, a rappelé que ce phénomène ne touchait pas seulement la France mais l’Europe toute entière.

“Dans certains quartiers de banlieue, il n’y a plus un élève juif dans les établissements publics”, a-t-il déploré, précisant que 50.000 Français Juifs ont dû déménager pour des raisons de sécurité.

Au sujet de “l’antisionisme”, Luc Ferry a déclaré que “toute une partie de la gauche va considérer qu’Israël continue la colonisation occidentale” et de ce fait devient antisémite “au nom de l’antisionisme”.

Interrogé sur les mesures à prendre pour lutter contre ce phénomène, l’ancien ministre a entre autres évoqué l’expulsion de tous les imams qui tiennent des discours antisémites, anti-femmes et contre les valeurs de la République.

Il a notamment jugé “absurde” la venue de plus de 300 imams étrangers, notamment d’Algérie, pour le Ramadan, à l’origine d’une controverse.

Dans le “manifeste contre le nouvel antisémitisme” en France, plus de 300 personnalités dénoncent un “silence médiatique” et une “épuration ethnique à bas bruit” dans certains quartiers.

“Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France”, peut-on lire dans ce texte signé par des personnalités politiques de droite comme de gauche (de l’ancien président de droite Nicolas Sarkozy à l’ex-Premier ministre socialiste Manuel Valls), des artistes (comme les chanteurs Charles Aznavour et Françoise Hardy), des responsables religieux et des personnalités.

 

 

ALLEMAGNE: CONTROVERSE APRÈS UN APPEL À NE PAS PORTER LA KIPPA

La Presse, 24 avr., 2018

«Porter [la kippa] avec un air de défi serait en principe la bonne chose à faire», a déclaré à la radio régionale RBB le président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Joseph Schuster, qui s’exprimait après une agression survenue en plein Berlin la semaine dernière.

«Malgré tout, je dois en réalité déconseiller à des personnes seules de se montrer dans le centre des grandes villes d’Allemagne avec une kippa», a-t-il encore dit.

Quand un responsable juif «respecté juge nécessaire de presser les Juifs de dissimuler leur identité, alors il est clair que les autorités allemandes ont échoué à protéger les droits de leurs citoyens juifs et à combattre l’antisémitisme croissant», a renchéri dans un communiqué le rabbin Abraham Cooper, un responsable américain du centre Simon Wiesenthal de lutte contre l’antisémitisme et le racisme.Le rabbin Menachem Margolin, président de l’Association juive européenne (EJA), a au contraire appelé M. Schuster à «retirer» son appel.

Ses déclarations partent sans doute «d’un souci sincère de la sécurité des Juifs» mais «malheureusement, [M. Schuster] se trompe dans le remède» : «ne pas porter la kippa par peur de l’antisémitisme, c’est en fait l’accomplissement de la vision des antisémites en Europe», a argumenté M. Margolin.

Il ne faut pas «encourager les juifs – ou quelque autre groupe religieux ou ethnique – à abandonner leurs attributs religieux», a-t-il déclaré.

Les propos de M. Schuster s’inscrivent dans un contexte de crainte d’une résurgence de l’antisémitisme en Allemagne, pays toujours hanté par les crimes nazis.

La semaine dernière, l’agression de deux jeunes portant une kippa dans un quartier branché de Berlin avait ainsi suscité une vive émotion.

L’une des victimes, qui n’est pas juive mais un Arabe israélien, avait expliqué avoir été insulté par un groupe de personnes et avoir décidé à ce moment-là de filmer la scène avec son téléphone portable. Les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux montrent son agresseur en train de le fouetter avec sa ceinture en criant «yahoud» («juif» en arabe) et «trou du cul».

L’un des agresseurs présumés s’est rendu à la police. Selon la presse allemande, il s’agirait d’un réfugié syrien ayant vécu dans un centre pour migrants.

La chancelière Angela Merkel avait dénoncé cet «incident terrible» et promis de «réagir». «Nous sommes confrontés à de l’antisémitisme parmi les Allemands et aussi parmi les gens provenant du monde arabophone», avait-elle ajouté.

La Communauté juive de Berlin a appelé les Berlinois à un rassemblement de solidarité mercredi, invitant Juifs et non Juifs à porter une kippa.

Ces derniers mois, du fait de l’essor de l’extrême droite et des inquiétudes dues à l’afflux de réfugiés arabes, un débat monte dans le pays sur la résurgence en Allemagne de l’antisémitisme, notamment dans les cours d’école.

