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FANATISME ISLAMIQUE EN ÉGYPTE, GUERRE CIVILE ENTRE DJIHADISTES EN SYRIE, ET LE JEU GAGNANT D’UN IRAN NUCLÉAIRE

 

LES FRÈRES MUSULMANS
ET LE DOUBLE JEU

Dore Gold

Le CAPE de Jérusalem, 26 juin 2012

Avant même la déclaration annonçant officiellement les résultats des élections présidentielles et la victoire de Mohamed Morsi, plusieurs observateurs ont tenté d’analyser les retombées d’un pouvoir islamiste en Égypte, dans le pays arabe le plus influent de la région. Les milieux  diplomatiques n’ont pas été surpris de cette victoire, car depuis déjà quelques années ils avaient tendance à reconnaître la confrérie des Frères musulmans comme organisation légitime.

 En février 2011, James Klaper, conseiller du président Obama dans les affaires des services de renseignements, a osé dire devant la commission du Congrès américain : « les « Frères musulmans » est une notion qui qualifie en terme général divers mouvements; dans le cas de l’Égypte,  il s’agit d’un groupe très hétérogène, en majorité laïc, qui évite d’utiliser la violence et a même condamné Al Qaïda  pour avoir déformé les valeurs de l’Islam ». Mais voilà que trois mois plus tard, le site officiel des Frères musulmans condamne les États-Unis pour avoir assassiné Ben Laden.

Même si Klaper a déjà rectifié le tir et s’est rétracté quelque peu de ses propos, il semble que les analyses et les commentaires indiquent un changement de politique aux États-Unis comme en Grande Bretagne. Ils se sont accentués après la chute de Hosni Moubarak.

 Ainsi, en juin 2011, la Secrétaire d’État Hillary Clinton a expliqué que l’administration Obama  poursuivra  sa politique, en précisant que des contacts limités avec les Frères musulmans sont en cours et qu’ils existent déjà par intermittence depuis plus de cinq ans ». Clinton a ajouté que « Washington souhaite entamer des liens avec tous ceux qui défendent la paix et s’engagent à agir contre  la violence, car ils vont de pair avec les intérêts des États-Unis ».

 Et pourtant, au Moyen-Orient les Frères musulmans sont considérés différemment, et pour preuve…: En 2005, l’ancien ministre de l’Éducation du Koweït, Dr. Ahmed al Rabi, écrit dans le quotidien saoudien « A-Chraq al Wassad : « la source du terrorisme religieux qui déferle  aujourd’hui provient de l’idéologie des Frères musulmans… » Et il  ajoute : « toute personne  qui a collaboré avec Ben Laden et Al-Qaïda était à l’origine un Frère musulman ». Deux ans plus tard,  Hussein Shovokashi, célèbre chroniqueur du même quotidien écrit : « À ce jour, les Frères musulmans n’ont  apporté aucune contribution, mis à part  fanatisme, querelles et parfois assassinats ».

 Ces analyses sont parfaitement exactes en voici quelques exemples éloquents: Abdullah Azam, qui fut le mentor de Ben Laden, était à l’origine membre  de la confrérie des Frères musulmans en Jordanie. Ayman Azwahiri, qui fut l’adjoint de Ben Laden et actuellement son successeur à la tête d’al Qaïda, a été membre  actif des Frères musulmans en Égypte. Khalid Cheikh Mohammed, l’architecte des attentats du 11 septembre, a été formé dans la branche koweïtienne des Frères musulmans.

Après de longues années de soutien financier, l’Arabie Saoudite à aussi compris que la confrérie poursuit d’autres objectifs. Le prince héritier saoudien Naïf, (décédé au début du mois suite à une longue maladie) avait déclaré juste après les attentats du 11 septembre que les Frères musulmans sont « la source de tous les malheurs du monde islamique ».

 Au Moyen-Orient,  les Frères musulmans sont donc perçu différemment qu’en Occident. La rhétorique employée par les leaders de la confrérie est la preuve la plus tranchante qu’il s’agit bien d’une organisation qui prône la violence aveugle. Leur guide suprême, Mohamed Badi, a écrit le 23 décembre 2010, dans son message hebdomadaire publié dans le site officiel des Frères musulmans: « je m’oppose farouchement à toute négociation avec Israël » et il ajoute : « La Palestine sera pas libérée  par l’espoir et les prières, mais par le djihad et le sacrifice ». Lorsqu’en janvier 2012, Badi est devenu officiellement le leader incontesté  des Frères musulmans, et d’ailleurs contrairement aux prédictions et analyses de Washington et de Londres, plusieurs observateurs ont conclu que la confrérie se radicalise. Ce fut en effet le cas en  Syrie mais aussi en Jordanie.

Ainsi n’est-il pas surprenant que lors de la dernière campagne électorale, un influent prêtre égyptien du nom de Safuat Higazi déclarait : « nous envisageons l’accomplissement de notre rêve pour établir le califat islamique, et si Allah le veut, avec Dr. Mohamed Morsi, ses frères, ses partisans et son parti… Notre capitale ne sera plus le Caire, la Mecque ou Médine, mais Jérusalem! ».

L’installation des Frères musulmans en Égypte aura des conséquences énormes et graves pour tout le Moyen Orient. Durant cette dernière décennie, lorsque Abou Mazen avait souhaité un soutien politique dans le cadre de ses négociations avec Israël, il s’est tourné généralement vers le Président Moubarak ; À qui s’adressera –t-il aujourd’hui ? Si les Frères musulmans accéderaient au pouvoir également en Syrie, cela mettrait le roi Abdallah de Jordanie dans un grand embarras. Il sera dans l’obligation de déléguer plus de pouvoir au Parlement jordanien, et cédera probablement aux exigences de nommer un Premier ministre et des membres du Cabinet proches de la confrérie. Dans la nouvelle donne le Hamas marque des points et se renforce considérablement.

 Nous avons  parfois tendance d’oublier que les Frères musulmans ont un ordre de jour planétaire.  Tous les porte-parole de l’organisation ont déclaré à maintes reprises que l’Islam « envahira » par la prédiction l’Europe et l’Amérique. Les Frères musulmans vont-ils utiliser leurs réseaux européens pour faire avancer leur agenda politique international ? Les Frères musulmans vont-ils modérer leurs positions suite à la prise du pouvoir ? Les régimes islamiques au Soudan et dans la bande de Gaza, n’ont-ils pas appliqué à la lettre les lois religieuses?  Au début des années 90, Khartoum, n’avait-elle pas donné refuge à des dizaines d’organisations terroristes, tels que le Hamas et Al Qaïda? Les Frères musulmans suivront-ils cette voie dans la péninsule du Sinaï ?

Le nouveau pouvoir en Égypte se comportera en fonction des réactions de la communauté internationale. Si l’Occident adopte en son sein l’organisation des Frères musulmans comme « mouvement modéré » et n’adresse à son égard aucune critique, il est fort douteux que la confrérie islamiste modifiera son caractère combatif et ses projets politiques.

SYRIE : DJIHAD CONTRE DJIHAD

Guy Millière

dreuz.info, 25 juin 2012

Il ne fait aucun doute que les carnages qui s’opèrent en Syrie sont atroces. Il ne fait aucun doute que l’armée de Bachar Al Assad est une armée barbare et criminelle. Il ne fait aucun doute, non plus, que les Casques bleus de l’ONU dépêchés sur place sont abominablement inutiles, et ne servent, comme partout où des Casques bleus sont dépêchés, qu’à compter les cadavres.

On peut comprendre que certains clament qu’il faudrait intervenir. Je pense qu’une intervention n’aura pas lieu, et qu’il y a plusieurs raisons à cela. La première est le précédent constitué par la Libye. L’intervention destinée à chasser Kadhafi a eu, comme c’était prévisible, des résultats effroyables que Bernard-Henri Lévy sera bientôt le seul à nier.

À une dictature brutale a succédé un régime islamiste tout aussi brutal, qui a pratiqué l’épuration ethnique et tué des Africains noirs par milliers. Des armes ont été disséminées dans toute la zone sud du Sahara, en Somalie, au Yémen, dans le Sinaï et à Gaza. Aucun dirigeant européen ou américain n’enverra, pour le moment, d’ambassadeur vers la République islamique de l’Azawad, née d’une partition de fait du Mali. Mais tous les dirigeants européens et américains savent que la République islamique de l’Azawad est née grâce à l’intervention en Libye.

Un changement de régime, quand des abominations sont commises, est possible et concevable, mais il implique une intervention armée directe et une supervision de moyen terme. En Libye, il n’y a eu ni l’une, ni l’autre.