 

 

LA PHILOSOPHIE JUIVE COMME GUIDE DE VIE. EPISODE 1, SPINOZA

Jewpop, 4 dec., 2013

Maïmonide, Spinoza, Mendelssohn, Buber, Rosenzweig, Wittgenstein, Levinas, Ouaknin… Quiconque a déjà eu la chance de passer une soirée au Clara, dans la chaleur humide d’un été tel-avivien, avec un mojito entre les mains, sait combien les Juifs sont des philosophes nés. Après tout, c’est bien connu, l’intelligence de la discrétion et le sens de l’étude sont copyrightés dans nos gènes.

Alors oui d’accord, parfois, un débat sur le prix du mètre carré dans la tour Starck ou sur la rivalité Banana Beach versus Frishman remplace une conversation à propos de l’éthique helléniste ou l’ontologie de l’Autre. Mais qu’importe la métaphysique, pourvu que sous la kippa, le cerveau soit aussi rempli qu’une boîte de nuit. Et si la philosophie juive est une manière de comprendre l’existence, au fait ça donne quoi dans la vraie vie ?

 

ÉPISODE 1 – SPINOZA : GOD IN DA PLACE (1632-1675)

Il faut admettre que commencer une chronique sur la philosophie juive par un type qui s’est fait exclure de sa communauté pour hérésie, c’est moyen. En même temps, c’est peut-être la preuve que dès 1656, la haine de soi, la contradiction et le paradoxe, étaient déjà sérieusement à la mode dans nos contrées.

En 1677, alors que Baruch est déjà mort, sort L’Ethique, qui deviendra son best-seller. Avec autant de modestie que Kanye West en crise kardashinienne, il a pour projet de mettre en place une philosophie pratique permettant à l’homme, en toute tranquillité, d’accéder à la liberté et à la béatitude. Eh ouais, rien que ça. En précurseur du développement personnel version luxe, Spinoza s’interroge : comment combattre les passions qui nous possèdent et nous opposent aux autres ? Quels sont les joies et les désirs qui affirment pleinement notre puissance ? De quelle façon l’homme peut sortir de sa passivité et accéder à une réelle activité ? Mais Spino n’est pas un gourou ordinaire, et bien qu’il soit séfarade, il est aussi tourmenté qu’un ashké en crise de culpabilité devant un élevage de poulets qu’il trouve un peu trop concentrationnaire. Il ne va donc pas nous la jouer simple, car pour répondre à ses questions, et saisir l’homme, c’est-à-dire, sa nécessaire servitude et la possibilité de son salut, il se dit que c’est par Dieu qu’il faut commencer puisqu’il est la cause de toute chose.

Au fur et à l’usure des chapitres qui défilent un peu moins vite qu’un épisode d’Une Nounou d’enfer et surtout, sans rires enregistrés, on comprend que le Dieu de Spinoza est un être absolument infini, et que la Nature qui nous entoure ne doit pas être pensée comme une création mais comme Dieu lui-même : Deus sive natura comme on dit pour être chic dans un dîner. En gros, les forêts, les paysages, l’Iphone 5C, les kippot Nike, les Louboutins, tout ça, Made in France ou pas, c’est produit par Dieu. Pas la peine de s’en prendre à la contrefaçon chinoise, que ce soit Pekin ou le Sentier, c’est kif-kif puisque le grossiste est le même. Et comme l’homme est lui aussi une partie de la Nature a.k.a Dieu qui a tout prédéterminé, il n’a pas franchement de libre-arbitre, ce qui explique sa grande passivité autant que ses aprem à glander sur le canapé. Mais pas de panique, malgré cette tendance à la loose, Spino se veut rassurant et explique que l’homme est aussi caractérisé par le conatus, une sorte de pulsion d’auto-conservation, qu’on appelle aussi «Désir». Le désir, l’appétit, la volonté, l’impulsion, sont universels, ils constituent notre essence même, nous animent, et encore mieux, nous permettent de persévérer dans notre être. Moralité, la prochaine fois que vous allez chez Sephora dépenser 312 euros en crème Chanel ou La Prairie, dites-vous que c’est votre conatus spinoziste qui s’exprime à travers votre American Express. Et qui peut encore dire que la pensée juive est la pensée de la culpabilité ? Merci qui ? Merci Spinoza !

Marie R.

A lire :

L’Ethique, Spinoza, Folio.

Le problème Spinoza, Yalom, Galaade Editions.

Shabbat Shalom!