Une intervention en Syrie ne pourrait être une intervention armée directe et ne serait pas accompagnée non plus d’une supervision de moyen terme. Aucun dirigeant européen ou américain, après la Libye, ne voudra s’impliquer en Syrie et assumer la responsabilité des effets secondaires susceptibles d’en découler.

La deuxième raison est l’implication directe en Syrie de plusieurs acteurs géopolitiques majeurs. Kadhafi avait pour alliés les pays occidentaux, qui se sont retournés contre lui. Assad n’a pas fait la même erreur. Ses alliés sont l’Iran et la Russie. L’Iran joue, en Syrie, son hégémonie régionale et ne laissera chuter le régime Assad qu’après s’être battu jusqu’au bout. Intervenir en Syrie serait intervenir contre l’Iran. Les dirigeants européens et américains le savent et n’entendent, jusqu’à nouvel ordre, pas prendre ce risque.

La Russie, elle, joue sa présence en Méditerranée. Sans le port de Tartous, elle n’aurait plus un seul port sur une mer cruciale, qui relie l’Europe à l’Afrique. La Russie ne laissera pas non plus chuter le régime Assad. Espérer même qu’elle se fasse à l’idée d’un régime Assad sans Bachar al Assad est trop espérer.

Si, pure hypothèse que je ne veux pas exclure totalement, une intervention devait avoir lieu malgré tout, celle-ci pourrait, au mieux, désormais, se révéler être un remède égal au mal. Si, au début de l’insurrection en Syrie, il existait des factions modérées, celles-ci, depuis, ont été sacrifiées par l’administration Obama sur l’autel de ses liens avec l’islamisme sunnite.

Désormais, le choix en Syrie est entre le maintien au pouvoir du régime Assad, qui, sans nul doute, continuera à massacrer, et l’arrivée au pouvoir d’une coalition de circonstance où les Frères musulmans voisinent avec al Qaïda. Et, si cette coalition arrivait effectivement au pouvoir, nul ne peut douter que des massacres de grande ampleur auraient lieu aussi : les premiers tués seraient les alaouites, membres de cette branche du chiisme à laquelle appartient la famille Assad. Suivraient immédiatement les chrétiens, qui constituent une part notable de la population syrienne et qui se sont ralliés d’emblée au régime.

La situation peut se résumer ainsi : un régime allié au djihadisme iranien combat les adeptes du djihadisme sunnite. C’est donc djihad contre djihad. Une victoire finale du régime Assad serait un bain de sang effroyable. Une victoire des opposants au régime Assad serait aussi un bain de sang effroyable.

C’est terrible à dire, mais la poursuite de la guerre civile serait, presque, la moins pire des issues. Des djihadistes tuent d’autres djihadistes. Des carnages atroces ont lieu. Il faudra un jour regarder en face l’atrocité du djihadisme lui-même. C’est là que réside le problème, et il dépasse la seule Syrie.

NUCLÉAIRE IRANIEN :
ISTANBUL, BAGDAD, MOSCOU, ET QUOI ENCORE ?

Dr. Efraim Kam

JSS News, 26 juin 2012

Les dernières séries de négociations avec l’Iran ont apporté un nouveau souffle d’optimisme. Les pourparlers ont commencé il y a deux mois et ont eu lieu jusqu’à présent à Istanbul, Bagdad et Moscou. Lors de la dernière ronde de négociation qui s’est tenue à Moscou, l’Iran a présenté un regain d’intérêt pour la parlotte, en raison de la pression exercée sur elle de tous les côtés : de lourdes sanctions qui lui sont imposées exigent que la République Islamique paye un tribut de plus en plus élevé – et c’est sans même parler de la menace militaire, à savoir une attaque israélienne – un sujet qui revient régulièrement dans la presse internationale. Les iraniens ne peuvent pas l’ignorer. En outre, avant les pourparlers à Bagdad, le chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique avaient fait une rare visite à Téhéran et avait annoncé qu’un accord était en préparation, même si certains détails n’ont pas encore été fixés. L’Iran a montré sa volonté par des signes visibles de flexibilité.

Au cœur des pourparlers, trois exigences ont été posées à l’Iran. Tout d’abord, la fermeture de l’installation nucléaire de Fordo, une usine secrète (au départ), construite au plus profond d’une montagne pour dissuader de toute attaque militaire. La seconde demande internationale est l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium après la barre des 20% (après 20%, il ne s’agit plus d’uranium à usage civil mais militaire). Ces deux dernières années, l’Iran n’a fait qu’enrichir son uranium à des niveaux plus élevés que 20%. Enfin, l’AIEA réclame une augmentation significative des visites dans les installations nucléaires, en particulier à Parchin, soupçonné d’être une installation d’essais pour les armes nucléaires.

D’une part, les Iraniens ont signalé leur intention tout au long des entretiens, de parvenir à un accord sur leurs conditions en ce qui concerne l’enrichissement et l’observation, et en excluant la fermeture du centre de Fordo. D’autre part, les Iraniens ont exigé que les sanctions occidentales soient levées et que l’occident reconnaisse le droit à l’Iran d’enrichir de l’uranium.

On le comprend : on est encore loin d’un accord. Et malgré les pourparlers se terminant encore par un échec (sauf selon les agences de presse), ce n’est certainement pas la fin de l’effort diplomatique. Les gouvernements occidentaux ne feront qu’ajouter de nouvelles sanctions : les gouvernements européens sont actuellement dans un processus d’approbation d’une décision d’arrêt des importations du pétrole iranien à partir juillet, et les États-Unis se prépare une nouvelle vague de sanctions. Il est possible que l’administration américaine signale que l’option militaire est toujours sur la table. L’Occident va tenter d’exploiter la pression sur l’Iran pour les ramener à la table des négociations encore et toujours pour tenter, encore et toujours, d’obtenir un accord qu’ils n’obtiendront jamais.

Mais à chaque échec des pourparlers, les deux partis se rapprochent de l’instant de vérité. L’Iran devra décider combien il est prêt à concéder avant que les sanctions. Il peut être disposé à faire des concessions tactiques, tant que le chemin vers des armes nucléaires ne lui est pas complètement bloqué. L’administration américaine devra décider, compte tenu des progrès actuels de l’Iran, s’il s’en tiendra à son engagement d’empêcher une arme nucléaire en Iran, en utilisant s’il le faut y compris l’option militaire, ou en admettant qu’il ne peut pas empêcher l’Iran et ainsi de passer à une politique de dissuasion nucléaire et de confinement.

Le manque de percées dans les négociations présente une réalité complexe pour Israël. D’une part, Israël est accablé par la possibilité d’un accord plein de trous qui permettrait l’Iran de poursuivre son chemin de pavage vers des armes nucléaires. On n’en est encore pas là, mais cela demeure possible. D’autre part, tandis que les efforts diplomatiques ont échoué jusqu’à présent, la porte d’une opération militaire n’est pas vraiment ouverte pour Jérusalem. Les gouvernements européens continuent à s’opposer à cela, et il est juste de supposer que le gouvernement américain ne soit pas encore mûr pour une attaque. Obama voudrait peut-être d’autres sanctions avant une attaque.

Si tel est le cas, Israël sera lui confiné à sa position familière, c’est à dire mettre la pression sur l’Iran, affirmant que l’échec diplomatique en cours signifie la non-intention iranienne de stopper la construction d’armes nucléaires. Israël affirmera entre autres que les négociations sont inutiles aujourd’hui et qu’elles ne permettent, dans les faits, à l’Iran, que de gagner du temps.

Et pendant ce temps, la fenêtre d’opportunité pour une frappe militaire ne cesse de se rétrécir.

POUTINE, EN ISRAËL,
DÉNONCE LA DÉJUDAÏSATION DE JÉRUSALEM
PAR LES PALESTINIENS ET L’UNESCO

Jean-Patrick Grumberg

dreuz.info, 26 juin 2012

Lors de son séjour en Israël, Vladimir Poutine a souhaité se rendre au Kotel, ou mur des lamentations, (NDLR appellation impropre mais en usage en France) l’un des pans du mur restant du temple juif reconstruit dans la capitale juive il y a deux mille ans.

C’est la troisième visite de Poutine au mur, et, fort bien informé des manœuvres des arabes pour déjudaïser Jérusalem, lesquels ont contraint l’UNESCO, grâce à une majorité automatique, à faire disparaître tout lien historique entre les Juifs et leur capitale, Poutine a fait, sur place, cette déclaration en apparence anodine, mais qui est tout sauf le fait du hasard : « on peut voir comment le passé Juif est gravé dans la pierre de Jérusalem ».

On attend la même déclaration de Barack Obama…